{"id":357,"date":"2004-11-23T18:23:13","date_gmt":"2004-11-23T17:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/11\/23\/sur-les-pas-de-blaise-cendrars-en-haute-somme\/"},"modified":"2004-11-23T18:23:13","modified_gmt":"2004-11-23T17:23:13","slug":"sur-les-pas-de-blaise-cendrars-en-haute-somme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/11\/23\/sur-les-pas-de-blaise-cendrars-en-haute-somme\/","title":{"rendered":"Sur les pas de Blaise Cendrars en Haute Somme"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1630\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise19.jpg\" alt=\"blaise19.jpg\" align=\"center\" width=\"625\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise19.jpg 625w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise19-300x204.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 625px) 94vw, 625px\" \/><\/p>\n<p>Les Belv\u00e9d\u00e8res<\/p>\n<p>Il y a eu cette promenade heureuse, sur les belv\u00e9d\u00e8res de la Haute Somme, \u00e0 l&rsquo;automne finissant, avec ses infimes rougeoiements. Le village d&rsquo;Eclusier, dans ses nuances de l&rsquo;ambre, celui de Frise ensuite, avec l&rsquo;histoire de son romancier suisse, soldat captif dans la tourmente de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale et \u00ab herborisant \u00bb sous la canonnade, enfin Cappy, pour terminer la boucle, sous un soleil p\u00e2lot.<br \/>\n<br \/>Vaux revisit\u00e9 avec bonheur, mais avec ce petit rien d&rsquo;abandon \u00e9prouv\u00e9. Deux ou trois p\u00eacheurs s&rsquo;\u00e9gr\u00e8nent sur les berges endormies, au bord de la route. La modeste bourgade est noy\u00e9e sous la brume, vid\u00e9e de ses hommes. J&rsquo;ai envie de secouer cette torpeur froide et vaporeuse, redonner un petit coup de tison \u00e0 la fin de saison, remettre un peu de dorure aux bras nus des arbres. L&rsquo;\u00e9glise s\u00e9v\u00e8re est comme engonc\u00e9e, derri\u00e8re sa montagne de craie. La gu\u00e9rite de l&rsquo;\u00e9clusier est d\u00e9serte.<br \/>\nL&rsquo;automne jette ses derni\u00e8res nuances, dans l&rsquo;immensit\u00e9 trouble des marais, pr\u00e9pare aux frimas, aux attentes lancinantes. L&rsquo;hiver, bient\u00f4t, imprimera ses cendres froides. L&rsquo;h\u00f4tel restaurant de \u00ab La Petite Folie \u00bb, pleure aussi ses go\u00fbteurs de vie. On n&rsquo;y mange plus d\u00e9sormais les anguilles fum\u00e9es&#8230; \u00c0 cause d&rsquo;un meurtre, para\u00eet-il&#8230; le fils passant \u00e0 l&rsquo;acte et tuant le p\u00e8re. \u008cdipe r\u00e9\u00e9crit, par un matin lugubre et brumeux, ou peut-\u00eatre un soir, lorsque les ombres s&rsquo;\u00e9tirent sur l&rsquo;eau fangeuse des \u00e9tangs. J&rsquo;imagine les silences, les \u00ab noms dits \u00bb, les querelles d\u00e9risoires autour du comptoir, les ferments de jalousie et de haine, la force \u00e9ruptive, la mal\u00e9diction implacable. Fin de l&rsquo;acte, je n&rsquo;irai pas plus loin dans la recherche des mobiles.<\/p>\n<p>Je mets le cap vers le Belv\u00e9d\u00e8re, par la petite route de Suzanne, puis par l&rsquo;all\u00e9e qui fend le bois de Vaux. Le promontoire et sa chapelle, sur les pentes escarp\u00e9es de la Somme ; c&rsquo;est la promesse d&rsquo;avoir la plus belle part de la vall\u00e9e encaiss\u00e9e, o\u00f9 le fleuve &#8211; plut\u00f4t un bras mort &#8211; n&rsquo;en finit pas de se vautrer avec complaisance, \u00e0 travers les mar\u00e9cages et les rectangles d&rsquo;eau. Je devrais dire une plaine d&rsquo;eau, un delta, avec ses art\u00e8res, ses avenues, ses ruelles \u00e9troites frang\u00e9es de taillis, qui se perdent dans les scintillements. Des miroirs, aux formes g\u00e9om\u00e9triques, qui renvoient l&rsquo;image d&rsquo;un ciel plomb\u00e9. Ici, tout est signe, t\u00e9moignage du passage des hommes. C&rsquo;\u00e9tait le pays de la p\u00eache et de la tourbe, source de chauffage. Traces infimes, pri\u00e8res, on vous le r\u00e9p\u00e8te sur les panneaux tagu\u00e9s, comme une urgence \u00e0 dire, avant l&rsquo;extinction des forces. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1631\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise05.jpg\" alt=\"blaise05.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise05.