{"id":304,"date":"2004-03-31T13:53:55","date_gmt":"2004-03-31T11:53:55","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/03\/31\/des-ecrivains-dans-le-17e-arrondissement-de-paris\/"},"modified":"2025-04-21T12:21:36","modified_gmt":"2025-04-21T10:21:36","slug":"des-ecrivains-dans-le-17e-arrondissement-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/03\/31\/des-ecrivains-dans-le-17e-arrondissement-de-paris\/","title":{"rendered":"Des \u00e9crivains dans le 17e arrondissement de Paris"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le 1er janvier 1860, la commune des Batignolles-Monceau, dont le territoire s&rsquo;\u00e9tend entre Neuilly et Montmartre, est annex\u00e9e \u00e0 Paris et va en constituer le XVIIe arrondissement. C&rsquo;est l&rsquo;\u0153uvre de Napol\u00e9on III et du baron Haussmann, pr\u00e9fet de la Seine depuis 1853.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nInquiets de la croissance des agglom\u00e9rations de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;enceinte des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, du d\u00e9veloppement anarchique de leurs rues et de leurs \u00e9gouts, inquiets de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 li\u00e9e au surpeuplement de ces quartiers p\u00e9riph\u00e9riques, ils d\u00e9cident d&rsquo;agrandir Paris jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;enceinte fortifi\u00e9e de Thiers \u00e9rig\u00e9e vingt ans plus t\u00f4t et de r\u00e9organiser la capitale intra-muros. Le plus grand chantier qu&rsquo;ait connu une ville fran\u00e7aise s&rsquo;\u00e9tend de 1853 \u00e0 1870, facilit\u00e9 par un d\u00e9cret du 26 mars 1852 qui autorise l&rsquo;administration \u00e0 exproprier un propri\u00e9taire priv\u00e9 chaque fois qu&rsquo;elle le juge utile.<\/p>\n<p>La r\u00e9organisation int\u00e9rieure, ce sera surtout, pour le quartier qui nous int\u00e9resse, la construction du boulevard Malesherbes et le nouveau quartier qui va na\u00eetre autour, dans une joyeuse ambiance de sp\u00e9culation immobili\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce nouveau XVIIe arrondissement prend rapidement deux visages distincts :<\/p>\n<p>&#8211; celui de la plaine Monceau, \u00e0 l&rsquo;ouest, proie du baron Haussmann et des promoteurs d\u00e9nonc\u00e9s par Zola (qui habite alors \u00e0 l&rsquo;est), en particulier dans <em>L&rsquo;Argent<\/em> et <em>La Cur\u00e9e<\/em>,<br \/>\n&#8211; \u00e0 l&rsquo;est de la rue de Rome, le quartier des Batignolles, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque encore entre campagne et ville, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des po\u00e8tes et artistes &#8211; par amour de la nature, mais surtout des loyers bas et des bons caf\u00e9s &#8211; et qui abrite les premiers impressionnistes.<\/p>\n<p>Les <strong>deux balades<\/strong> que nous vous proposons ici permettent de d\u00e9couvrir ces deux faces d&rsquo;un arrondissement au pass\u00e9 litt\u00e9raire m\u00e9connu, tout en traversant diff\u00e9rentes \u00e9poques, de 1860 environ (et pour cause) jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p><strong>A l&rsquo;est, le quartier des \u00ab artistes \u00bb<\/strong> (on approche de Montmartre) : Verlaine, Zola, Max Jacob, Eluard, Simenon qui vient de d\u00e9barquer dans la capitale&#8230;<\/p>\n<p><strong>A l&rsquo;ouest (o\u00f9 migre bient\u00f4t Maupassant), les demeures bourgeoises de ceux qui ont r\u00e9ussi<\/strong> : Dumas p\u00e8re et fils, Henri Barbusse&#8230; Pour ces deux derniers comme pour Marie Bashkirtseff, le XVIIe est aussi un arrondissement o\u00f9 il fait bon mourir.