{"id":298,"date":"2005-02-10T22:12:21","date_gmt":"2005-02-10T21:12:21","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/02\/10\/vampires-monstres-et-morts-vivants-dans-la-capitale-3\/"},"modified":"2021-06-25T20:29:15","modified_gmt":"2021-06-25T18:29:15","slug":"vampires-monstres-et-morts-vivants-dans-la-capitale-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/02\/10\/vampires-monstres-et-morts-vivants-dans-la-capitale-3\/","title":{"rendered":"Vampires, monstres et morts-vivants dans la capitale (3)"},"content":{"rendered":"<p><em>Le voyage touchait \u00e0 sa fin. Nous accost\u00e2mes et gagn\u00e2mes Paris. Je dus bien m&rsquo;avouer que j&rsquo;avais pr\u00e9sum\u00e9 de mes forces et qu&rsquo;il me fallait prendre quelque repos avant de <em>poursuivre<\/em> [&#8230;].<br \/>\nFrankenstein<\/em>, Mary Shelley.<\/p>\n<p>Un dernier parcours de balade \u00e0 travers quelques lieux (places d&rsquo;ex\u00e9cution, prisons, cimeti\u00e8res, etc.) o\u00f9 flotte comme une odeur de sang frais, o\u00f9 on aper\u00e7oit parfois, au petit matin, un cadavre sans t\u00eate, o\u00f9, la nuit, les vampires cherchent les hommes, bref, \u00e0 travers des lieux dont les ma\u00eetres ne sont pas tout \u00e0 fait humains&#8230;<\/p>\n<p>Les vampires, monstres et morts-vivants attirent les \u00e9crivains, t\u00e9moin la liste des auteurs qui s&rsquo;y sont attach\u00e9s mais aussi, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 vu[[Voir nos articles <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/11\/16\/vampires-monstres-et-morts-vivants-dans-la-capitale-1\/\">246<\/a> et <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/02\/14\/vampires-monstres-et-morts-vivants-dans-la-capitale-2\/\">295<\/a>.]]et comme nous le verrons encore ici, de ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas a priori port\u00e9s dessus et s&rsquo;y sont pourtant int\u00e9ress\u00e9s.<br \/>\n<br \/>Et Paris attire les monstres, ressemblant ainsi \u00e0 Londres, o\u00f9 l&rsquo;horreur trouve une certaine noblesse \u00e0 se produire dans &#8211; ou sous &#8211; des ruelles charg\u00e9es d&rsquo;histoire, au milieu de vieilles pierres souvent symboliques, par exemple autour de Notre-Dame et du quartier latin.<\/p>\n<p>Des diff\u00e9rents quartiers de la capitale, deux semblent plaire particuli\u00e8rement \u00e0 ces \u00eatres qui nous emp\u00eachent de dormir tranquille : les abords de la Seine entre les deux \u00eeles et le Louvre, et les grands boulevards[[Voir les deux articles pr\u00e9cit\u00e9s.]].<br \/>\n<br \/>Ces deux p\u00f4les d&rsquo;attraction voient passer et repasser Quasimodo, des vampires, un fant\u00f4me de l&rsquo;Op\u00e9ra, un loup-garou, des monstres poursuivis par Ad\u00e8le Blanc-Sec, Belph\u00e9gor, des guillotin\u00e9s morts-vivants&#8230;<br \/>\n<br \/>Et ces deux p\u00f4les nous permettent d&rsquo;\u00e9tablir deux parall\u00e8les \u00e9tranges : entre monstres et th\u00e9\u00e2tre, sur les grands boulevards, d&rsquo;une part, et entre monstres et guillotines, sur les places de Gr\u00e8ve et de la R\u00e9volution, d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p>En effet, Paris a produit des histoires r\u00e9ellement monstrueuses lors de p\u00e9riodes agit\u00e9es de son histoire comme celle de la Terreur r\u00e9volutionnaire (1793-1795) ou de la Commune de 1871. En 1793, l&rsquo;auteur dramatique Ducis n&rsquo;\u00e9crit-il \u00e0 son ami Vallier : <em>Que me parles-tu, Vallier, de m&rsquo;occuper \u00e0 faire des trag\u00e9dies ? La trag\u00e9die court les rues. Si je mets les pieds hors de chez moi, j&rsquo;ai du sang jusqu&rsquo;\u00e0 la cheville&#8230;<\/em> ? En 1797 encore, un certain Claude de Saint-Martin fait le m\u00eame constat : <em>Je ne puis vous peindre la suffocation que mon esprit y a \u00e9prouv\u00e9e [\u00e0 Paris]&#8230; ; j&rsquo;y trouve le moral si alt\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il me semble voir l&rsquo;accomplissement du treizi\u00e8me chapitre d&rsquo;Isa\u00efe sur Babylone. Les hommes que je vois courir les rues et remplir la ville me paraissent autant de dragons, d&rsquo;oiseaux de nuit et de b\u00eates sauvages<\/em>.