{"id":435,"date":"2005-08-19T00:00:00","date_gmt":"2005-08-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/08\/19\/1ere-balade-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/"},"modified":"2021-06-25T20:29:16","modified_gmt":"2021-06-25T18:29:16","slug":"1ere-balade-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/08\/19\/1ere-balade-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/","title":{"rendered":"1\u00e8re balade sur les pas de Dreyfus et Zola \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p>Zola vient d&rsquo;achever la fresque des <em>Rougon-Macquart<\/em> lorsque se d\u00e9clenche l&rsquo;affaire Dreyfus. Cette derni\u00e8re se serait produite vingt ans plus t\u00f4t, Zola aurait-il pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 pour son grand &#339;uvre cette toile de fond \u00e0 celle du Second empire ? \u00ab L&rsquo;Affaire \u00bb constitue en effet un bel arri\u00e8re plan historique : si le Second empire s&rsquo;\u00e9tend sur une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es et s&rsquo;ach\u00e8ve par un cataclysme, la guerre de 1870, l&rsquo;Affaire, elle, d\u00e9bute en 1894 et les esprits ne se r\u00e9concilient qu&rsquo;en 1914 pour faire face \u00e0 un autre cataclysme : la Grande guerre.<br \/>\n<br \/>Zola songera bien \u00e0 \u00e9crire le r\u00e9cit de son proc\u00e8s de 1898. Mais la mort le trouve avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait le temps de concevoir une &#339;uvre \u00e0 partir de ses notes et souvenirs (rassembl\u00e9s sous le titre <em>Impressions d&rsquo;audience<\/em>[[Il publie en 1901 <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, recueil des articles qu&rsquo;il a \u00e9crits entre 1896 et 1901. Si Zola n&rsquo;a pas le temps d&rsquo;\u00e9crire sur l&rsquo;affaire Dreyfus ce qui aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 un roman, on retrouve celle-ci chez d&rsquo;autres auteurs. Elle fait irruption \u00e0 la moiti\u00e9 du <em>Jean Barois<\/em> de Roger Martin du Gard. Elle impr\u00e8gne le <em>Journal<\/em> de Jules Renard, <em>L&rsquo;Anneau d&rsquo;am\u00e9thyste<\/em> et <em>M. Bergeret \u00e0 Paris<\/em> d&rsquo;Anatole France (seuls romans concernant l&rsquo;Affaire \u00e9crits pendant celle-ci, avec <em>Jean Santeuil<\/em> qui ne para\u00eet, inachev\u00e9, qu&rsquo;en 1952). <em>L&rsquo;Anneau d&rsquo;am\u00e9thyste<\/em> et <em>M. Bergeret \u00e0 Paris<\/em> paraissent en feuilletons dans <em>L&rsquo;\u00c9cho de Paris<\/em> puis <em>Le Figaro<\/em>, France ayant quitt\u00e9 <em>L&rsquo;\u00c9cho<\/em>, trop antidreyfusard \u00e0 son go\u00fbt. L&rsquo;Affaire appara\u00eet dans la pi\u00e8ce <em>Les Loups<\/em> de Romain Rolland jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;&#338;uvre le 18 mai 1898, ainsi que dans <em>\u00c0 la Recherche du temps perdu<\/em> et, en fragments, dans la courte partie <em>Autour de l&rsquo;Affaire<\/em> de <em>Jean Santeuil<\/em>, puis dans <em>Le Calvaire d&rsquo;un innocent<\/em>, roman-feuilleton de Jules d&rsquo;Arzac, dans <em>Les Voyageurs de l&rsquo;imp\u00e9riale d&rsquo;Aragon<\/em>&#8230;]]). C&rsquo;est la g\u00e9n\u00e9ration suivante qui, avec Proust, fera de l&rsquo;erreur judiciaire de 1894 et des \u00e9v\u00e9nements qui l&rsquo;ont suivie le cadre d&rsquo;un autre cycle : <em>\u00c0 la Recherche du temps perdu<\/em>.<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_1755\" aria-describedby=\"caption-attachment-1755\" style=\"width: 360px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1755\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_DreyfusWilsondef.jpg\" alt=\"6 avenue du Pdt Wilson, la demeure de Dreyfus en 1894.