<\/p>\n<p>Nous aurons aussi la surprise de croiser sur notre route Fran\u00e7oise Sagan, Joseph Kessel, Pierre Loti, Henry Miller, Marcel Pagnol, Patrick Modiano&#8230;<\/p>\n<h2>Balade dans le XVIIe est<\/h2>\n<p><strong>1) Au 83 rue Dulong<\/strong> habite Guy de Maupassant en 1882-84. A trente ans, il vit de sa plume. L&rsquo;appartement ne fait que cinquante m\u00e8tre carr\u00e9s. Des tableaux \u00e9voquent Etretat et F\u00e9camp, la patrie de son c\u009cur. Il n&rsquo;a que quelques pas \u00e0 faire pour atteindre la gare Saint-Lazare et embarquer pour la Normandie.<br \/>\nOn le retrouvera un peu plus loin dans notre seconde promenade&#8230;<\/p>\n<p><strong>2)<\/strong> Un de ses voisins les plus proches est, 150 ans plus tard, Paul Eluard, qui occupe un deux pi\u00e8ces (avec une tr\u00e8s belle vue) au 5e \u00e9tage du <strong>54 rue Legendre<\/strong> entre 1934 et fin 1938. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Gala, il vient d&rsquo;\u00e9pouser Nusch. Il a quarante ans en 1935. Ces ann\u00e9es sont pour lui celles de l&rsquo;engagement antifasciste et de la fid\u00e9lit\u00e9 persistante au surr\u00e9alisme.<\/p>\n<p><strong>3)<\/strong> St\u00e9phane Mallarm\u00e9 vit <strong>87 (qui devient le 89 en 1884) rue de Rome<\/strong> \u00e0 partir de 1875.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1559\" aria-describedby=\"caption-attachment-1559\" style=\"width: 430px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1559\" title=\"A droite, le 89 rue de Rome.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_rome2.jpg\" alt=\"A droite, le 89 rue de Rome.\" width=\"430\" height=\"330\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_rome2.jpg 430w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_rome2-300x230.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 430px) 94vw, 430px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1559\" class=\"wp-caption-text\">A droite, le 89 rue de Rome.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>4)<\/strong> Georges Simenon arrive de Li\u00e8ge \u00e0 Paris en d\u00e9cembre 1922, \u00e0 dix-neuf ans. Apr\u00e8s une parenth\u00e8se au ch\u00e2teau de Paray-le-Fr\u00e9sil pr\u00e8s de Chevagnes, dans la r\u00e9gion qui sera bient\u00f4t la terre natale du commissaire Maigret : l&rsquo;Allier, il est de retour dans la capitale en 1924 et loge avec sa femme Tigy dans une chambre de l&rsquo;h\u00f4tel Beaus\u00e9jour, <strong>42 rue des Dames<\/strong> (la rue des Dames suit une des plus anciennes voies du quartier, qui existait d\u00e9j\u00e0 en 1672). Il \u00e9crit contes et nouvelles pour diff\u00e9rents journaux, entre autres <em>Le Matin<\/em>.<\/p>\n<p><strong>5)<\/strong> Permettons-nous deux br\u00e8ves incursions dans le VIIIe arrondissement, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du boulevard des Batignolles. D&rsquo;abord <strong>29 rue de Moscou<\/strong>, o\u00f9 nous retrouvons Mallarm\u00e9 fin 1871.<\/p>\n<p><strong>6)<\/strong> Et <strong>18 rue Clapeyron<\/strong>, o\u00f9 Maurice Leblanc habite dans un immeuble&#8230; blanc.<\/p>\n<p><strong>7) 17 rue du Mont-Dore<\/strong> est une adresse bien connue de Blaise Cendrars. C&rsquo;est celle de Raymone Duch\u00e2teau, une jeune actrice qu&rsquo;il rencontre en 1917 et qu&rsquo;il \u00e9pouse&#8230; en 1949.<\/p>\n<p><strong>8) L&rsquo;h\u00f4tel Bertha, 1 rue Darcet<\/strong>, est le premier logement parisien de Georges Simenon, en d\u00e9cembre 1922\/janvier 1923 (voir un peu plus haut).<\/p>\n<p><strong>9)<\/strong> Le restaurant Wepler se trouve toujours <strong>14 place Clichy<\/strong>. Cette place n&rsquo;est pas l&rsquo;endroit le plus reposant de la capitale. C&rsquo;est pourquoi, de Courteline \u00e0 Miller, beaucoup aimaient s&rsquo;attabler au Wepler.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1344\" aria-describedby=\"caption-attachment-1344\" style=\"width: 1596px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1344\" title=\"Le Wepler.