{"id":301,"date":"2004-05-29T00:00:00","date_gmt":"2004-05-28T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/05\/29\/anne-borrel\/"},"modified":"2004-05-29T00:00:00","modified_gmt":"2004-05-28T22:00:00","slug":"anne-borrel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/05\/29\/anne-borrel\/","title":{"rendered":"Anne BORREL"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au printemps 2004 \u00e0 Orl\u00e9ans, rencontre avec Anne Borrel, qui r\u00e9pond aux questions de Terres d&rsquo;\u00e9crivains sur les maisons d&rsquo;\u00e9crivain et leurs publics, le rapport \u00e0 la lecture, l&rsquo;histoire et l&rsquo;avenir du tourisme culturel, avant de revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, sa \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb d&rsquo;origine.<br \/>\n<br \/>Exp\u00e9riences et discours atypiques garantis !<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n__<\/p>\n<p>N&rsquo;attendons pas qu&rsquo;Anne Borrel nous serve les habituelles g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s sur les \u00ab maisons d&rsquo;\u00e9crivain \u00bb. Cette fine observatrice des lieux de l&rsquo;\u00e9crit et du \u00ab patrimoine litt\u00e9raire \u00bb sous toutes ses formes depuis plus de quinze ans, responsable, de 1987 \u00e0 1998, du Mus\u00e9e Marcel Proust \u00e0 Illiers-Combray, aujourd&rsquo;hui conseiller pour le Livre et la Lecture \u00e0 la DRAC du Centre[[Comment devient-on responsable de la maison de Marcel Proust \u00e0 Illiers-Combray ? Apr\u00e8s une \u00e9cole sup\u00e9rieure de commerce, une agr\u00e9gation de Lettres et quelques ann\u00e9es d&rsquo;enseignement classique, les hasards de la vie et de la litt\u00e9rature (elle pr\u00e9pare alors une th\u00e8se sur les \u00ab Journaux et m\u00e9moires personnels du XIV\u00e8me  et du d\u00e9but du XV\u00e8me si\u00e8cle\u00bb) remettent Anne Borrel en pr\u00e9sence de son vieux professeur de philosophie dans la salle des imprim\u00e9s de la Biblioth\u00e8que nationale. Celui-ci, directeur du <em>Bulletin Marcel Proust<\/em>, l&rsquo;invite \u00e0 rencontrer des \u00ab Amis de Marcel Proust \u00bb. Le panth\u00e9on litt\u00e9raire d&rsquo;Anne Borrel est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9clectique et \u00e9tendu \u00e0 travers les si\u00e8cles ; si elle cite volontiers des passages entiers de nombre d&rsquo;auteurs dont elle semble naturellement \u00ab impr\u00e9gn\u00e9e \u00bb, son registre ne s&rsquo;est pas encore ouvert en profondeur sur \u00ab la langue essentielle, v\u00e9ritablement po\u00e9tique \u00bb de l&rsquo;auteur de <em>La Recherche<\/em> : c&rsquo;est une r\u00e9v\u00e9lation &#8211; et une lente maturation. Elle participe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des rencontres de \u00ab proustiens \u00bb (\u00ab mot inepte, selon elle, et qui ne veut rien dire \u00bb ; d&rsquo;o\u00f9 les guillemets). Elue au conseil d&rsquo;administration de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis de Proust et des Amis de Combray, elle en devient secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale en 1987 et, \u00e0 la demande du pr\u00e9sident, Maurice Schumann, est mise \u00e0 la disposition de l&rsquo;association par le ministre de l&rsquo;Education nationale. L&rsquo;Institut Marcel Proust international, fond\u00e9 en 1988, organise alors d&rsquo;importants colloques : \u00ab Universalit\u00e9 de Marcel Proust \u00bb, \u00ab Proust et la m\u00e9decine \u00bb, \u00ab Proust et l&rsquo;Angleterre \u00bb, \u00ab Proust et Paris \u00bb&#8230; et r\u00e9alise des publications telles que Marcel Proust &#8211; <em>Ecrits de jeunesse<\/em>  1887-1895.