{"id":478,"date":"2005-09-02T22:09:52","date_gmt":"2005-09-02T20:09:52","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/02\/2e-balade-litteraire-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/"},"modified":"2021-06-25T20:29:16","modified_gmt":"2021-06-25T18:29:16","slug":"2e-balade-litteraire-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/02\/2e-balade-litteraire-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/","title":{"rendered":"2e balade litt\u00e9raire sur les pas de Dreyfus et Zola \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p>(Suite de <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/08\/19\/1ere-balade-sur-les-pas-de-dreyfus-et-zola-a-paris\/\">435<\/a>).<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire Dreyfus d\u00e9bute en octobre 1894 avec l&rsquo;arrestation de Dreyfus et s&rsquo;ach\u00e8ve en 1906 avec sa r\u00e9habilitation, que ne verra pas Zola puisqu&rsquo;il d\u00e9c\u00e8de en 1902.<\/p>\n<p><strong>Acte 1 : 1894-1895, la condamnation de Dreyfus<\/strong><br \/>\n<br \/>Un \u00ab bordereau \u00bb est donc r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en septembre 1894 \u00e0 l&rsquo;ambassade d&rsquo;Allemagne par Marie Bastian, une femme de m\u00e9nage qui travaille pour la Section de statistiques[[Au long de sa carri\u00e8re, elle permet l&rsquo;arrestation d&rsquo;une trentaine d&rsquo;espions travaillant pour l&rsquo;Allemagne ! Au sein du Service de renseignement, seul Henry conna\u00eet alors son identit\u00e9. Ils se rencontrent le soir dans l&rsquo;\u00e9glise Sainte-Clotilde. Henry trie ce qu&rsquo;elle lui transmet et remet \u00e0 son coll\u00e8gue Lauth ce qui est \u00e9crit en langue \u00e9trang\u00e8re. Lorsque Picquart prend la t\u00eate du service d\u00e9but 1896, il demande \u00e0 recevoir en premier les documents r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par Marie Bastian, mais Henry ne change rien au circuit.]]. Elle vide chaque soir la poubelle de Schwartzkoppen et transmet les contenus int\u00e9ressants au commandant Henry (en fait, mais c&rsquo;est un d\u00e9tail, le bordereau semble avoir \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 directement du casier de Schwartzkoppen dans la loge du concierge de l&rsquo;ambassade, sans que l&rsquo;attach\u00e9 militaire n&rsquo;en ait donc pris connaissance ; il est en effet probable qu&rsquo;un attach\u00e9 militaire archiverait ou transmettrait rapidement \u00e0 son propre \u00e9tat-major un tel document, plut\u00f4t que le transformer en morceaux).<br \/>\n<br \/>Un document incriminant \u00ab ce canaille de D. \u00bb, adress\u00e9 par Schwartzkoppen \u00e0 Panizzardi, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 auparavant (selon toute vraisemblance, il date de 1892 et concerne un espion travaillant au service cartographique de l&rsquo;arm\u00e9e, nomm\u00e9 ou surnomm\u00e9 Dubois. Mais pour l&rsquo;\u00e9tat-major plus tard, cette initiale d\u00e9signe clairement Dreyfus).