{"id":269,"date":"2004-05-03T12:19:26","date_gmt":"2004-05-03T10:19:26","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/05\/03\/hirson\/"},"modified":"2004-05-03T12:19:26","modified_gmt":"2004-05-03T10:19:26","slug":"hirson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/05\/03\/hirson\/","title":{"rendered":"Hirson"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1508\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso3.jpg\" alt=\"hirso3.jpg\" align=\"center\" width=\"470\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso3.jpg 470w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso3-300x198.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 470px) 94vw, 470px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L&rsquo;horizon se coupe brusquement devant des p\u00e2turages bocagers entour\u00e9s de haies ; des rivi\u00e8res sillonnent le sol argileux, des cours d&rsquo;eau se perdent dans les sous-bois o\u00f9 jaillissent des sources fra\u00eeches d&rsquo;une extraordinaire puret\u00e9 auxquelles se rattachent de gracieuses l\u00e9gendes.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>Paule Roy, <em>Clart\u00e9s sur ma Picardie<\/em>.<\/p>\n<p>\t6H33, gare routi\u00e8re de Laon.<br \/>\n<br \/>En route pour Hirson, au fin fond du d\u00e9partement.<br \/>\n\tL&rsquo;autocar de la S.NC.F file tranquille sur la nationale 2, per\u00e7ant au passage quelques \u00e9charpes brumeuses. Studieux comme l&rsquo;\u00e9colier aux premi\u00e8res loges, je suis l&rsquo;itin\u00e9raire, \u00e0 l&rsquo;aide de ma carte pos\u00e9e sur les genoux.<br \/>\n<br \/>Le chauffeur, muet comme une carpe, \u00e9coute, sur les ondes, la voix rauque de Joe Cooker. A bord, trois coutumiers du trajet somnolent, insensibles au path\u00e9tique. <\/p>\n<p>Au loin, des touches d&rsquo;un vert sombre signalent d\u00e9j\u00e0 les contours estomp\u00e9s de la vall\u00e9e de la Serre, modeste affluent de l&rsquo;Oise.<br \/>\n\tQuelques flocons de nuages \u00e0 l&rsquo;horizon, potel\u00e9s et cr\u00e9meux \u00e0 tenter la main, s&rsquo;arrondissent au-dessus de champs dor\u00e9s, quasi m\u00fbrs pour la faux.<br \/>\n<br \/>La route bombe par endroits, descend dans l&rsquo;obscurit\u00e9 des futaies pour mieux rena\u00eetre dans la douce lumi\u00e8re du jour.<br \/>\n\tDe temps \u00e0 autre, une ferme massive, ancr\u00e9e au milieu des terres.<br \/>\n\tSouvenirs fugaces des jours heureux,\u00a0\u00bblorsqu&rsquo;on partait de bon matin\u00a0\u00bb, le c\u009cur en f\u00eate.<\/p>\n<p>Je traverse Marle encore assoupie. Le paysage, insensiblement, change d&rsquo;aspect.<br \/>\n\tLa route s&rsquo;incurve, la terre se plisse ici ou l\u00e0. Des haies escaladent les collines, longent les rideaux, s&rsquo;\u00e9clairent de la lueur p\u00e2le des sureaux.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;aborde Vervins. Sur la grande route de contournement, d\u00e9ferlent, dans l&rsquo;autre sens, des camions venus de Belgique.<br \/>\n\tLe Chaudron, hameau travers\u00e9 par le Thon, modeste rivi\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 quelques hirondelles matinales et joyeuses, en chasse au ras des toits, improvisent des parafes aigus.<br \/>\n<br \/>Hirson enfin, reconnue gr\u00e2ce \u00e0 la figure famili\u00e8re de la rotonde ferroviaire, dominant la gare de triage.<br \/>\n\tVille vainement frontali\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;aire de l&rsquo;Europe, centre d&rsquo;excursions o\u00f9 l&rsquo;Oise, \u00e0 peine naissante et capricieuse comme un cabri, invite \u00e0 de lointaines aventures.<\/p>\n<p>Au caf\u00e9 de Paris, les chaises ne sont pas encore descendues des tables.<br \/>\n\t\u00c2cres relents de tabac, de bi\u00e8re et de graillon m\u00eal\u00e9s.