<br \/>\n<br \/>De 1987 \u00e0 1998, elle assure la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;association, la restauration et l&rsquo;animation du Mus\u00e9e Marcel Proust d&rsquo;Illiers-Combray, organise de nombreuses manifestations, fait des conf\u00e9rences, publie, diffuse l&rsquo;\u009cuvre de Marcel Proust. Au d\u00e9but de 1999, elle est d\u00e9tach\u00e9e au minist\u00e8re de la Culture o\u00f9, \u00e0 la DRAC Centre, elle est charg\u00e9e du patrimoine \u00e9crit et d&rsquo;une mission concernant les maisons d&rsquo;\u00e9crivain. Depuis 2003, elle est conservateur d&rsquo;\u00e9tat.]] se refuse aux synth\u00e8ses globalisantes, aux statistiques illisibles et autres typologies qui n&rsquo;enseignent finalement que tr\u00e8s peu sur l&rsquo;art et la mani\u00e8re de faire vivre la (ou les) litt\u00e9rature(s) dans l&rsquo;humus ou le b\u00e9ton de leurs origines.<br \/>\n<br \/>Son approche du sujet &#8211; comme son parcours personnel &#8211; est assez atypique ; avec un regard neuf, un \u009cil vif, un souci d&rsquo;analyse percutant, elle joue de tous les c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois : \u00ab laboureur de nuages \u00bb et pourtant \u00ab bien sur le terrain \u00bb, elle puise des forces dans l&rsquo;imagination, les r\u00eaves, la po\u00e9sie, dans une vraie \u00ab culture  classique \u00bb, qui ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;avoir un esprit r\u00e9solument prospectif (elle parlait \u00ab base de donn\u00e9es \u00bb avant Internet) et de n&rsquo;\u00eatre pas trop ignorante des NTIC[[Nouvelles Technologies de l&rsquo;Information et de la Communication]] ; elle \u00e9voque aujourd&rsquo;hui la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab r\u00e9seaux, peut-\u00eatre \u00bb, de \u00ab programmes de formation \u00bb, de \u00ab mise en \u009cuvre de partenariats \u00bb&#8230;, elle loue \u00ab le dynamisme insuffl\u00e9 par la  loi du 1er ao\u00fbt 2003 sur le m\u00e9c\u00e9nat \u00bb, mais surtout, elle met en \u00e9vidence sa mission de service public &#8211; mission d&rsquo;expertise et de conseil &#8211; consultations gratuites dont peuvent b\u00e9n\u00e9ficier tous ceux (associations ou personnes priv\u00e9es) dont les besoins ou les projets le justifient.<br \/>\n<br \/>Les  maisons d&rsquo;\u00e9crivain suscitent-elles aujourd&rsquo;hui aupr\u00e8s du public un plus grand int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il y a dix ans ? Leur image se d\u00e9poussi\u00e8re-t-elle ? Peu importe. Les horizons d&rsquo;Anne Borrel sont largement ouverts et les perspectives sont vastes et dynamiques.