<br \/>\n<br \/>La guillotine, qui ne se repose pas beaucoup en ces ann\u00e9es-l\u00e0, inspire tout au long du si\u00e8cle suivant quantit\u00e9 de nouvelles et romans aux romantiques (Dumas, Nodier, P\u00e9trus Borel), \u00e0 Villiers de l&rsquo;Isle-Adam et \u00e0 Washington Irving. Il s&rsquo;agit de savoir si, oui ou non, apr\u00e8s une d\u00e9collation, la vie perdure, et combien de temps. A l&rsquo;heure o\u00f9 nous imprimons, les avis restent partag\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p>1793, c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 la m\u00e8re de Mary Shelley (elle-m\u00eame m\u00e8re de <em>Frankenstein<\/em>) demeure \u00e0 Paris au milieu des violences r\u00e9volutionnaires. 1797, c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e de naissance de Mary Shelley qui va, sur les ruines de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, donner naissance \u00e0 un homme neuf, mais peut-\u00eatre pas celui qu&rsquo;esp\u00e9raient Danton, Robespierre et leurs camarades. Frankenstein para\u00eet en fran\u00e7ais en 1821.<\/p>\n<p>Si nous ignorons pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 le docteur Frankenstein fait \u00e9tape \u00e0 Paris lors de son p\u00e9riple \u00e0 travers l&rsquo;Europe, voici un dernier parcours de balade \u00e0 travers quelques lieux (places d&rsquo;ex\u00e9cution, prisons, cimeti\u00e8res, etc.) o\u00f9 flotte comme une odeur de sang frais, o\u00f9 on aper\u00e7oit parfois, au petit matin, un cadavre sans t\u00eate, o\u00f9, la nuit, les vampires[[Il resterait aussi \u00e0 lire <em>La femme immortelle<\/em> et <em>La Rue des enfants-rouges<\/em>, de Ponson du Terrail.]] cherchent les hommes, bref, \u00e0 travers des lieux dont les ma\u00eetres ne sont pas tout \u00e0 fait humains&#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>AUX ALENTOURS DU PERE-LACHAISE<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_1556\" aria-describedby=\"caption-attachment-1556\" style=\"width: 370px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1556\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PICPUS.jpg\" alt=\"Le couvent des Dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur\" title=\"Le couvent des Dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur\" class=\"caption\" data-description=\"35 rue de Picpus.\" align=\"center\" width=\"370\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PICPUS.jpg 370w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PICPUS-300x235.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 370px) 94vw, 370px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1556\" class=\"wp-caption-text\">Le couvent des Dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur<\/figcaption><\/figure>\n<p>1)\tLe cimeti\u00e8re de Picpus se trouve \u00e0 hauteur du <strong>35 rue de Picpus<\/strong>, sur le terrain du couvent des Dames du Sacr\u00e9-C&#339;ur. Il est ouvert aujourd&rsquo;hui \u00e0 la visite. 1306 personnes d\u00e9capit\u00e9es pendant la Terreur (en juin-juillet 1794) y furent enterr\u00e9es. Dans <em>Le Loup-garou de Paris<\/em>, on voit comment le couvent est accus\u00e9 en 1871 de cacher des armes, des cadavres, des instruments de torture, etc. C&rsquo;est ici qu&rsquo;Aymar Galliez, oncle du loup-garou Bertrand Caillet, retrouve celui-ci en garde national d\u00e9terrant des cadavres d\u00e9couverts dans la crypte de l&rsquo;\u00e9glise.