{"id":139,"date":"2003-08-28T18:24:17","date_gmt":"2003-08-28T16:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/28\/boris-pasternak\/"},"modified":"2025-02-11T15:26:29","modified_gmt":"2025-02-11T14:26:29","slug":"boris-pasternak","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/28\/boris-pasternak\/","title":{"rendered":"Boris PASTERNAK \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1355\" aria-describedby=\"caption-attachment-1355\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1355\" title=\"L'h\u00f4tel Madison, qui existe toujours 143 bd Saint-Germain, et accueille Pasternak fin juin 1935.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_MADISON.jpg\" alt=\"L'h\u00f4tel Madison, qui existe toujours 143 bd Saint-Germain, et accueille Pasternak fin juin 1935.\" width=\"410\" height=\"310\" align=\"middle\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1355\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;h\u00f4tel Madison, qui existe toujours 143 bd Saint-Germain, et accueille Pasternak fin juin 1935.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em><br \/>\n\u00ab\u00a0Rappelez-vous, L\u00e9onid Ossipovitch, que tout passera : argent, situation, les empires m\u00eames sont condamn\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. Seule vivra \u00e9ternellement la petite parcelle d&rsquo;art authentique que nous aurons sem\u00e9e dans notre \u009coeuvre\u00a0\u00bb (<\/em>L\u00e9on Tolsto\u00ef \u00e0 L\u00e9onid Pasternak, le p\u00e8re de Boris, en 1910)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la guerre, je me suis rendu compte que mon nom \u00e9tait tr\u00e8s connu [&#8230;]. J&rsquo;ai compris que je devais respecter ce nom [&#8230;] non par de nouvelles po\u00e9sies, mais par une \u0153uvre en prose qui exigerait de moi, du travail, de la peine et du temps, et bien d&rsquo;autres choses encore\u00a0\u00bb ; <\/em><em>\u00ab\u00a0Penser au suicide, c&rsquo;est mettre une croix sur soi-m\u00eame, c&rsquo;est se d\u00e9tourner du pass\u00e9, c&rsquo;est se d\u00e9clarer soi-m\u00eame en faillite et proclamer sans valeur ses souvenirs\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(B. Pasternak)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La seule raison que j&rsquo;aie de ne rien regretter dans ma vie, c&rsquo;est le roman\u00a0\u00bb<\/em> (lettre de B. Pasternak \u00e0 D. Polikarpov, directeur du D\u00e9p. de la Culture, 30 ao\u00fbt 1957)<\/p>\n<p>Avec la publication de <em>Docteur Jivago<\/em> et la disparition de l&#8217;empire sovi\u00e9tique, la pens\u00e9e de Tolsto\u00ef est devenue proph\u00e9tie.<\/p>\n<p>Le bras de force entre Pasternak et le pouvoir sovi\u00e9tique n&rsquo;a pas commenc\u00e9 avec <em>Jivago<\/em>, mais d\u00e8s les ann\u00e9es 1920.<br \/>\nAvec la reprise de la terreur stalinienne en 1945-46, alors que la guerre a soulev\u00e9 tant d&rsquo;espoirs de libert\u00e9, c&rsquo;en est compl\u00e8tement fini des espoirs de Pasternak dans le r\u00e9gime communiste. Sans plus d&rsquo;h\u00e9sitation, il d\u00e9marre la r\u00e9daction de ce roman en partie autobiographique, qui se terminera en ao\u00fbt 1955 (le r\u00e9cit, lui, couvre les ann\u00e9es 1906 \u00e0 1929).<\/p>\n<p>Boris na\u00eet en 1890 \u00e0 Moscou. La peinture et la musique : voil\u00e0 dans quoi baigne son enfance. Sa m\u00e8re est pianiste. Son p\u00e8re est peintre, ami de Rachmaninov, Scriabine, Rubinstein, Tolsto\u00ef, dont il illustre Guerre et paix.