<\/p>\n<p><strong> <em>\u00ab Peut-on parler de \u00ab maison d&rsquo;\u00e9crivain \u00bb ? \u00bb<\/em> <\/strong><br \/>\n<br \/>\u00ab Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? \u00bb ; \u00ab Est-ce que cela existe, m\u00eame ? \u00bb Dans la bouche d&rsquo;une co-fondatrice de la F\u00e9d\u00e9ration des Maisons d&rsquo;\u00e9crivain et des Patrimoines litt\u00e9raires (1996) et de l&rsquo;Association des Maisons d&rsquo;\u00e9crivain (1997), le propos ne laisse pas d&rsquo;\u00eatre paradoxal&#8230; ; il l&rsquo;est &#8211; volontairement ; et volontairement provocateur. Il s&rsquo;agit de remuer les esprits ; d&rsquo;agiter les r\u00e9flexions ; il ne faut pas s&rsquo;endormir&#8230; De m\u00eame qu&rsquo;un vigneron ne va pas planter un \u00e9criteau \u00ab Bon vin \u00bb au milieu de ses vignes pour asseoir la r\u00e9putation de son produit, il ne suffit pas d&rsquo;annoncer, sous la pancarte \u00ab Maison d&rsquo;\u00e9crivain \u00bb, que \u00ab Machin,  po\u00e8te des <em>Trucs<\/em>, a v\u00e9cu dans cette maison de 1886 \u00e0 1902 et  y a \u00e9crit la plus grande partie de son \u009cuvre \u00bb pour faire se pr\u00e9cipiter un public avide d&rsquo;admirer la plume, l&rsquo;encrier et le crayon pieusement dispos\u00e9s sur le bureau de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 du chef-lieu. Sous quel \u00ab label \u00bb ranger, \u00e0 quel \u00ab statut \u00bb soumettre, des demeures &#8211; chaumi\u00e8res, fermes, ch\u00e2teaux, tourelles, bergeries, bastides, maisonnettes, villas, biblioth\u00e8ques, appartements, dont le seul point commun est ce qui les distingue : l&rsquo;intimit\u00e9 de vies r\u00eav\u00e9es par des fant\u00f4mes, l&rsquo;individualit\u00e9 des mots g\u00e9n\u00e9r\u00e9s dans ces abris ?<br \/>\n<br \/>Pas de pancarte, pas de panneau, donc, mais une pr\u00e9occupation : que chaque lieu parle son langage ; et que ce langage soit celui que puisse entendre le public, les publics. <\/p>\n<p><strong>Un int\u00e9r\u00eat ancien et qui \u00e9volue<\/strong><br \/>\n<br \/>Surprise : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du public pour ces lieux charg\u00e9s d&rsquo;histoire ne date pas de quelques dizaines d&rsquo;ann\u00e9es&#8230; mais de quelques dizaines de si\u00e8cles ! Et cet int\u00e9r\u00eat \u00e9volue avec le temps, accompagnant l&rsquo;\u00e9volution de la perception de l&rsquo;\u00e9crivain par la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;Antiquit\u00e9, qui a \u00ab invent\u00e9 \u00bb un tombeau d&rsquo;Hom\u00e8re dans l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Ios, est ressuscit\u00e9e par le r\u00e9cit que fait Alexandre Dumas de sa visite au tombeau de Virgile, \u00ab \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la grotte de Pouzzoles \u00bb<\/em>, o\u00f9 on parvient \u00ab par un sentier tout couvert de ronces et d&rsquo;\u00e9pines [&#8230;] ; on [y] descend par un escalier \u00e0 demi-ruin\u00e9, entre les marches duquel poussent de grosses touffes de myrtes \u00bb avant de se trouver dans le sanctuaire. Dumas note que \u00ab l&rsquo;urne qui contenait les cendres de Virgile y resta jusqu&rsquo;au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle. Un jour on l&rsquo;enleva sous pr\u00e9texte de la mettre en s\u00fbret\u00e9 : depuis ce jour elle n&rsquo;a plus reparu. \u00bb<br \/>\n<br \/>\u00ab Seul dans le tombeau \u00bb, l&rsquo;auteur des <em>Trois mousquetaires<\/em> donne libre cours \u00e0 sa m\u00e9ditation : \u00ab mes regards se report\u00e8rent naturellement en