{"id":403,"date":"2005-03-25T10:29:41","date_gmt":"2005-03-25T09:29:41","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/03\/25\/ault-et-le-bois-de-cise-heureux-comme-ulysse\/"},"modified":"2005-03-25T10:29:41","modified_gmt":"2005-03-25T09:29:41","slug":"ault-et-le-bois-de-cise-heureux-comme-ulysse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/03\/25\/ault-et-le-bois-de-cise-heureux-comme-ulysse\/","title":{"rendered":"Ault et le Bois de Cise : heureux comme Ulysse"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1676\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet1.jpg\" alt=\"mallet1.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet1.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet1-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p><em>\t\u00ab Dans mon pays de limon et de craie, j&rsquo;ai appris la beaut\u00e9 des silex cass\u00e9s, et leur usage \u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>Robert Mallet, <em>Silex \u00e9clat\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Point d&rsquo;exclamation<\/strong><\/p>\n<p>De Cayeux, sur le chemin  littoral de galets, sur ce cordon rectiligne, vous ne pouvez  manquer les premiers \u00ab obstacles de craie lev\u00e9e \u00bb, ces \u00ab verticales marges \u00bb dress\u00e9es l\u00e0 pour le navigateur. Je les vois qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent doucement, vers le village de Hautebut, \u00e0 l&rsquo;autre bout des terres gagn\u00e9es sur l&rsquo;oc\u00e9an. Une fois encore, mes pas me ram\u00e8nent vers cette partie de la Somme que j&rsquo;aime tant et que des excursionnistes \u00e9minents ont rendue c\u00e9l\u00e8bre, dans leurs p\u00e9r\u00e9grinations vagabondes.<\/p>\n<p><strong>Point de d\u00e9part<\/strong><\/p>\n<p>Matin paisible \u00e0 Onival, modeste  bourgade baln\u00e9aire, nich\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ombre de sa voisine, Ault. A cet endroit &#8211; le g\u00e9ographe vous le dira mieux que moi &#8211;  commencent (ou s&rsquo;inclinent, c&rsquo;est selon) les falaises de Caux, entre les terrasses et la mer. Ao\u00fbt s&rsquo;ach\u00e8ve bient\u00f4t. Rien pourtant n&rsquo;indique son d\u00e9clin si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre l&#8217;empressement des estivants \u00e0 cueillir le temps qui passe. On papote sur les balcons ouvrag\u00e9s, on s&rsquo;offre sans retenue au regard du randonneur. Un vieil homme, son chien sur les genoux, scrute l&rsquo;horizon bleu lagune. Les galets  se donnent \u00e0 la mer. Lent travail de sape, bruit lancinant du ressac. La mer, elle, se livre au ciel.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1677\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet2.jpg\" alt=\"mallet2.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet2.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet2-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>\u00ab Ma vie objet, ma vie heurt\u00e9e<br \/>\n<br \/>\u00e0 tant d&rsquo;autres objets vivants<br \/>\n<br \/>me voici tous angles bris\u00e9s<br \/>\n<br \/>\u00e9br\u00e9ch\u00e9, f\u00eal\u00e9, mal sonnant&#8230; \u00bb<br \/>\n<br \/>Ault, <em>L&rsquo;Espace d&rsquo;une fen\u00eatre<\/em>,  Robert Mallet.<\/p>\n<p>La balade des yeux commence d\u00e9j\u00e0 sur les frontons de ces demeures \u00ab Belle \u00c9poque\u00bb. \u00ab Les Charmettes \u00bb, \u00ab Aurore \u00bb,\u00ab Le Cr\u00e9puscule \u00bb. Aucune ostentation de leur part. Une po\u00e9sie simple, d\u00e9clin\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re de monsieur Pr\u00e9vert. Les gens d&rsquo;ici sont habitu\u00e9s depuis longtemps aux maisons en briques, aux balustrades en bois, donnant sur la chauss\u00e9e, construites au moment des premiers bains de mer. Le temps s&rsquo;est comme fig\u00e9 ensuite. Le bourg en est rest\u00e9 \u00e0 ce premier \u00e9lan joyeux.