<br \/>\nDe Tolsto\u00ef, Boris h\u00e9rite d&rsquo;un go\u00fbt pour la rechercher de la v\u00e9rit\u00e9 et la non-violence qu&rsquo;il saura rapidement &#8211; et pour longtemps &#8211; mettre en oeuvre. Il participe \u00e0 la r\u00e9volution de 1905.<br \/>\nSes vers paraissent \u00e0 partir des ann\u00e9es 1910, et en particulier, en 1922, <em>Ma s\u009coeur la vie<\/em> qui le rend c\u00e9l\u00e8bre. Mais les ann\u00e9es 1920 sont d\u00e9j\u00e0 celles o\u00f9 le Parti (auquel Pasternak n&rsquo;adh\u00e8rera jamais), Trotski en t\u00eate, trouve que le po\u00e8te met trop en valeur l&rsquo;individu par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Et surtout, devant les premiers effets de la terreur du r\u00e9gime, Pasternak constate avec angoisse la distance grandissante entre l&rsquo;id\u00e9al r\u00e9volutionnaire et la pratique communiste.<br \/>\nEn 1921, un de ses ma\u00eetres et chantres de la R\u00e9volution, le po\u00e8te Alexandre Blok, meurt dans la mis\u00e8re et dans la tristesse de voir la libert\u00e9 disparue.<br \/>\nCette ann\u00e9e-l\u00e0, les parents de Boris migrent \u00e0 Berlin. Mais lui est d\u00e9cid\u00e9ment trop attach\u00e9 \u00e0 la Russie pour les suivre.<\/p>\n<p>Vers 1933 na\u00eet le \u00ab\u00a0r\u00e9alisme socialiste\u00a0\u00bb, qui d\u00e9finit les canons de l&rsquo;art et de la litt\u00e9rature sovi\u00e9tiques. De 1932 \u00e0 la guerre, Pasternak ne publie pas de nouvel ouvrage, except\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnantes traductions de Shakespeare.<br \/>\nSes vers et traductions sont appr\u00e9ci\u00e9s en URSS et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Le jury du prix Nobel pense \u00e0 lui. En m\u00eame temps, campagnes officielles d&rsquo;injures, attaques lors de r\u00e9unions publiques et rumeurs de son arrestation vont bon train.<\/p>\n<p>Fin juin 1935, alors que la terreur polici\u00e8re sovi\u00e9tique a repris depuis plusieurs mois, il est envoy\u00e9 par Staline \u00e0 Paris, au Congr\u00e8s international des \u00e9crivains pour la d\u00e9fense de la culture qui se tient au Palais de la Mutualit\u00e9.<br \/>\nSon p\u00e8re a visit\u00e9 Paris \u00e0 deux reprises. Pour le p\u00e8re et le fils, la patrie de l&rsquo;art et de la culture est davantage l&rsquo;Allemagne o\u00f9 tous deux ont \u00e9tudi\u00e9 quelque temps : le premier, la peinture \u00e0 Munich et le second la philosophie \u00e0 Marbourg.<br \/>\nEn juin 1935, Pasternak est log\u00e9 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Madison. Il parle tr\u00e8s peu et refuse de d\u00e9jeuner avec Malraux et Cocteau. Vid\u00e9 psychologiquement, il avait \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 au printemps 1935. \u00c0 son retour de Paris, il l&rsquo;est \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Certaines de ses oe\u009cuvres sont interdites de publication. Alors que ses proches sont arr\u00eat\u00e9s ou fusill\u00e9s (comme Boukharine en 1938), il passe miraculeusement \u00e0 travers les mailles du filet pendant presque quarante ans. Staline, qui semble avoir un faible pour lui, l&rsquo;\u00e9pargne.<\/p>\n<p>En 1936, il est visit\u00e9 par Malraux (le 5 mars) et par Gide (en juillet et ao\u00fbt).