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise05-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>C&rsquo;est un r\u00e9el plaisir de voir tout cela, ce paysage mis \u00e0 nu, avec ses nuances rehauss\u00e9es. Ici ou l\u00e0, l&rsquo;\u00e9corce argent\u00e9e de quelques bouleaux, la rouille des roseli\u00e8res, de fr\u00eales peupliers, le feston d&rsquo;une voie, trac\u00e9e comme une diagonale. De cet automne mourant, il reste, quand m\u00eame, comme le souvenir du bouquet final, du feu d&rsquo;artifice attendu \u00e0 la Saint-Jean, avec les feuilles des saules giclant au-dessus de l&rsquo;eau ou bien ces carex, dits \u00ab t\u00eates de n\u00e8gre \u00bb, d\u00e9ployant leur chevelure \u00e9bouriff\u00e9e sur les berges graciles.<br \/>\n<br \/>Au Belv\u00e9d\u00e8re, il y a aussi cette fragile tra\u00een\u00e9e crayeuse, qui serpente \u00e0 travers le \u00ab larris \u00bb prot\u00e9g\u00e9. Le sentier des Maguettes  zigzague, comme pris d&rsquo;ivresse, au milieu du tapis jauni et pentu. Il est \u00e0 lui seul, une invitation \u00e0 l&rsquo;aventure. Sur un panneau encore, on tente de vous expliquer la pr\u00e9carit\u00e9 de la Montagne  de Vaux, p\u00e2tur\u00e9e jadis, menac\u00e9e par la colonisation d&rsquo;arbustes ind\u00e9sirables. On vous certifie qu&rsquo;\u00e0 la belle saison, vous pourrez admirer les \u00e9glantiers, la Marguerite, aux promesses de p\u00e9tales, la Digitale jaune, l&rsquo;Orchid\u00e9e aussi. Le sentier semble se perdre vers un bois et le hameau de Fargny, paradis des p\u00eacheurs aux blancs, muets. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rive, il y a Curlu et son \u00e9glise au chapeau pointu, qui incite \u00e0 l&rsquo;envol de l&rsquo;oiseau. Il y a Frise aussi, plus \u00e0 l&rsquo;est, qui implore votre attention. Pourquoi l&rsquo;ignorer ? Ses points de vue semblent aussi beaux. J&rsquo;y vais de ce pas, il n&rsquo;y aura pas de jaloux.<br \/>\n<br \/>Je quitte mon riant coteau calcaire o\u00f9 viendront pa\u00eetre, aux beaux jours, des b\u00eates pastorales. Le sentier de la Voyette, en d\u00e9vers, s&rsquo;incline abruptement vers Vaux. Place de l&rsquo;Arrivoir, le silence est pr\u00e9gnant. Loin de tout, je suis comme le fl\u00e2neur d\u00e9risoire. Je d\u00e9couvre le chauss\u00e9e-barrage et son anguill\u00e8re. Un droit de p\u00eache depuis Napol\u00e9on. On y pi\u00e8ge les civelles venues de la mer des Sargasses. Il y a cette brosse d\u00e9risoire pour les aider \u00e0 passer l&rsquo;obstacle. Je d\u00e9range en passant une poule d&rsquo;eau qui se met \u00e0 galoper sur les flots et fendre les n\u00e9nuphars. Autour de moi, dans ce d\u00e9cor muet, des baraques, rafistol\u00e9es avec des moyens de fortune, aux couleurs vives, rappellent le bon temps. Mais les saisons, ici, n&rsquo;ont pas d&#8217;emprise sur les p\u00eacheurs. Sur le quai, des barques, au mouillage, les attendent. Absents pour le moment, ils peuvent survenir \u00e0 tout instant, dans leurs jambi\u00e8res vert prune.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 \u00c9clusier, par la route, au ras des \u00e9tangs. Cela grouille de partout, cela pousse dans les \u00eelots ; les buissons, les arbrisseaux essaient de renvoyer leur image dans l&rsquo;eau cuivr\u00e9e, charg\u00e9e du limon des hauteurs environnantes. Peu apr\u00e8s le village, sur la route de Frise, j&rsquo;ai pris une sorte de sentier \u00e0 l&rsquo;estime, grimpant vers les hauteurs calcaires. A force d&#8217;emprunter cet endroit, on a fa\u00e7onn\u00e9 les marches. Tout la-haut, j&rsquo;ai eu l&rsquo;heureuse surprise de me retrouver sur le belv\u00e9d\u00e8re \u00ab concurrent \u00bb. Au-dessus de la barri\u00e8re v\u00e9g\u00e9tale, c&rsquo;est quand m\u00eame un avantage. J&rsquo;ai revu Vaux, sa vall\u00e9e dissym\u00e9trique et sa berge d\u00e9ferlante, color\u00e9es de pourpre, les franges de roseaux, les voies d&rsquo;eau, les figures g\u00e9om\u00e9triques. Et tout en-bas du talus abrupt, une p\u00e9niche fendant le canal de sa proue noire et agitant l&rsquo;eau cuivr\u00e9e de frissons. <\/p>\n<p>\u00ab C&rsquo;\u00e9tait le bout du monde et nous ne savions pas au juste o\u00f9 finissaient nos lignes et o\u00f9 commen\u00e7aient