{"id":231,"date":"2006-03-10T07:49:22","date_gmt":"2006-03-10T06:49:22","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/10\/pierre-ponson-du-terrail\/"},"modified":"2025-04-20T22:47:37","modified_gmt":"2025-04-20T20:47:37","slug":"pierre-ponson-du-terrail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/10\/pierre-ponson-du-terrail\/","title":{"rendered":"Pierre PONSON DU TERRAIL dans les Alpes, \u00e0 Paris et en Sologne"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00abLa vie est un champ de bataille o\u00f9, pour triompher, il est n\u00e9cessaire de faire quelques victimes, ce dont un homme d&rsquo;esprit se console toujours en pensant que la population du globe est beaucoup trop nombreuse.\u00bb (Les Exploits de Rocambole).<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Le jour o\u00f9 j&rsquo;ai lu cette phrase : \u00ab\u00a0Quelle \u00e9tait cette main ? Quelle \u00e9tait cette t\u00eate ? &#8211; La suite au prochain num\u00e9ro\u00a0\u00bb, j&rsquo;ai compris que ma voie \u00e9tait trouv\u00e9e \u00bb<\/em>, \u00e9crit Ponson dans le journal <em>Le Voleur<\/em> en 1859.<\/p>\n<p>Cette citation, extraite non pas d&rsquo;un vrai feuilleton mais d&rsquo;une parodie de feuilleton (<em>J\u00e9r\u00f4me Paturot \u00e0 la recherche d&rsquo;une position sociale<\/em>, de Louis Reybaud), montre que l&rsquo;ironie et l&rsquo;humour sont pour l&rsquo;auteur de <em>Rocambole<\/em> des ingr\u00e9dients aussi importants que l&rsquo;action et le myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle montre aussi combien le roman-feuilleton, hier comme aujourd&rsquo;hui, peut se construire \u00e0 partir de situations caricaturales autour desquelles l&rsquo;auteur tisse les fils de son histoire. Ponson r\u00e9alise cela avec une endurance peu commune. On peut critiquer son art (ses contemporains ne se privent d&rsquo;ailleurs pas de le parodier, le surnommant \u00e0 l&rsquo;occasion Ponson du Travail, Tron\u00e7on du poitrail, Porcinet du b\u00e9tail ou encore Poncif du Terrail), supporter difficilement que la plupart de ses chapitres voient appara\u00eetre \u00e0 chaque fois de nouveaux personnages, croire \u00e0 peine en ces hasards \u00e9tonnants qui font les rebondissements de son r\u00e9cit (plac\u00e9s si possible en fin du feuilleton du jour pour contraindre le lecteur \u00e0 acheter le journal du lendemain)&#8230; force est de reconna\u00eetre qu&rsquo;il a la puissance d&rsquo;un Balzac, d&rsquo;un Sue et d&rsquo;un Dumas lorsqu&rsquo;il lui faut, sur plusieurs dizaines d&rsquo;\u00e9pisodes, tenir en haleine son public (Ponson a t-il eu des \u00ab\u00a0n\u00e8gres\u00a0\u00bb ? Georges Beaume montre que oui, dans <em>La Revue de France<\/em> en 1929) et m\u00ealer diff\u00e9rents genres : aventure, fantastique, horreur, com\u00e9die&#8230; C&rsquo;est ce qui fait de lui un des deux ou trois \u00e9crivains les plus c\u00e9l\u00e8bres en France sous le Second Empire.<\/p>\n<p>Pierre Alexis de Ponson na\u00eet en 1829 \u00e0 Montmaur, dans le ch\u00e2teau des Terrail, ses anc\u00eatres du c\u00f4t\u00e9 maternel. La famille s&rsquo;installe bient\u00f4t \u00e0 Simiane-la-Rotonde, dans les Alpes-de-Haute-Provence, o\u00f9 l&rsquo;on peut encore voir la maison habit\u00e9e par l&rsquo;\u00e9crivain. Pierre Alexis \u00e9tudie au coll\u00e8ge d&rsquo;Apt puis au coll\u00e8ge royal de Marseille, afin de pr\u00e9parer l&rsquo;\u00e9cole navale.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;initie \u00e9galement \u00e0 la chasse avec son p\u00e8re, et d\u00e9couvre <em>Les Mille et une nuits<\/em>, Walter Scott, Balzac, Dumas, Sue, Souli\u00e9&#8230; dont il va bient\u00f4t s&rsquo;inspirer abondamment (certains disent \u00ab\u00a0piller\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Son destin litt\u00e9raire l&rsquo;appelle \u00e0 Paris fin 1847. En 1848, il \u00e9crit un roman historique qu&rsquo;il ne parviendra jamais \u00e0 faire publier int\u00e9gralement.