<\/p>\n<p>Au sortir de la guerre, alors qu&rsquo;il s&rsquo;est senti jusqu&rsquo;alors incapable d&rsquo;\u00e9crire sur la p\u00e9riode qui suivait la R\u00e9volution et que, apr\u00e8s l'\u00a0\u00bbaccalmie\u00a0\u00bb politique li\u00e9e \u00e0 la mobilisation des ann\u00e9es 1941-45, l&rsquo;horizon s&rsquo;assombrit \u00e0 nouveau, Pasternak se lance dans l&rsquo;\u00e9criture de Docteur Jivago, la fresque que le r\u00e9gime consid\u00e8rera, \u00e0 juste raison, comme anti-sovi\u00e9tique (Pasternak pr\u00e9tendant, \u00e0 juste raison aussi, qu&rsquo;il a voulu \u00ab\u00a0rendre son peuple \u00e0 son histoire et son \u00e2me \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle il appartient\u00a0\u00bb). \u00c9crire, c&rsquo;est survivre.<br \/>\nIl ne s&rsquo;en cache pas, lisant dans sa maison de P\u00e9r\u00e9delkino pr\u00e8s de Moscou, d\u00e8s 1946, les premiers chapitres \u00e0 ses amis, dont certains seront arr\u00eat\u00e9s en possession de copies d&rsquo;extraits.<\/p>\n<p>En 1954-56, quelques publications (<em>Le D\u00e9gel<\/em>, d&rsquo;Ylia Ehrenbourg, <em>L&rsquo;Homme ne vit pas seulement de pain<\/em> de Doudintsev,&#8230; ouvrages qui critiquent le r\u00e9gime sans le remettre en cause fondamentalement) donnent l&rsquo;impression d&rsquo;un&#8230; d\u00e9gel.<br \/>\nD\u00e9but 1956, Pasternak adresse le manuscrit du <em>Docteur Jivago<\/em> \u00e0 trois revues sovi\u00e9tiques (Literatourna\u00efa Moskva, Znamia et Novy Mir) en m\u00eame temps qu&rsquo;il le fait passer en Italie, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9diteur communiste Feltrinelli &#8211; voyant l\u00e0 l&rsquo;\u009coeuvre d&rsquo;un communiste r\u00e9novateur &#8211; le publie en 1957. Le monopole du Parti sur la production litt\u00e9raire sovi\u00e9tique, inviol\u00e9 depuis 1929, est bris\u00e9. Pasternak avait discr\u00e8tement mis en garde Feltrinelli de ne tenir compte d&rsquo;aucune correspondance qu&rsquo;il recevrait de lui en russe, mais seulement en fran\u00e7ais ou en allemand, pr\u00e9voyant que le pouvoir sovi\u00e9tique allait faire pression sur lui pour qu&rsquo;il retire son manuscrit &#8211; ce qu&rsquo;il fit effectivement.<\/p>\n<p>Un an plus tard, le prix Nobel de litt\u00e9rature lui est d\u00e9cern\u00e9. Deux ans plus tard, les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques d\u00e9cident de d\u00e9choir l&rsquo;\u00e9crivain de sa nationalit\u00e9 et de l&rsquo;exiler hors des fronti\u00e8res. Mais il d\u00e9c\u00e8de d&rsquo;un cancer \u00e0 P\u00e9r\u00e9delkino.<br \/>\n<em>Docteur Jivago<\/em> n&rsquo;est autoris\u00e9 en URSS qu&rsquo;en 1988.<br \/>\nEn 1990, un mus\u00e9e Pasternak ouvre \u00e0 P\u00e9r\u00e9delkino.<br \/>\nEn 1991, l&#8217;empire sovi\u00e9tique s&rsquo;effondre.<\/p>\n<p><strong>Sources<\/strong><\/p>\n<p><em>Le dossier de l&rsquo;affaire Pasternak<\/em>. Archives du Comit\u00e9 central et du Politburo. Gallimard, 1994. ; <em>Pasternak<\/em> par Gerd Ruge, Hachette, 1959.<\/p>\n<p><img class=\" aligncenter size-full wp-image-1206\" title=\"Le palais de la Mutualit\u00e9.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2.jpg\" alt=\"Le palais de la Mutualit\u00e9.\" align=\"middle\" \/>Le palais de la Mutualit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Rappelez-vous, L\u00e9onid Ossipovitch, que tout passera : argent, situation, les empires m\u00eames sont condamn\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. 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