{"id":349,"date":"2004-10-07T21:44:47","date_gmt":"2004-10-07T19:44:47","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/10\/07\/raymond-queneau\/"},"modified":"2004-10-07T21:44:47","modified_gmt":"2004-10-07T19:44:47","slug":"raymond-queneau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/10\/07\/raymond-queneau\/","title":{"rendered":"Raymond QUENEAU"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque, au restaurant, il lisait \u00ab\u00a0quenelles\u00a0\u00bb dans le menu, il s&rsquo;esclaffait, allez savoir pourquoi&#8230; Sa curiosit\u00e9, son savoir et son humour sont immenses. Au niveau logement, apr\u00e8s dix-sept ann\u00e9es au Havre et quelques d\u00e9m\u00e9nagements parisiens, ses deux foyers deviennent le 5 rue S\u00e9bastien-Bottin (son bureau aux \u00e9ditions Gallimard) et son appartement de Neuilly-sur-Seine.<\/p>\n<p>Queneau rejoint le surr\u00e9alisme en 1924, attir\u00e9 par son ami sorbonnard Pierre Naville. Sa plume couvre bient\u00f4t les pages de la revue La R\u00e9volution surr\u00e9aliste.<br \/>\n<br \/>Il \u00e9pouse en 1928 Janine Kahn, belle-s&#339;ur de Breton. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, il rompt avec le pape du surr\u00e9alisme au moment o\u00f9 celui-ci quitte Simone (s&#339;ur de Janine). Queneau participe notamment, avec Pr\u00e9vert et d&rsquo;autres, \u00e0 la r\u00e9daction d&rsquo;<em>Un Cadavre<\/em> dirig\u00e9 contre Breton. Une rupture dont il met plusieurs ann\u00e9es \u00e0 se remettre.<\/p>\n<p>En revanche, il est une autre rupture dont il va se nourrir toute la vie : celle qui veut mettre un terme \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire romantique ou m\u00eame surr\u00e9aliste, et redonner \u00e0 des contraintes d&rsquo;\u00e9criture classiques ou in\u00e9dites une place que le g\u00e9nie ou le subconscient ont effac\u00e9e. Car apr\u00e8s le surr\u00e9alisme, il se cherche d&rsquo;autres cadres d&rsquo;\u00e9criture qui le gardent de la facilit\u00e9 ou de l&rsquo;esth\u00e9tisme.<br \/>\n<br \/>Pour Queneau le classique, la structure et l&rsquo;ordre, en po\u00e9sie comme dans le roman, n&rsquo;ont pas pour effet de gommer l&rsquo;individu, son c&#339;ur et son \u00e2me, mais au contraire d&rsquo;en r\u00e9v\u00e9ler les ab\u00eemes et les d\u00e9sordres. Montrer le d\u00e9sordre par l&rsquo;ordre ! Il en apporte la preuve par son abondante &#339;uvre en vers et en prose, qui donne naissance \u00e0 des personnages dr\u00f4les ou tragiques, toujours en qu\u00eate des myst\u00e8res du monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage que fait Queneau des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture est sans fin.<br \/>\n<br \/>Dans <em>On est toujours trop bon avec les femmes<\/em>, il reprend la topographie de l&rsquo;<em>Ulysse<\/em> de Joyce, envers qui il se reconna\u00eet une dette (comme envers les auteurs anglais et am\u00e9ricains, qui lui ont appris qu&rsquo;il existait une technique du roman, comme il l&rsquo;explique dans <em>B\u00e2tons, chiffres et lettres<\/em>).<br \/>\n<br \/>Dans <em>Exercices de style<\/em> (1947), il raconte de 99 mani\u00e8res diff\u00e9rentes et souvent hilarantes une banale aventure dans un bus.