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_Wepler.jpg\" alt=\"Le Wepler.\" width=\"1596\" height=\"979\" align=\"middle\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1344\" class=\"wp-caption-text\">Le Wepler.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>10)<\/strong> Le caf\u00e9 Guerbois n&rsquo;existe plus <strong>11 avenue de Clichy<\/strong>, mais un panonceau en garde le souvenir. C&rsquo;\u00e9tait le lieu de rendez-vous favori de Manet, de ses coll\u00e8gues artistes et de leurs amis \u00e9crivains &#8211; dont le voisin Zola &#8211; entre 1865 et 1875. C&rsquo;est dans sa salle en sous-sol que se th\u00e9orise l&rsquo;impressionnisme naissant. Degas et C\u00e9zanne y croisent Monet, Renoir et Pissarro. La guerre de 1870 disperse en partie cette communaut\u00e9. Zola le d\u00e9crit sous le nom du Caf\u00e9 Baudequin dans <em>L&rsquo;Oeuvre<\/em>.<\/p>\n<p><strong>11)<\/strong> Apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, Verlaine habite avec sa m\u00e8re <strong>26 rue L\u00e9cluse<\/strong> entre 1865 et 70 (plaque). En juin 1869, il se rend 14 rue Nicolet chez son ami Charles de Sivry pour lui demander de collaborer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et fait la connaissance de Mathilde Maut\u00e9, sa demi-s\u009cur, qui deviendra madame Verlaine quelques mois plus tard.<\/p>\n<p>Il est fonctionnaire \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de Ville depuis 1865 mais passe surtout son temps \u00e0 \u00e9crire des vers et \u00e0 courir les caf\u00e9s. Le samedi, on le trouve souvent tout pr\u00e8s, <strong>10 boulevard des Batignolles<\/strong>, chez la m\u00e8re de son ami Louis-Xavier de Ricard, qui tient salon pour les amis de son fils. <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/29\/paul-verlaine\/\">Verlaine<\/a> y fait connaissance de Villiers de l&rsquo;Isle-Adam, Jos\u00e9 Maria de Heredia, Sully Prudhomme, Catulle Mend\u00e8s, Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, qui commencent \u00e0 former les premiers rangs des po\u00e8tes parnassiens, pr\u00e9f\u00e8rent, tels Gautier et Mallarm\u00e9, la forme (\u00ab l&rsquo;art pour l&rsquo;art \u00bb) \u00e0 l&rsquo;\u00e9lan romantique, et \u00e9liront domicile \u00e0 la librairie Lemerre, <strong>47 passage Choiseul<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>12)<\/strong> Non loin mais trente ans plus t\u00f4t, Alfred de Vigny loue en 1838, au <strong>1 rue Nollet<\/strong>, un atelier pour y recevoir Julia Battelegang et sa s\u009coeur Maria.<\/p>\n<p><strong>13)<\/strong> La <strong>rue Nollet<\/strong> est aussi la rue de Verlaine. Entre 1851, la famille d\u00e9barquant tout juste de Metz, et 1862, les voil\u00e0 au <strong>n\u00b010<\/strong> (plaque). Le capitaine Verlaine vient de d\u00e9missionner de l&rsquo;arm\u00e9e. Sa femme St\u00e9phanie et lui veulent offrir \u00e0 leur fils les meilleures \u00e9coles. Le quartier est d\u00e9j\u00e0 bien peupl\u00e9 de familles de militaires \u00e0 la retraite. Jusqu&rsquo;\u00e0 1860, la rue Nollet &#8211; qui se nomme alors rue Saint-Louis &#8211; se trouve au-del\u00e0 des fortifications (la barri\u00e8re de Clichy se trouvait sur l&#8217;emplacement actuel de la place Clichy).<\/p>\n<p>Entre 1853 et 1862, Paul Verlaine est interne \u00e0 la pension Landry, 32 rue Chaptal, d&rsquo;o\u00f9 il se rend bient\u00f4t quotidiennement au lyc\u00e9e Bonaparte (aujourd&rsquo;hui Condorcet), rue Caumartin. Peu \u00e0 peu, la po\u00e9sie va prendre la place des \u00e9tudes, puis les caf\u00e9s. Cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;obtenir son baccalaur\u00e9at en ao\u00fbt 1862 et d&rsquo;entamer ensuite des \u00e9tudes de droit, en fr\u00e9quentant en particulier la biblioth\u00e8que Sainte-Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>La rive droite est ainsi celle des jeunes ann\u00e9es de Verlaine. La rive gauche &#8211; et en particulier le quartier latin que lui fait adopter Rimbaud &#8211; sera celle des ann\u00e9es d&rsquo;adulte et de mis\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>14)<\/strong> Emile Zola habite <strong>23 rue Truffaut<\/strong> (l&rsquo;immeuble a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 depuis) en 1868.