{"id":288,"date":"2004-01-19T13:54:52","date_gmt":"2004-01-19T12:54:52","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/01\/19\/a-guise-1\/"},"modified":"2021-06-25T20:29:14","modified_gmt":"2021-06-25T18:29:14","slug":"a-guise-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/01\/19\/a-guise-1\/","title":{"rendered":"A Guise (1)"},"content":{"rendered":"<p>Au bout de l&rsquo;ancienne voie ferr\u00e9e, j&rsquo;atteins Guise, par une belle soir\u00e9e de Juillet.<br \/>\n\tGuise, \u00ab le gu\u00e9  sur l&rsquo;Oise \u00bb, l&rsquo;expression suffit \u00e0 f\u00e9conder l&rsquo;imaginaire.<br \/>\n\tJ&rsquo;ai, devant mes yeux, le fort dominant la ville, sur une butte luxuriante.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-1534\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise1.jpg\" alt=\"guise1.jpg\" align=\"left\" width=\"230\" height=\"430\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise1.jpg 230w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise1-160x300.jpg 160w\" sizes=\"(max-width: 230px) 94vw, 230px\" \/>Sa tour cylindrique aimante le regard, en impose avec ses restes de remparts, que l&rsquo;on devine sous l&rsquo;\u00e9pais fouillis de la v\u00e9g\u00e9tation. La \u00ab Pucelle\u00bb jamais prise&#8230; l&rsquo;ultime poste de garde, pos\u00e9 d\u00e9risoirement pour le d\u00e9cor.<br \/>\n<br \/>Je rassemble, vaille que vaille, mes maigres connaissances sur l&rsquo;ancien oppidum, fortifi\u00e9 de palissades, devenu ch\u00e2teau f\u00e9odal, au fil des si\u00e8cles, puis citadelle militaire. Sa position privil\u00e9gi\u00e9e, sur un coude de la rivi\u00e8re, avait fini par d\u00e9courager les assaillants, venus du Nord.<br \/>\n\tSes glorieux possesseurs ont laiss\u00e9 aussi dans ma m\u00e9moire de vagues empreintes, des souvenirs de complots, d&rsquo;assassinats.<\/p>\n<p>Une ceinture de briques, construite par les hommes de Vauban, vient \u00e9tayer l&rsquo;ensemble. Vue d&rsquo;en bas, et sous l&rsquo;\u00e9pais feuillage, il est difficile de s&rsquo;en faire une id\u00e9e pr\u00e9cise.<br \/>\n\tCe soir, dans la chambr\u00e9e de l&rsquo;H\u00f4tel du Commerce, j&rsquo;irai glaner quelques souvenirs dans le livret jauni, \u00e9puis\u00e9 (j&rsquo;avais achet\u00e9 le dernier exemplaire de monsieur Pierd\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Office de Tourisme&#8230; histoire de ne pas m&rsquo;endormir idiot.<\/p>\n<p>Le faubourg<br \/>\n<br \/>Je progresse dans un quartier ouvrier, apr\u00e8s avoir coup\u00e9 la route de Saint-Quentin. \tL&rsquo;ombre d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;est install\u00e9e sur un square sans \u00e2me, sur un quartier aux rues m\u00e9lancoliques.<br \/>\n\tLa rue de Robb\u00e9 et celle d&rsquo;Andr\u00e9 Godin, interminables.<br \/>\n\tLe cadre, tout droit surgi d&rsquo;un roman de Ren\u00e9 Fallet.<br \/>\n\tIci et l\u00e0, les couleurs du d\u00e9s\u009cuvrement.<br \/>\n\tDes maisons mitoyennes, aux fa\u00e7ades noircies, s&rsquo;alignent le long du contrefort crayeux ;  une fen\u00eatre, une porte, une fen\u00eatre, une porte &#8230;  motifs align\u00e9s \u00e0 l&rsquo;identique, o\u00f9 seuls les rideaux et les teintes des volets affichent une illusoire diff\u00e9rence. Certaines sont condamn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;usure, avec leurs portes et fen\u00eatres mur\u00e9es par des parpaings. D&rsquo;autres quelquefois, sont recouvertes d&rsquo;une peinture blanche, pour cacher la mis\u00e8re.\t<\/p>\n<p>Partout, la brique, sombre et salie, donnant la tonalit\u00e9 majeure de la cit\u00e9, avec une connotation vaguement britannique.<br \/>\n\tAu seuil des foyers, quelques hommes s&rsquo;abandonnent au temps qui passe.