<br \/>\n\tLe patron, en pantalon de pyjama, absorb\u00e9 dans la lecture du journal local, muet lui aussi. <img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1509\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso5.jpg\" alt=\"hirso5.jpg\" align=\"center\" width=\"430\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso5.jpg 430w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso5-300x216.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 430px) 94vw, 430px\" \/><\/p>\n<p>Bienvenu \u00e0 Hirson, connue pour son r\u00e9seau de chemin de fer, ses inondations remarquables. Ville des forges et des fonderies, sur la route \u00ab\u00a0Charlemagne\u00a0\u00bb, partag\u00e9e entre sa vocation naturellement agricole et ses pr\u00e9occupations industrielles, ultime \u00e9tape avant les escapades nocturnes en Belgique.<\/p>\n<p>Je prends un caf\u00e9 noir, avant la route, ose briser le silence ambiant d&rsquo;une question ouverte. \tComment rejoindre l&rsquo;Axe Vert et rallier Guise, par l&rsquo;ancienne voie ferr\u00e9e ?<br \/>\n\tL&rsquo;intention surprend. Monsieur \u00ab\u00a0Pyjama\u00a0\u00bb d\u00e9bite n\u00e9anmoins des noms de rue, une ou deux directions, avec force d\u00e9tails et points de rep\u00e8re. Flot de paroles qui surprend, apr\u00e8s les premiers instants de m\u00e9fiance. Il suffisait de gratter un peu, d&rsquo;\u00e9corner la carapace. Apprivois\u00e9, il s&rsquo;\u00e9tonne du choix, me verrait bien prendre la direction oppos\u00e9e, plus riche culturellement, jeter mon d\u00e9volu sur l&rsquo;abbaye b\u00e9n\u00e9dictine Saint-Michel, qui r\u00e9sonne encore de l&rsquo;\u00e9cho de ses moines d\u00e9fricheurs, parcourir, \u00e0 une lieue d&rsquo;ici, vers le Nord, les all\u00e9es de la for\u00eat communale.<br \/>\n<br \/>Le discours, digne d&rsquo;un employ\u00e9 de l&rsquo;Office de Tourisme, ne me d\u00e9tournera pas du chemin trac\u00e9. Je conclus  secr\u00e8tement que les moines n&rsquo;ont pas tout d\u00e9frich\u00e9, qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9 une part de myst\u00e8re \u00e0 d&rsquo;autres aventures sur les sentiers obscurs, bord\u00e9s de foug\u00e8res et de pr\u00eales.<\/p>\n<p>Choisir, c&rsquo;est apprendre \u00e0 renoncer. Ma route empruntera donc l&rsquo;ancienne voie du tortillard, transform\u00e9e en chemin touristique, suivra les contours de l&rsquo;Oise, d&rsquo;Est en Ouest.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;apprenais plus tard, sur un fascicule touristique, qu&rsquo;elle avait pris naissance quelque part en Belgique, dans la p\u00e9nombre du bois de Chimay. Une eau noircie des r\u00e9sidus de bois br\u00fbl\u00e9 des bas fourneaux d&rsquo;o\u00f9 les ma\u00eetres des forges tiraient les haches, priv\u00e9e de lumi\u00e8re, peupl\u00e9e de divinit\u00e9s pa\u00efennes.<br \/>\n<br \/>La rivi\u00e8re ici, simple ornement du paysage, fait fi des fronti\u00e8res, cabriole sous le pont, avec une apparente docilit\u00e9, loin d&rsquo;avoir l&rsquo;allure imp\u00e9riale, qu&rsquo;on lui conna\u00eet du c\u00f4t\u00e9 de Compi\u00e8gne, pr\u00eate \u00e0 toutes les hardiesses et m\u00e9tamorphoses, capable de transformer le lit secondaire et les prairies adjacentes en  vall\u00e9e du Nil.<\/p>\n<p>\t<em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Oise qui agr\u00e9mente la Thi\u00e9rache de ses rives bord\u00e9es de pr\u00e9s o\u00f9 les vaches frisonnes mettent des taches noires et blanches sort des roches anciennes. Dans la nuit des temps, une mer tendue jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occident battait le massif de roche solide, dur et dress\u00e9 \u00ab\u00a0arduus\u00a0\u00bb, l&rsquo;Ardenne. La mer devint plateau crayeux et sur celui-ci s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent vers le Couchant les eaux ruisselant des hauteurs. Sur une large \u00e9pine dorsale, entre les fonds parisiens et les fonds flamands, la course du calcaire est \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb, comme fut une la mer, comme le fut l&rsquo;immense coul\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>, <em>Sourire de la Picardie<\/em>, Ren\u00e9 Normand.