<\/p>\n<p>Le Boulevard d&rsquo;Onival domine un camping pour spartiates, en contrebas. Les campeurs vaquent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 leurs occupations sur des emplacements g\u00e9om\u00e9triquement r\u00e9glementaires. Rien ne change du quotidien, hormis peut-\u00eatre le panorama impressionnant. Mais en-ont-ils conscience ? <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1678\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet3.jpg\" alt=\"mallet3.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet3.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet3-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p><strong>Point de vue<\/strong><\/p>\n<p>Vers le nord, le village de Cayeux. Vers l&rsquo;ouest, l&rsquo;horizon coup\u00e9 par la fameuse barri\u00e8re verticale qui s&rsquo;\u00e9tire jusqu&rsquo;au port du Hourdel, enseveli sous la brume. Pass\u00e9e la muraille puissante des galets noirs &#8211; des silex pris aux falaises de Caux &#8211; commence alors le r\u00e8gne des p\u00e2tures, des champs stri\u00e9s de canaux et des lagunes aux eaux saum\u00e2tres.  Ici et l\u00e0, des troupeaux de vaches blanches, quelques touffes de verdure viennent agr\u00e9menter une terre \u00e2pre, chichement gagn\u00e9e sur la mer. Plus on s&rsquo;\u00e9loigne du premier plan, plus les silhouettes humaines se rar\u00e9fient et plus les galets se multiplient. Une voiture traverse le d\u00e9cor en faisant voler la poussi\u00e8re. Je quitte mon belv\u00e9d\u00e8re sur cette image de savane, prolonge le r\u00eave \u00e0 l&rsquo;ombre des balcons en saillie.<\/p>\n<p>Me voil\u00e0 de retour vers le rivage, sur le sentier c\u00f4tier am\u00e9nag\u00e9 pour assister \u00e0 la naissance des falaises. Gr\u00e8ve argent\u00e9e et blanchie par la craie. Le b\u00e9ton arm\u00e9 de la chauss\u00e9e d&rsquo;Ault, suspendu sur le vide, les restes ogivaux d&rsquo;un ancien four, \u00e0 l&rsquo;agonie avant la chute programm\u00e9e. Sentiment diffus de la fragilit\u00e9 des lieux, de la capitulation des terres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1679\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet4.jpg\" alt=\"mallet4.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet4.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet4-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>J&rsquo;atteins Ault en bravant les interdictions, dans ce pays de l&rsquo;\u00e9croulement. Les panneaux municipaux se font l&rsquo;\u00e9cho de la menace planant dans l&rsquo;air. Le \u00ab bandeau clair au front bless\u00e9 des rivages \u00bb pr\u00eat, \u00e0 tout instant, \u00e0 donner raison \u00e0 l&rsquo;augure. J&rsquo;arrive enfin, au bout de mes pens\u00e9es sinistres. A propos du recul inexorable, je songe \u00e0 Victor Hugo, \u00e0 son p\u00e8lerinage \u00ab p\u00e9nitentiel \u00bb en Picardie. D\u00e9j\u00e0 les murs de craie se confiaient \u00e0 lui, avant sa travers\u00e9e du d\u00e9sert, sur le chemin de Cayeux. <\/p>\n<p>\u00ab La mer ronge perp\u00e9tuellement le Bourg-d&rsquo;Ault. Il y a cent-cinquante ans, c&rsquo;\u00e9tait un bien plus grand village qui avait sa partie basse abrit\u00e9e par une falaise au bord de la mer. Mais un jour la colonne de flots qui descend la Manche, s&rsquo;est appuy\u00e9e si violemment sur cette falaise qu&rsquo;elle l&rsquo;a fait ployer. La falaise s&rsquo;est rompue et le village a \u00e9t\u00e9 englouti&#8230; \u00bb<br \/>\n<br \/>Victor Hugo, <em>Lettres et Dessins de Picardie<\/em>.