{"id":319,"date":"2004-07-09T00:00:00","date_gmt":"2004-07-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/07\/09\/nina-berberova\/"},"modified":"2004-07-09T00:00:00","modified_gmt":"2004-07-08T22:00:00","slug":"nina-berberova","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/07\/09\/nina-berberova\/","title":{"rendered":"Nina BERBEROVA"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1590\" aria-describedby=\"caption-attachment-1590\" style=\"width: 320px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1590\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/07\/jpg_berberova.jpg\" alt=\"Le Pretty Hotel, 8 rue Am\u00e9lie, devenu Les Jardins d'Eiffel\" title=\"Le Pretty Hotel, 8 rue Am\u00e9lie, devenu Les Jardins d'Eiffel\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"320\" height=\"420\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/07\/jpg_berberova.jpg 320w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/07\/jpg_berberova-229x300.jpg 229w\" sizes=\"(max-width: 320px) 94vw, 320px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1590\" class=\"wp-caption-text\">Le Pretty Hotel, 8 rue Am\u00e9lie, devenu Les Jardins d&rsquo;Eiffel<\/figcaption><\/figure>\n<p><html><\/p>\n<p><div align=\"right\"><b><i>\u00ab Paris n&rsquo;est pas une ville, mais une image, le symbole de la France, son pr\u00e9sent et son pass\u00e9, le reflet de son histoire, de sa g\u00e9ographie et de son \u00e2me. Cette ville est plus riche de significations que Londres, Madrid, Stockholm ou Moscou, s\u00fbrement aussi riche que P\u00e9tersbourg, New York ou Rome. Il est impossible d&rsquo;y vivre sans tenir compte de cette dimension, en se calfeutrant et s&rsquo;en s&rsquo;enfermant chez soi. Elle entrera de toute fa\u00e7on dans notre maison, notre chambre, en nous-m\u00eames. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien n&rsquo;est \u00e9crit d&rsquo;avance, c&rsquo;est nous qui cr\u00e9ons l&rsquo;avenir. \u00bb<\/i><\/b><\/div>\n<p><\/html><\/p>\n<p>Compar\u00e9e \u00e0 la fragilit\u00e9 d&rsquo;une Marina Tsvetaeva (n\u00e9e en 1892), la r\u00e9sistance d&rsquo;une Nina Berberova \u00e9tonne. Diff\u00e9rence de sang ? Est-ce la guerre de 1914 et la r\u00e9volution, qui ont d\u00e9truit l&rsquo;une et auxquelles l&rsquo;autre a relativement mieux surv\u00e9cu ? Est-ce le temp\u00e9rament de la seconde, qui se nourrit du sol sur lequel elle se trouve, tant qu&rsquo;elle s&rsquo;y trouve, sans jamais prendre racine ?<br \/>\n<br \/>Pour elle, pas de mari, pas d&rsquo;enfants, pas de maison. Nina ne poss\u00e8de \u00ab ni \u00ab tombes ancestrales \u00bb ni \u00ab foyer sacr\u00e9 \u00bb pour [la] soutenir dans la d\u00e9tresse. [Elle appartient] \u00e0 cette cat\u00e9gorie de personnes pour qui la maison natale n&rsquo;est pas le symbole d&rsquo;une vie heureuse et s\u00fbre, et qui ressentent de la joie \u00e0 la voir dispara\u00eetre. \u00bb Ce d\u00e9tachement peut \u00eatre une faiblesse, mais il devient une force lorsque l&rsquo;on est \u00e9migr\u00e9 russe apr\u00e8s 1917. L&rsquo;\u00e9loignement de la terre et du peuple russes ont moins min\u00e9 Nina Berberova que Marina Tsvetaeva qui, tout en consid\u00e9rant que la Russie \u00e9tait l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on perp\u00e9tuait sa culture (et donc donc se trouvait autant \u00e0 Paris qu&rsquo;\u00e0 Moscou), n&rsquo;a pas pu \u00ab\u00a0couper les ponts\u00a0\u00bb, jusqu&rsquo;\u00e0, entra\u00een\u00e9e par sa fille, son mari et son fils, y retourner pour sa perte.