{"id":409,"date":"2005-04-09T18:36:52","date_gmt":"2005-04-09T16:36:52","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/04\/09\/les-mysteres-de-paris-et-les-premiers-romans-feuilletons\/"},"modified":"2005-04-09T18:36:52","modified_gmt":"2005-04-09T16:36:52","slug":"les-mysteres-de-paris-et-les-premiers-romans-feuilletons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/04\/09\/les-mysteres-de-paris-et-les-premiers-romans-feuilletons\/","title":{"rendered":"Les Myst\u00e8res de Paris et les premiers romans-feuilletons"},"content":{"rendered":"<p>Le roman-feuilleton na\u00eet dans les ann\u00e9es 1830-1840 de l&rsquo;alliance ing\u00e9nieuse entre des romanciers et des directeurs de journaux. L&rsquo;explosion de la presse quotidienne vient \u00e0 point fournir de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 la production d&rsquo;\u00e9crivains insatisfaits par les moyens de diffusion que leur proposent des libraires-\u00e9diteurs chers, mal organis\u00e9s, qui n&rsquo;ont ni strat\u00e9gie, ni flair, ni fonds. En 1839, Balzac constate que <em>\u00ab Les plus belles productions litt\u00e9raires de l&rsquo;\u00e9poque, celles de Victor Hugo et de George Sand, ne se vendent pas \u00e0 plus de 1 200 exemplaires ! La France ne prend que cela, et cela ne suffit pas pour couvrir le prix de fabrication. Le prix de fabrication est trop cher, aussi la litt\u00e9rature s&rsquo;est-elle r\u00e9fugi\u00e9e dans les journaux. \u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>Il y a bien les cabinets de lecture, biblioth\u00e8ques payantes pour lire sur place ou \u00e0 domicile, qui d\u00e9mocratisent un peu l&rsquo;acc\u00e8s aux livres. Il en existe un millier en France en 1830. Mais ils ne profitent ni aux auteurs ni aux libraires, bien que nombre de ces cabinets soient ouverts par des libraires en arri\u00e8re-boutique, pour attirer le chaland.<\/p>\n<p>Les romans-feuilletons vont toucher une audience sans commune mesure avec celles des cabinets de lecture et ce, au profit des auteurs, bien s\u00fbr &#8211; et la perspective de meilleures r\u00e9mun\u00e9rations est une raison importante qui pousse ceux-ci vers le feuilleton &#8211; mais aussi des \u00e9diteurs &#8211; la pr\u00e9publication est une bonne publicit\u00e9, qu&rsquo;elle soit favorable ou porte un parfum de scandale &#8211; et des patrons de presse &#8211; quel meilleur outil pour fid\u00e9liser le lecteur que le feuilleton qui abandonne, chaque soir jusqu&rsquo;au lendemain, son h\u00e9ro\u00efne au bord du pr\u00e9cipice ou son h\u00e9ros sous les sabots d&rsquo;un cheval ! Et l&rsquo;on sait bien que la signature quotidienne d&rsquo;un Dumas ou d&rsquo;un Sue au \u00ab rez-de-chauss\u00e9e \u00bb de son journal (bas de la premi\u00e8re page) signifie quelques milliers ou dizaines de milliers d&rsquo;abonn\u00e9s suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Entre 1836 et les ann\u00e9es 1850, on pourrait distinguer trois vagues d&rsquo;auteurs :<br \/>\n&#8211;\tles inventeurs (Balzac, Dumas, Sand, Souli\u00e9, F\u00e9val, Sue), qui s&rsquo;orientent vers le feuilleton pour trouver un nouveau d\u00e9bouch\u00e9 \u00e0 leur production ;<br \/>\n&#8211;\tceux qui sont \u00ab n\u00e9s dedans \u00bb et font leurs premiers pas en litt\u00e9rature gr\u00e2ce au feuilleton (Ponson du Terrail, Gaboriau&#8230;) ;<br \/>\n&#8211;\tet ceux qui, de leur propre initiative ou pouss\u00e9s par les patrons de presse, publient parfois en feuilleton parfois directement en librairie. Ceux-l\u00e0 (Zola, les Goncourt, Vall\u00e8s&#8230;) n&rsquo;\u00e9crivent pas, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, au fur et \u00e0 mesure de la publication. Leur roman n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;un travail qui s&rsquo;invente au jour le jour, mais d&rsquo;un long labeur, pr\u00e9par\u00e9 minutieusement, mis et remis sur l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<p><strong>1)<\/strong>\tPaul F\u00e9val, le p\u00e8re du <em>Bossu<\/em> &#8211; qui para\u00eet en 1857 dans Le Si\u00e8cle &#8211; demeure <strong>rue de la Cerisaie<\/strong> vers 1838.