<\/p>\n<p>Je remonte la plage d\u00e9serte, brefs instants de p\u00e9nitence sur les galets roulants. Lieux pr\u00e9caires, mouvants. L&rsquo;escalier condamn\u00e9, le vieux casino, la rue commer\u00e7ante, avec ses fa\u00e7ades d\u00e9lav\u00e9es, s&rsquo;ouvrant sur la massive \u00e9glise. J&rsquo;observe ses damiers de lumi\u00e8re et d&rsquo;ombre, sa tour carr\u00e9e, je pense \u00e0 celles entrevues dans les campagnes anglaises.<\/p>\n<p>Rue Ernest Gamard, je prends d&rsquo;assaut le versant sud de la valleuse. La voie  d&rsquo;acc\u00e8s, r\u00e9duite \u00e0 la portion congrue, en raison d&rsquo;effondrements successifs. Perch\u00e9e l\u00e0-haut, la belle demeure famili\u00e8re. Harpes de pierres, portes et fen\u00eatres mur\u00e9es. Image path\u00e9tique. Comme ces antiques caveaux croulant au fond des cimeti\u00e8res, elle semble vivre ses derniers instants. Pour l&rsquo;heure, elle s&rsquo;offre encore au regard du passant, suscite les questionnements sur le pass\u00e9, la fuite du temps, le destin inexorable. Le couperet tombera sans doute un matin de d\u00e9gel, sans coup f\u00e9rir. La noble maison t\u00e9moin ira rejoindre son jardin d&rsquo;agr\u00e9ment, sur le platier d&rsquo;en bas et ses d\u00e9bris seront brass\u00e9s par la mer.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1680\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet5.jpg\" alt=\"mallet5.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet5.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet5-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>Une halte au calvaire, comme les p\u00e9nitents, pour vous obliger \u00e0 vous tourner vers le nord. Vue imprenable sur Ault aux toits bleut\u00e9s, press\u00e9s les uns contre les autres. Des mouettes braillardes et belliqueuses tournoient dans l&rsquo;air. Je contemple le vaste horizon, le pays qui se devine au loin, dans ses reflets nacr\u00e9s, qui se hume aussi par ses senteurs marines. La mer et ses tons bleu gris, puis la digue \u00e9tay\u00e9e d&rsquo;\u00e9pis en b\u00e9ton, pour contenir les assauts des vagues et prot\u00e9ger les bas champs. <\/p>\n<p>Lumi\u00e8re satur\u00e9e, reflets opalescents, hallucinations, j&rsquo;ai cru voir le \u00ab marcheur solitaire \u00bb sur cette portion aride, entre la falaise vive et le bourg de Cayeux.  Sentier c\u00f4tier de terre, sentier d&rsquo;encre&#8230;Victor, jeune \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque &#8211; que j&rsquo;imagine pourtant avec sa barbe blanche &#8211; sensible au d\u00e9cor farouche, \u00e0 la puissance des \u00e9l\u00e9ments, aux efforts touchants des hommes accroch\u00e9s \u00e0 leurs gains provisoires.<\/p>\n<p>Je poursuis ma qu\u00eate. Divers motifs du parcours, comme le blockhaus, les piquets et le fil barbel\u00e9, se rapprochent inexorablement du vide. Indices recoup\u00e9s pour l&rsquo;enqu\u00eate, pour en arriver \u00e0 la flagrante \u00e9vidence du grignotage, au d\u00e9lit de harc\u00e8lement. Devant moi, le chemin interdit, qui appelle le d\u00e9sir. Il semble se poursuivre dans l&rsquo;enfilade des falaises, se perdre dans l&rsquo;\u00e9chancrure des valleuses. Je n&rsquo;ose plus, comme avant, le d\u00e9fier. De r\u00e9centes chutes crayeuses incitent \u00e0 la prudence. Devant moi, vers le sud, un chemin de terre bordant une for\u00eat de ma\u00efs, des lignes de fuite noy\u00e9es dans les embruns, l&rsquo;ourlet nacr\u00e9 des falaises de Mers. Le bonheur en marchant, l&rsquo;oubli des pesanteurs et le bois de Cise tout proche, \u00e0 quelques encablures.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1681\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet6.jpg\" alt=\"mallet6.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet6.