<br \/>\n<br \/>Ce bordereau de septembre est adress\u00e9 \u00e0 Schwarzkoppen et contient des informations concernant la D\u00e9fense nationale. Il aurait \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 Henry d\u00e9but septembre, et Henry ne le transmet \u00e0 ses sup\u00e9rieurs qu&rsquo;\u00e0 la fin du mois (et qui plus est, sans reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9criture de son ami Esterhazy ; d\u00e9j\u00e0, les myst\u00e8res s&rsquo;accumulent). Les premiers \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;enqu\u00eate dirigent les soup\u00e7ons vers le capitaine Dreyfus \u00e0 partir du 6 octobre. Ce dernier est convoqu\u00e9 au minist\u00e8re le 15 octobre et enferm\u00e9 \u00e0 la prison du Cherche-Midi l&rsquo;apr\u00e8s-midi m\u00eame (une cellule lui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e !). Le Commandant du Paty de Clam, qui m\u00e8ne l&rsquo;enqu\u00eate, estime le 29 octobre qu&rsquo;aucune preuve certaine ne montre la culpabilit\u00e9 de Dreyfus. Les expertises graphologiques sont en effet contradictoires, m\u00eame si une analyse men\u00e9e par le c\u00e9l\u00e8bre Alphonse Bertillon (antis\u00e9mite) a affirm\u00e9 le 13 octobre que l&rsquo;\u00e9criture de Dreyfus \u00e9tait celle du bordereau[[Bertillon est meilleur anthropom\u00e9treur que graphologue et ses diff\u00e9rentes th\u00e9ories sur le bordereau &#8211; et plus tard le \u00ab petit bleu \u00bb &#8211; provoqueront des \u00e9clats de rire dans les rangs de l&rsquo;arm\u00e9e comme chez les dreyfusards.]]. Du Paty conseille d&rsquo;arr\u00eater les poursuites contre Dreyfus. Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, souhaite lui aussi \u00e9touffer l&rsquo;affaire &#8211; il serait g\u00ean\u00e9 de devoir expliquer publiquement comment les services fran\u00e7ais se sont procur\u00e9s le \u00ab bordereau \u00bb \u00e0 l&rsquo;ambassade d&rsquo;Allemagne.<br \/>\n<br \/><em>La Libre parole<\/em> et d&rsquo;autres journaux auraient d\u00fb \u00eatre jug\u00e9s dans l&rsquo;affaire Dreyfus. <em>L&rsquo;\u00c9clair<\/em> annonce d\u00e8s le 31 octobre l&rsquo;arrestation d&rsquo;un officier. <em>La Patrie<\/em> pr\u00e9cise aussit\u00f4t que l&rsquo;officier est isra\u00e9lite et rattach\u00e9 au minist\u00e8re de la guerre. <em>Le Soir<\/em> du 31 octobre (dat\u00e9 du 1er novembre) r\u00e9v\u00e8le le nom de Dreyfus. Renseign\u00e9e directement par Henry (elle le sera bient\u00f4t par Esterhazy), <em>La Libre parole<\/em> (dont l&rsquo;antis\u00e9mitisme est le fonds de commerce depuis sa cr\u00e9ation en 1892) titre le 1er novembre <em>Haute trahison. Arrestation de l&rsquo;officier juif A. Dreyfus<\/em>. D&rsquo;autres journaux (<em>Le Matin, La Croix, L&rsquo;Intransigeant, L&rsquo;\u00c9cho de Paris<\/em>, etc.), emport\u00e9s par la course au \u00ab scoop \u00bb, reprennent aussit\u00f4t ces propos.<br \/>\n<br \/>Le g\u00e9n\u00e9ral Mercier et l&rsquo;\u00e9tat-major ne peuvent plus reculer, sous peine d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre \u00ab vendus aux Juifs \u00bb. Pour enfoncer le clou, Mercier fait constituer par la Section de statistique un \u00ab dossier secret \u00bb (ce n&rsquo;est que le premier !) contre Dreyfus.<br \/>\n<br \/>Celui-ci est jug\u00e9 \u00e0 huis clos entre le 19 et le 22 d\u00e9cembre. Le commandant Henry t\u00e9moigne contre lui. Le \u00ab dossier secret \u00bb est remis au dernier moment aux juges. La d\u00e9fense n&rsquo;y a pas acc\u00e8s ; il ne peut soi disant pas \u00eatre divulgu\u00e9, au risque d&rsquo;une guerre avec l&rsquo;Allemagne (alors que l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Allemagne, qui sait Dreyfus innocent, a demand\u00e9 officiellement que le proc\u00e8s soit public).<br \/>\n<br \/>Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation \u00e0 vie. Quelques semaines plus tard, il embarque \u00e0 bord du Ville de Saint-Nazaire, destination l&rsquo;Ile du Diable en Guyane fran\u00e7aise. L&rsquo;attendent une minuscule cabane et un jardin qui n&rsquo;est gu\u00e8re plus vaste. Le ministre refuse que sa femme le rejoigne.