{"id":419,"date":"2005-04-22T22:09:53","date_gmt":"2005-04-22T20:09:53","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/04\/22\/le-paris-des-apaches-dans-fantomas\/"},"modified":"2005-04-22T22:09:53","modified_gmt":"2005-04-22T20:09:53","slug":"le-paris-des-apaches-dans-fantomas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/04\/22\/le-paris-des-apaches-dans-fantomas\/","title":{"rendered":"Le Paris des Apaches dans Fant\u00f4mas"},"content":{"rendered":"<p><em>Allongeant son ombre immense<br \/>\n<br \/>Sur le monde et sur Paris<br \/>\n<br \/>Quel est ce spectre aux yeux gris<br \/>\n<br \/>Qui surgit dans le silence ?<br \/>\n<br \/>Fant\u00f4mas, serait ce toi<br \/>\n<br \/>Qui te dresse sur les toits ?<br \/>\n<br \/>Final de La Complainte de Fant\u00f4mas<\/em> de Robert Desnos (1933).<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;affiche devenue mythique du film Fant\u00f4mas de Louis Feuillade et des premiers romans sign\u00e9s Souvestre et Allain, une silhouette sombre, haut de forme et frac, dont le visage, masqu\u00e9 d&rsquo;un loup restera insaisissable, \u00e9crase Paris et la Seine sous son joug. C&rsquo;est Fant\u00f4mas. Le ma\u00eetre de l&rsquo;horreur et du crime diffuse la terreur dans la capitale. Voleur, assassin, bandit, roi du d\u00e9guisement et de la fuite, Fant\u00f4mas, l&rsquo;anti-Ars\u00e8ne Lupin, est aussi l&rsquo;un des plus impressionnants succ\u00e8s de librairie du d\u00e9but de si\u00e8cle.<br \/>\n<br \/>En 1911, Paris vibre aux amours impossibles de Fandor et de la Belle H\u00e9l\u00e8ne, \u00e0 l&rsquo;odeur du sang et \u00e0 la traque sans fin de Juve. Sous les d\u00e9guisements de banquiers ou de manutentionnaires des halles, de la rue de l&rsquo;universit\u00e9, d&rsquo;Auteuil jusqu&rsquo;aux hauteurs de Belleville, le mal est partout. Si au fil des trente-deux volumes \u00e9crits de concert par Marcel Allain et Pierre Souvestre puis des douze men\u00e9s en solitaire par Allain, Fant\u00f4mas sous le nom de Gurn est venu du lointain Transvaal avant d&rsquo;\u00e9tendre le champ d&rsquo;action de ses forfaits au monde entier, Paris, o\u00f9 nul n&rsquo;est plus \u00e0 l&rsquo;abri, reste le lieu principal et l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne de cette aventure au pays du mal. De plus, les films qui, d\u00e8s 1913, portent \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran les aventures du ma\u00eetre de l&rsquo;effroi contribuent aussi \u00e0 v\u00e9hiculer au del\u00e0 des fronti\u00e8res une certaine image de la ville des Lumi\u00e8res, trouble, onirique, dangereuse et excitante.<\/p>\n<p>Fant\u00f4mas \u00e0 Paris est d&rsquo;abord une histoire d&rsquo;auteurs parisiens. Les allers-retours entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 ont m\u00eame pouss\u00e9 Marcel Allain \u00e0 loger l&rsquo;intrigue jusque dans son propre domicile &#8211; la villa Eden Roc \u00e0 Andresy dans les Yvelines.<br \/>\n<br \/>Marcel Allain et Pierre Souvestre se rencontrent en 1907 par l&rsquo;entremise de Mariette Lemoine. Pierre Souvestre, n\u00e9 en 1874, fils d&rsquo;un pr\u00e9fet breton et petit neveu de l&rsquo;\u00e9crivain \u00c9mile Souvestre, est alors un auteur, un avocat et un journaliste lanc\u00e9 dans les milieux parisiens. Ancien secr\u00e9taire de r\u00e9daction au <em>Monde diplomatique<\/em>[[Qui n&rsquo;est pas celui que nous connaissons aujourd&rsquo;hui !]]  