les lignes allemandes, les deux trac\u00e9s se perdant dans une prairie mar\u00e9cageuse plant\u00e9e de jeunes peupliers jaunissants, maladifs et rabougris qui s&rsquo;\u00e9tendait jusqu&rsquo;aux marais, o\u00f9 les lignes s&rsquo;interrompaient forc\u00e9ment pour reprendre de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e inond\u00e9e et des m\u00e9andres compliqu\u00e9s de la Somme, sur l&rsquo;autre rive, \u00e0 Curlu, haut perch\u00e9, et au-del\u00e0. \u00bb<br \/>\n<br \/>Blaise Cendrars  \u00ab La Main Coup\u00e9e \u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1632\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise11.jpg\" alt=\"blaise11.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise11.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise11-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>\tC&rsquo;est le bout du monde, en effet, impossible de ne pas convoquer Cendrars, l&rsquo;auteur de \u00ab La Main Coup\u00e9e \u00bb, en d\u00e9couvrant les environs de Frise, recrus de guerres, en repensant \u00e0 la vie de ces hommes taraud\u00e9s par la haine et la peur. Comment oublier le r\u00e9cit \u00e9pique du gramophone, pi\u00e9g\u00e9 sur la colline du calvaire et d\u00e9pos\u00e9 dans le \u00ab r\u00e9seau des barbel\u00e9s allemands \u00bb, le \u00ab bois de la Vache \u00bb, dans lequel le romancier tenait un poste avanc\u00e9 avec son compagnon Bikof. \u00ab C&rsquo;\u00e9tait un sale coin \u00bb et pourtant \u00e7a avait l&rsquo;air affreusement po\u00e9tique. Les nuits sereines, interrompues par quelques d\u00e9tonations, le clair de lune, les \u00ab cris des oiseaux aquatiques \u00bb, la \u00ab voie lointaine de la canonnade \u00bb, le spectacle des \u00ab fus\u00e9es \u00e9clairantes \u00bb Comment ne pas revivre non plus la cavale fantomatique de ces bateliers improvis\u00e9s, sur les ondes silencieuses, seuls dans ces immenses \u00e9tendues, parmi les saules, aux \u00ab branches contorsionn\u00e9es \u00bb, \u00e0 la recherche de l&rsquo;ennemi invisible, tapi sous les enroulements de brume.<\/p>\n<p>\u00c0 Frise, j&rsquo;ai parcouru les lieux, cit\u00e9s dans l&rsquo;\u009cuvre. Le bois de la Vache, rabougri, les \u00e9tangs de la Grenouill\u00e8re, occup\u00e9s par des campeurs. La rue Blaise-Cendrars avec son cimeti\u00e8re o\u00f9 dorment les civils et les militaires, les \u00ab pauvres petits pioupious en pantalons rouges garance, oubli\u00e9s dans l&rsquo;herbe. \u00bb<br \/>\n<br \/>De ce village, paisible aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;ai que ces  images grappill\u00e9es, ces quelques flashes, les p\u00eacheurs \u00e9nigmatiques, le chenal rectiligne, de vieilles pommes rescap\u00e9es, \u00e0 vous tenter la main, la route sombre bord\u00e9e du haut talus crayeux.<br \/>\n<br \/>Avant de rentrer, j&rsquo;ai fait une boucle \u00e0 Cappy et griffonn\u00e9 ces modestes notes, sur mon calepin.<br \/>\nLe village semble couler des jours heureux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des grands bruits. Une vie pastorale, presque, sur son versant abrupt, o\u00f9 court le beau sentier panoramique de Bray. Une vie sans doute de chasse et de p\u00eache, autour des \u00e9tangs, dans le respect du calendrier immuable, pour mieux survivre \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de l&rsquo;ennui. Un pays o\u00f9 l&rsquo;on esp\u00e8re la bonne p\u00eache, le brochet, combattu au bout de la ligne. Mais c&rsquo;est l&rsquo;histoire de la lutte que l&rsquo;on retiendra, que l&rsquo;on racontera, peut-\u00eatre, au caf\u00e9 \u00ab Chez Paulette \u00bb, pour mieux la revivre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1633\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise12.jpg\" alt=\"blaise12.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise12.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise12-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>Dans la salle sombre, mais chaleureuse, on se sent comme prot\u00e9g\u00e9 du mauvais sort, vaccin\u00e9 par les piq\u00fbres d&rsquo;amiti\u00e9. On laisse passer sagement l&rsquo;hiver et se succ\u00e9der les jours. On attend les nouvelles promesses, les prises miraculeuses. Des hommes, assis au comptoir, sont immerg\u00e9s dans leur pays intime. Inutile de leur faire croire que le bonheur, ce sont les mers turquoise, le ciel bleu, les lagons myst\u00e9rieux. Ils ne connaissent que l&rsquo;eau t\u00e9n\u00e9breuse des \u00e9tangs, le bruit du courant d\u00e9ferlant au gu\u00e9, le vol du h\u00e9ron cendr\u00e9.