<\/p>\n<p><strong>Acte 2 : 1896, les premiers doutes.<\/strong><br \/>\n<br \/>Retournement de situation un an plus tard : en mars 1896, un agent de la Section de statistiques r\u00e9cup\u00e8re in extremis dans un bureau de poste un courrier (le \u00ab petit bleu \u00bb &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire un t\u00e9l\u00e9gramme non encore envoy\u00e9) adress\u00e9 par Schwartzkoppen au commandant Esterhazy, 27 rue de la Bienfaisance[[Une autre version est que Schwartzkoppen, renon\u00e7ant au dernier moment \u00e0 l&rsquo;envoyer, l&rsquo;aurait d\u00e9chir\u00e9 et jet\u00e9 dans sa corbeille.]]. \u00c9tonnante imprudence des Allemands, qui se savent pourtant espionn\u00e9s ! Schwartzkoppen y exprime par \u00e9crit le souhait de rompre les relations avec Esterhazy, qu&rsquo;il trouve peu performant comme espion. Le lieutenant-colonel Picquart vient d&rsquo;acc\u00e9der au poste de chef de la Section de statistiques en remplacement du colonel Sandherr, atteint d&rsquo;une paralysie progressive et qui d\u00e9c\u00e8de en 1897. Le document arrive directement entre ses mains \u00e0 un moment o\u00f9 Henry, qui r\u00e9ceptionne et trie habituellement ce genre de documents, s&rsquo;est absent\u00e9 de Paris pour des raisons familiales. Picquart est intrigu\u00e9 que les services allemands communiquent ainsi avec un officier fran\u00e7ais. Grande est sa surprise lorsqu&rsquo;il constate que l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Esterhazy ressemble \u00e0 celle du bordereau de 1894 ! Picquart consulte le \u00ab dossier secret \u00bb de d\u00e9cembre 1894 et y trouve surtout&#8230; du vide.<br \/>\n<br \/>Le g\u00e9n\u00e9ral Gonse et le g\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre, ses chefs, refusent bien s\u00fbr de le suivre. En octobre 1896, Picquart est \u00e9loign\u00e9 de Paris (envoy\u00e9 dans l&rsquo;Est de la France, puis en Tunisie en janvier 1897, il sera de retour \u00e0 Paris en novembre). Gonse &#8211; sans doute sur le conseil de Henry, qui succ\u00e8de \u00e0 Picquart \u00e0 la t\u00eate de la Section de statistique en janvier 1897 &#8211; lui a accord\u00e9 une promotion, que Picquart a accept\u00e9e tout en \u00e9tant conscient qu&rsquo;on chercher \u00e0 le faire taire. Entre-temps, <em>L&rsquo;\u00c9clair<\/em> a \u00e9voqu\u00e9 le \u00ab dossier secret \u00bb dans un article le 14 septembre. Son objectif \u00e9tait de nuire \u00e0 Dreyfus. Cette r\u00e9v\u00e9lation met au contraire en \u00e9vidence l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 du proc\u00e8s.<br \/>\n<br \/>Mme Dreyfus demande aux d\u00e9put\u00e9s que celui-ci soit r\u00e9vis\u00e9 pour ill\u00e9galit\u00e9 dans la proc\u00e9dure.<br \/>\n<br \/>Henry, ne craignant pas d&rsquo;en rajouter dans les faux, adresse le 2 novembre 1896 \u00e0 ses sup\u00e9rieurs un document soi disant trouv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ambassade d&rsquo;Allemagne &#8211; qu&rsquo;il a en r\u00e9alit\u00e9 forg\u00e9 lui-m\u00eame -, sign\u00e9 par Panizzardi et accusant nomm\u00e9ment Dreyfus[[C&rsquo;est le \u00ab faux Henry \u00bb.]]