{"id":375,"date":"2004-12-15T00:00:00","date_gmt":"2004-12-14T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/12\/15\/1830-paris-se-revolte\/"},"modified":"2004-12-15T00:00:00","modified_gmt":"2004-12-14T23:00:00","slug":"1830-paris-se-revolte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/12\/15\/1830-paris-se-revolte\/","title":{"rendered":"1830 : Paris se r\u00e9volte"},"content":{"rendered":"<p>George Sand f\u00eate ses 26 ans le 1er juillet 1830. \u00c0 la fin du mois, elle apprend \u00e0 Nohant les \u00e9v\u00e9nements parisiens et s&rsquo;inqui\u00e8te de leur violence. Son enthousiasme r\u00e9publicain ira croissant proportionnellement avec son amour pour Jules Sandeau, jeune \u00e9tudiant qu&rsquo;elle rencontre \u00e0 cette \u00e9poque et avec qui, \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, elle d\u00e9cide de s&rsquo;installer \u00e0 Paris.<br \/>\n<br \/>De ses fen\u00eatres du 5e \u00e9tage du 25 &#8211; <strong>actuel 29 &#8211; quai Saint-Michel<\/strong>, elle assistera en juin 1832 \u00e0 d&rsquo;autres affrontements violents (mais c&rsquo;est une autre histoire).<\/p>\n<p>Hugo, avec sa r\u00e9sistance \u00e0 \u00ab Napol\u00e9on le petit \u00bb et ses Mis\u00e9rables, se taillera une belle r\u00e9putation de r\u00e9publicain. Pour l&rsquo;heure (et jusqu&rsquo;en 1848), il est plut\u00f4t monarchiste, ne participe pas aux \u00ab Trois glorieuses \u00bb et le regrettera toute sa vie. De son appartement du <strong>9 rue Jean-Goujon<\/strong>, il entend les cris et le bruit des armes. Il pense et note quelque part : \u00ab Ne tombons pas du tocsin au charivari \u00bb. Sa femme Ad\u00e8le \u00e9crira apr\u00e8s-coup dans Victor Hugo racont\u00e9 par un t\u00e9moin de sa vie : \u00ab M. Victor Hugo, tout en voyant dans la R\u00e9publique la forme d\u00e9finitive de la soci\u00e9t\u00e9, ne la croyait possible qu&rsquo;apr\u00e8s pr\u00e9paration ; il voulait qu&rsquo;on arriv\u00e2t au suffrage universel ; la royaut\u00e9 mixte de Louis-Philippe lui semblait une transition utile \u00bb.<br \/>\n<br \/>Le 25 juillet 1830, il \u00e9crit la premi\u00e8re ligne de <em>Notre-Dame-de-Paris<\/em>. Le 28, Ad\u00e8le donne naissance \u00e0 une petite&#8230; Ad\u00e8le.<br \/>\n<br \/>Dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, il mettra en sc\u00e8ne d&rsquo;autres journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gitimiste Balzac, lui, est domicili\u00e9 <strong>1 rue Cassini<\/strong> depuis 1828. Entre juin et septembre 1830, il s\u00e9journe \u00e0 la Grenadi\u00e8re \u00e0 Saint-Cyr-sur-Loire, en compagnie, jusque vers le 20-25 juillet, de madame de Berny qui retourne ensuite seule \u00e0 Paris. Le 25 juillet, Balzac se rend \u00e0 pied de la Grenadi\u00e8re \u00e0 Sach\u00e9 et c&rsquo;est \u00e0 Sach\u00e9 qu&rsquo;il se trouve pendant les Trois glorieuses. Alors que la tension monte \u00e0 Paris, c&rsquo;est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment qu&rsquo;il choisit ainsi de rester en Touraine. Le 21 juillet, il \u00e9crit \u00e0 Ratier, directeur du journal <em>La Silhouette<\/em> : \u00ab J&rsquo;en suis arriv\u00e9 \u00e0 regarder la gloire, la Chambre, la politique, l&rsquo;avenir, la litt\u00e9rature, comme de v\u00e9ritables boulettes \u00e0 tuer les chiens errants et sans domicile. \u00bb<br \/>\n<br \/>Il se pr\u00e9occupe pourtant d&rsquo;\u00e9crire et encore d&rsquo;\u00e9crire. L&rsquo;ann\u00e9e 1830 est celle de ses premiers succ\u00e8s journalistiques, qui pr\u00e9c\u00e8dent de peu ses grands succ\u00e8s litt\u00e9raires.