{"id":330,"date":"2004-07-26T00:00:00","date_gmt":"2004-07-25T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/07\/26\/andre-gide-3\/"},"modified":"2023-02-12T11:55:27","modified_gmt":"2023-02-12T10:55:27","slug":"andre-gide-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/07\/26\/andre-gide-3\/","title":{"rendered":"Andr\u00e9 GIDE \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es trente"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0<\/p>\n<div align=\"right\"><b><i>\u00ab\u00a0En URSS il est admis d&rsquo;avance et une fois pour toutes que, sur tout et n&rsquo;importe quoi, il ne saurait y avoir plus d&rsquo;une opinion. [&#8230;] Et rien, plus que cet \u00e9tat d&rsquo;esprit, ne met plus en p\u00e9ril la culture.\u00a0\u00bb<br \/>Retour de l&rsquo;URSS.<\/i> Andr\u00e9 Gide, 1936.<\/b><\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Les passants qui s&rsquo;arr\u00eatent un moment devant la plaque du 1 bis rue Vaneau ne devinent pas l&rsquo;activit\u00e9 f\u00e9brile qui s&rsquo;y d\u00e9roule au milieu des ann\u00e9es trente.<\/p>\n<p>Devant le p\u00e9ril nazi, Gide d\u00e9laisse alors l&rsquo;\u00e9criture pour s&rsquo;investir dans l&rsquo;action politique. Le sixi\u00e8me \u00e9tage de l&rsquo;immeuble, qu&rsquo;il occupe depuis 1928 (dans un inconfort r\u00e9v\u00e9lateur : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;abat-jour aux lampes, la d\u00e9coration laisse \u00e0 d\u00e9sirer&#8230; Gide, \u00e9ternel vacancier, libre de toute contrainte, passe plus de temps dans des h\u00f4tels ou chez des amis que chez lui), r\u00e9sonne de r\u00e9unions, de travaux de secr\u00e9tariat (jusqu&rsquo;\u00e0 quatre secr\u00e9taires en 1935 !), de rendez-vous, tout cela au milieu de la petite cour qui entoure l&rsquo;\u00e9crivain : Maria Van Rysselberghe, \u00ab\u00a0la petite dame\u00a0\u00bb (un m\u00e8tre cinquante), confidente et biographe (\u00e0 travers ses <em>Cahiers<\/em>) de Gide, qui habite l&rsquo;appartement face au sien ; Elisabeth, fille de Maria, Catherine, fille d&rsquo;Elisabeth et de Gide n\u00e9e en 1923, Pierre Herbart, ami de l&rsquo;\u00e9crivain qui a \u00e9pous\u00e9 Elisabeth et qui, en 1935, en pleine terreur stalinienne (surtout depuis la mort de Kirov en 1934), passe huit mois \u00e0 Moscou.<br \/><br \/>Une absente de taille : Madeleine, femme de Gide, qui vit surtout dans le ch\u00e2teau de Cuverville en Normandie (elle d\u00e9c\u00e8de en 1938 ; il d\u00e9c\u00e8dera en 1951 dans l&rsquo;appartement de la rue Vaneau).<\/p>\n<p>Gide, comme nombre d&rsquo;intellectuels de son \u00e9poque, pense que l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique est le rempart contre le nazisme dont ont besoin les faibles d\u00e9mocraties, et qu&rsquo;elle est de toute fa\u00e7on le pays de l&rsquo;avant garde et de la culture populaire.<br \/><br \/>Dans l&rsquo;entre-deux guerres, il conna\u00eet une renomm\u00e9e que l&rsquo;on imagine mal aujourd&rsquo;hui. Simon Leys, reprenant des r\u00e9flexions d&rsquo;Herbart et de Martin du Gard, fournit une explication : ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre &#8211; pourtant ses plus proches amis &#8211; n&rsquo;appr\u00e9ciait les livres de Gide. Ils aimaient l&rsquo;homme malgr\u00e9 ses contradictions. Aujourd&rsquo;hui, Gide n&rsquo;est plus l\u00e0 pour se faire aimer, et ses soixante livres n&rsquo;y suffisent pas seuls.