<\/p>\n<p>Pour conna\u00eetre Nina Berberova, pour conna\u00eetre le XXe si\u00e8cle et certainement pour se conna\u00eetre soi-m\u00eame, il faut lire le passionnant <em>C&rsquo;est moi qui souligne<\/em> (collection J&rsquo;ai lu n\u00b03190), dont chaque page pourrait donner lieu \u00e0 citation. <\/p>\n<p>&#8211; Nina est n\u00e9e en 1901 \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, rue Bolcha\u00efa Morska\u00efa, devenue rue Herzen (Nabokov na\u00eet en 1899 dans cette m\u00eame rue), d&rsquo;une m\u00e8re russe et d&rsquo;un p\u00e8re arm\u00e9nien. La famille habite ensuite 6 rue Joukovski, qui donne sur le n\u00b07 o\u00f9 vit la famille Brik (dont Lili et Elsa, future Mme Triolet) et, pendant un moment, Ma\u00efakovski.<br \/>\n&#8211; Elle effectue un voyage en Europe pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1914, s\u00e9journant alors en particulier \u00e0 Vichy et \u00e0 Paris, au Grand H\u00f4tel.<br \/>\n&#8211; Nina \u00e9crit des vers. Au printemps 1915, elle assiste \u00e0 une soir\u00e9e litt\u00e9raire au Cercle de l&rsquo;Arm\u00e9e et de la Marine, avenue Lite\u00efny \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, o\u00f9 elle est pr\u00e9sent\u00e9e par son professeur de fran\u00e7ais \u00e0 Anna Akhmatova et \u00e0 Alexandre Blok.<br \/>\n&#8211; En 1919-1920, elle \u00e9tudie \u00e0 Rostov sur le Don.<br \/>\n&#8211; Elle rencontre en 1921 le po\u00e8te Vladislav Khodassevitch, qui loge \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg au foyer de la Maison des Arts, \u00e0 l&rsquo;angle de la perspective Nevski et du canal Mo\u00efka (ouverte en 1919, elle fut ferm\u00e9e en 1922) avec, parmi ses voisins, Ossip Mandelstam. Encore quelques semaines de vie p\u00e9tersbourgeoise entre les caf\u00e9s, la Maison des Ecrivains, rue Basse\u00efna\u00efa (qui ferme bient\u00f4t en 1922), l&rsquo;Union des po\u00e8tes (dans la maison Mourouzi, avenue Lite\u00efny), et c&rsquo;est l&rsquo;exil en mai 1922. La R\u00e9volution a commenc\u00e9 la chasse aux intellectuels. Le futurisme, dont un chantre est Ma\u00efakovski, succ\u00e8de au symbolisme et ouvre la voix \u00e0 la mainmise de l&rsquo;Etat sur la po\u00e9sie et la litt\u00e9rature. La doctrine officielle deviendra en 1932 celle du \u00ab r\u00e9alisme socialiste \u00bb.<br \/>\n&#8211; La vie quotidienne devenant mis\u00e9rable et l&rsquo;avenir de plus en plus sombre, Khodassevitch et Nina quittent l&rsquo;URSS en mai 1922 pour Berlin. Ils s&rsquo;installent dans la pension Krampe qui donne sur la place Victoria-Louise. Berlin est l&rsquo;\u00e9tape oblig\u00e9e des \u00e9migr\u00e9s russes de l&rsquo;\u00e9poque, dont certains se retrouvent au caf\u00e9 Landgraf en 1922-23. Quelques uns choisiront le retour dans la patrie (Andr\u00e9 Bi\u00e9ly, Pasternak&#8230;), d&rsquo;autres non, comme la \u00ab femme de Khodassevitch \u00bb et son \u00ab mari \u00bb.<br \/>\n&#8211; Ils passent l&rsquo;hiver 1922 au Bahnhof Hotel \u00e0 Saarow pr\u00e8s de Berlin, pr\u00e8s de la maison de Gorki, l&#8217;embl\u00e8me de la litt\u00e9rature russe et bient\u00f4t du r\u00e9alisme socialiste, assez fort cependant pour r\u00e9sister \u00e0 Staline. Le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 est une p\u00e9riode tr\u00e8s f\u00e9conde pour Gorki. Entre 1924 et son retour d\u00e9finitif en URSS en 1933, il vit \u00e0 Sorrente. Nina et Khodassevitch le visitent de l&rsquo;automne 1924 \u00e0 avril 1925. Pendant plusieurs ann\u00e9es, Gorki \u00e9change avec Romain Rolland une correspondance en fran\u00e7ais&#8230; parfois aid\u00e9 dans ses traductions par Nina. N&rsquo;ayant plus les moyens de vivre \u00e0 Berlin, le couple a migr\u00e9 vers Prague en novembre 1923.