\" title=\"6 avenue du Pdt Wilson, la demeure de Dreyfus en 1894.\" class=\"caption\" align=\"right\" width=\"360\" height=\"650\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_DreyfusWilsondef.jpg 360w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_DreyfusWilsondef-166x300.jpg 166w\" sizes=\"(max-width: 360px) 94vw, 360px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1755\" class=\"wp-caption-text\">6 avenue du Pdt Wilson, la demeure de Dreyfus en 1894.<\/figcaption><\/figure>Relire aujourd&rsquo;hui l&rsquo;affaire Dreyfus vaut tous les romans-feuilletons[[D&rsquo;autant plus que, comme dans toutes les histoires d&rsquo;espions, on n&rsquo;est jamais s\u00fbr, m\u00eame cent ans plus tard, de savoir qui est le dernier \u00e0 avoir tromp\u00e9 l&rsquo;autre. Voir dans notre prochain article la th\u00e8se d\u00e9fendue par Jean Doise. On verra par la m\u00eame occasion que l&rsquo;origine de l&rsquo;Affaire serait effectivement&#8230; un roman-feuilleton paru en 1894 dans <em>Le Petit journal<\/em> !]], si l&rsquo;histoire n&rsquo;\u00e9tait pas vraie et les causes terribles. L&rsquo;arm\u00e9e, l&rsquo;\u00c9tat, la justice, la presse, l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle, l&rsquo;opinion publique en ressortent d\u00e9shonor\u00e9s &#8211; chacun manipulant l&rsquo;autre \u00e0 son tour.<br \/>\n<br \/>Un jeu d&rsquo;engrenages que personne n&rsquo;a le courage d&rsquo;arr\u00eater entra\u00eene l&rsquo;arm\u00e9e dans une spirale infernale, et plusieurs gouvernements avec elle.<br \/>\n<br \/>Il faut Zola, c\u00e9l\u00e8bre depuis <em>L&rsquo;Assommoir<\/em> en 1877, affili\u00e9 \u00e0 aucun parti, habitu\u00e9 \u00e0 la calomnie &#8211; certains le surnomment \u00ab l&rsquo;\u00e9gout collecteur \u00bb &#8211; mais confiant jusqu&rsquo;au bout dans la justice, pour que l&rsquo;erreur de 1894 soit r\u00e9par\u00e9e et Dreyfus r\u00e9habilit\u00e9 (en 1906 seulement !). Entre 1894 et 1899, tous les proc\u00e8s militaires et civils concernant l&rsquo;Affaire produisent des jugements contraires \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des faits !<\/p>\n<p><strong>Les acteurs<\/strong><\/p>\n<p>Zola et Dreyfus sont de milieux diff\u00e9rents. Dreyfus, qui ne sera jamais un fervent admirateur de Zola, est issu de la riche bourgeoisie. Il est d&rsquo;origine alsacienne, ce qui ne joue pas en sa faveur en ces temps o\u00f9 l&rsquo;Alsace-Lorraine est allemande. Zola a connu la pauvret\u00e9 apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re. Une chose au moins les rassemble cependant : ils ont de jeunes enfants, que les soubresauts de l&rsquo;Affaire \u00e9loigneront d&rsquo;eux plus ou moins longtemps. Pierre Dreyfus na\u00eet en 1891 et sa s&#339;ur Jeanne en 1893. Les enfants de Zola, Denise et Jacques, naissent respectivement en 1889 et 1891.<\/p>\n<p>Face \u00e0 eux, une arm\u00e9e. Sa direction op\u00e9rationnelle, l&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, si\u00e8ge au minist\u00e8re des Arm\u00e9es (aujourd&rsquo;hui minist\u00e8re de la D\u00e9fense) rue Saint-Dominique. L&rsquo;antis\u00e9mitisme se d\u00e9veloppe en France depuis les ann\u00e9es 1880 et n&rsquo;\u00e9pargne pas l&rsquo;\u00e9tat-major. Mais davantage ou tout autant que cet antis\u00e9mitisme, c&rsquo;est sa suffisance &#8211; en particulier celle de l&rsquo;\u00e9tat-major et, nous le verrons, encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment de son \u00ab 4e Bureau \u00bb &#8211; et l&rsquo;image qu&rsquo;elle veut donner \u00e0 la presse et \u00e0 l&rsquo;opinion publique[[Zola parle de \u00ab l&rsquo;arche sainte et inattaquable \u00bb dans <em>J&rsquo;Accuse<\/em>.]] qui vont pr\u00e9cipiter l&rsquo;arm\u00e9e dans un cercle vicieux de mensonges et de machinations.