et collaborateur du journal <em>L&rsquo;Auto<\/em> qui deviendra L&rsquo;\u00c9quipe, c&rsquo;est \u00e9galement un passionn\u00e9 d&rsquo;automobiles, organisateur de courses et de rallyes. Alors qu&rsquo;il occupe plusieurs fonctions honorifiques et la r\u00e9daction en chef du magazine <em>Le poids lourd<\/em>, il d\u00e9bute une collaboration avec le jeune Marcel Allain, n\u00e9 en 1885 et alors \u00e2g\u00e9 de 22 ans, qui devient son secr\u00e9taire. Cette rencontre professionnelle et l&rsquo;amiti\u00e9 qui en d\u00e9coule aboutissent \u00e0 la parution d&rsquo;un premier roman-feuilleton commun, <em>Le Rour<\/em> dans le magazine L&rsquo;auto en 1909.<br \/>\n<br \/>La signature de Fant\u00f4mas chez Fayard na\u00eet en avril 1910 d&rsquo;un quiproquo. Les deux comp\u00e8res et la presse de l&rsquo;\u00e9poque pratiquaient en effet les techniques marketing toujours actuelles en terme de lancement avant la parution d&rsquo;un nouveau roman-feuilleton. Nous avions alert\u00e9 les lecteurs de L&rsquo;Auto, avec des notes qui passaient dans le journal et qui \u00e9taient vraiment assez amusantes. Nous disions : deux de nos collaborateurs sont sur la piste d&rsquo;un scandale effroyable, nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire toute la v\u00e9rit\u00e9, nous publierons quoiqu&rsquo;il arrive, les d\u00e9couvertes qu&rsquo;ils ont faites, se souvient Marcel Allain. Bunau-Varilla, alors directeur du c\u00e9l\u00e8bre et influent quotidien <em>Le Matin<\/em>, se croyant incrimin\u00e9 dans le scandale suite \u00e0 un incident dans une course automobile r\u00e9cente, vient se plaindre au journal et, d\u00e9couvrant la supercherie, soulag\u00e9, les recommande \u00e0 Arth\u00e8me Fayard. Celui-ci passe commande en avril 1910 de 24 romans-feuilletons au rythme d&rsquo;un par mois. <\/p>\n<p>\u00c0 ce premier quiproquo s&rsquo;ajoute encore le nom m\u00eame de Fant\u00f4mas : \u00e0 la recherche d&rsquo;un titre, Souvestre et Allain se mettent d&rsquo;accord sur &#8220;Fantomus&#8221;;  lors de la pr\u00e9sentation du carnet de notes sur lequel sont griffonn\u00e9s les diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s, Fayard &#8211; myope peut-\u00eatre &#8211; se trompe et s&rsquo;exclame Fant\u00f4mas&#8230; c&rsquo;est \u00e9patant ! Le h\u00e9ros est n\u00e9. Le lancement m\u00eame du roman aboutit selon les souvenirs de Marcel Allain \u00e0 une chute au moins aussi rocambolesque et surprenante que celle des aventures du ma\u00eetre du crime. \u00c0 la sortie de Fant\u00f4mas, Fayard r\u00e9mun\u00e9rait les auteurs mille cinq cent francs par manuscrit, soit trois centimes par volume vendu. Cependant, quand les deux auteurs se pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 la caisse apr\u00e8s la parution des deux premiers volumes, le caissier de Fayard refusa de les payer. Re\u00e7us chez le directeur, les voil\u00e0 pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre bec et ongle leur d\u00fb, quand Arth\u00e8me Fayard leur tend un ch\u00e8que. Dans son \u00e9motion, Marcel Allain lit deux mille deux cent francs et s&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;il y ait eu des droits qui ne figuraient pas au contrat. Il s&rsquo;agit en fait non pas d&rsquo;un ch\u00e8que de 2 200 francs, ni de 22 000 francs mais d&rsquo;un ch\u00e8que d&rsquo;un montant total de 220 000 francs : le premier volume ayant en effet \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 \u00e0 800 000 exemplaires. <\/p>\n<p>Si Pierre Souvestre d\u00e9c\u00e8de le 26 f\u00e9vrier 1914 d&rsquo;une congestion pulmonaire et que le dernier Fant\u00f4mas voit la disparition du bandit et de son c\u00e9l\u00e8bre chasseur &#8211; le commissaire Juve qui s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre son fr\u00e8re jumeau &#8211; dans le naufrage du Gigantic, Fant\u00f4mas ne conna\u00eetra pas de fin pour autant. Allain reprend le flambeau et r\u00e9dige seul onze nouveaux volumes. Il d\u00e9c\u00e8dera le 25 ao\u00fbt 1969 des suites d&rsquo;une congestion c\u00e9r\u00e9brale avant d&rsquo;avoir donn\u00e9 le coup de gr\u00e2ce au bandit qui aura \u00e9t\u00e9 son compagnon de fortune.