<br \/>\n\tParfois encore, l&rsquo;intimit\u00e9 vous est offerte sans pudeur, derri\u00e8re un landau, celle d&rsquo;une radio entonnant un rap de banlieue, monotone.<br \/>\n\tAu bout du long cheminement, j&rsquo;entrevois enfin l&rsquo;\u00e9claircie, comme une joie impr\u00e9vue.<br \/>\n\tLe pavillon Cambrai &#8211; le plus r\u00e9cent des b\u00e2timents construits par l&rsquo;utopiste Jean-Baptiste-Andr\u00e9 Godin &#8211; m&rsquo;appara\u00eet soudain, comme un ensemble plus jovial, malgr\u00e9 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du rev\u00eatement.<br \/>\n\tJ&rsquo;avais eu raison de ne pas enterrer trop vite la ville, \u00e0 la morosit\u00e9 de surface.<br \/>\n\tUn peu plus loin, il y a cette porte symbolique, levant d\u00e9finitivement les doutes et s&rsquo;ouvrant sur l&rsquo;univers de l&rsquo;ancien capitaine d&rsquo;industrie.<\/p>\n<p>\t<em>\u00abJe fonderai au milieu de vous l&rsquo;\u009cuvre dont le monde entier se pr\u00e9occupera avant 50 ans. Qu&rsquo;elle ait dur\u00e9 jusque-l\u00e0, ou qu&rsquo;elle soit tomb\u00e9e h\u00e9las ! faute d&rsquo;homme, f\u00fbt-elle m\u00eame d\u00e9truite de fond en comble et le terrain ras\u00e9 \u00e0 la place du Familist\u00e8re, qu&rsquo;elle rena\u00eetrait vivante du fond des souvenirs et serait r\u00e9tablie de toutes pi\u00e8ces car la pens\u00e9e est imp\u00e9rissable.\u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>Jean-Baptiste Andr\u00e9 Godin, <em>Conf\u00e9rence au personnel<\/em>, 6 Avril 1878.<\/p>\n<p>Des immeubles imposants et homog\u00e8nes, surgis  du 19e si\u00e8cle ; le Pavillon Central, flanqu\u00e9 de ses ailes presque jumelles, le belv\u00e9d\u00e8re au-dessus des toits, un vieux th\u00e9\u00e2tre en face, et des locaux annexes, construits sur le m\u00eame ton.<br \/>\n<br \/>D&#8217;embl\u00e9e, je sens la charge particuli\u00e8re, la gravit\u00e9 peu ordinaire, les protections intimes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1535\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise2.jpg\" alt=\"guise2.jpg\" align=\"right\" width=\"280\" height=\"430\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise2.jpg 280w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise2-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 280px) 94vw, 280px\" \/>Le soleil couchant vient \u00e9gayer la fa\u00e7ade principale, les briques s&rsquo;illuminent subitement, rappellent vaguement une description, tir\u00e9e de l&rsquo;oeuvre d&rsquo;Emile Zola, <em>Travail<\/em>.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;auteur &#8211; je l&rsquo;apprendrai un peu plus tard &#8211; a pris des notes sur Guise, sur la grande aventure du Familist\u00e8re, pour mieux installer son chef d&rsquo;entreprise, Luc Froment, p\u00e2le copie du b\u00e2tisseur, de l&rsquo;industriel \u00e9bloui par Fourier. <\/p>\n<p>Il fallait du \u00abgrain \u00e0 moudre\u00bb, pour raconter l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un r\u00eave, la fondation d&rsquo;une cit\u00e9 nouvelle, le sauvetage de mis\u00e9reux, extirp\u00e9s de l&rsquo;enfer des taudis, la bataille contre les mesquineries des hommes.<br \/>\n<br \/><em>\u00abD\u00e8s lors, Luc le constructeur, le fondateur de ville, se retrouva, voulut, agit, et les hommes et les pierres se lev\u00e8rent \u00e0 sa voix. On vit l&rsquo;ap\u00f4tre dans sa mission, dans sa force, dans sa gaiet\u00e9\u00bb (Travail<\/em>, Emile Zola).<\/p>\n<p>\tSur son pi\u00e9destal, Monsieur Godin, l&rsquo;ultime t\u00e9moin d&rsquo;un monde englouti, d\u00e9fend l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;immeuble connu des historiens, sous le vocable de \u00ab\u00a0Familist\u00e8re\u00a0\u00bb.