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part est laborieux ; s&rsquo;orienter dans la ville avec la carte rel\u00e8ve de la gageure, n\u00e9cessite une bonne vue. Je longe les vestiges du Fort Dubois et quitte provisoirement ma compagne fid\u00e8le, \u00e0 la recherche de la coul\u00e9e verte.<br \/>\n<br \/>Sur l&rsquo;ancienne voie ferr\u00e9e, je me contente d&rsquo;un aller simple pour Sorbais, sans les escarbilles.<br \/>\n<br \/>Navigation facile, pour contempler tout \u00e0 loisir le paysage.<br \/>\n<br \/>Chemin dur o\u00f9 l&rsquo;on sent, sous l&rsquo;herbe rase, la pr\u00e9sence des pierres concass\u00e9es entre les traverses invisibles. Rien ne manque, ni les tables de pique-nique, ni les gares transform\u00e9es en g\u00eetes. Une belle reconversion touristique, qui ne vous met pourtant pas \u00e0 l&rsquo;abri des interminables lignes droites, du labeur monotone des jambes.<br \/>\n<br \/>Village de Neuve Maison, je c\u00e9l\u00e8bre d&rsquo;une rasade d&rsquo;eau mes retrouvailles avec la coquette qui fait des tours et des d\u00e9tours \u00e0 travers un paysage mi-sylvestre, mi-bocager.<br \/>\n<br \/>Au village d&rsquo;Ohis, ignorant les consignes de prudence du topo-guide, je m&rsquo;encanaille sur le pont, interdit d&rsquo;acc\u00e8s.<br \/>\n\tS\u00e9ance de coupe-coupe dans une jungle d&rsquo;orties et de ronces enchev\u00eatr\u00e9es. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Indiana Jones\u00a0\u00bb brave l&rsquo;interdit, s&rsquo;aventure sur le pont en fer, progresse sur les barres rivet\u00e9es et rouill\u00e9es, se satisfait du joli point de vue, maraud\u00e9 sur le viaduc.<br \/>\n<br \/>\u00ab\u00a0Mister Hide\u00a0\u00bb h\u00e9site encore ; son sac \u00e0 dos de douze Kilos pourrait bien lui rappeler, \u00e0 ses d\u00e9pens, la Loi de Newton.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;\u00e9motion pass\u00e9e, je reprends ma longue qu\u00eate \u00e0 travers la Thi\u00e9rache, \u00e0 la recherche de ma premi\u00e8re \u00e9glise fortifi\u00e9e. Le d\u00e9cor alentour, renouvel\u00e9 sans cesse, par\u00e9 de bouquets d&rsquo;arbres, de p\u00e2tures ceintes de haies, titille vos pieds, irr\u00e9sistiblement, vous invite \u00e0 sortir des rails.<br \/>\n<br \/>Prendre les sentiers de traverse, profiter des creux, des sinuosit\u00e9s, des cahots \t\t\tWimy.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;ose un d\u00e9tour, prends \u00e0 droite r\u00e9solument, apr\u00e8s le cimeti\u00e8re.<br \/>\n<br \/>Village \u00e0 l&rsquo;homophone trompeur, rien \u00e0 voir avec la c\u00e9l\u00e8bre bataille, sur fond de moulin.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;endroit est plus modeste, plus paisible, m\u00eame si des ombres passent,\u00a0\u00bblorsqu&rsquo;\u00e9merge un clocher \u00e0 la silhouette hostile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je convoque Marc Blancpain, chroniqueur local, \u00e9clairant les promeneurs d\u00e9concert\u00e9s devant les \u00e9glises \u00e0 usage de ch\u00e2teaux (dont parlent les guides), aux tours coiff\u00e9es en pyramides, aux fl\u00e8ches pr\u00eates \u00e0 jaillir, \u00e0 l&rsquo;angle d&rsquo;une meurtri\u00e8re. Elles sont n\u00e9es, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0de la longue mis\u00e8re des vilains, abandonn\u00e9s \u00e0 la rapacit\u00e9 de la soldatesque\u00a0\u00bb.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;explication est suffisante pour comprendre ici l&rsquo;origine des deux tours cylindriques massives, adoss\u00e9es aux murs lat\u00e9raux, surgies spontan\u00e9ment de la peur. A peine si le portail en arc bris\u00e9, construit en creux et surmont\u00e9 d&rsquo;une fen\u00eatre circulaire, en rehausse l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 guerri\u00e8re.