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;occuper le bas de la une du <em>Si\u00e8cle<\/em>, de <em>La Presse<\/em> ou du <em>Constitutionnel<\/em>, un feuilletoniste d\u00e9butant doit d\u00e9marcher d&rsquo;abord les revues \u00e0 faible diffusion, les journaux en perte de vitesse (Ponson commence ainsi par collaborer au <em>Courrier fran\u00e7ais<\/em>, \u00e0 <em>La Mode<\/em> et au <em>Moniteur du soir<\/em>) ou encore les journaux nouveaux-n\u00e9s, comme <em>Le Temps<\/em>, <em>L&rsquo;Opinion publique<\/em>, <em>L&rsquo;Assembl\u00e9e nationale<\/em> &#8211; royaliste &#8211; ou le <em>Journal des demoiselles<\/em>, dont les portes s&rsquo;ouvrent \u00e9galement pour lui \u00e0 partir de 1849-1852.<\/p>\n<p>Il publie son premier r\u00e9cit, <em>La Vraie Icarie<\/em> &#8211; d\u00e9non\u00e7ant au passage le p\u00e9ril socialiste -, dans <em>L&rsquo;Opinion publique<\/em> en 1849&#8230; sans \u00eatre pay\u00e9, car le journal traverse des difficult\u00e9s financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Ponson prend aussi le temps de lire &#8211; en particulier Edgar Poe, que Baudelaire traduit dans <em>Le Pays<\/em> &#8211; et de mener des recherches historiques en France et en Europe.<\/p>\n<p>Son souci de nourrir ses romans d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9 (en s&rsquo;attachant aux d\u00e9tails de la grande Histoire) est renforc\u00e9 par l&rsquo;amendement Riancey en ao\u00fbt 1850, qui taxe d&rsquo;un timbre de un centime tout journal publiant un roman-feuilleton. Afin de contourner cette censure masqu\u00e9e qui dure jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9but 1852, les journaux transforment leurs feuilletons en r\u00e9cits de voyage ou r\u00e9cits historiques, plus ou moins fantaisistes. Ponson s&rsquo;engouffre dans la br\u00e8che. Il commence \u00e0 \u00e9crire pour <em>La Patrie<\/em> (bonapartiste) en 1852. C&rsquo;est dans ce journal que paraissent en 1857 les premiers <em>Drames de Paris<\/em> mettant en sc\u00e8ne Rocambole. Le titre de la s\u00e9rie \u00e9voque clairement <em>Les Myst\u00e8res de Paris<\/em> d&rsquo;Eug\u00e8ne Sue, ce mod\u00e8le dont Ponson efface la gloire au milieu des ann\u00e9es 1850 (1).<\/p>\n<p>Les <em>Drames de Paris<\/em> ne doivent initialement contenir qu&rsquo;une centaine d&rsquo;\u00e9pisodes. En r\u00e9alit\u00e9, la mort viendra surprendre Ponson quatorze ann\u00e9es plus tard, alors qu&rsquo;il n&rsquo;a pas tout dit sur Rocambole ! Dans le premier \u00e9pisode, <em>L&rsquo;H\u00e9ritage myst\u00e9rieux<\/em>, un orphelin de douze ans appara\u00eet au milieu du r\u00e9cit : Joseph Fipart alias Rocambole (mot qui signifie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00ab\u00a0p\u00e9cadille\u00a0\u00bb&#8230; et est aussi une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;oignon ! Rocambole est aussi piquant que ce l\u00e9gume). Petit truand, il va devenir peu \u00e0 peu le personnage central du feuilleton : d&rsquo;abord voleur associ\u00e9 au club des \u00ab\u00a0Valets de coeur\u00a0\u00bb de sir Williams, purifi\u00e9 par son passage au bagne et devenu redresseur de torts, mort puis ressuscit\u00e9 dans <em>La r\u00e9surrection de Rocambole<\/em> sous la pression des lecteurs et d&rsquo;un directeur de <em>La Patrie<\/em>, Rocambole incarne presque le personnage de l&rsquo;aventurier sans scrupules qui voit son apog\u00e9e sous le Second Empire, dans le sillon de Napol\u00e9on III et de la grande bourgeoisie qui se sont empar\u00e9s du pouvoir.