<br \/>\n<br \/>Les trois journaux auxquels il collabore, <em>Le Voleur<\/em> (d&rsquo;Emile de Girardin), <em>La Mode<\/em> et <em>La Silhouette<\/em>, ne s&rsquo;associeront pas \u00e0 la r\u00e9sistance de Thiers et du <em>National<\/em> le soir du 26 juillet.<br \/>\n<br \/>Aux yeux de Balzac, la r\u00e9volution de 1830 n&rsquo;est qu&rsquo;un rideau de fum\u00e9e[[\u00ab La grande symphonie de juillet 1830 \u00bb, \u00e9crit-il dans <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes<\/em>, dont l&rsquo;action principale se d\u00e9roule juste avant.]] auquel il refuse le titre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, m\u00eame dans La Peau de chagrin dont l&rsquo;action se d\u00e9roule dans la capitale, entre autres en juillet 1830.<\/p>\n<p>Dumas, quant \u00e0 lui, n&rsquo;a pas l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire une aussi belle image de r\u00e9publicain.<br \/>\n<br \/>Pourtant, ce qu&rsquo;il fait entre le 27 juillet et les premiers jours d&rsquo;ao\u00fbt 1830 la lui aurait m\u00e9rit\u00e9e, m\u00eame s&rsquo;il participe aux \u00e9v\u00e9nements plus par go\u00fbt de l&rsquo;action que par conviction politique. Et m\u00eame si son r\u00e9cit des journ\u00e9es (Mes M\u00e9moires, chap. CXLIII \u00e0 CLXIV) le fait para\u00eetre un peu plus \u00ab mousquetaire \u00bb que dans la r\u00e9alit\u00e9, avec une exactitude historique, g\u00e9ographique et biographique parfois l\u00e9g\u00e8rement douteuse.<\/p>\n<p>Dumas et Chateaubriand ont \u00e9t\u00e9 de cette r\u00e9volution (pour le second, voir les <em>M\u00e9moires d&rsquo;outre-tombe<\/em>, livre trente-troisi\u00e8me). Ce que Dumas vit dans la rue, Chateaubriand le vit entre ses murs de la rue d&rsquo;Enfer &#8211; le <strong>88 rue Denfert-Rochereau<\/strong>, o\u00f9 il demeure avec sa femme &#8211; et \u00e0 la Chambre des pairs &#8211; aujourd&rsquo;hui le S\u00e9nat -, dont il va d\u00e9missionner aussit\u00f4t le nouveau pouvoir mis en place, abandonnant avec fracas la vie politique.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;un apporte aux \u00e9v\u00e9nements ses vues g\u00e9opolitiques et son horreur de tout ce qui n&rsquo;est pas Bourbon et monarchique de droit divin. L&rsquo;autre, en costume de chasse et les armes \u00e0 la main, entra\u00eene son lecteur \u00e0 travers les barricades avant de filer, entre le 30 juillet et le 1er ao\u00fbt, chercher \u00e0 Soissons de la poudre pour La Fayette et les insurg\u00e9s.<\/p>\n<p>Plantons le d\u00e9cor.<br \/>\n<br \/>Juillet 1830. Depuis des mois, le peuple et les bourgeois sont m\u00e9contents. Il y a la crise \u00e9conomique, et aussi la d\u00e9fiance grandissante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du roi Charles X. Celui-ci ne trouve rien de mieux \u00e0 faire que, dans un maladroit r\u00e9flexe de d\u00e9fense, lancer le 25 juillet quatre ordonnances. La premi\u00e8re suspend la libert\u00e9 de la presse ; la seconde dissout la Chambre des d\u00e9put\u00e9s ; les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me modifient le r\u00e9gime des \u00e9lections pour assurer une majorit\u00e9 favorable au roi.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 ces quatre ordonnances : les \u00ab Trois glorieuses \u00bb des 27, 28 et 29 juillet, telles que Balzac les baptise en 1847. Durant ces trois jours, prenant le relais des journalistes et ouvriers typographes, le peuple dresse des barricades dans les rues de la capitale.<br \/>\nLe 27, des journaux paraissent sans autorisation, sachant qu&rsquo;ils seront saisis, avec l&rsquo;id\u00e9e de plaider ensuite l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 des ordonnances. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, les soldats ouvrent le feu.