{"id":267,"date":"2003-09-01T00:00:00","date_gmt":"2003-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/09\/01\/chantal-portillo\/"},"modified":"2003-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2003-08-31T22:00:00","slug":"chantal-portillo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/09\/01\/chantal-portillo\/","title":{"rendered":"Chantal PORTILLO"},"content":{"rendered":"<p>Pour la sortie de la version 2 du site (1999), Chantal a parcouru son quartier, plume et appareil photo \u00e0 la main, et nous a fait le beau cadeau qui suit.<\/p>\n<hr \/>\n<p>D&rsquo;abord, il y a la danse guerri\u00e8re des rollers sur le bitume de l&rsquo;esplanade. Leurs sauts sur un tremplin de fortune comme s&rsquo;ils grimpaient encore une fois \u00e0 l&rsquo;assaut de la Bastille dans les bras du g\u00e9nie d&rsquo;or de la libert\u00e9. Elle veille sur le quartier, la libert\u00e9. La seule forteresse ici est sous le portique de marbre antracite, le temple lyrique aux marches innombrables. Elles h\u00e9bergent les badauds. Ils attendent. M\u00eame dans le froid. En plein soleil. En pleine nuit. Seule la pluie violente et violeuse les chasse. L&rsquo;op\u00e9ra. Le point de ralliement des rollers, des motards, des manifs, des concerts. Une autre mani\u00e8re de r\u00e9sister. On chante aussi la libert\u00e9. <\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1506\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal.jpg\" alt=\"chantal.jpg\" align=\"center\" width=\"490\" height=\"177\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal.jpg 490w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal-300x108.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 490px) 94vw, 490px\" \/><\/p>\n<p>De l&rsquo;op\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;esplanade traverser est une aventure. On avance un pied prudent. Les t\u00eates tournent. On regarde attentivement de tous les c\u00f4t\u00e9s. Autour de la colonne du g\u00e9nie, la place foisonne de bus, de voitures, de deux-roues. Les v\u00e9hicules arrivent en tous sens\u00a0: de Richard-Lenoir, de La Roquette, du Faubourg Saint-Antoine, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 vers la gare de Lyon, et du Marais. Malgr\u00e9 les feux tricolores, on paie l&rsquo;octroi. On traverse. En deux fois. C&rsquo;est le pays du Haut. Celui du bruit, de la foule. <\/p>\n<p>Sur l&rsquo;esplanade, j&rsquo;approche la haute grille d&rsquo;argent. Je m&rsquo;y arr\u00eate un moment. Elle enserre les rails du m\u00e9tro a\u00e9rien suspendu au-dessus du canal Saint-Martin qui a plong\u00e9 sous terre. Les portes des wagons s&rsquo;ouvrent, d\u00e9versent une troupe serr\u00e9e qui ne peut s&#8217;emp\u00eacher de glisser un regard vers les grandes baies vitr\u00e9es sur le port. J&rsquo;admire une for\u00eat de profils. La fatigue, le stress le plus tenace ne tuent pas ce bref bonheur\u00a0: la grande flaque d&rsquo;eau du port et ses bateaux. <\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1507\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal2.jpg\" alt=\"chantal2.jpg\" align=\"center\" width=\"586\" height=\"209\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal2.jpg 586w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/09\/jpg_chantal2-300x107.