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du roman-feuilleton \u00e0 succ\u00e8s, l&rsquo;univers de faux-semblants du roman o\u00f9 personne n&rsquo;est  jamais ni tout \u00e0 fait mort &#8211; le roman bat certainement le record de r\u00e9surrections toutes cat\u00e9gories &#8211; ni tout \u00e0 fait ce qu&rsquo;il semble \u00eatre &#8211; ce qui a parfois des cons\u00e9quences f\u00e2cheuses comme dans le cas du commissaire Juve, confondu par le chef de la s\u00fbret\u00e9 avec Fant\u00f4mas d\u00e9guis\u00e9 en Juve et qui finira quelques temps \u00e0 la prison de la sant\u00e9 &#8211; a eu des suites et une influence importante. Suites cin\u00e9matographiques, comics &#8211; notamment mexicains (certains ont parfois qualifi\u00e9 Fant\u00f4mas de premier \u00ab Pulp fiction \u00bb). Et surtout un impact important sur le milieu surr\u00e9aliste qui s&rsquo;attachera au personnage que l&rsquo;on retrouve notamment dans des po\u00e8mes de Desnos mais aussi dans des tableaux de Magritte. Si l&rsquo;onirisme sombre du roman y est pour beaucoup, son mode m\u00eame d&rsquo;\u00e9criture &#8211; compte tenu des d\u00e9lais de parution extr\u00eamement courts, Souvestre et Allain dictaient parfois les romans sur des bandes qui \u00e9taient ensuite dactylographi\u00e9es &#8211; aurait donn\u00e9 naissance aux Cadavres Exquis.<\/p>\n<p>Suivons les pas d&rsquo;un h\u00e9ros de roman \u00e9clips\u00e9 aujourd&rsquo;hui par son homologue cin\u00e9matographique qui a su cependant \u00ab impressionner \u00bb son \u00e9poque et faire couler beaucoup d&rsquo;encre&#8230;<\/p>\n<p>___<\/p>\n<p><em>Le ma\u00eetre, toutefois, n&rsquo;avait pas l&rsquo;habitude de confier en d\u00e9tail \u00e0 ses complices ses plans et ses projets. Fant\u00f4mas consid\u00e9rait toujours ceux qu&rsquo;il employait comme d&rsquo;utiles instruments, des machines pr\u00e9cieuses&#8230;<br \/>\n<br \/>Le cadavre g\u00e9ant.<\/em><\/p>\n<p>Fant\u00f4mas n&rsquo;agit jamais seul. Au fil des \u00e9pisodes, de trahisons en alliances strat\u00e9giques, il tisse un r\u00e9seau de complices qui r\u00e9pondent \u00e0 ses ordres, le craignent et l&rsquo;admirent tour \u00e0 tour. Ils ont pour nom la gu\u00eape rouge, fleuriste de Belleville sous l&rsquo;apparence de laquelle se cache H\u00e9l\u00e8ne la propre fille du ma\u00eetre, Beaum\u00f4me, D\u00e9geulasse, Le Bedeau, le Barbu, Bouzille, B\u00e9b\u00e9, Bec-de-Gaz, \u008cil-de-B\u009cuf ou encore Ad\u00e8le. Voleurs, assassins, prox\u00e9n\u00e8tes, tueurs ou filles de joie, \u00ab pierreuses \u00bb hantant le pav\u00e9 parisien, ils visitent les beaux quartiers, les Halles et Bercy \u00e0 la recherche d&rsquo;un m\u00e9fait, se retrouvent dans les assommoirs de Montmartre, de Belleville, de Barb\u00e8s ou de M\u00e9nilmontant et fournissent occasionnellement une couverture \u00e0 Juve ou \u00e0 Fandor en qu\u00eate du ma\u00eetre. Ces mauvais gar\u00e7ons et ces femmes de mauvaises vies sont les Apaches, outils et artisans du crime. Personnages romanesques, ils n&rsquo;en sont pas moins l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale du Paris de 1900, une r\u00e9alit\u00e9 connue de Souvestre et Allain tous deux journalistes, \u00e0 d\u00e9couvrir dans le Paris d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Balade au pays des Apaches&#8230;<\/p>\n<p>1)\t<strong>44 