<br \/>\n<br \/>Je m&rsquo;\u00e9loigne ; le clocher, chapeautant le donjon de briques et les toits bleut\u00e9s en poivri\u00e8re, m&rsquo;appara\u00eet comme ridiculement petit. J&rsquo;y mettrais bien volontiers un pont-levis sorti de mon imagerie m\u00e9di\u00e9vale.<br \/>\n<br \/>Sur ma route, toute trac\u00e9e \u00e0 nouveau, sur l&rsquo;ancien ballast, j&rsquo;aborde le village d&rsquo;Etr\u00e9aupont.<br \/>\n<br \/>Unit\u00e9 des tons ; le rouge des maisons \u00e0 l&rsquo;unisson des teintes vertes et jaunes.<br \/>\n<br \/>Vue dominante sur un paysage herbager, empreint de qui\u00e9tude. On doit cultiver l&rsquo;herbe, avec amour, dans le respect du calendrier immuable.<br \/>\n<br \/>A l&rsquo;esprit, les sc\u00e8nes de fenaison, c\u00e9l\u00e9br\u00e9es par Monet, des d\u00e9jeuners sur l&rsquo;herbe aux saveurs de Maroilles et de cidre.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-1510\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso2.jpg\" alt=\"hirso2.jpg\" align=\"left\" width=\"465\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso2.jpg 465w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/05\/jpg_hirso2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 465px) 94vw, 465px\" \/><br \/>\nSorbais, village simple et tranquille.<br \/>\n\tMes h\u00f4tes d&rsquo;un jour truculents, les mets succulents.<br \/>\n\tA la veill\u00e9e, on \u00e9change les recettes, pour ne pas oublier la flamiche au Maroilles fermier, le lapin au cidre, la bi\u00e8re de Chimay.<br \/>\n\tLa nuit, dans la chambre de poup\u00e9e au lit douillet, l&rsquo;estomac se souvient encore du gratin de \u00ab\u00a0patates\u00a0\u00bb, de la tarte au sucre, riche en beurre et du fromage carr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Sorbais<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est ici qu&rsquo;il convient, comme disent les guides gastronomiques, de \u00ab\u00a0faire le d\u00e9tour\u00a0\u00bb. Prenez \u00e0 droite, r\u00e9solument. Au flanc d&rsquo;une vall\u00e9e, le premier donjon de briques surgit soudain comme une sentinelle ; rien ne vous a pr\u00e9venu : on n&rsquo;y voit jamais bien loin, chez nous, car un arbre, un ployeux d&rsquo;\u00e9pines ou un talus suffit toujours \u00e0 cacher la for\u00eat, le village ou l&rsquo;\u00e9glise. Trapu ce donjon rouge coiff\u00e9 d&rsquo;ardoises bleues, solidement plant\u00e9 dans le sol de glaise, sorti de ce sol m\u00eame &#8211; comme une plante puisque les communaut\u00e9s de villageois b\u00e2tisseurs ont pris sur place argile et bois de chauffe &#8211; rude et simplet mais s\u00e9rieux et r\u00e9solu, semble-t-il, \u00e0 prot\u00e9ger, quoique qu&rsquo;il puisse advenir, son assembl\u00e9e de mis\u00e9rables \u00ab\u00a0cassines\u00a0\u00bb et de bonnes fermes !\u00a0\u00bb<\/em>, Marc Blancpain,  <em>\u00c9glises fortifi\u00e9es de la Thi\u00e9rache<\/em>.<\/p>\n<p><strong>En route pour Guise<\/strong><\/p>\n<p>\tJe suis parti de bon matin apr\u00e8s avoir remerci\u00e9 le couple, \u00e0 l&rsquo;accueil flamand.<br \/>\n<br \/>C&rsquo;est la belle heure pour la promenade. J&rsquo;assiste \u00e0 la joie simple des oiseaux renouant avec le jour ; les martinets virevoltent d\u00e9j\u00e0, comme des aviateurs intr\u00e9pides.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;ai renonc\u00e9 encore \u00e0 prendre les chemins cisel\u00e9s par le ruissellement des rus et le passage des hommes. Je me suis fix\u00e9 d&rsquo;atteindre Guise \u00e0 la fin de la journ\u00e9e. La marche \u00e0 nouveau orient\u00e9e, programm\u00e9e.<br \/>\n<br \/>Le pont franchi, je retrouve la \u00ab\u00a0Voie Royale\u00a0\u00bb : l&rsquo;Axe Vert, coinc\u00e9 entre la modeste d\u00e9partementale et la rivi\u00e8re, n\u00e9 de la fermeture de la ligne de chemin de fer, reliant Guise \u00e0 Hirson. Les longs convois de marchandises, \u00e0 la suite des trains de voyageurs, s&rsquo;\u00e9taient tus, dans un dernier sursaut de vapeur.