<br \/>\n<br \/>Dans ces conditions, lorsque l&rsquo;arm\u00e9e est appel\u00e9e \u00e0 juger ou \u00e0 t\u00e9moigner dans la presse ou lors des diff\u00e9rents proc\u00e8s li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Affaire \u00e0 partir de 1894, la bonne foi aveugle se m\u00eale souvent \u00e0 la d\u00e9sinformation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<br \/>\n<br \/>Le chef de l&rsquo;\u00e9tat-major est le g\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre de 1894 \u00e0 1898 et l&rsquo;un de ses adjoints est le g\u00e9n\u00e9ral Gonse.<br \/>\nLa direction politique de l&rsquo;arm\u00e9e est assur\u00e9e par le ministre de la Guerre : Auguste Mercier en 1893-1895, Jean-Baptiste Billot en 1896-1898, Godefroy Cavaignac entre juin et septembre 1898.<\/p>\n<p>On retrouve presque tous ces grands noms, affubl\u00e9s d&rsquo;adjectifs divers et vari\u00e9s, dans <em>J&rsquo;Accuse<\/em> le 13 janvier 1898. Un seul officier \u00e9chappe \u00e0 la hargne de Zola : le commandant Picquart (catholique), seul \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major \u00e0 croire et clamer &#8211; \u00e0 mots couverts, devoir de r\u00e9serve oblige &#8211; l&rsquo;innocence de Dreyfus.<\/p>\n<p>D\u00e9pendent de l&rsquo;\u00e9tat-major des \u00ab services \u00bb et des \u00ab bureaux \u00bb. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du Service historique et du Service g\u00e9ographique, le Service de renseignements existe depuis 1871 et se nomme la \u00ab Section de statistiques \u00bb. Son responsable est entre 1886 et 1895 Jean Sandherr (et son adjoint le commandant Hubert-Joseph Henry), puis Georges Picquart en 1895-1896, puis Henry en 1897-1898. Les bureaux sont au nombre de quatre. Le 1er assure la gestion des effectifs de l&rsquo;arm\u00e9e. Le 2e dirige l&rsquo;action de renseignement sur l&rsquo;ennemi. Il est en partie aliment\u00e9 en information par la Section de statistiques. Le 3e bureau pr\u00e9pare et dirige les op\u00e9rations en cas de guerre. Le 4e g\u00e8re les transports et l&rsquo;approvisionnement des troupes. Ce dernier bureau fonctionne plus que les autres en vase clos. Ses membres, nomm\u00e9s par cooptation, voient d&rsquo;un tr\u00e8s mauvais &#339;il les jeunes stagiaires comme Alfred Dreyfus, qui effectue des stages dans chacun des quatre bureaux en 1893-1894.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e : l&rsquo;ennemi. Les attach\u00e9s militaires des ambassades d&rsquo;Allemagne et d&rsquo;Italie, Schwarzkoppen et Panizzardi, \u00e9changent r\u00e9guli\u00e8rement des informations provenant de leurs agents. Ils sont par ailleurs bons amis. Chacun entretient un r\u00e9seau d&rsquo;espions en France. L&rsquo;espionnite fait rage en France et en Allemagne depuis la d\u00e9faite de 1870. Cela explique aussi, dans une certaine mesure, que, malgr\u00e9 le prestige dont jouit l&rsquo;arm\u00e9e, celle-ci, la presse et l&rsquo;opinion publique ne soient pas autrement surprises qu&rsquo;un espion soit d\u00e9couvert en 1894 dans les rangs de l&rsquo;\u00e9tat-major.