rue des Cascades<\/strong>. Le mot \u00ab Apache \u00bb, dont la paternit\u00e9 reviendrait \u00e0 Arthur Dupin ou \u00e0 Victor Morris, prend sa source au coeur du quartier de Belleville, avec l&rsquo;histoire d&rsquo;Am\u00e9lie H\u00e9lie dite Casque d&rsquo;or dont les amours tumultueuses et successives avec deux chefs de bande, Manda et Leca, suscit\u00e8rent un v\u00e9ritable r\u00e8glement de comptes dans le quartier de Belleville en 1902. C&rsquo;est ici qu&rsquo;elle v\u00e9cut. Ironie de l&rsquo;histoire, Marcel Allain raconte comment, tout jeune journaliste, il obtint un entretien avec la belle retenue au secret. Interview qui ne fut jamais publi\u00e9e car nul ne crut jamais qu&rsquo;il avait pu l&rsquo;obtenir. Les Apaches de Souvestre et Allain sont directement calqu\u00e9s sur le mod\u00e8le des bandes rivales de d\u00e9linquants qui s&rsquo;affrontaient alors dans le quartier. Pierre  Drachline et Claude Petit-Castelli les d\u00e9finissent ainsi dans <em>Casque d&rsquo;or et  les apaches<\/em> : jeunes d\u00e9soeuvr\u00e9s tentant d&rsquo;\u00e9chapper aux r\u00e8gles de la soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9unis en bande, ils prennent le nom de leur chef ou d&rsquo;une particularit\u00e9 du groupe. Dans <em>Fant\u00f4mas<\/em>, on retrouve ainsi la \u00ab bande des Chiffres \u00bb baptis\u00e9e ainsi car chaque membre portait en guise de nom le nombre de ses victimes, ou encore la \u00ab bande des T\u00e9n\u00e9breux \u00bb ou \u00ab des \u00c9craseurs \u00bb qui estourbissaient ceux qui se pla\u00e7aient en travers de leur chemin.<\/p>\n<p>2)\t<strong>\u00c9glise Saint Jean-Baptiste de Belleville<\/strong>, via la rue de Belleville. Souvestre et Allain, \u00e9voquant les Apaches, d\u00e9crivent un Belleville du d\u00e9but de si\u00e8cle qui para\u00eet aujourd&rsquo;hui bien difficile \u00e0 imaginer. La butte est encore peu urbanis\u00e9e et accueille des populations pauvres et ouvri\u00e8res. L&rsquo;\u00e9glise Saint Jean-Baptiste de Belleville marque le point d&rsquo;arriv\u00e9e du funiculaire qui, via la rue de Belleville puis la rue du Faubourg du Temple jusqu&rsquo;\u00e0 la place de la R\u00e9publique, suit le trajet actuel de la ligne 11. Install\u00e9 en 1891 &#8211; il dispara\u00eetra en 1925 -, il passe toutes les cinq minutes et est propos\u00e9 \u00e0 un tarif en rapport avec la client\u00e8le ouvri\u00e8re du quartier. Dans <em>La Livr\u00e9e du crime<\/em>, on retrouve Fant\u00f4mas de retour d&rsquo;un rendez-vous avec les Apaches, empruntant le funiculaire en haut de la rue de Belleville pour se rendre boulevard de M\u00e9nilmontant o\u00f9 l&rsquo;attend la belle Ad\u00e8le.<\/p>\n<p>3)\t<strong>Rue Compans<\/strong>. Par la rue de Belleville, la rue des F\u00eates et la place du m\u00eame nom, on rejoint la rue Compans. Au 150, <em>un grand immeuble de six \u00e9tages, construit en briques, et se dressant comme une tour au haut des terrains vagues qui surplombent Paris<\/em> h\u00e9berge dans <em>La Livr\u00e9e du crime<\/em> outre Marie Bernard, amie de \u00ab La gu\u00eape \u00bb baptis\u00e9e en hommage \u00e0 la finesse de sa taille, Fandor, d\u00e9guis\u00e9 en ouvrier du gaz, soutirant des informations sur Fant\u00f4mas \u00e0 Bouzille. Le 150 rue Compans n&rsquo;existe plus. La suppression d&rsquo;une portion de la rue lors de la cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00eelot de la place des f\u00eates peut laisser supposer qu&rsquo;il devait se trouver dans la partie de la rue situ\u00e9e entre la place des f\u00eates et la rue du g\u00e9n\u00e9ral Brunet.