<br \/>\n&#8211; Puis c&rsquo;est destination Paris en avril 1925. Khodassevitch y vivra jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1939 et Nina jusqu&rsquo;en 1950, \u00e9poque \u00e0 laquelle elle s&rsquo;envole pour les Etats-Unis. En 1925, ils louent une chambre dans le Pretty H\u00f4tel, rue Am\u00e9lie. L\u00e0, il re\u00e7oivent leur \u00ab passeport Nansen \u00bb, qui accorde un statut \u00e9gal aux personnes apatrides mais ne permet de travailler qu&rsquo;\u00e0 son compte. L&rsquo;angoisse de la survie quotidienne et l&rsquo;humiliation sont leur lot quotidien. Voir ses amis dispara\u00eetre, ses \u00e9crits refus\u00e9s et critiqu\u00e9s, devoir se m\u00e9fier m\u00eame de ses proches&#8230; Quelques piges pour des journaux russes, quelques aides et des travaux de couture ou d&rsquo;enfilage de perles leur permettent de survivre. A l&rsquo;h\u00f4tel d&rsquo;Istria rue Campagne-Premi\u00e8re, Elsa Triolet fait de m\u00eame, avec plus de r\u00e9ussite semble-t-il.<br \/>\n&#8211; En 1926, Nina et Vladislav emm\u00e9nagent dans leur premier (et pauvre) appartement pr\u00e8s de la place Daumesnil, rue Lamblardie. La Rotonde, le Select, la Coupole, le Naples, sont, \u00e0 Montparnasse le soir, le centre de ralliement des expatri\u00e9s russes. \u00ab Il nous arrivait de passer des soir\u00e9es enti\u00e8res devant une unique tasse de caf\u00e9 cr\u00e8me \u00bb, \u00e9crit-elle. Ils participent \u00e0 des lectures po\u00e9tiques \u00e0 l&rsquo;Union des jeunes po\u00e8tes, 79 rue Denfert-Rochereau, au bal de la presse russe pour les \u00e9crivains n\u00e9cessiteux \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Lut\u00e9tia, \u00e0 l&rsquo;occasion du nouvel an russe le 13 janvier 1928.<br \/>\n&#8211; Ils s\u00e9journent au Cannet dans les Alpes maritimes en 1927, puis \u00e0 Thorenc pr\u00e8s de Grasse l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<br \/>\n&#8211; A la fin des ann\u00e9es 1920, un petit groupe constitu\u00e9 de Berberova, Khodassevitch, Vladimir Nabokov et quelques autres se retrouve dans des caf\u00e9s de Montparnasse, de la porte de Saint-Cloud ou de la porte d&rsquo;Auteuil (en particulier les Trois obus). Nabokov lit \u00e0 plusieurs reprises ses \u009cuvres dans la salle Las-Cases, dans la rue du m\u00eame nom. Les ann\u00e9es 20 voient Nina passer de la po\u00e9sie \u00e0 la prose. A partir des ann\u00e9es 30, elle s&rsquo;\u00e9panouit dans la nouvelle. La vie des russes de Paris inspire ses r\u00e9cits <em>Les Derniers et les Premiers<\/em> (1930), <em>L&rsquo;Accompagnatrice<\/em>, (1935)[[Qui attendra le milieu des ann\u00e9es 1980 pour conna\u00eetre le succ\u00e8s en France.]], etc.<br \/>\n&#8211; Lorsqu&rsquo;elle se s\u00e9pare de Khodassevitch, elle loge au 6e \u00e9tage de l&rsquo;h\u00f4tel des Minist\u00e8res, boulevard de la Tour-Maubourg en 1932.<br \/>\n&#8211; Elle voit pour la derni\u00e8re fois Marina Tsvetaeva le 31 octobre 1937 dans l&rsquo;\u00e9glise russe du 39 rue Fran\u00e7ois-G\u00e9rard. A l&rsquo;\u00e9poque, Marina est une pestif\u00e9r\u00e9e aux yeux des russes de Paris : son mari et elle sont soup\u00e7onn\u00e9s d&rsquo;agir en sous-main pour les services secrets sovi\u00e9tiques.<br \/>\n&#8211; Nina habite rue Beethoven avant d&rsquo;acheter en 1938 une maison dans le hameau de Longch\u00eane dans les Yvelines, qu&rsquo;elle vendra en 1948 ; c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle passe les ann\u00e9es d&rsquo;occupation. Pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1948, elle s\u00e9journe  \u00e0 Mougins.<br \/>\n&#8211; En 1950, d\u00e9\u00e7ue par la vie intellectuelle fran\u00e7aise de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, elle s&rsquo;installe d\u00e9finitivement aux Etats-Unis.<\/p>\n<p><doc969|center><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Paris n&rsquo;est pas une ville, mais une image, le symbole de la France, son pr\u00e9sent et son [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1590,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[24],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}