<\/p>\n<p>Ponson s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 Paris, 59 rue des Petites-\u00c9curies, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1850. Il aime fr\u00e9quenter les th\u00e9\u00e2tres et restaurants des grands boulevards avec ses amis Aubryet, Aur\u00e9lien Scholl, Jules Claretie : le caf\u00e9 Riche, Tortoni, le caf\u00e9 Anglais, Dinocheau (\u00e0 l&rsquo;angle des rues Br\u00e9da &#8211; Henri Monnier &#8211; et de Navarin) lorsqu&rsquo;il est membre actif de la Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres \u00e0 partir de 1854. Il participe aux \u00ab d\u00eeners des Treize \u00bb, qui rassemblent F\u00e9val, Malot, Ponson, Claretie, etc. \u00e0 l&rsquo;initiative de l&rsquo;\u00e9diteur Dentu, dans des restaurants comme Bonvallet, Maire, Notta.<\/p>\n<p>Il s\u00e9journe au ch\u00e2teau de la Rennerie pr\u00e8s de Fay-aux-loges en Sologne apr\u00e8s son mariage en 1860 et dans la maison des Charmettes \u00e0 Donnery, \u00e0 partir de 1861, o\u00f9 il aime chasser et situer des \u00e9pisodes de ses feuilletons.<\/p>\n<p>Comme tout bon feuilletonniste, Ponson cr\u00e9e son propre journal, <em>Les Coulisses du monde<\/em>, en 1861 (il s&rsquo;\u00e9teint d\u00e9but 1865). Un pas de plus vers la \u00ab\u00a0r\u00e9putation\u00a0\u00bb, apr\u00e8s avoir remport\u00e9 l&rsquo;\u00e9tape de la r\u00e9ussite sociale. Un autre est franchi en 1864 avec ses premiers succ\u00e8s au th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet et au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ambigu.<\/p>\n<p>En remerciement pour ses feuilletons \u00ab\u00a0politiquement corrects\u00a0\u00bb publi\u00e9s entre autre dans le <em>Petit Moniteur<\/em> (bonapartiste) et le <em>Petit Journal<\/em>, Ponson re\u00e7oit la L\u00e9gion d&rsquo;honneur en 1866, en m\u00eame temps que Gustave Flaubert.<\/p>\n<p>\u00c0 tout seigneur, tout honneur, il s&rsquo;installe \u00e0 la fin du Second Empire dans une belle propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 Auteuil, au N\u00b015 (ancien n\u00b011) de la rue Erlanger.<\/p>\n<p>Il d\u00e9c\u00e8de en janvier 1871.<\/p>\n<p>(1) : Les deux hommes sont de bords politiques oppos\u00e9s. En 1848, Sue r\u00eavait de socialisme, Ponson \u00e9tait en juin garde national combattant contre les insurg\u00e9s. En 1851, Sue s&rsquo;est exil\u00e9 \u00e0 Annecy. Ses <em>Myst\u00e8res du peuple<\/em> sont condamn\u00e9s en justice en 1857, ann\u00e9e de parution des premiers <em>Drames de Paris<\/em>. Entre 1851 et 1870, le roman populaire &#8211; Rocambole en t\u00eate, suivi par des h\u00e9ros de F\u00e9val, Capendu, etc. -, de social sinon socialiste, devient conformiste sinon conservateur. \u00c0 la diff\u00e9rence des oeuvres de Sue ou Sand, Rocambole ne remet aucunement en cause le fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9. Rocambole pr\u00e9tend lui-m\u00eame ne pas avoir d&rsquo;opinion politique.<\/p>\n<p><strong>Petite bibliographie.<\/strong><br \/>\nPr\u00e9face aux <em>Exploits de Rocambole<\/em> (Robert Laffont, collection Bouquins), par Laurent Bazin.<br \/>\n<em>Histoire du roman populaire en France<\/em>. Yves Olivier-Martin, Albin Michel, 1980.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLa vie est un champ de bataille o\u00f9, pour triompher, il est n\u00e9cessaire de faire quelques victimes, ce [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[19,17,20],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/231"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=231"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/231\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6023,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/231\/revisions\/6023"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}