<br \/>\n<br \/>Je suis frapp\u00e9 par l&rsquo;impression de solidit\u00e9 du personnage, dress\u00e9 l\u00e0, envers et contre tout, comme un rocher inexpugnable, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre son univers de briques, \u00e0 convaincre les \u00eatres de bonne volont\u00e9, de la justesse de son point de vue, de la l\u00e9gitime ambition de vouloir r\u00e9partir, les  \u00e9quivalents de la richesse.<br \/>\n\tAvant que le soleil ne prenne ses quartiers de nuit, des touristes, reconnaissables \u00e0 leur air fouineur, cherchent \u00e0 prendre des photos de m\u00e9moire, \u00e0 capter les jeux des gosses dans les coursives ou l&rsquo;\u00e9difice, dans son embrasement final.<br \/>\n\tQuelques r\u00e9sidents \u00e9mergent des balcons pro\u00e9minents et clairs, toisent d&rsquo;un coup d&rsquo;\u009cil ces oiseaux de passage.<br \/>\n\tJe m&rsquo;interroge, bri\u00e8vement, sur la signification des regards, cherche \u00e0 en conna\u00eetre les motifs&#8230; vague malaise, ranc\u009cur ferment\u00e9e, je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponses imm\u00e9diates.<\/p>\n<p>A l&rsquo;entr\u00e9e du pavillon de droite, des adolescents, obstin\u00e9ment group\u00e9s, comme les protagonistes d&rsquo;un feuilleton am\u00e9ricain, font comprendre clairement que vous \u00eates ici, en terre \u00e9trang\u00e8re.<br \/>\n\tP\u00e9tarades de mobylettes, cris des enfants sous la verri\u00e8re, qui investissent l&rsquo;espace bruyamment, sans vergogne, comme des bretteurs.<br \/>\n\tJe pousse en avant une porte aux battants ab\u00eem\u00e9s. Ceux-ci se referment derri\u00e8re moi, sans m\u00e9nagement, me livrent un monde clos mais a\u00e9r\u00e9, une cour ferm\u00e9e et rectangulaire, \u00e9clair\u00e9e d&rsquo;une vaste verri\u00e8re. Sur trois niveaux, des coursives prot\u00e9g\u00e9es d&rsquo;une balustrade relient les appartements. Certains ont l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre fra\u00eechement r\u00e9habilit\u00e9s.<br \/>\n<br \/>C&rsquo;est propre, net sur le carrelage en terre cuite. Les balcons int\u00e9rieurs d\u00e9sert\u00e9s sont remplis du bruit des t\u00e9l\u00e9s, des cris des enfants. Tout cela vous monte aux oreilles, de mani\u00e8re amplifi\u00e9e.<br \/>\n\tLa qualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clairage, \u00e0 l&rsquo;heure vesp\u00e9rale, me frappe, donne l&rsquo;envie de photographier la couleur miel des murs, les coul\u00e9es roses des P\u00e9largoniums, les volumes, les lignes de fuite des rambardes, les rondeurs des larges escaliers situ\u00e9s \u00e0 chaque angle, ce jeu kal\u00e9idoscopique d&rsquo;ombres et de lumi\u00e8res, diffus\u00e9 sur le sol.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-1536\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise3.jpg\" alt=\"guise3.jpg\" align=\"left\" width=\"330\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise3.jpg 330w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise3-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 330px) 94vw, 330px\" \/>Je n&rsquo;ose pas, je suis le fraudeur, le colporteur qu&rsquo;on attend pas.<br \/>\n\tLes gens d&rsquo;ici, semblent  fig\u00e9s dans leur cloisonnement \u00abint\u00e9rieur\u00bb. Je les devine derri\u00e8re les portes closes. Je les imagine hostiles \u00e0 toute id\u00e9e de changement, se moquant de l&rsquo;h\u00e9ritage culturel et pr\u00eats \u00e0 enduire les murs d&rsquo;un cr\u00e9pi salutaire. Des locataires, contraints d&rsquo;assister au ballet des touristes furetant dans les coulisses, incit\u00e9s \u00e0 devenir les spectateurs d&rsquo;eux-m\u00eames.<br \/>\n<br \/>Dans les galeries menant aux caves, tout se rouille, se craquelle sous l&rsquo;effet de l&rsquo;humidit\u00e9, tout se d\u00e9lite sous l&rsquo;action du temps.<br \/>\n\tVague naus\u00e9e. Les battants de la porte m&rsquo;expulsent vers l&rsquo;ext\u00e9rieur.