{"id":260,"date":"2003-09-01T00:00:00","date_gmt":"2003-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/09\/01\/muriel-cerf\/"},"modified":"2003-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2003-08-31T22:00:00","slug":"muriel-cerf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/09\/01\/muriel-cerf\/","title":{"rendered":"Muriel CERF"},"content":{"rendered":"<p>A l&rsquo;occasion du lancement de la version 2 du site Terres d&rsquo;\u00e9crivains en 1999, Muriel Cerf nous a adress\u00e9 le texte suivant en signe d&rsquo;amiti\u00e9 :<\/p>\n<p><strong>DE LA PIERRE A LA CHAIR<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab Borobudur. Vu d&rsquo;avion, un mandala p\u00e9trifi\u00e9. Superposition de terrasses, quatre carr\u00e9es \u00e0 plan redent\u00e9 domin\u00e9es par trois rondes o\u00f9 les soixante-douze Bouddhas m\u00e9ditent sous leur stupa en forme de cloche treilliss\u00e9e. (&#8230;)<br \/>\n<br \/>\u00ab Je circumambule autour de cette \u00e9norme colline ma\u00e7onn\u00e9e o\u00f9 les bouddhas pass\u00e9s pr\u00e9sents et \u00e0 venir n&rsquo;en finissent pas de se raconter, en frises oc\u00e9aniques, encyclop\u00e9diques, et en suivant la vie de l&rsquo;Eveill\u00e9 de sa naissance \u00e0 la pr\u00e9dication dans le parc aux Gazelles, en red\u00e9couvrant un par un les \u00e9pisodes des dj\u00e2takas et en accompagnant le prince Siddharta dans sa qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, je per\u00e7ois peu \u00e0 peu autour de moi le remue m\u00e9nage assourdi, le tintamarre fig\u00e9 d&rsquo;une cour indienne qui vient de se r\u00e9veiller et se remet \u00e0 vivre au ralenti, encore tout alanguie d&rsquo;un sommeil de douze cents ans. Son et lumi\u00e8re commence sur Borobudur pour moi toute seule ; c&rsquo;est un orchestre entier qui m&rsquo;accompagne, de plus en plus formidable au fur et \u00e0 mesure que j&rsquo;approche du stupa terminal. Aux tendres papotages des dames du palais se m\u00ealent les notes isol\u00e9es des longues harpes courbes en forme d&rsquo;arc, les vinas qu&rsquo;on accorde, puis r\u00e9sonnent les \u00e9tincelles m\u00e9talliques des xylophones, cascadent les gammes du suling comme des perles rebondissant sur du verre, grince la musiquette acide des calebasses frott\u00e9es par les archets de bambou, mugit la conque qui ouvre les combats, sonnent les cymbales qui font fuir les chiens de Yama au fond des huit grands enfers ; et tout le chant de l&rsquo;Asie me passe \u00e0 travers&#8230; \u00bb (Le Diable Vert<\/em>, Mercure de France).<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit ces lignes en 1975, au retour de mon second voyage en Asie. Je n&rsquo;ai jamais quitt\u00e9 l&rsquo;Asie, ses villes en \u00e9chiquier, ses temples qui sont des labyrinthes (celui de Borobudur est un d\u00e9dale ext\u00e9rieur, mur\u00e9 contre le ciel, scell\u00e9 comme le sourire des bouddhas). Dans le livre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, <em>Servantes de l&rsquo;Oeil<\/em> (\u00e9crit \u00e0 Meudon-Bellevue, circa 1995-1998), une boucle se boucle avec une coh\u00e9rence qui ne m&rsquo;est apparue flagrante qu&rsquo;a posteriori : <\/p>\n<p><em>\u00ab Elle se retourna avec un g\u00e9missement d&rsquo;enfant puni, d\u00e9couvrit la courbe r\u00e9tractile du ventre o\u00f9, des flancs \u00e9troits au renflement du sexe glabre, le charme tib\u00e9tain d\u00e9clinait l&rsquo;estompe concentrique de ses disques radieux, et dans l&rsquo;or, l&rsquo;argent, le bleu et le pourpre, ses montagnes sinueuses, ses flammes br\u00e8ves, ses sceptres dard\u00e9s, l&rsquo;entrelacs t\u00e9nu de ses scorpions et de ses d\u00e9mons.<br \/>\nEn deux semaines, le tatoueur d&rsquo;Anvers avait ex\u00e9cut\u00e9 avec une minutie toute flamande son travail d&rsquo;enlumineur&#8230; \u00bb (Servantes de l&rsquo;Oeil<\/em>, Actes Sud)<\/p>\n<p>C&rsquo;est un autre mandala, un autre Borobudur que cette \u00ab\u00a0Vision secr\u00e8te du 5\u00e8me dala\u00ef lama\u00a0\u00bb, reproduite, inscrite dans la chair d&rsquo;une femme, et sans doute ce livre-l\u00e0 n&rsquo;est-il que la r\u00e9ponse \u00e0 mes premiers livres &#8211; le regard ici plonge dans nos souterrains, parcourt nos entrailles et bas-fonds, c&rsquo;est une mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;oeil, c&rsquo;est le passage par les t\u00e9n\u00e8bres qu&rsquo;il doit percer pour retrouver la lumi\u00e8re et la cl\u00e9, ce dehors o\u00f9 s&rsquo;\u00e9panouit la corolle de pierre du temple bouddhiste, le jour inlassable, l&rsquo;impalpable enfin, la gr\u00e2ce qu&rsquo;on ne peut dire et dont, ce qu&rsquo;on \u00e9prouve d&rsquo;abord, c&rsquo;est la consolation :<\/p>\n<p><em>\u00ab Borobudur, troublante jungle morte referm\u00e9e sur une fulgurante r\u00e9v\u00e9lation, qui ne reste l\u00e0 que pour t\u00e9moigner d&rsquo;un savoir oubli\u00e9 depuis l&rsquo;enfance du monde. Dans Borobudur-citadelle, pas une faille, mais une \u00e9nigme compacte et sombre comme le tuf volcanique qui, au lieu d&rsquo;irriter, inexplicablement rassure. \u00bb (Le Diable Vert<\/em>, Mercure de France)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1499\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_BrBoro_1-2.jpg\" alt=\"BrBoro_1-2.jpg\" align=\"center\" width=\"336\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_BrBoro_1-2.jpg 336w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_BrBoro_1-2-300x223.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 336px) 94vw, 336px\" \/><\/p>\n<p>Dire seulement : continuer d&rsquo;avancer, le chemin est la seule n\u00e9cessit\u00e9, avancer dans l&rsquo;ombre sans se demander quand elle se dissipera : elle l&rsquo;est depuis que vous avez commenc\u00e9 le parcours. <\/p>\n<p>Muriel Cerf, pour Terres d&rsquo;\u00e9crivains (ao\u00fbt 1999).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;occasion du lancement de la version 2 du site Terres d&rsquo;\u00e9crivains en 1999, Muriel Cerf nous a [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1499,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[33],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/260"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=260"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/260\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}