<br \/>\n<br \/>Certains de ses tours traversent son &#339;uvre enti\u00e8re, comme ce vers de Hugo \u00ab C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;heure tranquille o\u00f9 les lions vont boire \u00bb que l&rsquo;on retrouve d\u00e9clin\u00e9 de diverses fa\u00e7ons dans presque tous ses romans : <em>Le Chiendent<\/em> (1933, son premier succ\u00e8s), <em>Exercices de style<\/em>, <em>Zazie dans le m\u00e9tro<\/em> (1959), <em>Les Fleurs bleues<\/em> (1965)&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;est dire aussi que pour lui, \u00e0 la base de l&rsquo;\u00e9criture se trouve la lecture. Queneau est un encyclop\u00e9diste. Non seulement parce qu&rsquo;il dirige \u00e0 partir de 1956 l&rsquo;Encyclop\u00e9die de La Pl\u00e9iade aux \u00e9ditions Gallimard &#8211; il y est entr\u00e9 en 1938 comme membre du comit\u00e9 de lecture, sp\u00e9cialiste en litt\u00e9rature anglo-am\u00e9ricaine, mais parce qu&rsquo;il s&rsquo;att\u00e8le \u00e0 une encyclop\u00e9die des sciences inexactes (700 pages, non publi\u00e9e) et \u00e0 une autre des fous litt\u00e9raires&#8230;<\/p>\n<p>Pour exp\u00e9rimenter ces processus de cr\u00e9ation avec d&rsquo;autres, il fonde l&rsquo;Oulipo (Ouvroir[[Ouvroir : lieu de travail en commun (Littr\u00e9).]] de litt\u00e9rature potentielle) en 1960 avec Fran\u00e7ois Le Lyonnais, dont l&rsquo;inauguration est lanc\u00e9e le 25 novembre au restaurant Le Vrai gascon, 82 rue du Bac. En 1950, Queneau a int\u00e9gr\u00e9 un groupe similaire, encore plus farfelu : le Coll\u00e8ge de Pataphysique, cr\u00e9\u00e9 deux ans auparavant et qui r\u00e9unit ses membres (dont Boris Vian et Michel Leiris)  \u00e0 la Com\u00e9die-Wagram, 4 bis rue de l&rsquo;\u00c8toile, au restaurant de l&rsquo;\u00c8pi d&rsquo;or, 25 rue Jean-Jacques Rousseau, chez les Vian, 6 bis cit\u00e9 V\u00e9ron&#8230;<\/p>\n<p>Quelques lieux par lesquels il est pass\u00e9&#8230;<br \/>\n<br \/>Entre sa naissance en 1903 et 1920, Raymond est havrais. Son grand-p\u00e8re a tenu un magasin 127 rue de Normandie (devenue rue Mar\u00e9chal Joffre) puis 47 rue Thiers (rue Ren\u00e9 Coty). Le p\u00e8re de Raymond  habite 20 rue de la Com\u00e9die lorsqu&rsquo;il se marie en 1901. Il est originaire de la ferme de La Touche \u00e0 Saint-Epain en Touraine. Les parents de Raymond ach\u00e8tent en 1909 et 1911 une maison 51 rue d&rsquo;\u00c9pr\u00e9mesnil au Havre et une autre 55 rue de Mulhouse.<br \/>\n<br \/>Raymond na\u00eet en 1903 chez sa grand-m\u00e8re 104 rue Thi\u00e9baut (rue du G\u00e9n\u00e9ral Sarrail).<br \/>\n<br \/>Il fait ses \u00e9tudes au lyc\u00e9e du Havre, aujourd&rsquo;hui lyc\u00e9e Fran\u00e7ois 1er. Il lit et relit Gide, Mac Orlan, Stendhal, Chesterton.<br \/>\n<br \/>On le retrouve \u00e0 La Sorbonne, o\u00f9 il \u00e9tudie apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Paris en 1920. \u00c0 partir de 1924 et jusqu&rsquo;en 1929, il est un habitu\u00e9 des lieux de regroupements surr\u00e9alistes : le 42 rue Fontaine, chez Andr\u00e9 Breton, le bar du Cyrano place Blanche, le 54 rue du Ch\u00e2teau chez Duhamel, Pr\u00e9vert et Tanguy.<br \/>\n<br \/>Une parenth\u00e8se s&rsquo;ouvre entre 1925 et 1927, pendant laquelle il se retrouve soldat en Alg\u00e9rie et au Maroc pendant la guerre du Rif, sans toutefois participer \u00e0 de r\u00e9els combats.<br \/>\n<br \/>Lib\u00e9r\u00e9, il s&rsquo;installe 20 rue Notre-Dame-des-Victoires et profite parfois de l&rsquo;hospitalit\u00e9 de la rue du Ch\u00e2teau.<br \/>\n<br \/>En mars 1928 lui prend l&rsquo;id\u00e9e romantique de s&rsquo;\u00e9chapper avec Janine Kahn, alors compagne de Pierre Unik, au Grand H\u00f4tel Terminus de la Gare au Lavandou.