{"id":287,"date":"2004-01-14T10:52:43","date_gmt":"2004-01-14T09:52:43","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/01\/14\/tarbes-ville-natale-de-theophile-gautier\/"},"modified":"2025-07-20T11:35:38","modified_gmt":"2025-07-20T09:35:38","slug":"tarbes-ville-natale-de-theophile-gautier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/01\/14\/tarbes-ville-natale-de-theophile-gautier\/","title":{"rendered":"Tarbes, ville natale de Th\u00e9ophile Gautier"},"content":{"rendered":"<p>Nich\u00e9e aux creux des vall\u00e9es pyr\u00e9n\u00e9ennes riches en l\u00e9gendes ancestrales, Tarbes est \u00e0 la fois capitale de la Bigorre et des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es. Sa richesse ne saurait \u00eatre seulement due \u00e0 sa position g\u00e9ographique ; son patrimoine est aussi culturel car il est celui d&rsquo;une cit\u00e9 ayant marqu\u00e9 une \u00e9tape fondamentale dans la vie de grandes figures de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise du XIXe si\u00e8cle : marqu\u00e9e par la convergence des destins en apparence si dissemblables des deux po\u00e8tes natifs d&rsquo;Uruguay, Jules Lafforgue et Isidore Ducasse, comte de Lautr\u00e9amont &#8211; tous deux furent \u00e9l\u00e8ves au lyc\u00e9e Imp\u00e9rial de la ville -, elle est aussi le berceau de Th\u00e9ophile Gautier. En effet, le 31 ao\u00fbt 1811, \u00e0 deux heures du matin &#8211; ainsi qu&rsquo;en atteste son extrait de naissance &#8211; la capitale gasconne voit na\u00eetre Pierre-Jules-Th\u00e9ophile Gautier.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un heureux hasard pour la ville de Tarbes que d&rsquo;accueillir cet av\u00e8nement car les \u00e9poux Gautier n&rsquo;y r\u00e9sid\u00e8rent que tr\u00e8s peu de temps. Le p\u00e8re, Pierre Gautier, fonctionnaire des contributions publiques et charg\u00e9 du cadastre, est mut\u00e9 \u00e0 Tarbes o\u00f9 il \u00e9pouse le 5 d\u00e9cembre 1810, Antoinette-Ad\u00e9la\u00efde Cocard. Un an tout juste apr\u00e8s leur union, vient au monde l&rsquo;a\u00een\u00e9 des trois enfants Gautier, dans une banale maison bourgeoise sise au c\u0153ur du centre de la ville. Hasard, car peu de temps apr\u00e8s &#8211; trois ans pour \u00eatre exacte &#8211; en 1814, Pierre Gautier re\u00e7oit une charge \u00e0 Paris et emm\u00e8ne avec lui l&rsquo;enfant et futur po\u00e8te tarbais. Si Gautier ne r\u00e9side \u00e0 Tarbes que les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, celles de sa prime enfance, celles o\u00f9 il est dit que nul souvenir ne subsiste, patrie et homme demeurent toutefois marqu\u00e9s par cette affiliation. La ville se souvient de l&rsquo;homme et le po\u00e8te \u00e9prouve la cruelle nostalgie de son lieu originel.<\/p>\n<p>La maison o\u00f9 Th\u00e9ophile Gautier na\u00eet est encore visible aujourd&rsquo;hui, <em>\u00ab plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s [&#8230;] D&rsquo;apparence vulgaire, sans aucun cachet, serr\u00e9e \u00e0 droite et \u00e0 gauche par les maisons voisines \u00bb<\/em> (ainsi qu&rsquo;il le dit lui-m\u00eame dans un texte autobiographique, nourri des souvenirs de son retour aux sources effectu\u00e9 aux alentours de 1860 : T. Gautier, Portraits contemporains, <em>Autobiographie<\/em>), la b\u00e2tisse se tient dans la rue pi\u00e9tonne du Tarbes actuel, <em>\u00ab dans la rue qui m\u00e8ne au Mercadieu. \u00bb<\/em> (<em>Ibid.<\/em>) Peu connue, elle demeure presque anonyme ; seule une discr\u00e8te plaque signale qu&rsquo;en son sein est n\u00e9 l&rsquo;un des plus grands \u00e9crivains du XIXe si\u00e8cle fran\u00e7ais. Le gendre de Gautier, Emile Bergerat, et Maxime du Camp rapportent dans leurs biographies du \u00ab ma\u00eetre \u00bb quelques anecdotes au sujet de la ville, v\u00e9cues par Gautier lors de sa visite \u00e0 Tarbes en 1860.