<br \/>\n<br \/>Sur les petits trains de province, se faufilant dans la ros\u00e9e et invitant au perp\u00e9tuel voyage, il me revient un po\u00e8me de Roger Bataille. <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230; Une machine est l\u00e0 qui susurre et somnole<br \/>\n<br \/>Une face se montre et rabaisse le store&#8230;<br \/>\n<br \/>Et la petite gare o\u00f9 tinte une carriole &#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\tDe station en station, j&rsquo;aper\u00e7ois l&rsquo;Oise fantasque.<br \/>\n<br \/>Les vaches friponnes, enivr\u00e9es dans leurs p\u00e2tures, pi\u00e9tinent, s&rsquo;enfoncent dans les pataugeoires du cours d&rsquo;eau, de leurs quatre sabots.<br \/>\n<br \/>Fronts t\u00eatus, queues transform\u00e9es en balancier de m\u00e9tronome&#8230;<br \/>\n<br \/>Autreppes, premier village dans la douceur du jour.<br \/>\n<br \/>Eglise, construite sur le plan d&rsquo;une croix latine.<br \/>\n<br \/>Donjon modeste, flanqu\u00e9 de mignonnettes tours arrondies. Il rappelle la pr\u00e9carit\u00e9 des lieux, les lendemains incertains, l&rsquo;angoisse des anc\u00eatres lorsque, redoutant le passage d&rsquo;une horde, ils se repliaient sur leur maigre fortune.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230; Les signaux r\u00e9guliers dans le dortoir des nuits<br \/>\n<br \/>Des appels myst\u00e9rieux que l&rsquo;on ne comprend pas &#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\tUn peu plus loin, \u00e0 la gare suivante, c&rsquo;est Saint-Algis, avec son \u00e9glise dominant la vall\u00e9e. \tLe donjon, devant la nef, semble avoir pouss\u00e9 comme une excroissance.<br \/>\n\tLes maisons, tout autour, lui font corps.<br \/>\n<br \/>Et puis c&rsquo;est Erloy encore, que l&rsquo;on devine au loin, sur les hauteurs, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rive, dans un d\u00e9cor verdoyant.<br \/>\n<br \/>Silence, lenteur, royaume des grandes p\u00e2tures et des naseaux humant dans la terre nourrici\u00e8re.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;y vois un d\u00e9cor, digne des \u00e9crits de l&rsquo;historien Ernest Lavisse, quand il regrettait l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des herbagers,  juste avant que le chemin de fer (disparu \u00e0 pr\u00e9sent) ne vienne vider le monde rural. \tIl serait surpris, aujourd&rsquo;hui, de voir la \u00ab\u00a0raie noire du chemin de fer\u00a0\u00bb se couler dans le vert.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je viens de faire \u00e0 Erloy mon p\u00e8lerinage de chaque ann\u00e9e&#8230; J&rsquo;ai revu le vieux moulin, mais sa derni\u00e8re heure approche ; un industriel de Fourmies, qui l&rsquo;acheta cette ann\u00e9e, transforme en villa la maison du meunier, avec bow-windows, bien entendu. Le tic tac s&rsquo;est tu pour toujours. Autreppes, Saint-Algis, Erloy sonnent encore l&rsquo;Ang\u00e9lus chacun \u00e0 son heure dite, mais il n&rsquo;y a plus de vacher pour l&rsquo;entendre ; la commune a vendu sa prairie, et des piquets noirs mal \u00e9quarris, porteurs de fils de fer rouill\u00e9 morcellent l&rsquo;\u00e9tendue verte que mon regard autrefois embrassait. Au pied de Saint-Algis, un petit chemin de fer trace une raie noire. Les champs ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des p\u00e2tures, et la rouille mange des socs de charrue dans des coins morts de hangars.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>Ernest Lavisse, <em>Souvenirs<\/em>, 1912.<\/p>\n<p>\t\tApr\u00e8s Saint-Algis, le lieu-dit de la Laiterie dont la toponymie me renvoie, en \u00e9chos, au tintement des bidons, aux cris affectueux des fermi\u00e8res.<br \/>\n<br \/>Je vois encore quelque ferme isol\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;allure de forteresse civile, d\u00e9testant sans doute le voisinage de la route. J&rsquo;imagine le regard du ma\u00eetre, chaque jour que fait le soleil, debout sur le perron et embrassant l&rsquo;\u00e9tendue de ses biens ; les \u00e9tables qui fument dans la fra\u00eecheur du petit jour, les remises o\u00f9 attendent la charrue et le cabriolet pour l&rsquo;inspection g\u00e9n\u00e9rale et la surveillance des travaux de fenaison, les granges o\u00f9 dort la promesse d&rsquo;autres matins combl\u00e9s, les sacs de pommes.