<br \/>\n\tPouss\u00e9 par une malsaine curiosit\u00e9, je tente l&rsquo;exploration du parc, situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. <\/p>\n<p>L&rsquo;envers du d\u00e9cor est moins glorieux et plus n\u00e9glig\u00e9.<br \/>\n\tUne pelouse haute, du linge pendu aux quatre vents et une carcasse de voiture conf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;endroit des faux airs de banlieue. Un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, je remarque le kiosque, construit apr\u00e8s la mort du \u00abcapitaine\u00bb pour adoucir l&rsquo;existence et vous \u00e9carter du chemin de l&rsquo;estaminet.<br \/>\n\tSur les fen\u00eatres, fleurissent des affiches hostiles au projet de r\u00e9habilitation du Familist\u00e8re. \tC&rsquo;est flagrant, on ne veut pas, ici, d&rsquo;\u00abUtopia\u00bb ni des expulsions. J&rsquo;en tire de h\u00e2tives conclusions, fais des rapprochements avec le pass\u00e9&#8230; \u00e9trange d\u00e9calage.<\/p>\n<p>\tLe \u00ab\u00a0Palais\u00a0\u00bb, que l&rsquo;on dit \u00ab\u00a0Social\u00a0\u00bb, n&rsquo;identifie plus forc\u00e9ment tous ceux qui, d\u00e9sormais, l&rsquo;habitent.<br \/>\n<br \/>Je pense  au promoteur originel, \u00e0 celui qui avait \u00e9tabli les r\u00e8gles de r\u00e9sidence et voulu le bonheur de ses cong\u00e9n\u00e8res, parfois malgr\u00e9 eux, en les dotant de toutes les commodit\u00e9s, si banales de nos jours, si rares au 19e si\u00e8cle, au prix de r\u00e8gles de vie rigoureuses et cadr\u00e9es&#8230; l&rsquo;hygi\u00e8ne, la temp\u00e9rance, les vertus cardinales au forceps. L&rsquo;envie aussi de favoriser les liens dans les coursives joyeuses, dans les couloirs reliant les pavillons.<br \/>\n\tJe m&rsquo;interroge vaguement sur la mani\u00e8re de sceller la r\u00e9conciliation des deux mondes, aux enjeux diff\u00e9rents. Peut-on bl\u00e2mer, pourtant, ceux qui souhaitent voir la fin des d\u00e9gradations.<br \/>\n\tLe jour commence \u00e0 baisser, les ombres s&rsquo;allongent. M\u00e9fiance palpable derri\u00e8re les rideaux. L&rsquo;endroit m&rsquo;appara\u00eet soudain lugubre. Les \u00e9chos des enfants, dans le hall int\u00e9rieur, se sont tus. Au bout de l&rsquo;all\u00e9e, ombrag\u00e9e de majestueux marronniers, un bras de l&rsquo;Oise vient mourir dans une impasse.<br \/>\n\tLe touriste s&rsquo;en va, la vie continue. <\/p>\n<p>\tL&rsquo;H\u00f4tel du Commerce<br \/>\n<br \/>J&rsquo;ai envie d&rsquo;ajouter de sombre m\u00e9moire, pour rappeler les d\u00e9sagr\u00e9ments de Victor Hugo, lors de son \u00e9tape \u00e0 l&rsquo;auberge de \u00abLa Hure\u00bb \u00e0 Laon. Le fricot frelat\u00e9 avait mis en col\u00e8re notre voyageur, au point de le rendre acrimonieux \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;aubergiste et des usagers,\u00a0\u00bbaux faces stupides et campagnardes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00abVendeur de fricot frelat\u00e9,<br \/>\n<br \/>H\u00f4telier chez qui se fricasse<br \/>\n<br \/>L&rsquo;ordure avec la salet\u00e9,<br \/>\n<br \/>Gargotier chez qui l&rsquo;on ramasse<br \/>\n<br \/>Soupe maigre et vaisselle grasse<br \/>\n<br \/>Et tous les poux de la cit\u00e9&#8230;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\tJe n&rsquo;ai pas bien s\u00fbr la rancune aussi tenace.<br \/>\n\tNi la viande alt\u00e9r\u00e9e, ni la chambre lugubre ne viendront ternir les bons souvenirs et la r\u00e9putation de l&rsquo;aubergiste&#8230;<br \/>\n\tPr\u00e8s du comptoir, des habitu\u00e9s jouent \u00e0 un jeu obscur ; ils lancent, sur le sol, des plaques arrondies en fer pour les rapprocher d&rsquo;un palet plus petit.<br \/>\n\tUn jeu de p\u00e9tanque pour \u00abpiliers de bistrots\u00bb, plus proche des coups \u00e0 boire.<\/p>\n<p>\tLe lendemain matin, r\u00e9veil agile, je m&rsquo;extirpe de l&rsquo;auberge maudite, pr\u00eat \u00e0 m&rsquo;atteler au programme charg\u00e9, \u00e0 respecter scrupuleusement les consignes de mon sujet.