<br \/>\n<br \/>Le 28, la situation reste \u00e0 l&rsquo;avantage du pouvoir.<br \/>\nLe 29, contre toute attente, elle passe \u00e0 l&rsquo;avantage des insurg\u00e9s, qui sont quelques milliers seulement.<br \/>\nMais l&rsquo;issue de ces journ\u00e9es ne sera pas une seconde R\u00e9publique (pour cela, il faudra attendre 1848). Le 30 juillet, le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans est pouss\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne par des r\u00e9publicains qui ont encore trop peur de la R\u00e9publique. Le 9 ao\u00fbt, il devient Louis-Philippe, roi des fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Voici o\u00f9 se trouvent Dumas pendant ces trois jours, si nous nous fions \u00e0 ses M\u00e9moires.<\/p>\n<p>Entre deux excursions dans la capitale en r\u00e9volution, Dumas repasse souvent \u00e0 trois adresses :<br \/>\n&#8211;\tle <strong>25 rue de l&rsquo;Universit\u00e9<\/strong>, qui est son adresse entre 1829 et 1831 (au 4e \u00e9tage),<br \/>\n&#8211;\tle <strong>7 rue de l&rsquo;Universit\u00e9<\/strong>, o\u00f9 demeure, au 3e \u00e9tage, sa ma\u00eetresse du moment, Belle Krelsamer alias M\u00e9lanie Serre,<br \/>\n&#8211;\tet le <strong>7 rue Madame<\/strong>, o\u00f9 il loue un appartement pour sa m\u00e8re, qu&rsquo;il passe rassurer souvent pendant ces trois jours.<\/p>\n<p>Lundi 26 juillet au matin, curieux de savoir ce que va d\u00e9clencher la publication des ordonnances dans Le Moniteur (il a demand\u00e9 \u00e0 son domestique de pr\u00e9parer son fusil de chasse et deux centaines de balles&#8230;), Dumas se rend au Palais-Royal, demeure depuis 1814 du duc d&rsquo;Orl\u00e9ans, qui se trouve alors \u00e0 Neuilly.<br \/>\n<br \/>Le Palais-Royal et son habitant sont familiers \u00e0 Dumas, puisque, depuis 1823, il y occupe <strong>216 rue Saint-Honor\u00e9<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;angle de la rue des Bons-Enfants, diff\u00e9rents emplois au service du duc, emplois dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et la r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9croissent au fur et \u00e0 mesure que Dumas consacre plus de temps \u00e0 ses ma\u00eetresses et \u00e0 ses \u009cuvres litt\u00e9raires qu&rsquo;\u00e0 son employeur (il finira par se brouiller avec Louis-Philippe fin 1830, apr\u00e8s une derni\u00e8re mission d&rsquo;\u00e9tude en Vend\u00e9e).<\/p>\n<figure id=\"attachment_1650\" aria-describedby=\"caption-attachment-1650\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1650\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/12\/gif_palais.gif\" alt=\"Le Palais-Royal.\" title=\"Le Palais-Royal.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"550\" height=\"318\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1650\" class=\"wp-caption-text\">Le Palais-Royal.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il s&rsquo;arr\u00eate au caf\u00e9 Foy, <strong>56-60 galerie Montpensier<\/strong>, avant, devant le peu d&rsquo;animation g\u00e9n\u00e9rale, d&rsquo;accompagner son ami Etienne Arago (qui sera tr\u00e8s actif les deux jours suivants) \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (place de l&rsquo;Institut) pour \u00e9couter un discours de Fran\u00e7ois, son fr\u00e8re astronome. Dumas ne le dit pas encore, mais il va se trouver au m\u00eame endroit, trois jours plus tard et dans d&rsquo;autres circonstances&#8230;<\/p>\n<p>Le 27 au matin, il se rend avec Armand Carrel, directeur du <em>National<\/em> (fond\u00e9 par Fran\u00e7ois Arago), dans les bureaux du journal <em>Le Temps<\/em>, <strong>93 rue de Richelieu<\/strong>, dont les gendarmes tentent sans succ\u00e8s de saisir les presses.