<\/p>\n<p><strong>15)<\/strong> Arrivant de Saint-Beno\u00eet-sur-Loire o\u00f9 il s&rsquo;est \u00e9tabli en 1921, le montmartrois Max Jacob, po\u00e8te et peintre, loge en 1927-28 \u00e0 <strong>l&rsquo;h\u00f4tel Nollet, 55 rue Nollet<\/strong>. Il replonge dans le tumulte de la vie parisienne, auquel il avait r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9chapper quelque temps, pour s&rsquo;occuper \u00e0 faire \u00e9diter ses po\u00e8mes et vendre ses toiles. En 1936, il s&rsquo;\u00e9tablit d\u00e9finitivement \u00e0 Saint-Beno\u00eet.<\/p>\n<p><strong>16)<\/strong> Les Verlaine s&rsquo;installent <strong>45 rue Lemercier<\/strong> en 1863. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Paul s&rsquo;accroche de moins en moins \u00e0 ses \u00e9tudes de droit et de plus en plus \u00e0 l&rsquo;exploration des caf\u00e9s. Un ancien camarade du lyc\u00e9e Bonaparte le pr\u00e9sente \u00e0 Louis-Xavier de Ricard, qui dirige la <em>Revue du progr\u00e8s moral<\/em> et y fait para\u00eetre cette m\u00eame ann\u00e9e le premier sonnet publi\u00e9 de Verlaine&#8230;<\/p>\n<p><strong>17) Le 14 rue La Condamine<\/strong> est l&rsquo;adresse de Zola en 1869, et le <strong>92 avenue de Clichy<\/strong> en 1867.<\/p>\n<p><strong>18)<\/strong> Nina de Caillas tient salon <strong>82 rue des Moines<\/strong> apr\u00e8s l&rsquo;avoir fait <strong>17 rue Chaptal<\/strong> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1860. Jeune, fortun\u00e9e, un peu po\u00e8te et musicienne, r\u00e9publicaine, elle re\u00e7oit le mercredi et le dimanche des po\u00e8tes parnassiens et aussi d&rsquo;autres artistes : Manet, Fantin-Latour, Wagner, Berlioz&#8230; Certains soirs, l&rsquo;ambiance devient si folle qu&rsquo;elle appelle son salon \u00ab le petit Charenton \u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque Verlaine est pr\u00e9sent, la ma\u00eetresse de maison et ses convives s&rsquo;\u00e9vertuent \u00e0 le distraire et \u00e0 \u00e9viter qu&rsquo;il consomme trop d&rsquo;alcool, qui provoque chez lui des \u00e9clats de violence fulgurants.<\/p>\n<h2>Balade dans le XVII\u00e8me ouest<\/h2>\n<p>Dans cette partie du quartier, nous croisons de jeunes auteurs qui n&rsquo;ont pas encore rencontr\u00e9 la gloire, comme Loti, Rostand, Colette et Willy, Kessel, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;autres qui viennent y finir leur vie, comme Alexandre Dumas Fils, ou presque, comme Maupassant.<\/p>\n<p><strong>1)<\/strong> D\u00e9butons <strong>190 boulevard Malesherbes<\/strong> o\u00f9 (l&rsquo;h\u00f4tel a disparu depuis) Juliette Adam tient salon \u00e0 partir de 1887, recevant souvent Loti &#8211; \u00e9dit\u00e9 la premi\u00e8re fois dans la <em>Nouvelle Revue<\/em> fond\u00e9e par Juliette Lambert (de son nom de jeune fille) en 1879, Alphonse Daudet, etc.<\/p>\n<p><strong>2) Le 1 rue du Printemps<\/strong> a \u00e9t\u00e9 une adresse de Roger Martin du Gard.<\/p>\n<p><strong>3) Au 11 rue Amp\u00e8re<\/strong>, Alexandre Dumas Fils vit ses derniers jours en 1895.<\/p>\n<p><strong>4)<\/strong> Marie Bashkirtseff meurt <strong>30 rue Amp\u00e8re<\/strong> en 1884, dans un h\u00f4tel disparu depuis. Elle \u00e9crit, elle est m\u00e9lomane, elle peint. Et elle va mourir de tuberculose \u00e0 24 ans. Dans ses derniers mois, entre mars et mai 1884, elle correspond avec Maupassant en usant d&rsquo;une fausse identit\u00e9. Ils ne se rencontreront pas, mais l&rsquo;\u00e9crivain finit par d\u00e9couvrir qui elle est. Il ira se recueillir sur sa tombe au cimeti\u00e8re de Passy.