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 586px) 94vw, 586px\" \/><\/p>\n<p>Je descends la petite route pentue sertie de gros pav\u00e9s parisiens. Je chemine, en suivant le parapet, vers ma plage. J&rsquo;escalade la grille courte et verte. Le jardin de l&rsquo;Arsenal est ferm\u00e9 la nuit, pas le jour. Mais j&rsquo;aime escalader, sentir entre mes jambes la chaleur recel\u00e9e par le fer. Il est ti\u00e8de ou br\u00fblant. Les yeux ferm\u00e9s je peux reconna\u00eetre les fleurs qui ponctuent mon parcours. Les hibiscus bleus et les tonnelles recouvertes de bignones \u00e9clatantes qui captent le moindre \u00e9clat du soleil. \u00ab\u00a0Au Grand Bleu\u00a0\u00bb, sous son dais de platanes, dans un fauteuil de plastique vert, je savoure des bulles et du citron en r\u00eavant de la mer. Je m&rsquo;approche du bord et je respire de toutes mes forces l&rsquo;odeur de l&rsquo;eau saum\u00e2tre. En face de moi, l&rsquo;\u00e9cluse de l&rsquo;Arsenal, \u00e0 ma droite, le port, \u00e0 ma gauche \u00ab\u00a0Le Grand Bleu\u00a0\u00bb, derri\u00e8re moi, le sombre goulet du canal Saint-Martin. Je me retourne rarement avant d&rsquo;arriver, apr\u00e8s la capitainerie, au pont m\u00e9tallique qui s&rsquo;ouvre en deux, au milieu, comme deux bras pour accueillir les bateaux. J&rsquo;essaie de rester le plus longtemps possible jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une voix de femme \u00e9galement m\u00e9tallique, n\u00e9e de la chaleur sans doute, m&rsquo;intime l&rsquo;ordre de quitter le pont. Je reviens sur le quai \u00e0 regret. Je file tr\u00e8s vite en franchissant la pancarte \u00ab\u00a0interdit aux pi\u00e9tons\u00a0\u00bb, sur l&rsquo;\u00e9troit passage qui m\u00e8ne vers la Seine. Je vais vers la mer et cette maison bizarre recluse entre la Seine, l&rsquo;\u00e9cluse, le m\u00e9tro d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un pont de l&rsquo;autre. La maison de l&rsquo;\u00e9clusier, inhabit\u00e9e aujourd&rsquo;hui, dans cette zone glauque pour paum\u00e9s du dimanche et sans-abris quotidiens, graffitis \u00e0 l&rsquo;appui. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle fait toute seule \u00e0 regarder s&rsquo;ouvrir l&rsquo;\u00e9cluse, passer les bateaux\u00a0? Elle ne verra jamais la mer. Il suffirait de peu pour qu&rsquo;elle soit pimpante. Quelques fleurs, un sourire \u00e0 une fen\u00eatre. Mais elle suinte de tristesse. Des grilles aux fen\u00eatres, la porte dissuasive, la pierre aust\u00e8re, le soleil m\u00eame ne la r\u00e9chauffe pas. Une sentinelle sans espoir. Je lui envoie un baiser en passant, \u00e0 pleine main. Je continue ma route. Je ralentis mon pas. La lumi\u00e8re s&rsquo;annonce. Au tournant, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9blouissement\u00a0: la Seine. Immense. Sans limite. Aveugl\u00e9e soudain, terriblement heureuse, le coeur battant de je sais quel \u00e9moi, je cligne des yeux humides, les doigts imperceptiblement tremblants, en visi\u00e8re\u00a0: l\u00e0-bas, la vigie \u00e0 la fl\u00e8che aussi pure que la lumi\u00e8re, Notre-Dame\u00a0! Derri\u00e8re, c&rsquo;est la mer. <\/p>\n<p>Chantal PORTILLO pour Terres d&rsquo;\u00e9crivains, 31 ao\u00fbt 1999. <\/p>\n<p>Chantal PORTILLO \u00e9crit actuellement, en marchant, <em>Aire d&rsquo;accueil pour gens du voyage<\/em>, son premier roman situ\u00e9 \u00e0 Paris.<br \/>\n<br \/>Ses romans et nouvelles\u00a0:<br \/>\n<br \/><em>\u00c0 Mains nues<\/em> (1995),<br \/>\n<br \/><em>La Paupi\u00e8re du soleil<\/em> et <em>La femme sanguine<\/em> (1996),<br \/>\n<br \/><em>Les chercheurs de Sel<\/em> (1997),<br \/>\n<br \/><em>La femme pluie<\/em> (1999).<br \/>\nElle participe \u00e9galement \u00e0 des travaux d&rsquo;\u00e9criture dans le quartier Saint-Maur-Oberkampf \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la sortie de la version 2 du site (1999), Chantal a parcouru son quartier, plume et appareil [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1506,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/267"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/267\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}