<br \/>\nDumas et Carrel vont ensuite, vers 14 heures, au <em>National<\/em> <strong>rue Saint-Marc<\/strong> (appel\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque rue Neuve-Saint-Marc dans cette portion de la rue), au coin de la place des Italiens (aujourd&rsquo;hui place Boieldieu ; Dumas y a habit\u00e9 au n\u00b01 en 1823-24 &#8211; plaque). Dans ces bureaux, Thiers et des repr\u00e9sentants des journaux censur\u00e9s ont le soir pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e9dig\u00e9 une vigoureuse protestation destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9e le 27 dans la presse (c&rsquo;est le m\u00eame Thiers qui, en tant que ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur en avril 1834, fera voter une loi muselant les crieurs publics et colporteurs d&rsquo;information et soumettant les associations \u00e0 une autorisation pr\u00e9alable).<br \/>\n<br \/>Chateaubriand d\u00e9crit comment, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, dans la rue du 29 juillet (alors rue du Duc-de-Bordeaux), les forces de l&rsquo;ordre sont attaqu\u00e9es \u00e0 jets de pierre et se retrouvent face-\u00e0-face avec des insurg\u00e9s quand un coup de fusil part d&rsquo;un certain h\u00f4tel Royal, rue des Pyramides, et d\u00e9clenche le feu des troupes.<br \/>\n<br \/>C&rsquo;est en quittant le journal que Dumas (il est environ sept heures du soir) se retrouve place de la Bourse, attir\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cho de ces coups de feu. Apr\u00e8s quelque temps, il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 retourner chez lui rue de l&rsquo;Universit\u00e9 lorsqu&rsquo;il aper\u00e7oit des soldats remonter la rue Vivienne. Il choisit comme poste d&rsquo;observation le caf\u00e9 du Th\u00e9\u00e2tre des Nouveaut\u00e9s (situ\u00e9 alors dans la rue Vivienne en face de la Bourse) et assiste \u00e0 des affrontements, avant de se diriger \u00e0 nouveau, \u00e0 minuit, vers son domicile, par la rue Vivienne, la rue des Petits-Champs, la rue de Richelieu et la rue de l&rsquo;\u00c9chelle. Il passe devant le ch\u00e2teau des Tuileries, demeure de Charles X alors \u00e0 la campagne \u00e0 Saint-Cloud (endommag\u00e9 en 1870-71 et d\u00e9truit en 1883, le ch\u00e2teau se trouvait entre l&rsquo;Arc du Carrousel et le jardin des Tuileries, \u00e0 la hauteur du Pont Royal).<\/p>\n<p>Le matin du 28, Dumas endosse son costume de chasse. Il pressent &#8211; et il a raison &#8211; que cette journ\u00e9e va \u00eatre sa premi\u00e8re occasion d&rsquo;entendre siffler des balles.<br \/>\nApr\u00e8s une \u00e9chauffour\u00e9e en bas de chez lui avec des soldats, il se dirige \u00e0 nouveau vers les bureaux du National, par la place de la Concorde (pour \u00e9viter les troupes mass\u00e9es aux Tuileries), la rue Saint-Honor\u00e9, la rue de l&rsquo;Echelle. Il en profite pour monter au premier \u00e9tage de son ancien bureau situ\u00e9 au 216 rue Saint-Honor\u00e9. Il assiste de l\u00e0, en compagnie de son ancien chef Oudard, au passage de la troupe qui se dirige vers les insurg\u00e9s regroup\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de Ville.<br \/>\n<br \/>Le mar\u00e9chal Marmont a lanc\u00e9 du Louvre quatre colonnes de soldats : une vers la Bastille par les boulevards, une autre toujours vers la Bastille mais par les quais, une autre vers les Halles et une derni\u00e8re remontant la rue Saint-Denis.