<br \/>\n<br \/>Je vous passe rapidement les d\u00e9tails, sur la placette bord\u00e9e de charmes, sur l&rsquo;\u00e9glise, avec ses quatre tourelles d&rsquo;angle qui lui conf\u00e8rent une allure martiale. Je vous \u00e9vite la mont\u00e9e p\u00e9nible, par la ruelle de la Procession, le long des vieux pans de mur brique et pierre, la maison aux volets bleu pastel. Je vous \u00e9pargne mon discours sur le restaurant plus chic, aux menus gourmands.<br \/>\n<br \/>Je n&rsquo;insiste pas sur mon retour, laborieux, \u00e0 Eclusier. J&rsquo;avais choisi le c\u00f4t\u00e9 plus sauvage du canal. Mal m&rsquo;en a pris. Il faut apprendre \u00e0 se perdre pour mieux se retrouver. J&rsquo;ai lu \u00e7a quelque part, dans une narration de voyage. J&rsquo;ai d\u00fb rebrousser chemin, non sans avoir insist\u00e9 lourdement, sur des pontons scabreux, sur des passerelles de p\u00eacheurs bricol\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te, fendant les enchev\u00eatrements des ronces  et des roseaux. Je me suis r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 emprunter l&rsquo;autre chemin de halage. Il m&rsquo;a r\u00e9serv\u00e9 de belles surprises, il s&rsquo;est montr\u00e9 g\u00e9n\u00e9reux en sinuosit\u00e9s. L&rsquo;automne a abattu ses derni\u00e8res cartes, livr\u00e9 ses ultimes teintes d&rsquo;ocre et de miel. Les bouleaux ont exhib\u00e9 leurs jolis troncs d\u00e9licats. Quelques p\u00eacheurs extr\u00e9mistes ont \u00e9t\u00e9 surpris dans leur obstination \u00e0 vouloir ferrer les myst\u00e8res du chenal. Il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;\u00e0 secouer les feuilles mortes en chemin et se laisser glisser.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;ai retrouv\u00e9 la maison d&rsquo;\u008cdipe, myst\u00e9rieuse, au pied de sa falaise de craie. L&rsquo;ombre avait fini par s&rsquo;installer. Sur la route de P\u00e9ronne \u00e0 Albert, il est un pays o\u00f9 la rivi\u00e8re a des envies vagabondes, o\u00f9 les belv\u00e9d\u00e8res sont pos\u00e9s comme des gradins, pour le plaisir des yeux. On pourrait manquer ces petits bonheurs. Dans ce pays luxuriant, il faut savoir lever le li\u00e8vre ou ferrer au bon moment.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1634\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise14.jpg\" alt=\"blaise14.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise14.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/11\/jpg_blaise14-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>\u00ab  Une odeur me prend \u00e0 la gorge<br \/>\n<br \/>Forte, \u00e2cre, effluve violent,<br \/>\n<br \/>\u00c0 croire qu&rsquo;un soufflet de forge<br \/>\n<br \/>En pousse vers moi le relent.<\/p>\n<p>\t\t     Senteur de toute une contr\u00e9e,<br \/>\n<br \/>Sueur m\u00eame de ce terroir,<br \/>\n<br \/>C&rsquo;est la tourbe, au printemps tir\u00e9e<br \/>\n<br \/>De l&rsquo;entraille, immense miroir.<\/p>\n<p>\t\t     De ce brasier que je regarde,<br \/>\n<br \/>Monte le songe pas \u00e0 pas,<br \/>\n<br \/>Fait d&rsquo;un peu de terre picarde<br \/>\n<br \/>Que je rapporte de l\u00e0-bas \u00bb       <\/p>\n<p>L\u00e9on Devauchel   (Archives D\u00e9partementales  de la Somme).<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David DELANNOY<\/a><\/p>\n<p>Ecrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Belv\u00e9d\u00e8res Il y a eu cette promenade heureuse, sur les belv\u00e9d\u00e8res de la Haute Somme, \u00e0 l&rsquo;automne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1630,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[28,33],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/357"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=357"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/357\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1630"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}