<\/p>\n<p>Ce fut la seule fois qu&rsquo;il y revint et son s\u00e9jour ne dura que vingt-quatre heures ; il eut cependant le temps de s&rsquo;apercevoir combien les Tarbais de jadis s&rsquo;enorgueillissaient de leur patrimoine, parfois m\u00eame aux d\u00e9pens de la v\u00e9racit\u00e9 des faits. En effet, nous savons que Gautier est \u00e2g\u00e9 de trois ans lorsqu&rsquo;il quitte ce lieu, et en cons\u00e9quences, sa scolarit\u00e9 s&rsquo;y borne \u00e0 peu de choses. Or, curieusement, il semblerait, selon les dires amus\u00e9s de Gautier lui-m\u00eame, que la ville rec\u00e8le d&rsquo;historiettes \u00e0 son sujet et multiplie aux yeux des touristes les objets lui ayant appartenu !<\/p>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre en serait, en effet, le pupitre de Gautier. Celui-ci demeurait alors en 1860 religieusement conserv\u00e9 par le principal du Coll\u00e8ge qui, confront\u00e9 \u00e0 un Gautier en visite incognito, pr\u00e9sente noblement la fameuse table o\u00f9 auraient pu, si l&rsquo;histoire avait \u00e9t\u00e9 autre, prendre naissance les premi\u00e8res lettres du po\u00e8te qu&rsquo;il est alors. \u00c9coutons des bribes de cette savoureuse anecdote, racont\u00e9e par la bouche m\u00eame de Gautier : <em>\u00ab Ainsi lorsque le recteur du coll\u00e8ge, ignorant mon identit\u00e9, me fit voir le pupitre, j&rsquo;\u00e9prouvai \u00e0 son aspect une \u00e9motion irr\u00e9sistible. C&rsquo;\u00e9tait assur\u00e9ment la premi\u00e8re fois que lui et moi \u00e9tions en face l&rsquo;un de l&rsquo;autre, mais enfin s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas mon pupitre, il aurait pu l&rsquo;\u00eatre et aurait r\u00e9veill\u00e9 en moi une foule de souvenirs ! \u00bb<\/em> Ainsi, n&rsquo;ayant de cure de briser l&rsquo;enthousiasme et la fiert\u00e9 de cet homme, Gautier se pr\u00eate au jeu et quitte les lieux sans d\u00e9voiler \u00e0 son interlocuteur qui il est. De m\u00eame, il entretient la fable en racontant que, pouss\u00e9 par une \u00e9motion qui m\u00ealait amusement et sensibilit\u00e9, il demande \u00e0 ce que lui soit octroy\u00e9 le droit d&#8217;emporter une \u00e9charde du pupitre ! Cette requ\u00eate lui est bien \u00e9videmment accord\u00e9e et se voit m\u00eame accompagn\u00e9e du r\u00e9cit de <em>\u00ab vingt anecdotes authentiques qui [lui] semblent concluantes \u00e0 [lui-m\u00eame] \u00bb<\/em> !<\/p>\n<p>Si la l\u00e9gitimit\u00e9 du pupitre en question est bien s\u00fbr \u00e0 remettre en cause, ce dont il est impossible de nier l&rsquo;authenticit\u00e9, c&rsquo;est la nostalgie de Gautier \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son lieu de naissance. Marqu\u00e9 par l&#8217;empreinte ind\u00e9l\u00e9bile de la vall\u00e9e pyr\u00e9n\u00e9enne, il affirme en 1867, cinq ann\u00e9es avant sa mort : <em>\u00ab Quoique [&#8230;] j&rsquo;ai pass\u00e9 toute ma vie \u00e0 Paris, j&rsquo;ai gard\u00e9 un fond m\u00e9ridional. \u00bb Il regrette son lieu natal dont il garde \u00e9trangement un intense souvenir, ardemment raviv\u00e9 par son passage \u00e0 Tarbes : \u00ab On doute de la m\u00e9moire des enfants. La mienne \u00e9tait telle et la configuration des lieux s&rsquo;y \u00e9tait si bien grav\u00e9e, qu&rsquo;apr\u00e8s plus de quarante ans j&rsquo;ai pu reconna\u00eetre [&#8230;] la maison o\u00f9 je naquis. \u00bb<\/em> Les vues liminaires de la cha\u00eene de montagnes demeurent grav\u00e9es dans son esprit qui semble alors alimenter la nostalgie romantique et faire \u00e9cho \u00e0 la m\u00e9lancolie instaur\u00e9e par Chateaubriand dans les r\u00e9cits de soi : <em>\u00ab Le souvenir des silhouettes des montagnes bleues qu&rsquo;on d\u00e9couvre au bout de chaque ruelle, et des ruisseaux d&rsquo;eaux courantes qui, parmi les verdures sillonnent la ville en tous sens, ne m&rsquo;est jamais sorti de la t\u00eate, et m&rsquo;a souvent attendri aux heures songeuses. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Maxime du Camp fait part par ailleurs de la nostalgie de Gautier \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa langue maternelle, le patois gascon, premier langage que les babillages de l&rsquo;enfance connurent ; en effet, il nous apprend qu&rsquo;ayant un jour entendu des soldats converser entre eux en patois, Gautier fut saisi de si fortes r\u00e9miniscences, qu&rsquo;il <em>\u00ab voulut les suivre, afin de s&rsquo;en aller avec eux vers la ville o\u00f9 il \u00e9tait venu au monde et dont la pens\u00e9e l&rsquo;a toujours \u00e9mu. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Rares et fugaces sont donc les marques laiss\u00e9es par Gautier \u00e0 la ville, mais tenaces sont celles grav\u00e9es par le lieu en son c\u0153ur de po\u00e8te.<\/p>\n<p>En 1872, \u00e0 la mort de son enfant, la municipalit\u00e9 tarbaise d\u00e9cide d&rsquo;\u00e9riger un buste \u00e0 la louange du po\u00e8te. La ville enti\u00e8re r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;appel et la souscription est presque en totalit\u00e9 assum\u00e9e par les habitants. Cependant, la place initialement promise \u00e0 la statue ne lui est pas, au moment de l&rsquo;inauguration, accord\u00e9e&#8230; d\u00e9faut de reconnaissance de l&rsquo;\u0153uvre de Gautier ou imp\u00e9ratifs politiques ? De nos jours, deux bustes de Gautier tr\u00f4nent au c\u0153ur de Tarbes : l&rsquo;un au Jardin Massey dont le mus\u00e9e h\u00e9berge dans les ann\u00e9es 1970, pour comm\u00e9morer le centenaire de la disparition du po\u00e8te &#8211; dont la gloire n&rsquo;est plus alors \u00e0 remettre en compte, malgr\u00e9 une m\u00e9connaissance persistante &#8211; une exposition ; l&rsquo;autre accueille, au centre de la cour d&rsquo;honneur, les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;ancien lyc\u00e9e Imp\u00e9rial de la ville, devenu en 1912, lyc\u00e9e Th\u00e9ophile Gautier.<\/p>\n<p>Le site pyr\u00e9n\u00e9en ne demeure-t-il pas si pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit du po\u00e8te qu&rsquo;il serait alors possible de deviner son empreinte en filigranes dans ses po\u00e9sies ? <em>\u00ab moi, je les [les monts fiers et sublimes] pr\u00e9f\u00e8re aux champs gras et fertiles \/ Qui sont si loin du ciel qu&rsquo;on n&rsquo;y voit jamais Dieu ! \u00bb<\/em> (T. Gautier, <em>Espa\u00f1a<\/em>, Paris, Gallimard, coll. Folio Classique, 1981, <em>\u00ab Dans la Sierra \u00bb<\/em>, p484, vers 1, 11-12). Lieu d&rsquo;\u00e9lection de la cr\u00e9ation po\u00e9tique, la montagne devient, par m\u00e9tonymie, l&rsquo;\u0152uvre : <em>\u00ab Ne sois pas \u00e9tonn\u00e9 si la foule, \u00f4 po\u00e8te \/ D\u00e9daigne de gravir ton oeuvre jusqu&rsquo;au fa\u00eete\/La foule est comme l&rsquo;eau qui fuit les hauts sommets [&#8230;] \u00bb<\/em> (<em>Ibid. \u00ab Consolation \u00bb<\/em>, p.483-484, vers 1-2). Ne devons-nous pas concevoir ici que, pour Gautier, natif d&rsquo;une ville nich\u00e9e au pied de la cha\u00eene des Pyr\u00e9n\u00e9es, la montagne demeure destin\u00e9e aux \u00e2mes des Po\u00e8tes, dans la mesure o\u00f9, en son sommet &#8211; point de rencontre du Ciel et de la Terre &#8211; , \u00e0 eux seuls accessible, elle leur permet de toucher du doigt la Cr\u00e9ation du grand D\u00e9miurge ?<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"m.fournou@wanadoo.fr\">Marie FOURNOU<\/a>, Universit\u00e9 de Pau et des Pays de l&rsquo;Adour<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nich\u00e9e aux creux des vall\u00e9es pyr\u00e9n\u00e9ennes riches en l\u00e9gendes ancestrales, Tarbes est \u00e0 la fois capitale de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[31],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=287"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6828,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287\/revisions\/6828"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}