<br \/>\n<br \/>Puis Dumas reprend sa route par la rue de Richelieu[[Il croise peut-\u00eatre sans le savoir Stendhal, qui demeure alors au n\u00b069 (dans un h\u00f4tel qui n&rsquo;existe plus aujourd&rsquo;hui), relit les \u00e9preuves du Rouge et le noir et est tout \u00e0 ses amours avec Giulia Rinieri de&rsquo;Rocchi. Le roman, dont la premi\u00e8re id\u00e9e remonte \u00e0 l&rsquo;automne pr\u00e9c\u00e9dent, sort en novembre 1830. La composition du livre s&rsquo;est interrompue fin juillet, les typographes se trouvant sur les barricades.<br \/>\nStendhal ne sort gu\u00e8re de son appartement durant ces trois jours. Il visite cependant Giulia le 29, dans l&rsquo;appartement qu&rsquo;elle habite 8 rue d&rsquo;Anjou, dans le m\u00eame immeuble que La Fayette. Stendhal a quarante-sept ans, se consacre depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture parce que sa carri\u00e8re de fonctionnaire pi\u00e9tine. La r\u00e9volution de juillet lui redonne le go\u00fbt de la politique et, \u00e0 son initiative, il sera bient\u00f4t nomm\u00e9 consul \u00e0 Trieste puis \u00e0 Civita-Vecchia.]]. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre arr\u00eat\u00e9 au National, il revient sur ses pas pour rechercher de la poudre et des armes : du pont de la Concorde, il aper\u00e7oit le drapeau tricolore &#8211; celui de la R\u00e9volution et de l&rsquo;Empire &#8211; qui flotte sur Notre-Dame ! Il per\u00e7oit aussi de la fum\u00e9e et le bruit d&rsquo;une fusillade autour de l&rsquo;h\u00f4tel de Ville. Suivi par une petite troupe, il se rend rue Mazarine, o\u00f9, devant une porte de l&rsquo;Institut, on distribue de la poudre, puis passage Dauphine, o\u00f9 on distribue des balles.<\/p>\n<p>Dumas et quelques hommes tentent ensuite de rejoindre la place de Gr\u00e8ve (place de l&rsquo;H\u00f4tel de Ville) o\u00f9 a \u00e9clat\u00e9 une fusillade. Ils avancent par <strong>la rue Gu\u00e9n\u00e9gaud, le Pont Neuf et le quai de l&rsquo;Horloge<\/strong>. Au quai aux Fleurs &#8211; alors quai de Napol\u00e9on &#8211; (ou \u00e0 l&rsquo;actuel quai de la Corse &#8211; alors quai Desaix, entre le Pont au Change et le Pont Notre-Dame, et quai Napol\u00e9on plus \u00e0 l&rsquo;Est ? Dumas est peut-\u00eatre impr\u00e9cis dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>&#8230;), ils se trouvent face \u00e0 un r\u00e9giment du roi. Ils rebroussent chemin par la rue de Harlay, le quai des Orf\u00e8vres, la rue de la Draperie, la rue de la Cit\u00e9 et la ruelle de Glatiny (la premi\u00e8re et la derni\u00e8re ont disparu et se trouvaient <strong>\u00e0 l&#8217;emplacement actuel de la rue de Lut\u00e8ce et de la place Louis-L\u00e9pine<\/strong>). S&rsquo;engageant sur le pont suspendu li\u00e9 au pont Notre-Dame, ils sont mis en d\u00e9route par un canon qui mitraille depuis la place de Gr\u00e8ve, et s&rsquo;\u00e9parpillent dans les ruelles de l&rsquo;\u00eele de la Cit\u00e9 qui feront bient\u00f4t le bonheur d&rsquo;Eug\u00e8ne Sue dans ses Myst\u00e8res de Paris&#8230; et celui du baron Haussmann lorsqu&rsquo;il les rasera. Ayant \u00e9chapp\u00e9 aux projectiles, Dumas se r\u00e9fugie rue Mazarine chez son ami Lethi\u00e8re, et regagne en milieu de soir\u00e9e le 25 rue de l&rsquo;Universit\u00e9.<br \/>\n<br \/>Mais au lieu de se coucher, il repart \u00e0 la chasse aux informations, d\u00e9sirant en particulier sonder les opposants au r\u00e9gime. Retraversant la Seine par son chemin habituel, il r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9changer quelques mots avec le g\u00e9n\u00e9ral Lafayette, passe <strong>10 rue de Gramont<\/strong> chez Etienne Arago et l&rsquo;entra\u00eene au <em>National<\/em> o\u00f9, au milieu de la nuit, ils cr\u00e9ent un fant\u00f4matique gouvernement provisoire.