<br \/>Il est cofondateur de la <em>Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em> en 1908 (qui devient la <em>Librairie Gallimard<\/em> en 1919), auteur prolixe, lu et traduit ; intellectuel \u00e0 la fois sage et d&rsquo;avant-garde qui encourage apr\u00e8s-guerre les dada\u00efstes et les surr\u00e9alistes, bourgeois et homosexuel (on accuse aussi ses oeuvres de pervertir la jeunesse), ouvert sur le monde : il a \u0153uvr\u00e9 en 1914-1915 pour les r\u00e9fugi\u00e9s belges et fran\u00e7ais chass\u00e9s par l&rsquo;avanc\u00e9e des allemands ; et depuis son voyage au Congo en 1926, il d\u00e9nonce le syst\u00e8me colonial.<\/p>\n<p>En 1932, il rend publics dans la <em>Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em> des extraits de son <em>Journal<\/em> qui louent l&rsquo;URSS. C&rsquo;est le premier pas, suivi bient\u00f4t par des participations \u00e0 des rencontres antifascistes diverses et vari\u00e9es. Il soutient le congr\u00e8s contre la guerre d&rsquo;Amsterdam en 1932, sans toutefois faire le d\u00e9placement. La m\u00eame ann\u00e9e, il patronne l&rsquo;Association des Ecrivains et Artistes R\u00e9volutionnaires (AEAR) et sa revue <em>Commune<\/em>.<br \/><br \/>Le 4 janvier 1934, le voil\u00e0 \u00e0 Berlin avec Malraux pour tenter d&rsquo;obtenir aupr\u00e8s de Goebbels la lib\u00e9ration du communiste Dimitrov, accus\u00e9 d&rsquo;avoir incendi\u00e9 le Reichstag puis innocent\u00e9.<br \/><br \/>Entre autres meetings politico-litt\u00e9raires, il participe le 23 janvier 1935 \u00e0 une rencontre de L&rsquo;Union pour la v\u00e9rit\u00e9, 21 rue Visconti, sur le th\u00e8me \u00ab Andr\u00e9 Gide et son temps \u00bb (ces rencontres \u00e9taient patronn\u00e9es par la NRF et r\u00e9unissaient un public fid\u00e8le autour de Gide, Malraux, Gu\u00e9henno, Saint-Exup\u00e9ry, etc.).<\/p>\n<p>Les premiers mois de l&rsquo;ann\u00e9e 1935 sont bien occup\u00e9s par la pr\u00e9paration du premier <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/13\/le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Congr\u00e8s international des \u00e9crivains pour la d\u00e9fense de la culture<\/a>, qui se d\u00e9roule au Palais de la Mutualit\u00e9 du 21 au 25 juin et que pr\u00e9sident Malraux et Gide.<\/p>\n<p>Aux yeux d&rsquo;Herbart, de Schlumberger (1), de Martin du Gard et de ceux qui connaissent Gide, son engagement semble fragile. L&rsquo;\u00e9crivain avoue lui-m\u00eame dans son <em>Journal<\/em>, au d\u00e9but des ann\u00e9es trente : \u00ab Je n&rsquo;entends rien \u00e0 la politique. Si elle m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un roman de Balzac. \u00bb Il se prom\u00e8ne avec <em>Le Capital<\/em> en poche, mais aborde la discipline en esth\u00e8te et en moraliste.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re grande \u00e9tape de ce parcours est encore \u00e0 venir. Au cours d&rsquo;une discussion avec Ilya Ehrenbourg en ao\u00fbt 1935 chez son ami Louis Guilloux \u00e0 Saint-Brieuc, germe l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un voyage en URSS. C&rsquo;est Ehrenbourg surtout qui souhaite ce voyage. Il le regrettera beaucoup. Gide part pour la patrie des prol\u00e9taires de tous les pays en juin 1936 &#8211; au d\u00e9but du Front populaire &#8211; avec Herbart, Guilloux, Eug\u00e8ne Dabit et Jacques Schiffrin. Voyage de circonstance, puisque le 19 juin, lendemain de son arriv\u00e9e, Gorki meurt.<br \/><br \/>La mort de Dabit provoque le retour de Gide fin ao\u00fbt, au moment o\u00f9 se d\u00e9roule le premier des \u00ab\u00a0proc\u00e8s de Moscou\u00a0\u00bb, celui de Kamenev.