arri\u00e8re, et j&rsquo;essayai de me faire une id\u00e9e bien pr\u00e9cise de Virgile et de ce monde antique au milieu duquel il vivait. [&#8230;] Peut-\u00eatre m\u00eame Auguste \u00e9tait-il venu dans ce tombeau, o\u00f9 je venais \u00e0 mon tour, et s&rsquo;\u00e9tait-il adoss\u00e9 \u00e0 ce m\u00eame endroit o\u00f9, adoss\u00e9 moi-m\u00eame, je venais de voir passer devant mes yeux toute cette gigantesque histoire \u00bb. Le \u00ab ton \u00bb du \u00ab p\u00e8lerinage litt\u00e9raire \u00bb et de la m\u00e9ditation qui y est attach\u00e9e est donn\u00e9 depuis longtemps lorsque Dumas \u00e9voque dans <em>Le Corricolo<\/em> ce lieu qui a vu Dante et P\u00e9trarque renouveler le geste pieux de planter un laurier sur la tombe du po\u00e8te. A la Renaissance, le po\u00e8te Maurice Sc\u00e8ve pr\u00e9tendra retrouver la tombe de Laure de Noves, la bien-aim\u00e9e de P\u00e9trarque : les \u00ab p\u00e8lerins \u00bb de l&rsquo;amour autant que de la litt\u00e9rature s&rsquo;y pressent depuis&#8230;<br \/>\n<br \/>Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res voit un type nouveau de voyage litt\u00e9raire : la visite au grand homme. Le grand \u00e9crivain vivant est un monument, un oracle que l&rsquo;on va consulter autant que r\u00e9v\u00e9rer, tel Goethe \u00e0 Weimar ou Voltaire \u00e0 Ferney. Carlyle, dans <em>Les H\u00e9ros<\/em>, se fait l&rsquo;\u00e9cho du changement notable des mentalit\u00e9s et de la \u00ab stature \u00bb acquise par l&rsquo;homme de plume : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du cr\u00e9ateur de religion  (Mahomet) et du chef de guerre (Napol\u00e9on), se tient le h\u00e9ros des lettres : Shakespeare. Mais lorsque, plus tard, Henry James sugg\u00e9rera la d\u00e9votion des visiteurs et des gardiens pour <em>La maison natale<\/em> du g\u00e9nie anglais, ce ne sera pas sans un humour corrosif &#8211; quoique voil\u00e9 d&rsquo;innocence &#8211; qui ridiculise, dans sa cruelle v\u00e9rit\u00e9, les exc\u00e8s de cette v\u00e9n\u00e9ration[[Anne Borrel s&rsquo;amusera de constater chez certains \u00ab Proustomanes \u00bb les m\u00eames ravages que ceux qu&rsquo;\u00e9pingle Henry James chez les adorateurs de Shakespeare ; n\u00e9anmoins, vigilante \u00e0 se garder de toute \u00ab contamination \u00bb ou \u00ab folie \u00bb (\u00e7a arrive, para\u00eet-il !), elle dit avoir fait de son mieux afin de \u00ab conserver la distance critique n\u00e9cessaire pour \u00eatre efficace&#8230; \u00bb. ]]. Le f\u00e9tichisme n&rsquo;est pas loin et le touriste du XIX\u00e8me si\u00e8cle connaissait d\u00e9j\u00e0 les \u00ab produits d\u00e9riv\u00e9s \u00bb comme les objets usuels reproduisant les personnages des grandes fresques litt\u00e9raires de Balzac ou de Jules Verne&#8230;<br \/>\n<br \/>Peu \u00e0 peu, ce n&rsquo;est plus seulement le public cultiv\u00e9 qui s&rsquo;int\u00e9resse aux lieux litt\u00e9raires ; un public plus large, pas toujours connaisseur mais curieux, aspirant \u00e0 se cultiver \u00e0 l&rsquo;occasion, par exemple dans le cadre de ses loisirs, se d\u00e9veloppe. Nombreux sont les enseignants parmi celles et ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient des cong\u00e9s pay\u00e9s \u00e0 partir de 1936 ; il serait int\u00e9ressant d&rsquo;\u00e9tudier quel r\u00f4le ceux-ci ont jou\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9mergence du tourisme culturel.