<br \/>\nLes jeunes \u00e9poux emm\u00e9nagent fin 1928 4 bis square Desnouettes \u00e0 Paris, apr\u00e8s un court s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Daniel, 18 rue Caulaincourt. Les ann\u00e9es trente le voient collaborer \u00e0 <em>La Critique sociale<\/em> de Boris Souvarine, plus trotskiste que communiste et qui accueille aussi les plumes d&rsquo;autres ex-surr\u00e9alistes : Georges Bataille, Leiris, Jacques Baron. Le c&#339;ur de Queneau penche pour les r\u00e9publicains espagnols et pour le Front populaire. Mais il n&rsquo;est pas des multiples meetings antifascistes de l&rsquo;\u00e9poque, en partie parce qu&rsquo;il se consacre alors \u00e0 une qu\u00eate mystique et religieuse, et en partie parce que son exp\u00e9rience surr\u00e9aliste lui a appris \u00e0 se m\u00e9fier des communistes. Il pr\u00e9f\u00e8re la responsabilit\u00e9 individuelle aux engagements collectifs.<br \/>\n<br \/>De 1936 \u00e0 sa mort en 1976, il habite \u00e0 Neuilly, 9 rue Casimir Pinel.<br \/>\nSon autre port d&rsquo;attache est la rue S\u00e9bastien-Bottin, \u00e0 partir de 1938 et plus encore de 1941, lorsqu&rsquo;il est embauch\u00e9 \u00e0 plein temps par Gallimard.<br \/>\n<br \/>En 1939, il enseigne dans l&rsquo;\u00c9cole nouvelle de Neuilly, 38 rue Borgh\u00e8se, cr\u00e9\u00e9e en 1931 par Marie Jolas, par ailleurs fondatrice de la revue <em>transition<\/em> avec son mari Eug\u00e8ne. Il y enseigne \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;automne 1940, apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation.<br \/>\n<br \/>Pendant la guerre, il refuse d&rsquo;\u00e9crire pour la NRF de Drieu la Rochelle. Entre collaborer, r\u00e9sister ou partir, Queneau ne fait aucun choix marqu\u00e9. Il publie dans des revues r\u00e9sistantes et participe discr\u00e8tement aux r\u00e9unions du Comit\u00e9 National des \u00c9crivains dans le bureau de Jean Paulhan, tout proche de celui de Drieu chez Gallimard. Les arrestations de juifs \u00e9trangers commencent en mai 1941, puis les juifs fran\u00e7ais. \u00c0 partir du 7 f\u00e9vrier 1942, ceux-ci n&rsquo;ont plus le droit de sortir entre 20 et 6 heures du matin. Le 29 mai, le port de l&rsquo;\u00e9toile jaune devient obligatoire. Queneau d\u00e9cide alors d&rsquo;envoyer Janine (d&rsquo;origine juive) et leur fils en Province, \u00e0 Saint-L\u00e9onard-de-Noblat pr\u00e8s de Limoges. Ils vivent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du Midi et aussi au Repaire l&rsquo;Abbaye, chez leurs amis Kahnweiler ou au Faubourg de la Libert\u00e9, chez les Lascaux. Janine le rejoint fin 1943 \u00e0 Paris et ils vivent quelque temps 6 impasse Ronsin.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1221\" aria-describedby=\"caption-attachment-1221\" style=\"width: 1627px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1221\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_Cyrano.jpg\" alt=\"Le caf\u00e9 Cyrano.\" title=\"Le caf\u00e9 Cyrano.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"1627\" height=\"1036\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1221\" class=\"wp-caption-text\">Le caf\u00e9 Cyrano.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque, au restaurant, il lisait \u00ab\u00a0quenelles\u00a0\u00bb dans le menu, il s&rsquo;esclaffait, allez savoir pourquoi&#8230; Sa curiosit\u00e9, son savoir [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1221,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[24,26,36,21],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/349"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/349\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1221"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}