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clencheur de l&rsquo;Affaire est en effet la d\u00e9couverte en septembre 1894 d&rsquo;un document adress\u00e9 \u00e0 Schwarzkoppen par un espion fran\u00e7ais, que l&rsquo;on croit \u00eatre Dreyfus et qui s&rsquo;av\u00e8rera en fait \u00eatre le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy[[Il meurt en Angleterre en 1923, sans avoir jamais \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9.]], officier imp\u00e9tueux, peu scrupuleux, couvert de dettes et qui a propos\u00e9 ses bons offices aux Allemands mi-1894.<\/p>\n<p>La presse met le feu aux poudres fin octobre et oblige rapidement l&rsquo;\u00e9tat-major \u00e0 d\u00e9passer le point de non-retour. <em>La Libre parole<\/em> d&rsquo;\u00c9douard Drumont, <em>Le Petit journal<\/em>, <em>L&rsquo;Intransigeant<\/em>, et, dans une moindre mesure, <em>Le Gaulois<\/em>, <em>L&rsquo;\u00c9cho de Paris<\/em> et <em>Le Petit parisien<\/em>, sont convaincus de la culpabilit\u00e9 de Dreyfus, ou que son innocence importe peu devant l&rsquo;imp\u00e9ratif d&rsquo;unit\u00e9 et de d\u00e9fense nationales.<\/p>\n<p>Mais toute la presse n&rsquo;est pas nationaliste. <em>La Revue blanche<\/em> cr\u00e9\u00e9e en 1891 et qui dispara\u00eet en 1903 est &#8211; apr\u00e8s le premier cercle des d\u00e9fenseurs de Dreyfus constitu\u00e9 par son fr\u00e8re Mathieu, leur ami le journaliste-\u00e9crivain Bernard Lazare et le d\u00e9put\u00e9 Joseph Reinach &#8211; le premier foyer de protestation apr\u00e8s la condamnation de 1894. Cette revue litt\u00e9raire, cr\u00e9\u00e9e par les Fr\u00e8res Natanson, a comme collaborateurs Lucien Herr, Zola, Anatole France, L\u00e9on Blum, Tristan Bernard, Octave Mirbeau, Jules Renard, Andr\u00e9 Gide, Proust, Apollinaire, etc., ainsi que les peintres Manet, Vuillard&#8230; Son secr\u00e9taire de r\u00e9daction est l&rsquo;anarchiste F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on.<br \/>\n<br \/>Plus tard, <em>Le Figaro<\/em> et <em>L&rsquo;Aurore<\/em> prennent la d\u00e9fense de Dreyfus en ouvrant leurs colonnes \u00e0 la plume de Zola, <em>Le Figaro<\/em> avec mesure, <em>L&rsquo;Aurore<\/em> avec d\u00e9mesure.<\/p>\n<p>Aussi \u00e9tonnant que cela paraisse maintenant, la majorit\u00e9 des Juifs (qui sont alors 80 000 en France et repr\u00e9sentent dix pour cent des officiers de l&rsquo;arm\u00e9e) et des socialistes demeurent longtemps indiff\u00e9rents sinon antidreyfusards. Les premiers ne souhaitent ni torpiller leur int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ni \u00eatre accus\u00e9s d&rsquo;esprit partisan. Les seconds, comme on le verra plus bas avec Jaur\u00e8s et P\u00e9guy et ainsi que Blum l&rsquo;explique dans <em>Souvenirs de l&rsquo;Affaire<\/em>, ne banniront l&rsquo;antis\u00e9mitisme du credo socialiste que courant 1898. Lorsque Anatole France donne la parole \u00e0 un socialiste dans <em>Monsieur Bergeret \u00e0 Paris<\/em>, on l&rsquo;entend dire <em>Citoyens, tenez-vous tranquilles. Les bourgeois intellectuels<\/em> [sous-entendu les Lazare, Scheurer-Kestner, Zola, etc.] <em>ne sont pas moins bourgeois que les bourgeois militaires. Laissez les capitalistes se manger le nez. Croisez-vous les bras, et regardez venir les antis\u00e9mites. [&#8230;] quand il s&rsquo;agira de proc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;expropriation des capitalistes, je ne vois pas d&rsquo;inconv\u00e9nient \u00e0 commencer par les Juifs.<\/em><\/p>\n<p>Partons \u00e0 la d\u00e9couverte du Paris dreyfusard et antidreyfusard. Nous y rencontrerons peut-\u00eatre, au passage, Jean Santeuil, Jean Barois, Monsieur Bergeret, Zola et quelques-uns de ses h\u00e9ros.