. Le Journal publie par ailleurs le document mentionnant \u00ab ce canaille de D \u00bb, transmis par Henry. Bernard Lazare fait para\u00eetre le 6 novembre \u00e0 Bruxelles un texte intitul\u00e9 Une erreur judiciaire : la v\u00e9rit\u00e9 sur l&rsquo;affaire Dreyfus. <em>Le Matin<\/em> reproduit \u00e0 son tour, le 10 novembre, le \u00ab bordereau \u00bb que son directeur Bunau-Varilla tient d&rsquo;un des experts au proc\u00e8s. L&rsquo;Affaire sort de l&rsquo;ombre. Lorsqu&rsquo;il voit le fac-simil\u00e9 du bordereau, un banquier nomm\u00e9 de Castro reconna\u00eet dans cette \u00e9criture celle d&rsquo;un client, Esterhazy. Il en informe Mathieu Dreyfus qui commande des expertises. \u00c0 la lecture du Matin, une autre personne est tr\u00e8s surprise de reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Esterhazy : Schwartzkoppen.<br \/>\n<br \/>De son c\u00f4t\u00e9, Zola, qui a d\u00e9laiss\u00e9 le journalisme depuis 1881, reprend la plume en d\u00e9cembre 1896 pour <em>Le Figaro<\/em>, d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;antis\u00e9mitisme ambiant. Lazare le rencontre fin 1896, mais Zola n&rsquo;a pas encore d&rsquo;id\u00e9e ni de position affirm\u00e9e sur la condamnation de Dreyfus.<\/p>\n<p><strong>Acte 3 : Zola aux c\u00f4t\u00e9s des dreyfusards.<\/strong><br \/>\n<br \/>En juin 1897, Picquart est de passage \u00e0 Paris depuis son exil tunisien. Il est inquiet car une maladresse \u00e9pistolaire de Henry lui fait croire que l&rsquo;\u00e9tat-major est mont\u00e9 contre lui (Picquart). Sous le sceau du secret, il fait part de sa conviction de l&rsquo;innocence de Dreyfus \u00e0 un ami, l&rsquo;avocat Leblois. Leblois le r\u00e9p\u00e8te &#8211; dans les m\u00eames conditions &#8211; \u00e0 Scheurer-Kestner, s\u00e9nateur (protestant) et vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat. Ce dernier ne rend pas publiques ces confidences mais est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mener campagne pour la r\u00e9vision du proc\u00e8s. Il ne peut que confirmer \u00e0 Mathieu Dreyfus, qui lui transmet les r\u00e9sultats d&rsquo;expertises d&rsquo;\u00e9criture, qu&rsquo;Esterhazy est bien m\u00eal\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affaire. Zola est convi\u00e9 le 13 novembre \u00e0 une r\u00e9union chez Scheurer-Kestner pour organiser une campagne via <em>Le Figaro<\/em>. Ce dernier demande la r\u00e9vision du proc\u00e8s dans une lettre ouverte publi\u00e9e le 14 novembre par Le Temps. Le 16, Mathieu Dreyfus r\u00e9v\u00e8le dans <em>Le Figaro<\/em> qu&rsquo;Esterhazy est l&rsquo;auteur du bordereau. Zola y publie le 25 un premier article intitul\u00e9 <em>M. Scheurer-Kestner<\/em>. Il y \u00e9crit aussi <em>Le Syndicat<\/em>[[Les antidreyfusards accusent leurs opposants d&rsquo;\u00eatre manipul\u00e9s par un \u00ab syndicat \u00bb juif qui complote contre la France.]] le 1er d\u00e9cembre et <em>Proc\u00e8s-verbal<\/em> le 5. Une campagne de d\u00e9sabonnements le pousse \u00e0 interrompre sa collaboration.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;\u00e9tat-major et Henry composent de nouvelles pi\u00e8ces fausses (de fausses lettres de Dreyfus \u00e0 Guillaume II, la photographie d&rsquo;un faux document portant des notes de celui-ci&#8230;). Se m\u00e9fiant d&rsquo;Esterhazy, ils lui proposent un march\u00e9[[L&rsquo;arm\u00e9e s&rsquo;ach\u00e8terait les bons services d&rsquo;un homme qui s&rsquo;est vendu contre elle ? Nous verrons que la th\u00e8se de Jean Doise r\u00e9pond \u00e0 cette question.]]