<\/p>\n<p>Le matin du 29, Dumas rejoint six \u00e0 huit cents insurg\u00e9s <strong>place de l&rsquo;Od\u00e9on<\/strong> et se retrouve avec une bonne centaine d&rsquo;entre eux \u00e0 vouloir atteindre le Louvre par le pont des Arts. Il trouve un abri et un poste d&rsquo;observation au sortir de la rue Mazarine, face au pont, derri\u00e8re un des quatre lions de bronze situ\u00e9s <strong>devant le palais de l&rsquo;Institut<\/strong> (et, depuis 1950, dans un jardin public \u00e0 Boulogne-sur-Seine, rue de Silly). Lorsque les insurg\u00e9s tentent de franchir le pont, ils sont mis en d\u00e9route, et Dumas se r\u00e9fugie un instant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Institut et regagne le 25 rue de l&rsquo;Universit\u00e9 pour se changer et recharger son fusil. C&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;il entend un grand remue-m\u00e9nage du cot\u00e9 du ch\u00e2teau des Tuileries qui, encercl\u00e9 de toutes parts, vient d&rsquo;\u00eatre pris. Dumas se pr\u00e9cipite alors, et p\u00e9n\u00e8tre dans les appartements royaux \u00e0 la suite de tout un peuple.<br \/>\n<br \/>Il part ensuite en qu\u00eate d&rsquo;Oudard, d&rsquo;abord 216 rue Saint-Honor\u00e9 puis le trouve chez le banquier Laffitte, dans son h\u00f4tel situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;actuel <strong>27 rue Laffitte<\/strong> (alors d\u00e9nomm\u00e9e rue d&rsquo;Artois). Des d\u00e9put\u00e9s tiennent l\u00e0 conciliabule. La Fayette s&rsquo;y retrouve \u00e9galement, et, \u00e0 la demande g\u00e9n\u00e9rale, se rend \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de Ville, que les insurg\u00e9s occupent depuis le d\u00e9but de matin\u00e9e. Dumas suit le m\u00eame chemin et, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne rien perdre, s&rsquo;installe chez un marchand de vin situ\u00e9 au coin de la place de l&rsquo;h\u00f4tel de Ville et du quai de Gesvres, avant de s&rsquo;installer pour la nuit dans un cabinet de l&rsquo;h\u00f4tel de Ville.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;<strong>H\u00f4tel de Ville<\/strong>[[L&rsquo;H\u00f4tel de Ville actuel date des ann\u00e9es post\u00e9rieures \u00e0 la Commune de 1871, qui a enti\u00e8rement d\u00e9truit le b\u00e2timent de l&rsquo;\u00e9poque des Trois Glorieuses.]] que, le 31 juillet, le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans rejoint La Fayette et les insurg\u00e9s pour faire comprendre au peuple que la R\u00e9publique est encore un r\u00e9gime trop risqu\u00e9 pour le moment, mais que lui, duc d&rsquo;Orl\u00e9ans, repr\u00e9sente la meilleure chance pour le pays. En deux temps trois mouvement, la partie est emport\u00e9e, au grand contentement de Laffitte[[Ministre des Finances et pr\u00e9sident du Conseil en novembre 1830, Jacques Laffitte en d\u00e9missionne en mars 1831 et sera d\u00e9put\u00e9 de l&rsquo;opposition jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1844.]], du <em>National<\/em>, des d\u00e9put\u00e9s, d&rsquo;une partie du peuple et d&rsquo;une majorit\u00e9 de pairs de France, et au grand m\u00e9contentement des r\u00e9publicains \u00ab extr\u00e9mistes \u00bb et des partisans de Charles X.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>George Sand f\u00eate ses 26 ans le 1er juillet 1830. \u00c0 la fin du mois, elle apprend \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1650,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[18,31],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/375"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=375"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/375\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1650"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}