<\/p>\n<p><strong>Donner \u00e0 lire sans faire lire \u00e0 tout prix<\/strong><br \/>\n<br \/>Cependant, si le tourisme \u00e0 destination des sites litt\u00e9raires s&rsquo;accro\u00eet et se transforme, il ne conna\u00eet pas la vogue qui est li\u00e9e, par exemple, au  patrimoine industriel, pourtant plus r\u00e9cent ; c&rsquo;est qu&rsquo;il se heurte \u00e0 un obstacle de taille : l&rsquo;effort de lecture n\u00e9cessaire pour aborder l&rsquo;\u009cuvre des \u00e9crivains, et notamment celle d&rsquo;auteurs r\u00e9put\u00e9s difficiles comme Proust. Serions-nous loin d\u00e9sormais de <em>Ce vice impuni la lecture<\/em> qu&rsquo;illustrait Valery Larbaud entre les deux guerres ? A voir les chiffres de l&rsquo;\u00e9dition en France, on peut se demander si lire ne demande pas en 2004 un effort plus grand qu&rsquo;il y a quelques ann\u00e9es ou dizaines d&rsquo;ann\u00e9es ; et qu&rsquo;en est-il du \u00ab  plaisir de lire \u00bb ?&#8230;<br \/>\n<br \/>Le d\u00e9fi est donc de faire parler la litt\u00e9rature dans \u00ab ses \u00bb lieux  sans d\u00e9courager le public en lui imposant un passage oblig\u00e9 et unique par la lecture&#8230; tout en donnant \u00e0 go\u00fbter des textes, car l&rsquo;objectif reste tout de m\u00eame, \u00e0 partir du lieu, de faire d\u00e9couvrir une \u009cuvre.<br \/>\n<br \/>Go\u00fbter&#8230; Bien s\u00fbr, on pense tout de suite \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre madeleine de Proust&#8230; Pourquoi, en effet, ne pas emprunter des d\u00e9tours \u00ab gustatifs \u00bb pour aborder cet auteur dans un bonheur \u00ab d\u00e9licieux \u00bb ? Donner \u00e0 go\u00fbter une \u009cuvre est parfaitement justifi\u00e9 avec des auteurs comme Proust, Dumas, Colette&#8230; pour qui, comme le d\u00e9montre magistralement Anne Borrel, la cr\u00e9ation culinaire est une m\u00e9taphore de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Et Anne Borrel, qui a donn\u00e9 un subtil et savoureux <em>Proust &#8211; La Cuisine retrouv\u00e9e<\/em>[[Avec Alain Senderens, aux Editions du Ch\u00eane.]], peut t\u00e9moigner du succ\u00e8s qu&rsquo;ont eues, aupr\u00e8s du public et des professionnels, des op\u00e9rations comme \u00ab Le Mai des cuisiniers d&rsquo;Eure-et-Loir &#8211; A table avec Marcel Proust \u00bb qui a conduit quarante-deux restaurateurs d&rsquo;Eure-et-Loir \u00e0 proposer, en 1993 et 1994, des \u00ab menus Proust \u00bb nourris de citations tr\u00e8s incitatives.<br \/>\n<br \/>\u00ab Donner \u00e0 go\u00fbter \u00bb, c&rsquo;est aussi et surtout, dans les maisons des \u00e9crivains, donner \u00e0 entendre, donner \u00e0 voir, les textes par des lectures, des animations, des expositions, des concerts, du multim\u00e9dia, des spectacles, des conf\u00e9rences&#8230;<\/p>\n<p><strong>Jeunes publics et classes de patrimoine<\/strong><br \/>\n<br \/>A ce titre, ce qui se passe lorsqu&rsquo;une \u00ab classe de patrimoine \u00bb visite une maison d&rsquo;\u00e9crivain est riche d&rsquo;enseignements. Anne Borrel en a re\u00e7u de nombreuses dans le Mus\u00e9e d&rsquo;Illiers-Combray, qui ressemble \u00e0 une petite maison de grand-m\u00e8re. Ces enfants (du CM2 \u00e0 la 4\u00e8me) n&rsquo;ont