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet6-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p><strong>Point d&rsquo;orgue<\/strong><\/p>\n<p>Cise, un village de quelques \u00e2mes, tout juste sorti du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, aux premiers bains de mer. Cise aux origines myst\u00e9rieuses et multiples. Cise au nom charmant, qu&rsquo;on voudrait associer aux cerises, pour nos soudaines envies de cueillir les petits bonheurs. <\/p>\n<p>Avant, il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un bois naturel de h\u00eatres et de ch\u00eanes, par\u00e9 de ses myst\u00e8res, recouvrant une valleuse suspendue sur la mer, sans acc\u00e8s au rivage. L&rsquo;on s&rsquo;y rendait pour se cacher ou pour chercher le pittoresque. Lieu magique pour les fugitifs, les romantiques solitaires et les vill\u00e9giaturistes ais\u00e9s, venus en bande joyeuse de Mers-les-Bains tout proche. Des rumeurs confuses, de complots, de messes clandestines, d&#8217;embarquements d&rsquo;espions, se sont r\u00e9pandus \u00e0 son sujet. On s&rsquo;y est dit des choses \u00ab pas tr\u00e8s catholiques \u00bb, de belles histoires  \u00e0 raconter au coin du feu, pour l&rsquo;\u00e9merveillement. <\/p>\n<p>A la lisi\u00e8re, une ruelle goudronn\u00e9e m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 une premi\u00e8re habitation, puis \u00e0 une seconde au fil des pas. Demeures coquettes, noy\u00e9es dans la verdure, harmonieusement int\u00e9gr\u00e9es, mangeoires destin\u00e9es aux oiseaux, jardins aur\u00e9ol\u00e9s de parterres d&rsquo;hortensias bleus, lignes adoucies par les courbes d\u00e9licates d&rsquo;un fuchsia. Un village talentueux et discret. Je choisis l&rsquo;all\u00e9e des Violettes puis l&rsquo;escalier abrupt et rustique. Tout ici s&rsquo;ordonne autour du bois, jusqu&rsquo;aux noms l\u00e9gers des rues, choisis parmi les fleurs, les arbres et les oiseaux. <\/p>\n<p>Je m&rsquo;enfonce dans la douce aura du contre-jour, dans la lumi\u00e8re oblique. Ma course n&rsquo;est qu&rsquo;une escapade guillerette. Entre les ch\u00eanes et les h\u00eatres se dessinent les silhouettes des maisons \u00e0 clochetons, rappelant \u00e0 l&rsquo;envi une \u00e9poque l\u00e9g\u00e8re. All\u00e9e du Muguet, souvenir des cueillettes joyeuses de l&rsquo;enfance, symphonie de toits en auvents, de charpentes \u00e9lanc\u00e9es, foisonnement de lignes capricieuses. Au-dessus des balcons, j&rsquo;imagine tout un bestiaire marin, des t\u00eates inclin\u00e9es d&rsquo;hippocampes fabuleux.<\/p>\n<p>Vers le point de vue, je tombe  sur les \u00e9crits  honorant le passage du \u00ab grand Victor \u00bb. Cadeau  offert aux passants d&rsquo;un jour, aux admirateurs du site, pour r\u00e9compenser l&rsquo;initiative ou la fid\u00e9lit\u00e9. Justesse des mots, figures de style pour dire les paysages. Label de qualit\u00e9 voulu par les r\u00e9sidents et les saisonniers, comme s&rsquo;il fallait se pr\u00e9munir contre les tentations irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1682\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet7.jpg\" alt=\"mallet7.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet7.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet7-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Mon champ \u00e9tait d\u00e9licieux, tout petit, tout \u00e9troit, tout escarp\u00e9, bord\u00e9 de haies et portant \u00e0 son sommet l&rsquo;oc\u00e9an. Te figures-tu cela ? vingt perches de terre pour base et l&rsquo;oc\u00e9an pos\u00e9 dessus. Au rez-de-chauss\u00e9e des faucheurs, des glaneuses, de bons paysans tranquilles occup\u00e9s \u00e0 engerber leur bl\u00e9, au premier \u00e9tage la mer, et tout en haut, sur le toit, une douzaine de bateaux p\u00eacheurs \u00e0 l&rsquo;ancre et jetant leurs filets. Je n&rsquo;ai jamais vu de jeu de la perspective qui f\u00fbt plus \u00e9trange&#8230; \u00bb<br \/>\n<br \/><em>Lettres et Dessins de Picardie<\/em>,  Victor Hugo.