<\/p>\n<p>4)\t<strong>Rue de Mouza\u00efa &#8211; rue de la Libert\u00e9<\/strong>. Si la rue de Mouza\u00efa et la rue de la Libert\u00e9 qui lui est perpendiculaire offrent aujourd&rsquo;hui un aspect apaisant riche des nombreuses fa\u00e7ades des maisons particuli\u00e8res environnantes, le quartier d\u00e9crit par Souvestre et Allain dans Fant\u00f4mas ne pr\u00eate pas \u00e0 sourire. \u00c0 l&rsquo;angle des deux rues, le bar du P\u00e8re Joseph, baptis\u00e9 \u00ab Aux enfants du Lioran \u00bb, <em>ce qui lui donnait deux sortes de clients : les originaires du Centre et ceux des autres d\u00e9partements<\/em>, sert de point de ralliement \u00e0 la bande des Aminches et aux Apaches dans La livr\u00e9e du crime (chapitre 3, tome 13). Trafics louches et r\u00e8glements de compte saignants au rendez-vous d&rsquo;un quartier peu reposant. La rue de la Libert\u00e9, perpendiculaire, baptis\u00e9e en 1889 \u00e0 l&rsquo;occasion du centenaire de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, verra dans <em>L&rsquo;assassin de Lady Beltham<\/em> Bouzille, probablement le plus sympathique des Apaches tour \u00e0 tour informateur de Juve et complice de Fant\u00f4mas, ouvrir boutique sous l&rsquo;enseigne \u00ab Au vrai Gruy\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<p>5)\t<strong>De la place du Rhin et du Danube au passage de la Renaissance<\/strong>. Verte et riante aujourd&rsquo;hui, la place du Danube est le point de d\u00e9part d&rsquo;une morbide exp\u00e9dition nocturne dans <em>La livr\u00e9e du crime<\/em>. Bec-de-Gaz, \u008cil-de-B\u009cuf et le Barbu ram\u00e8nent Le Bedeau agonisant, de la place du Danube au passage de La Renaissance via la rue de la Libert\u00e9 au travers des terrains vagues escarp\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, le trajet s&rsquo;effectue par la rue de la Fraternit\u00e9, la rue de la Libert\u00e9 puis de L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 avant d&rsquo;arriver Villa Renaissance&#8230; et en fait de terrain vague, ne restent plus que des villas.<\/p>\n<p>6)\t<strong>Rejoindre Barb\u00e8s Rochechouart et la rue Charbonni\u00e8re dans le quartier de La Chapelle<\/strong>. Par la ligne 7 bis puis le m\u00e9tro a\u00e9rien \u00e0 partir de Jaur\u00e8s, on rejoint Barb\u00e8s-Rochechouart, lieu d&rsquo;\u00e9tranges assembl\u00e9es sur lesquelles la police pr\u00e9f\u00e9rait fermer les yeux. La rue Charbonni\u00e8re, qui part du boulevard de Barb\u00e8s, permet de p\u00e9n\u00e9trer dans le quartier de la Goutte d&rsquo;or qui a conserv\u00e9 ses caract\u00e9ristiques populaires sans toute fois que l&rsquo;on ne puisse trouver trace de l&rsquo;Assommoir du p\u00e8re Korn, le rendez-vous des Aminches, quartier g\u00e9n\u00e9ral de la bande des Chiffres dirig\u00e9e par le terrible Barbu.<\/p>\n<p>7)\t<strong>Par le m\u00e9tro a\u00e9rien vers la place Pigalle<\/strong>. La m\u00e9fiance s&rsquo;impose pour le trajet en m\u00e9tro entre Barb\u00e8s et Pigalle via Anvers. Fant\u00f4mas n&rsquo;a t il pas d\u00e9j\u00e0 fait dispara\u00eetre entre ces deux stations la rame de m\u00e9tro 126 dans <em>Fant\u00f4mas vole des blondes<\/em> ? Le Crocodile est un \u00e9tablissement chic par excellence ou du moins l&rsquo;\u00e9tablissement joyeux de la place Pigalle. On y retrouve la trace des Apaches, puisque ce cabaret est un de leur lieu de sortie. Et cette fois, de Fant\u00f4mas \u00e0 aujourd&rsquo;hui il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas : <em>Tout autour du rond-point, les fa\u00e7ades flambent, les affiches lumineuses s&rsquo;allument et s&rsquo;\u00e9teignent, un va-et-vient de voitures demeure bruyant et joyeux. Pas de repos \u00e0 Montmartre.