<br \/><br \/>Son <em>Retour d&rsquo;URSS<\/em> sort en novembre, reconnaissant ses erreurs pass\u00e9es. Le livre, publi\u00e9 contre l&rsquo;avis de Malraux et d&rsquo;autres amis, explose comme une bombe en pleine guerre d&rsquo;Espagne. Gide, de \u00ab\u00a0compagnon de route\u00a0\u00bb, devient la b\u00eate noire des communistes. Son livre est son succ\u00e8s le plus important. En 1937, il est traduit en quatorze langues.<\/p>\n<p>(1) : Une r\u00e9flexion de Schlumberger reprise par Simon Leys : \u00ab\u00a0Apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 sans aucune nouvelle documentation sur la Russie, [Gide] vient de lire \u00ab\u00a0avec \u00e9blouissement\u00a0\u00bb un ou deux livres sur le Plan de cinq ans, et le manque de nuance, de scepticisme avec lesquels sa sympathie se jette dans cette nouvelle direction d\u00e9montre une fois de plus [son] \u00e9ternelle adolescence[&#8230;]. Mais on est un peu g\u00ean\u00e9 par cet enthousiasme sommaire chez un homme de soixante et un an et qui a fait preuve de tant de sagesse critique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Autres demeures<\/strong><br \/>Les autres adresses parisiennes de Gide :<br \/>&#8211; 9 rue de M\u00e9dicis (actuellement 2 place Edmond Rostand) de 1869 \u00e0 1875,<br \/>&#8211; 2e \u00e9tage du 2 rue de Tournon de 1875 \u00e0 1883,<br \/>&#8211; 4e \u00e9tage du 4 rue de Commaille, jusqu&rsquo;\u00e0 1897,<br \/>&#8211; 5e du 4 boulevard Raspail, jusqu&rsquo;\u00e0 1903,<br \/>&#8211; 10 boulevard Raspail jusqu&rsquo;\u00e0 1905,<br \/>&#8211; 18 bis avenue des Sycomores (villa Montmorency) de 1906 \u00e0 1928. La villa, construite par Louis Bonnier, architecte en chef de la Ville de Paris, ne lui plaisait pas.<\/p>\n<p>A Uz\u00e8s, la maison du grand-p\u00e8re de Gide \u00e9tait situ\u00e9e 7 boulevard des Alli\u00e9s et la maison natale de Charles, oncle de Gide, place Saint-Etienne. Le mus\u00e9e Georges Borias \u00e0 Uz\u00e8s pr\u00e9sente une salle Andr\u00e9 Gide.<br \/><br \/>Visitez \u00e9galement nos pages sur Gide \u00e0 <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/19\/andre-gide\/\">Cuverville<\/a> et \u00e0 <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/19\/andre-gide-2\/\">La Roque-Baignard<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Petite bibliographie<\/strong><br \/><em>La Rive gauche<\/em>. Herbert Lottman. Point Seuil.<br \/><em>Libertad !<\/em> Dan Franck. Grasset.<br \/><em>Retour de l&rsquo;URSS<\/em>, suivi de <em>Retouches \u00e0 mon retour de l&rsquo;URSS<\/em>. Andr\u00e9 Gide. Id\u00e9es Gallimard n\u00b0396.<br \/><em>Prot\u00e9e et autres essais<\/em>. Simon Leys. Gallimard.<\/p>\n<p><strong>Sur Internet<br \/><\/strong><a href=\"http:\/\/www.andre-gide.fr\">www.andre-gide.fr<\/a>.<\/p>\n<p>Le palais de la Mutualit\u00e9.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0En URSS il est admis d&rsquo;avance et une fois pour toutes que, sur tout et n&rsquo;importe quoi, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1206,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[24,23,29],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/330"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=330"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/330\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5260,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/330\/revisions\/5260"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1206"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}