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;affaire Dreyfus correspond aussi, en effet, \u00e0 une crise du capitalisme dont l&rsquo;\u00e9crivain d\u00e9crit les rouages dans <em>L&rsquo;Argent<\/em> (1891) &#8211; passionnante le\u00e7on de choses sur la sp\u00e9culation boursi\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re balade nous emm\u00e8ne dans l&rsquo;Ouest parisien sur les pas de personnages r\u00e9els ou fictifs qui gravitent autour de l&rsquo;Affaire.<\/p>\n<p><strong>DU PARC DES PRINCES AUX ALENTOURS DES CHAMPS-\u00c9LYS\u00c9ES<\/strong><\/p>\n<p>1)\tLe 26 f\u00e9vrier 1898, un duel oppose \u00c9douard Drumont \u00e0 Georges Clemenceau au <strong>parc des Princes<\/strong>. <em>J&rsquo;Accuse<\/em>, encore frais dans les esprits, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans <em>L&rsquo;Aurore<\/em>, dirig\u00e9e par Ernest Vaughan et Clemenceau. Le proc\u00e8s de Zola vient de se terminer. Drumont a cherch\u00e9 la provocation. Dans un article de la <em>Libre parole<\/em> que Bernanos cite dans <em>La grande peur des bien-pensants<\/em>, il a parl\u00e9 de Clemenceau en ces termes : Vomi par vos \u00e9lecteurs et redevenu journaliste, vous vous \u00eates fait le d\u00e9fenseur du tra\u00eetre Dreyfus. Vous \u00eates un mis\u00e9rable, \u00e9videmment, mais dans votre genre, vous avez au moins le m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre complet. L&rsquo;arme choisie est le pistolet, et les deux hommes se ratent (Drumont est myope).<\/p>\n<p>2)\tUn peu plus au nord et cinq ans plus t\u00f4t, les \u00e9diteurs Fasquelle et Charpentier f\u00eatent le 21 juin 1893 la fin des <em>Rougon-Macquart<\/em> (dont le vingti\u00e8me et dernier volume, Le Docteur Pascal, est achev\u00e9 par Zola le 15 mai) en organisant un grand banquet <strong>au Chalet des Iles du Bois de Boulogne<\/strong>. Deux cents \u00e9crivains et artistes sont pr\u00e9sents. Fasquelle est un familier de la Bourse et a renseign\u00e9 Zola sur ses m\u00e9canismes lorsqu&rsquo;il a con\u00e7u <em>L&rsquo;Argent<\/em>.<\/p>\n<p>3)\tMaurice Barr\u00e8s s&rsquo;installe en 1896 dans un h\u00f4tel du <strong>boulevard Maillot<\/strong> \u00e0 Neuilly. Il re\u00e7oit en d\u00e9cembre 1897 la visite de L\u00e9on Blum qui, comme ce dernier le raconte dans <em>Souvenirs de l&rsquo;Affaire<\/em>, esp\u00e8re obtenir de Barr\u00e8s son ralliement \u00e0 la cause de Dreyfus.<\/p>\n<p>4)\tAnatole France habite <strong>5 villa Sa\u00efd (72 avenue Foch)<\/strong> \u00e0 partir de 1893. L&rsquo;avenue Foch est aussi l&rsquo;adresse du fils ingrat d&rsquo;Aristide Rougon dit Saccard, h\u00e9ros balzacien de <em>L&rsquo;Argent<\/em>. <\/p>\n<p>5)\tAnna de Noailles, fille de la princesse de Brancovan et \u00e9pouse du comte de Noailles, d\u00e9c\u00e8de <strong>40 rue Scheffer<\/strong> en 1933. Barr\u00e8s fait sa connaissance en 1899. Cette rencontre adoucit son antidreyfusisme pendant un temps. Anna, vingt-trois ans, est en effet belle comme une comtesse (elle l&rsquo;est), et dreyfusarde. Barr\u00e8s tombe sous le charme &#8211; comme d&rsquo;autres, parmi lesquels Marcel Proust. Elle a \u00e9galement habit\u00e9 <strong>34 avenue Hoche<\/strong>. Sa chambre est reconstitu\u00e9e au mus\u00e9e Carnavalet.