<\/p>\n<p><strong>2)<\/strong>\tIl habite <strong>69 boulevard Beaumarchais<\/strong> en 1860 (en 1863, son adresse est le 80 rue Saint-Maur).<\/p>\n<p><strong>3)<\/strong>\tLe Mus\u00e9e Victor Hugo, <strong>6 place des Vosges<\/strong> (t\u00e9l. 01 42 72 10 16), est la demeure de la famille Hugo entre 1832 et 1848. C&rsquo;est un port d&rsquo;attache id\u00e9al pour l&rsquo;\u00e9crivain, qui s&rsquo;aventure dans les faubourgs un peu plus \u00e0 l&rsquo;est pour rassembler les mat\u00e9riaux de ses futurs <em>Mis\u00e9rables<\/em>. En 1862, ceux-ci ne paraissent pas en feuilleton car Hugo, exil\u00e9 politique \u00e0 Guernesey, le refuse tant que dure la censure imp\u00e9riale sur la presse. En revanche, il demandera \u00e0 son \u00e9diteur que le livre soit \u00e9dit\u00e9 en petit format et \u00e0 bon march\u00e9. Plus tard, <em>L&rsquo;Archipel de la Manche<\/em> et <em>Les Travailleurs de la mer<\/em> seront publi\u00e9s en feuilletons. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il semble qu&rsquo;Hugo \u00e9tait plut\u00f4t contre le style faussement populaire du roman-feuilleton, auquel il pr\u00e9f\u00e9rait un style plus exigeant, tel celui des <em>Mis\u00e9rables<\/em>.<\/p>\n<p><strong>4)<\/strong>\tEn 1828, Th\u00e9ophile Gautier emm\u00e9nage 8 place des Vosges avec ses parents. Il n&rsquo;a pas vingt ans et est membre du c\u00e9nacle romantique qui se rassemble rue Notre-Dame-des-Champs chez Hugo. La bataille d&rsquo;Hernani est proche (f\u00e9vrier 1830). Il travaille \u00e0 son premier grand roman, <em>Mademoiselle de Maupin<\/em> (1835), et commence \u00e0 \u00e9crire pour des journaux.<\/p>\n<p><strong>5)<\/strong>\tQuelques semaines apr\u00e8s le d\u00e9but, en novembre 1866, de la publication du <em>Petit Chose<\/em> dans <em>Le Petit moniteur universel<\/em> &#8211; c&rsquo;est son troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me feuilleton &#8211; Alphonse Daudet s&rsquo;installe pour neuf ans dans un appartement de l&rsquo;h\u00f4tel Lamoignon, <strong>24 rue Pav\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>6)<\/strong>\tLe bel H\u00f4tel de Rohan, <strong>87 rue Vieille-du-Temple<\/strong>, est la demeure du Cardinal de Rohan que l&rsquo;on retrouve dans <em>Le Collier de la Reine<\/em> d&rsquo;Alexandre Dumas (publi\u00e9 en 1849 dans <em>La Presse<\/em>). L&rsquo;h\u00f4tel fait maintenant partie des Archives nationales.<\/p>\n<p><strong>7)<\/strong>\tDans <em>Les Myst\u00e8res de Paris<\/em>, Sue situe <strong>17 rue du Temple<\/strong> la demeure occasionnelle de Rodolphe, gard\u00e9e par les concierges Pipelet dont le nom est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 (\u00e0 cette \u00e9poque, la rue du Temple ne descend que jusqu&rsquo;\u00e0 la hauteur de la rue Michel-le-Comte).<\/p>\n<p><strong>8)<\/strong>\tLe cabaret de l&rsquo;\u00c9p\u00e9e-de-Bois d\u00e9crit dans <em>Le Bossu<\/em> se trouvait 54 rue Quincampoix.<\/p>\n<p><strong>9)<\/strong>\tL&rsquo;\u00eele de la Cit\u00e9 a bien chang\u00e9 depuis <em>Les Myst\u00e8res de Paris<\/em> (publi\u00e9s en 1842 dans <em>Le Journal des d\u00e9bats<\/em>, dont le premier feuilleton publi\u00e9 a \u00e9t\u00e9 <em>Les M\u00e9moires du diable<\/em>, de Fr\u00e9d\u00e9ric Souli\u00e9). En se promenant rue des Chantres, rue des Ursins ou rue Chanoinesse, on peut cependant avoir une id\u00e9e du d\u00e9cor dans lequel \u00e9voluaient les personnages d&rsquo;Eug\u00e8ne Sue. Le \u00ab tapis franc \u00bb[[\u00ab~<em>En argot, un tapis est un cabaret, et le tapissier l&rsquo;aubergiste. De l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <\/em>tapi<em>, refuge. Un tapis franc \u00e9tait, pour les malfaiteurs, un cabaret s\u00fbr, de rendez-vous ou de recel<\/em>~\u00bb (<em>M\u00e9moires de Canler, ancien chef du service de S\u00fbret\u00e9, 1797-1865<\/em>. Editions Mercure de France, collection <em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em>, 815 pages, 2006).]] du Lapin Blanc, dans lequel d\u00e9bute l&rsquo;histoire, se trouvait jusqu&rsquo;en 1860 dans la rue aux F\u00e8ves, parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;actuelle rue de la Cit\u00e9, aux environs de la rue de Lut\u00e8ce construite en 1865.