<\/p>\n<p><strong>5)<\/strong> Fran\u00e7oise Sagan, n\u00e9e en 1935, habite avant-guerre au 4e \u00e9tage du <strong>167 boulevard Malesherbes<\/strong>. A l&rsquo;automne 1944, elle rentre au cours priv\u00e9e Louise de Bettignies, qui existe toujours rue Daubigny.<\/p>\n<p><strong>6) Au n\u00b0 160<\/strong>, Catulle Mend\u00e8s &#8211; que l&rsquo;on a crois\u00e9 avec Verlaine &#8211; vit ses derni\u00e8res ann\u00e9es (il d\u00e9c\u00e8de en 1909). Ce po\u00e8te parnassien, mais aussi romancier, critique litt\u00e9raire et auteur dramatique, produit une \u009cuvre abondante mais oubli\u00e9e depuis. Pourtant, difficile de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la litt\u00e9rature de l&rsquo;\u00e9poque sans tomber sur lui.<\/p>\n<p><strong>7)<\/strong> Paul Morand vit <strong>9 rue Daubigny<\/strong> entre 1921 et 1923. Il partage alors sa vie entre soir\u00e9es mondaines et succ\u00e8s de librairie. En 1922, <em>Ouvert la nuit<\/em> le fait conna\u00eetre au grand public, suivi de&#8230; <em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em> l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Cette p\u00e9riode est une parenth\u00e8se dans une carri\u00e8re de diplomate qu&rsquo;il reprendra pour son malheur \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930. Ses responsabilit\u00e9s politiques pendant l&rsquo;Occupation lui vaudront un exil en Suisse.<\/p>\n<p><strong>8) Au 15 rue Daubigny<\/strong> a habit\u00e9 la chanteuse Germaine Sablon, compagne de Kessel et chez qui il se rendait r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p><strong>9) Au 14 place du G\u00e9n\u00e9ral Catroux<\/strong> (ex-place Malesherbes) &#8211; qui donne \u00e9galement 6 rue Jacques Bingen &#8211; se trouve dans les ann\u00e9es 1930 le consulat g\u00e9n\u00e9ral de Lituanie o\u00f9 Oscar Vladislas de Lubicz Milosz officie. Autant que diplomate, il est po\u00e8te de langue fran\u00e7aise. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;h\u00f4tel est occup\u00e9 par des services de l&rsquo;ambassade de Russie.<\/p>\n<p><strong>10)<\/strong> Son voisin plus de quarante ans auparavant \u00e9tait Guy de Maupassant, qui emm\u00e9nage <strong>10 rue Jacques Bingen<\/strong> (alors rue Montchanin) en 1884 &#8211; neuf ans avant sa mort &#8211; et y demeure jusqu&rsquo;\u00e0 fin 1889, entre deux escapades sur la C\u00f4te d&rsquo;Azur ou sur son voilier le Bel Ami, pour \u00e9chapper \u00e0 la vie mondaine et \u00e0 la d\u00e9prime parisienne (et la maladie dont il est atteint &#8211; la syphilis &#8211; gagne du terrain provoquant d&rsquo;horribles migraines, des pertes de conscience, etc.).<\/p>\n<p>Il habite le rez-de-chauss\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel construit en 1880 et encore debout de nos jours. Goncourt d\u00e9crit l&rsquo;appartement comme un \u00ab logis de souteneur cara\u00efbe \u00bb. Il est vrai qu&rsquo;on y trouve des tentures alg\u00e9riennes, des boiseries peintes de bleu et de marron, des bouddhas dor\u00e9s, des garnitures de porcelaine&#8230; Alors qu&rsquo;il emm\u00e9nage ici, Maupassant appr\u00e9hende la sortie de son <em>Bel Ami<\/em>, fable parisienne dont la morale pourrait \u00eatre : \u00ab tous les moyens sont bons pour r\u00e9ussir dans la vie. \u00bb Quelques mois plus t\u00f4t, <em>Une Vie<\/em> avait cr\u00e9\u00e9 un beau scandale par sa noirceur. Bel Ami suscite lui aussi la controverse, et est donc&#8230; un grand succ\u00e8s de librairie. Sa diffusion est cependant frein\u00e9e un moment par un \u00e9v\u00e9nement qui secoue les milieux litt\u00e9raires pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1885 : la mort de Victor Hugo.