<br \/>\n<br \/>C&rsquo;est Englancourt que je distingue \u00e0 pr\u00e9sent, sur les \u00e9tagements de la colline, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice fortifi\u00e9, corpulent pour son cas, \u00e0 tel point que l&rsquo;\u009cil du citadin niais pourrait le confondre avec une vieille sentinelle, dress\u00e9e sur une motte f\u00e9odale, \u00e0 l&rsquo;ombre des for\u00eats de Chigny et de R\u00e8gneval.<\/p>\n<p>Vers seize heures, j&rsquo;entre en gare de Marly-Gomont.<br \/>\n<br \/>Devant le b\u00e2timent, en briques aust\u00e8res, reconverti en g\u00eete, des randonneurs assagis ont pos\u00e9 sacs et bagages. Ils ont d\u00e9ploy\u00e9, sur les files \u00e0 linge, tous les signes patents d&rsquo;une aisance tranquille. La table, garnie de victuailles, me fait penser \u00e0 ces longues tabl\u00e9es de saisonniers apr\u00e8s les travaux des champs.<br \/>\n<br \/>Le temps d&rsquo;un salut amical, me voil\u00e0 propuls\u00e9 sur la voie &#8230; Proisy, Romery, Beaurain. Le train n&rsquo;arr\u00eate pas pour si peu.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Oh ! les wagons \u00e9teints o\u00f9 l&rsquo;on entend des souffles !<br \/>\n<br \/>La palpitation des lampes au voile bleu &#8230;<br \/>\n<br \/>Le train qu&rsquo;on croise et qui nous dit qu&rsquo;il souffre&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\tJ&rsquo;ai quand m\u00eame fait un arr\u00eat \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Beaurain, par la petite route.<br \/>\n<br \/>Diff\u00e9rente par son implantation, car situ\u00e9e entre deux villages, elle me semble frapp\u00e9e de la m\u00eame signature. Un donjon massif, carr\u00e9, vou\u00e9, quoi qu&rsquo;il arrive, \u00e0 prot\u00e9ger les hommes,  puissants ou mis\u00e9rables.<\/p>\n<p>\tTerminus \u00e0 Guise, fin du voyage, \u00e0 travers le pays des herbes, le long d&rsquo;une rivi\u00e8re effleur\u00e9e, proche, souvent vagabonde, bord\u00e9e de saules t\u00eatards.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L&rsquo;entr\u00e9e retentissante avec un bruit d&rsquo;airain,<br \/>\n\t  \t  De tout l&rsquo;effort joyeux et bondissant du train,<br \/>\n\t  \t  Dans les grandes villes pleines de murmures ! &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230; il en est de toutes formes, de tous styles : tours carr\u00e9es, trapues, accroch\u00e9es au sol, ou rondes, tours l\u00e9g\u00e8res coiff\u00e9es en poivri\u00e8re, \u00e9chauguettes en encorbellement, bret\u00e8ches et m\u00e2chicoulis, tout cela rappelle discr\u00e8tement au voyageur attentif que la Thi\u00e9rache fut et demeure aux marches de la France et que les invasions ne l&rsquo;ont pas \u00e9pargn\u00e9e au long des si\u00e8cles.\u00a0\u00bb<br \/>\n<br \/>Ombres et clart\u00e9s sur ma Picardie.\u00a0\u00bb<\/em>  Paule Roy.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David.Delannoy@ac-amiens.fr<\/a>.<\/p>\n<p>Ecrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;horizon se coupe brusquement devant des p\u00e2turages bocagers entour\u00e9s de haies ; des rivi\u00e8res sillonnent le sol argileux, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1508,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[28],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/269"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=269"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/269\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1508"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=269"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=269"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=269"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}