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1687\" aria-describedby=\"caption-attachment-1687\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1687\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/gif_lapin.gif\" alt=\"Le \"tapis-franc\" du Lapin blanc dans Les Myst\u00e8res de Paris\" title=\"Le \"tapis-franc\" du Lapin blanc dans Les Myst\u00e8res de Paris\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"550\" height=\"357\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1687\" class=\"wp-caption-text\">Le<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>10)<\/strong>\tJacques Vingtras est sans doute le h\u00e9ros de roman-feuilleton le plus r\u00e9volutionnaire : il est r\u00e9publicain, auvergnat, et d\u00e9barque \u00e0 Paris vers 1850. Il finit, comme son cr\u00e9ateur Jules Vall\u00e8s, aux c\u00f4t\u00e9s des insurg\u00e9s de la Commune en 1871. <em>L&rsquo;Enfant, Le Bachelier<\/em> et <em>L&rsquo;Insurg\u00e9<\/em> sont publi\u00e9s dans les ann\u00e9es 1870-1880. Vall\u00e8s voulait accentuer le c\u00f4t\u00e9 t\u00e9moignage historique, mais le directeur du <em>Si\u00e8cle<\/em> &#8211; qui publie <em>L&rsquo;Enfant<\/em> &#8211; craint les r\u00e9actions de ses lecteurs conservateurs et prie l&rsquo;\u00e9crivain d&rsquo;accentuer plut\u00f4t l&rsquo;aspect autobiographique (il finira par refuser <em>Le Bachelier<\/em>).<br \/>\n<br \/>Dans <em>Le Bachelier<\/em>, Vingtras \u00e9choue de chambre en chambre, entre autres \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Riffault <strong>6 rue Dauphine<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Lisbonne <strong>4 rue de Vaugirard<\/strong>, o\u00f9 il retrouve des compatriotes de Nantes, et <strong>13 rue Saint-Jacques<\/strong>. C&rsquo;est, apr\u00e8s le coup d&rsquo;Etat du 2 d\u00e9cembre 1851, le d\u00e9but du Second Empire. Vingtras sera un opposant au r\u00e9gime, mais en attendant, il faut bien vivre, et ses d\u00e9marches le m\u00e8neront entre autres <strong>rue Suger<\/strong>, chez un \u00ab placeur \u00bb qui recrute des professeurs pour des \u00e9coles \u00ab libres \u00bb.<\/p>\n<p><strong>11)<\/strong>\tFin 1852, Vall\u00e8s occupe une chambre de l&rsquo;h\u00f4tel Jean-Jacques Rousseau dans la <strong>rue des Cordiers<\/strong> qui reliait alors la rue Saint-Jacques et l&rsquo;actuelle rue Victor Cousin. C&rsquo;est l&rsquo;h\u00f4tel qui a effectivement vu passer Jean-Jacques Rousseau&#8230; et Rapha\u00ebl de Valentin dans <em>La Peau de chagrin<\/em>. A vingt ans, Vall\u00e8s se fixe ainsi \u00e0 Paris pour y \u00e9tudier le droit, et surtout rejoindre des groupes r\u00e9publicains et faire du journalisme. <\/p>\n<p><strong>12)<\/strong>\tIl d\u00e9c\u00e8dera en 1885 <strong>77 boulevard Saint-Michel<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>13)<\/strong>\tEntre 1828 et 1837, l&rsquo;adresse principale de Balzac est le <strong>1 rue Cassini<\/strong>. C&rsquo;est ici qu&rsquo;il donne naissance au premier roman-feuilleton de l&rsquo;histoire, avec <em>La Vieille fille<\/em> en 1836. Comme il ne fait rien comme les autres, il invente aussi le roman-feuilleton \u00e0 puzzle ou \u00e0 trou, en recollant apr\u00e8s-coup des morceaux de r\u00e9cits dont la publication est parfois espac\u00e9e de plusieurs ann\u00e9es. Par exemple, une partie de <em>B\u00e9atrix<\/em> est publi\u00e9e dans <em>Le Si\u00e8cle<\/em> en 1839 et une autre dans <em>Le Messager<\/em> d\u00e9but 1845 (l&rsquo;histoire lui a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par George Sand, que l&rsquo;on reconna\u00eet dans le personnage de Mlle des Touches). Autre exemple : le d\u00e9but de <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes<\/em> para\u00eet pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1843 dans <em>Le Parisien<\/em> ; <em>L&rsquo;\u00c9poque<\/em> en publie d&rsquo;autres \u00e9pisodes en 1846 ; les derniers paraissent dans <em>La Presse<\/em> au printemps suivant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman-feuilleton na\u00eet dans les ann\u00e9es 1830-1840 de l&rsquo;alliance ing\u00e9nieuse entre des romanciers et des directeurs de journaux. 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