<\/em><\/p>\n<p>8)\t<strong>Vers la rue des Saules<\/strong>. Dans <em>La Gu\u00eape rouge<\/em>, le cabaret des Raccourcis rue des Saules devient l&rsquo;un des nouveaux points de ralliement des Apaches, dont Le Barbu et Le Bedeau. Lieu interlope, le cabaret des Raccourcis m\u00eale voyous et artistes d\u00e9sargent\u00e9s dans une ambiance digne du Montmartre de l&rsquo;\u00e9poque. Au 22 de la rue des Saules, l&rsquo;ancien cabaret des Assassins, plus connu depuis 1902 et son rachat par Aristide Bruant sous le nom de Lapin agile, a peut-\u00eatre servi de mod\u00e8le au cabaret du roman de Souvestre et Allain.<\/p>\n<p>9)\t<strong>La place Clichy et le 915<\/strong>. On  retrouve dans le premier chapitre de <em>L&rsquo;assassin de Lady Beltham<\/em> deux Apaches, \u008cil-de-B\u009cuf et Bec-de-Gaz, pour un casse retentissant perp\u00e9tr\u00e9 gr\u00e2ce un autobus, le 412. Aujourd&rsquo;hui, en empruntant la ligne \u00ab Porte de Montmartre &#8211; Saint Germain des Pr\u00e9s \u00bb, la 915, on peut trembler au souvenir de ce jour  terrible en faisant le trajet inverse de la fine \u00e9quipe qui vole le bus en d\u00e9but de ligne \u00e0 Saint-Germain et le convoie selon son trajet habituel jusqu&rsquo;\u00e0 la place Clichy. Inutile de rechercher le souvenir de l&rsquo;autobus \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat Place Clichy, la machine emball\u00e9e ne s&rsquo;y est jamais rendue mais s&rsquo;est encastr\u00e9e en haut de la rue de Clichy dans les locaux du Comptoir national, devenant l&rsquo;arme d&rsquo;un vol de huit cent trente sept mille francs exactement.<\/p>\n<p>10)\tPr\u00e8s de la Cit\u00e9, l&rsquo;Enfer. Enfin, outre les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques, les souterrains (notamment les \u00e9gouts et au parc Montsouris) sont dans <em>Fant\u00f4mas<\/em> un lieu r\u00e9gulier de ralliement pour les malfaiteurs. Tour \u00e0 tour cachettes, lieux de rendez-vous et moyens d&rsquo;\u00e9vasions, les bas-fonds de Paris sont connus et pratiqu\u00e9s par les Apaches. Mais il est un souterrain dont le nom seul suffit \u00e0 \u00e9voquer les pires m\u00e9faits : l&rsquo;Enfer. <em>Un asile o\u00f9 l&rsquo;on est le plus tranquille au monde ; C&rsquo;est un trou et c&rsquo;est l&rsquo;enfer<\/em>, explique Bouzille \u00e0 Juve dans Le Cadavre g\u00e9ant. Cet \u00e9gout d\u00e9saffect\u00e9 situ\u00e9 sous les quais de Seine dont on sait <em>comment on y rentre mais dont nul n&rsquo;est jamais sorti<\/em> h\u00e9berge la bande des Grouilleurs ou bande de l&rsquo;enfer, pauvre mais bien arm\u00e9e. <strong>Quai de l&rsquo;Archev\u00each\u00e9<\/strong>, la morgue est le th\u00e9\u00e2tre du vol d&rsquo;un cadavre par Fant\u00f4mas. Bouzille, accoud\u00e9 au parapet sur le pont de l&rsquo;H\u00f4tel de ville, t\u00e9moin de la sc\u00e8ne et persuad\u00e9 que le cadavre a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 en enfer, pr\u00e9vient Juve et d\u00e9cide ensuite de l&rsquo;y conduire. Proche des quais de Seine, <em>l&rsquo;enfer ou la porte noire d&rsquo;un \u00e9gout qui semblait d\u00e9saffect\u00e9<\/em>&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Allongeant son ombre immense Sur le monde et sur Paris Quel est ce spectre aux yeux gris Qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":895,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[17],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/419"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/895"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=419"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/419\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}