<\/p>\n<p>6)\tLa maison de Clemenceau se trouve <strong>8 rue Franklin<\/strong> (aujourd&rsquo;hui mus\u00e9e Clemenceau). Il vit ici entre 1895 et sa mort en 1929, dans un appartement de quatre pi\u00e8ces au rez-de-chauss\u00e9e. <\/p>\n<p>7)\tDreyfus demeure <strong>6 avenue du Trocad\u00e9ro<\/strong> (aujourd&rsquo;hui avenue du Pr\u00e9sident Wilson) lorsqu&rsquo;il est invit\u00e9 le 15 octobre 1894 \u00e0 se rendre au minist\u00e8re de la Guerre, rue Saint-Dominique, pour, lui dit-on, une inspection de routine. Il ne retrouvera son domicile que cinq ans plus tard.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1756\" aria-describedby=\"caption-attachment-1756\" style=\"width: 320px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1756\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_caillavet2.jpg\" alt=\"12 avenue Hoche.\" title=\"12 avenue Hoche.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"320\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_caillavet2.jpg 320w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_caillavet2-231x300.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 320px) 94vw, 320px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1756\" class=\"wp-caption-text\">12 avenue Hoche.<\/figcaption><\/figure>\n<p>8)\tMme de Caillavet habite <strong>12 avenue Hoche<\/strong> (alors avenue de la Reine-Hortense) et accueille des dreyfusards dans son salon renomm\u00e9, parmi lesquels son grand ami Anatole France, Joseph Reinach (soupirant moins chanceux), Marcel Proust, Clemenceau, Jaur\u00e8s. Les antidreyfusards comme Maurras et Jules Lema\u00eetre s&rsquo;en chassent eux-m\u00eames. <\/p>\n<p>9)\tSignalons que le domicile d&rsquo;un ardent dreyfusard, Ludovic Trarieux, se trouve <strong>4 rue de Logelbach<\/strong>. Il est un des fondateurs de la Ligue des droits de l&rsquo;homme en f\u00e9vrier 1898, juste apr\u00e8s le premier proc\u00e8s Zola. Il d\u00e9c\u00e8de ici en 1904 et s&rsquo;est sans doute retourn\u00e9 dans sa tombe lorsque la rue adjacente a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e en m\u00e9moire d&rsquo;Henri Rochefort.<\/p>\n<p>10)\tMaurice Barr\u00e8s habite <strong>12 rue Georges Berger<\/strong> en 1890-91.<\/p>\n<p>11)\tLe salon de Mme de Loynes &#8211; sorte d&rsquo;antichambre de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise &#8211; accueille des antidreyfusards. Fille d&rsquo;une employ\u00e9e en textile, elle a crois\u00e9 sur sa route Napol\u00e9on III, Alexandre Dumas fils et Sainte-Beuve. Sa demeure, situ\u00e9e rue de l&rsquo;Arcade puis <strong>avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/strong>, s&rsquo;ouvre chaque apr\u00e8s-midi aux Daudet, Flaubert, Maupassant, France, Rochefort, Barr\u00e8s, etc., et \u00e0 son amant Jules Lema\u00eetre, associ\u00e9 avec Barr\u00e8s \u00e0 la cr\u00e9ation de la Ligue de la Patrie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>12)\tPanizzardi, l&rsquo;attach\u00e9 militaire de l&rsquo;ambassade d&rsquo;Italie, habite <strong>52 rue du Colis\u00e9e<\/strong>. Il lui arrive d&rsquo;utiliser le bureau de poste de la rue Montaigne pour exp\u00e9dier \u00e0 ses sup\u00e9rieurs \u00e0 Rome des d\u00e9p\u00eaches chiffr\u00e9es.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1757\" aria-describedby=\"caption-attachment-1757\" style=\"width: 280px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1757\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_panizzardi.jpg\" alt=\"52 rue du Colis\u00e9e.\" title=\"52 rue du Colis\u00e9e.