<\/p>\n<p>Au passage, admirons tout de m\u00eame l&rsquo;imposante statue cr\u00e9\u00e9e par Gustave Dor\u00e9 au centre de la place, qui s&rsquo;appelait place des Trois Dumas au d\u00e9but du si\u00e8cle : Dumas p\u00e8re si\u00e8ge sur ses \u009coeuvres, avec d&rsquo;Artagnan \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>11) 98 boulevard Malesherbes<\/strong> se trouvait l&rsquo;h\u00f4tel de Louise Delabigne, dite Valtesse de la Bigne, demi-mondaine. Zola s&rsquo;inspire de son h\u00f4tel dans <em>Nana<\/em>, le transplantant \u00e0 l&rsquo;angle de l&rsquo;avenue de Villiers et de la rue Cardinet. Un autre mod\u00e8le de l&rsquo;h\u00f4tel de Nana est l&rsquo;h\u00f4tel de la Pa\u00efva, que l&rsquo;on voit encore 25 avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es, o\u00f9 se rendent r\u00e9guli\u00e8rement les fr\u00e8res Goncourt, Taine, Th\u00e9ophile Gautier, Sainte-Beuve.<\/p>\n<p><strong>12)<\/strong> La travers\u00e9e de la place de la R\u00e9publique Dominicaine nous permet une rapide incursion dans le VIIIe arrondissement (nous avions rencontr\u00e9 la barri\u00e8re de Clichy dans notre promenade pr\u00e9c\u00e9dente ; nous voici ici devant les beaux restes d&rsquo;un autre b\u00e2timent ornant l&rsquo;ancien mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux : la rotonde de Monceau, qui \u00e9tait plus un poste d&rsquo;observation &#8211; avec appartement-belv\u00e9d\u00e8re au somment &#8211; qu&rsquo;une barri\u00e8re d&rsquo;octroi).<\/p>\n<p>Le beau Parc Monceau fourmille de souvenirs litt\u00e9raires tr\u00e8s divers : lieu de promenade de Rousseau, de Proust, d\u00e9cor d&rsquo;histoires de Patrick Modiano, d&rsquo;une nouvelle de Maupassant (<em>Le P\u00e8re<\/em>), d&rsquo;un Ad\u00e8le-Blanc-Sec (<em>Momies en folie<\/em> de Jacques Tardi), de <em>Au piano<\/em>, de Jean Echenoz&#8230;<\/p>\n<p><strong>13)<\/strong> Alexandre Dumas p\u00e8re habite le 4e \u00e9tage du <strong>107 boulevard Malesherbes<\/strong> entre 1866 et 1870.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1560\" aria-describedby=\"caption-attachment-1560\" style=\"width: 415px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1560\" title=\"13 rue Fortuny.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_pagnolfortuny2.jpg\" alt=\"13 rue Fortuny.\" width=\"415\" height=\"315\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_pagnolfortuny2.jpg 415w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_pagnolfortuny2-300x228.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 415px) 94vw, 415px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1560\" class=\"wp-caption-text\">13 rue Fortuny.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>14) La rue Fortuny<\/strong> est, elle aussi, malgr\u00e9 les apparences, bien litt\u00e9raire : son <strong>n\u00b02<\/strong> h\u00e9berge Edmond Rostand de 1891 &#8211; il a 23 ans &#8211; \u00e0 1897 et, \u00e0 son <strong>n\u00b013<\/strong>, Marcel Pagnol installe ses bureaux entre 1933 et 1950. Le premier termine ici <em>Cyrano de Bergerac<\/em> ; le second y travaille aux films <em>Ang\u00e8le<\/em> (1934), <em>C\u00e9sar<\/em> (1936), <em>Regain<\/em> (1937), <em>La Femme du boulanger<\/em> (1938), <em>La Fille du puisatier<\/em> (1939),&#8230;<\/p>\n<p><strong>15) Le 43 rue de Prony<\/strong> est l&rsquo;adresse de Joseph Kessel de 1921 \u00e0 1928. En m\u00eame temps qu&rsquo;il continue de voyager, il \u00e9crit durant cette p\u00e9riode ses premiers romans, entre autres <em>L&rsquo;Equipage<\/em> (1923). Il a 16 ans en 1914, lorsque sa famille s&rsquo;installe \u00e0 Paris. Engag\u00e9 volontaire en 1916, il fait sous l&rsquo;uniforme le tour du monde en 1919.