<\/p>\n<p>Au Panorama, se d\u00e9cline toute la c\u00f4te picarde ; les impressionnantes falaises blanches en vagues continues. Vous saisissez l&rsquo;\u00e9tendue du littoral, vous voyez se dessiner la perfection tranquille d&rsquo;un d\u00e9cor sylvestre. Quelques touristes, autour de la table d&rsquo;orientation, cherchent les points de rep\u00e8re, s&rsquo;interrogent sur la pr\u00e9sence de la charrue et de l&rsquo;ancre, les \u00e9chos, palpables, des belles images glan\u00e9es par le po\u00e8te. Sans doute trouveront-ils l&rsquo;\u00e9nigme de ce r\u00e9bus paysager.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai poursuivi ma course \u00e0 travers les p\u00e2tures en surplomb sur la mer. Spectacle grandiose des entailles successives. A peine avez-vous atteint le sommet du val que vous plongez d\u00e9j\u00e0 dans la br\u00e8che suivante. Les ravins se ferment d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et s&rsquo;ouvrent brusquement sur le vide. Blottis au fond du pr\u00e9, les reliquats de l&rsquo;ancienne sylve de Rompval. J&rsquo;ai fini par renoncer \u00e0 rallier la Madone de Mers ; je voulais profiter de l&rsquo;estran, \u00e0 la mar\u00e9e descendante,  pour le retour vers Onival.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1683\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet8.jpg\" alt=\"mallet8.jpg\" align=\"center\" width=\"525\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet8.jpg 525w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/jpg_mallet8-300x211.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 525px) 94vw, 525px\" \/><\/p>\n<p><strong>Point final<\/strong><\/p>\n<p>En bas j&rsquo;ai connu l&rsquo;\u00e9motion devant \u00ab cette verticale marge entre ma faiblesse et le large \u00bb. Les petits bonheurs, \u00e7\u00e0 se d\u00e9niche parfois dans les coins  \u00ab pomm\u00e9s \u00bb, au creux d&rsquo;une vall\u00e9e s\u00e8che. Je suis devenu le go\u00fbteur du jour, captant cette volupt\u00e9 inesp\u00e9r\u00e9e entre ciel et terre. Je glisse sur les monticules de craie recouverts de moules, plus attentif parfois \u00e0 ma progression qu&rsquo;\u00e0 regarder ces remparts immacul\u00e9s. Parfois une coul\u00e9e d&rsquo;argile vient en ternir la blancheur et me rappelle \u00e0 la mesure. Ault, de nouveau, \u00e0 force de glissades et de contorsions d&rsquo;acrobate. Quelques photos de m\u00e9moire avant l&rsquo;arriv\u00e9e, \u00ab coquillages et crustac\u00e9s \u00bb, mousseline de l&rsquo;\u00e9cume, salves des vagues sur les galets, volatiles nich\u00e9s sur les parois aux reflets opalescents. Le grand vacarme du monde se fait oublier. Heureux comme Ulysse dans \u00ab l&rsquo;Odyss\u00e9e \u00bb, je sais pourquoi je suis venu me mouiller les baskets.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David DELANNOY<\/a><\/p>\n<p>Ecrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Dans mon pays de limon et de craie, j&rsquo;ai appris la beaut\u00e9 des silex cass\u00e9s, et leur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1676,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[28],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/403"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=403"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/403\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1676"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=403"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=403"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=403"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}