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;ai pass\u00e9 en revue l&rsquo;\u009cuvre g\u00e9niale du marchand de po\u00eales, arpent\u00e9 les rues aux \u00abboutiques obscures\u00bb, poursuivi ma qu\u00eate, par une ruelle moyen\u00e2geuse, jusqu&rsquo;au puissant donjon. Notes griffonn\u00e9es et jeux de plume pour ne pas oublier,  suffisantes pour dire combien  Guise, sous ses faux airs de banlieue industrielle, est  attachante, pleine d&rsquo;histoires \u00e0 distiller, qu&rsquo;elle cache bien son jeu. Rien n&rsquo;est d\u00e9sesp\u00e9rant, il en suffit de peu pour que les gargotes deviennent de belles r\u00e9sidences h\u00f4teli\u00e8res, capables de retenir les passants. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1537\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise4.jpg\" alt=\"guise4.jpg\" align=\"right\" width=\"330\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise4.jpg 330w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/jpg_guise4-300x264.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 330px) 94vw, 330px\" \/>Devant le \u00abparvis\u00bb, le Familist\u00e8re m&rsquo;appara\u00eet sous ses meilleurs traits. Sans doute le soleil levant. Il exhale, comme malgr\u00e9 lui, la nostalgie d&rsquo;un monde englouti.<\/p>\n<p>L&rsquo;appartement t\u00e9moin ; je jette quelques adjectifs.<br \/>\n\tCoquet,  intime et presque lumineux.<br \/>\n\tL&rsquo;espace d&rsquo;un moment, je suis l&rsquo;enfant de la maison.<br \/>\n\tHors du temps.<br \/>\n\tEndroit peu ordinaire, curieusement familier.<br \/>\n\tSouvenirs de soupes chaudes, de p\u00e2t\u00e9es, de gaufres fourr\u00e9es et flamandes.<br \/>\n\tOdeurs de fricots, montant aux narines.<br \/>\n\tDes objets anciens vous parlent du temps pas si lointain.<br \/>\n\tRengaines, fredonn\u00e9es autour du po\u00eale f\u00e9tiche.<br \/>\n\tRaies de lumi\u00e8re brillantes, venues du dehors, braqu\u00e9es sur l&rsquo;antique couche&#8230; <\/p>\n<p>Vous vous dites que Godin, sacr\u00e9 bonhomme, n&rsquo;a rien en commun avec les industriels de son \u00e9poque, pour qui les logements devaient \u00eatre chichement mesur\u00e9s, mesquins, juste des abris noirs, align\u00e9s uniform\u00e9ment, pour entasser les existences, \u00e0 l&rsquo;ombre des terrils, des chemin\u00e9es.<br \/>\n\tJe pense \u00e0 tout cela, aux grandes demeures des seigneurs, de l&rsquo;\u00e8re industrielle naissante, dans leur \u00e9crin de verdure, grandiloquentes, pour imposer le respect et \u00e0 monsieur Godin, dans son \u00abchez lui\u00bb douillet, parmi les siens.<br \/>\n<br \/>De sa fen\u00eatre, dans l&rsquo;appartement reconstitu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;identique, je vois ce qu&rsquo;il a probablement vu. Perception imm\u00e9diate de la place, du th\u00e9\u00e2tre, de l&rsquo;\u00e9cole, de l&rsquo;\u00e9conomat, de l&rsquo;aile gauche avec sa toiture aux tuiles verniss\u00e9es. L&rsquo;\u009cuvre mise en sc\u00e8ne, mise en lumi\u00e8re, en une synth\u00e8se parfaite. Fen\u00eatre ouverte, aussi, sur la vie ext\u00e9rieure, sur la ville soup\u00e7onneuse, sur le d\u00e9cor familier du donjon, dress\u00e9 sur le vieil Oppidum romain ; sur cette belle posture, au milieu des feuillages.<br \/>\n<br \/>Espace, intime, offert au regard du bon g\u00e9nie ; je ressens  la pesanteur du lieu.<\/p>\n<p>Suite : <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/03\/25\/a-guise-2\/\">ici<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David.Delannoy@ac-amiens.fr<\/a>.<\/p>\n<p>Ecrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au bout de l&rsquo;ancienne voie ferr\u00e9e, j&rsquo;atteins Guise, par une belle soir\u00e9e de Juillet. 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