<\/p>\n<p><strong>16) Dans l&rsquo;immeuble du 49 rue de Prony<\/strong>, construit en 1880, habite Paul d&rsquo;Ivoi, auteur de vingt et un <em>Voyages excentriques<\/em> dont <em>Les Cinq sous de Lavar\u00e8de<\/em>.<\/p>\n<p><strong>17) La rue Edouard Detaille<\/strong> est la rue du rire : Alphonse Allais s&rsquo;installe au <strong>n\u00b07<\/strong> en 1895 et Tristan Bernard vit au <strong>n\u00b09<\/strong> de 1893 \u00e0 1928, pour aller ensuite 22 rue Eug\u00e8ne Flachat.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1561\" aria-describedby=\"caption-attachment-1561\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1561\" title=\"7 rue Edouard Detaille.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_allaisdetaille2.jpg\" alt=\"7 rue Edouard Detaille.\" width=\"310\" height=\"415\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_allaisdetaille2.jpg 310w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/jpg_allaisdetaille2-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 310px) 94vw, 310px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1561\" class=\"wp-caption-text\">7 rue Edouard Detaille.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>18)<\/strong> En 1901, Colette et son mari Willy emm\u00e9nagent <strong>93 rue de Courcelles<\/strong>. Le succ\u00e8s de la s\u00e9rie des <em>Claudine<\/em> vient \u00e0 peine de commencer.<\/p>\n<p><strong>19) A son domicile du n\u00b0105<\/strong> meurt Henri Barbusse en 1935. Le romancier pacifiste a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par une pneumonie lors d&rsquo;un voyage \u00e0 Moscou.<\/p>\n<p><strong>20) Au 98 avenue de Villiers<\/strong>, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 voir de l&rsquo;h\u00f4tel achet\u00e9 en 1862 par Alexandre Dumas Fils et qu&rsquo;il habite jusqu&rsquo;en 1895. <em>La Dame aux cam\u00e9lias<\/em> est parue en 1848, et la pi\u00e8ce en 1852, suivie par encore d&rsquo;autres succ\u00e8s (on ne s&rsquo;appelle pas Dumas pour rien).<\/p>\n<p><strong>21) Au 177 avenue Niel<\/strong> (qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9) si\u00e8ge la pseudo agence de police priv\u00e9e qui emploie le triste h\u00e9ros de <em>La Ronde de nuit<\/em>, le second roman de Patrick Modiano. Le roman tout entier est une vaste promenade dans l&rsquo;arrondissement \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;occupation nazie. L&rsquo;\u00e9poque (qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais connue &#8211; il est n\u00e9 en 1945) et le quartier lui sont chers. Ce sont ceux qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 choisis pour son premier roman au titre \u00e0 double sens : <em>La Place de l&rsquo;\u00e9toile<\/em>.<\/p>\n<p><strong>22) 177 bis rue de Courcelles<\/strong> : c&rsquo;est l&rsquo;adresse de Colette et Willy \u00e0 partir de 1902 (un immeuble r\u00e9cent occupe maintenant l&#8217;emplacement). Leur tandem fonctionne \u00e0 plein pour produire des <em>Claudine<\/em> : Willy supervise, ordonne et cosigne. Colette \u00e9crit et supporte&#8230; Ils se s\u00e9parent en 1906. Pour vivre, elle se fera mime et danseuse pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Petite bibliographie<\/strong><\/p>\n<p><em>Promenade dans le quartier de la Plaine Monceau.<\/em> Le promeneur des lettres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 1er janvier 1860, la commune des Batignolles-Monceau, dont le territoire s&rsquo;\u00e9tend entre Neuilly et Montmartre, est annex\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1559,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[40,44,25],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=304"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6034,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/304\/revisions\/6034"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}