pas encore les appr\u00e9hensions qu&rsquo;ont les adultes par rapport \u00e0 Proust (\u00ab c&rsquo;est difficile \u00e0 lire \u00bb, \u00ab il faut s&rsquo;accrocher \u00bb, etc.). Sur ce terrain vierge, des parcours p\u00e9dagogiques novateurs peuvent \u00eatre tr\u00e8s fructueux, tel celui effectu\u00e9, par exemple, par cette classe de CM2 qui, dans sa d\u00e9couverte de Proust, a conjugu\u00e9 avec la lecture et l&rsquo;\u00e9criture, les arts plastiques, la g\u00e9ographie, l&rsquo;histoire, l&rsquo;initiation \u00e0 l&rsquo;anglais, la photographie, les sciences de la vie, la musique, pour finir par la conception d&rsquo;un CD Rom vraiment pluridisciplinaire[[Alors pourquoi, malgr\u00e9 leur int\u00e9r\u00eat, les classes de patrimoine et les classes litt\u00e9raires sont-elles si peu nombreuses ? Le probl\u00e8me semble davantage \u00eatre li\u00e9 \u00e0 des questions d&rsquo;intendance, d&rsquo;organisation des d\u00e9placements, d&rsquo;h\u00e9bergement, etc&#8230;.qu&rsquo;\u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res, car les budgets existent.]].<\/p>\n<p><strong>De l&rsquo;Education nationale au tourisme culturel<\/strong><br \/>\n<br \/>Faire parler un lieu pour le faire vivre&#8230; L&rsquo;int\u00e9grer, aussi, dans le paysage historique et culturel de sa r\u00e9gion. S&rsquo;il est rare que l&rsquo;on traverse la France pour voir un lieu litt\u00e9raire pr\u00e9cis, on accepte volontiers de croiser des \u00e9crivains lors d&rsquo;un p\u00e9riple autour des ch\u00e2teaux de la Loire ou sur la route des grands vins de Bordeaux. Eviter de \u00ab sp\u00e9cialiser \u00bb la visite litt\u00e9raire, fondre les itin\u00e9raires litt\u00e9raires dans des int\u00e9r\u00eats plus larges du public signifie, l\u00e0 encore, innover, nouer des partenariats, travailler en r\u00e9seau. L&rsquo;effort est important, alors qu&rsquo;une \u00ab maison d&rsquo;\u00e9crivain \u00bb dispose parfois de peu de moyens. Mais le jeu en vaut la chandelle.<\/p>\n<p>Cependant, insiste Anne Borrel, effray\u00e9e par ce qu&rsquo;elle voit trop souvent comme de dangereuses d\u00e9rives, \u00ab Piti\u00e9 ! Piti\u00e9 pour les publics et surtout pour les \u00e9crivains ! Un peu de respect ! La recherche du succ\u00e8s n&rsquo;est pas une raison pour faire ou accepter  n&rsquo;importe quoi ! Les grands auteurs n&rsquo;ont nul besoin d&rsquo;\u00eatre  travestis, voire d\u00e9natur\u00e9s, pour attirer des lecteurs qui ne liront, en fait, que d&rsquo;indignes parodies ou de pi\u00e8tres mascarades. Leurs textes, pr\u00e9sent\u00e9s \u00ab en situation \u00bb, dans des mises en sc\u00e8ne attrayantes, sont assez riches pour \u00ab nourrir \u00bb d&rsquo;eux-m\u00eames un public qui se r\u00e9jouira d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme intelligent. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au printemps 2004 \u00e0 Orl\u00e9ans, rencontre avec Anne Borrel, qui r\u00e9pond aux questions de Terres d&rsquo;\u00e9crivains sur les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[47],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/301"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=301"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/301\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}