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"280\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_panizzardi.jpg 280w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/08\/jpg_panizzardi-233x300.jpg 233w\" sizes=\"(max-width: 280px) 94vw, 280px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1757\" class=\"wp-caption-text\">52 rue du Colis\u00e9e.<\/figcaption><\/figure>\n<p>13)\tSuite aux r\u00e9v\u00e9lations de la presse le 31 octobre, un conseil de cabinet se tient le 1er novembre 1894 au <strong>minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur, place Beauvau<\/strong>. Le g\u00e9n\u00e9ral Mercier anime la r\u00e9union. Apr\u00e8s le scandale lanc\u00e9 par les journaux antis\u00e9mites, il n&rsquo;est plus possible de rel\u00e2cher Dreyfus.<\/p>\n<p>14) Le\t<strong>27 rue de la Bienfaisance<\/strong> est l&rsquo;adresse du commandant Esterhazy, \u00e0 laquelle lui est adress\u00e9 le \u00ab\u00a0petit bleu\u00a0\u00bb par Schwartzkoppen en mars 1896.<\/p>\n<p>15)\tProust, qui pr\u00e9tend avoir emport\u00e9 la signature d&rsquo;Anatole France dans une p\u00e9tition et ralli\u00e9 ainsi l&rsquo;acad\u00e9micien \u00e0 la cause de la r\u00e9vision, engage dans ce combat la revue Le Banquet qu&rsquo;il a fond\u00e9e avec des anciens du lyc\u00e9e Condorcet : Fernand Gregh, Daniel Hal\u00e9vy, Jacques Bizet&#8230; Cette \u00e9quipe se retrouve r\u00e9guli\u00e8rement dans le salon dreyfusard de Mme Straus (veuve de Georges Bizet et m\u00e8re de Jacques) <strong>104 rue de Miromesnil<\/strong>, et con\u00e7oit ici la premi\u00e8re p\u00e9tition lanc\u00e9e dans <em>L&rsquo;Aurore<\/em> au lendemain du proc\u00e8s Zola.<\/p>\n<p>16)\tMarcel Proust vit avec ses parents <strong>9 boulevard Malesherbes<\/strong> entre 1873 et 1900.  Avec la Premi\u00e8re guerre mondiale, l&rsquo;Affaire est l&rsquo;arri\u00e8re-plan histoire de <em>\u00c0 la Recherche du temps perdu<\/em>, dont le narrateur est dreyfusard. Elle appara\u00eet en particulier dans <em>Le C\u00f4t\u00e9 de Guermantes<\/em> et <em>Sodome et Gomorrhe<\/em>. Comme France, Zola ou Martin du Gard, la fiction permet \u00e0 Proust de laisser exprimer par diff\u00e9rentes voix divers sentiments sur les \u00e9v\u00e9nements, et de laisser ces derniers imprimer leur marque sur l&rsquo;\u00e9volution des personnages, sans que l&rsquo;on sache toujours bien si les opinions sont inspir\u00e9es par le snobisme ou par de r\u00e9elles convictions. Swann est dreyfusard. Le duc de Guermantes passe du camp dreyfusard au camp antidreyfusard. Le Prince, son cousin, ne supporte pas que son neveu Saint-Loup soit dreyfusard et devient lui aussi dreyfusard par respect de la v\u00e9rit\u00e9. Sa femme l&rsquo;est aussi, en se cachant de son mari. Les Verdurin suivent cette m\u00eame \u00e9volution.<\/p>\n<p>Voir aussi <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/02\/2e-balade-litteraire-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/\">478<\/a> et <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/09\/3e-balade-litteraire-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/\">474<\/a>.<\/p>\n<p>Autres sites :<br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.savoirs.ens.fr\/savoir-et-engagement\">www.savoirs.ens.fr\/savoir-et-engagement<\/a>.<br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/dreyfus.mahj.org\">http:\/\/dreyfus.mahj.org<\/a><br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.dreyfus.culture.fr\/fr\/\">www.dreyfus.culture.fr\/fr\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zola vient d&rsquo;achever la fresque des Rougon-Macquart lorsque se d\u00e9clenche l&rsquo;affaire Dreyfus. 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