<\/p>\n<p>2)\tPlus au nord, Caillet viole \u00e0 nouveau des s\u00e9pultures dans <strong>le cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise<\/strong>. L&rsquo;histoire du roman, transpos\u00e9e dans la capitale au moment de la Commune de Paris en 1871, s&rsquo;inspire de faits r\u00e9els. Non pas qu&rsquo;il ait vraiment exist\u00e9 un loup-garou parisien, mais Fran\u00e7ois Bertrand, un sergent n\u00e9crophile, a bien s\u00e9vi \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1840 dans les cimeti\u00e8res parisiens et ailleurs, avant d&rsquo;\u00eatre emprisonn\u00e9 un an pour dispara\u00eetre ensuite dans la nature&#8230;<\/p>\n<p>3)\tLa prison de La Roquette &#8211; ou Grande Roquette &#8211; se tient jusqu&rsquo;\u00e0 1900 <strong>entre les rues Gerbier, de la Vacquerie, de la Roquette et de la Folie-Regnault<\/strong>. Ses locataires sont des condamn\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et des condamn\u00e9s \u00e0 mort. La cellule de ces derniers est le d\u00e9cor du <em>Secret de l&rsquo;\u00e9chafaud<\/em> (Villiers de l&rsquo;Isle-Adam), dans lequel est d\u00e9crite l&rsquo;ex\u00e9cution r\u00e9elle de l&#8217;empoisonneur Couty de la Pommeraie, le 9 juin 1864. Seul le d\u00e9tail morbide de la fin, bien dans le go\u00fbt de l&rsquo;\u00e9poque, est imaginaire (encore une histoire de mort pas tout \u00e0 fait mort).<br \/>\n<br \/>La Roquette est aussi un d\u00e9cor du <em>Loup-garou de Paris<\/em>.<\/p>\n<p>4)\tAutre d\u00e9cor du <em>Secret de l&rsquo;\u00e9chafaud<\/em>, la guillotine publique n&rsquo;est gu\u00e8re loin : devant le <strong>16 de la rue de la Croix-Faubin<\/strong>. On y voyait encore il y a quelque temps les cinq grandes dalles entre lesquelles elle s&rsquo;encastrait. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la m\u00e9decine du travail qui occupe le 16&#8230; mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une co\u00efncidence !<br \/>\n<br \/>La tr\u00e8s courte nouvelle <em>Nuits<\/em> de Claude Seignolle d\u00e9crit comment des chauffeurs de taxis parisiens sont parfois amen\u00e9s \u00e0 conduire \u00ab tout en haut de la rue de la Roquette \u00bb une vieille femme v\u00eatue de noir et sentant le moisi&#8230; Se rend-elle au cimeti\u00e8re du P\u00e8re Lachaise, ou devant le 16 de la rue de la Croix-Faubin ? <\/p>\n<figure id=\"attachment_1557\" aria-describedby=\"caption-attachment-1557\" style=\"width: 365px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1557\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PETITEROQUETTE2.jpg\" alt=\"Le portail d'entr\u00e9e de la prison de la Petite-Roquette\" title=\"Le portail d'entr\u00e9e de la prison de la Petite-Roquette\" class=\"caption\" data-description=\"147 rue de la Roquette.\" align=\"center\" width=\"365\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PETITEROQUETTE2.jpg 365w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/jpg_PETITEROQUETTE2-300x238.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 365px) 94vw, 365px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1557\" class=\"wp-caption-text\">Le portail d&rsquo;entr\u00e9e de la prison de la Petite-Roquette<\/figcaption><\/figure>\n<p>5)\tApr\u00e8s usage, la guillotine retournait dans sa remise toute proche, <strong>60 rue de la Folie-Regnault<\/strong>, jusqu&rsquo;\u00e0 une prochaine ex\u00e9cution.<br \/>\n<br \/>En face, la prison de la Petite-Roquette occupe jusqu&rsquo;\u00e0 1974 l&rsquo;espace situ\u00e9 <strong>entre les rues de la Roquette, Merlin, Duranti et Servan<\/strong>. Aujourd&rsquo;hui, le square Marcel Rajman et le square de la Roquette lui ont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 hauteur du 147 rue de la Roquette. La prison accueillait les enfants de 6 (eh oui&#8230;) \u00e0 20 ans jusqu&rsquo;\u00e0 1932, puis des femmes. Son portail a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 et orne l&rsquo;entr\u00e9e du square.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le voyage touchait \u00e0 sa fin. Nous accost\u00e2mes et gagn\u00e2mes Paris. 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