. Du Paty de Clam, Henry et un autre officier rencontrent Esterhazy au parc Montsouris le 23 octobre 1897. Une seconde entrevue secr\u00e8te a lieu pr\u00e8s du pont Alexandre III quelques jours apr\u00e8s, entre Esterhazy et une myst\u00e9rieuse \u00ab femme voil\u00e9e \u00bb. On garantit \u00e0 Esterhazy, s&rsquo;il ob\u00e9it, la couverture de l&rsquo;\u00e9tat-major. Du Paty dicte \u00e0 Esterhazy un faux document du minist\u00e8re de la Guerre, qui accable encore une fois Dreyfus. Par les bons soins d&rsquo;Esterhazy et de Henry, tout cela est transmis \u00e0 la presse. <\/p>\n<p>Les 10 et 11 janvier 1898, Esterhazy est jug\u00e9 \u00e0 huis clos et imm\u00e9diatement innocent\u00e9. Sa condamnation aurait signifi\u00e9 la r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus. Picquart est accus\u00e9 le m\u00eame jour d&rsquo;avoir forg\u00e9 le \u00ab petit bleu \u00bb et enferm\u00e9 au Mont-Val\u00e9rien, condamn\u00e9 le 13 \u00e0 soixante jours de forteresse.<\/p>\n<p><strong>Acte 4 : 13 janvier 1898, J&rsquo;Accuse et les deux proc\u00e8s de Zola<\/strong><br \/>\n<br \/>Le 13 janvier, alors que le moral des troupes dreyfusardes est au plus bas, Zola publie J&rsquo;Accuse dans L&rsquo;Aurore. Les voix l\u00e9gales semblant \u00e9puis\u00e9es, il ose la provocation. Il s&rsquo;adresse \u00e0 F\u00e9lix Faure, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique oppos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9vision. Son intention est d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9 de diffamation, afin qu&rsquo;un proc\u00e8s enfin public juge l&rsquo;affaire Dreyfus sur le fond. Il obtient gain de cause, sauf que les charges retenues contre lui ne concernent que ses accusations visant le Conseil de guerre qui a innocent\u00e9 Esterhazy. Ainsi, l&rsquo;affaire Dreyfus ne doit pas \u00eatre abord\u00e9e au proc\u00e8s Zola qui se d\u00e9roule du 7 au 23 f\u00e9vrier au Palais de justice (la d\u00e9fense n&rsquo;est pas autoris\u00e9e \u00e0 le faire, mais l&rsquo;accusation ne s&rsquo;en prive pas, produisant entre autre le \u00ab faux Henry \u00bb). Zola est condamn\u00e9 ; Barr\u00e8s exulte ; le Conseil de l&rsquo;Ordre des avocats interdit \u00e0 Leblois d&rsquo;exercer pendant six mois ; une proc\u00e9dure de r\u00e9forme est entam\u00e9e contre Picquart. Un duel oppose Georges Clemenceau \u00e0 Drumont, et un autre Picquart \u00e0 Henry (qui est bless\u00e9). Mais Picquart refuse la provocation d&rsquo;Esterhazy, car il veut laisser ce coupable \u00e0 la justice.<br \/>\n<br \/>Zola s&rsquo;est pourvu pour vice de forme devant la cour de cassation, qui annule le 2 avril l&rsquo;arr\u00eat de la cour d&rsquo;assise, sur le fait que c&rsquo;est le Conseil de guerre et non le ministre qui devait l&rsquo;assigner en justice. Un second proc\u00e8s d\u00e9bute le 23 mai \u00e0 Versailles. Sur le conseil des avocats Labori et Albert Clemenceau, Zola s&rsquo;exile \u00e0 Londres avant la fin des audiences, afin, esp\u00e8re-t-il, que le jugement par contumace lui permette de demander d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 \u00e0 nouveau.<br \/>\n<br \/>Il est condamn\u00e9 une seconde fois, le 18 juillet, \u00e0 un an de prison et trois mille francs d&rsquo;amende. Il est suspendu le 26 de l&rsquo;ordre de la L\u00e9gion d&rsquo;honneur.<\/p>\n<p><strong>Acte 5 : de la d\u00e9couverte du \u00ab faux Henry \u00bb en ao\u00fbt 1898 \u00e0 la r\u00e9habilitation<\/strong><br \/>\n<br \/><em>J&rsquo;Accuse<\/em>, le proc\u00e8s et la condamnation de Zola d\u00e9clenchent la politisation de l&rsquo;Affaire &#8211; les socialistes reniant peu apr\u00e8s l&rsquo;antis\u00e9mitisme &#8211; et la fracture de la soci\u00e9t\u00e9 en deux parti(e)s : les dreyfusards, convaincus de l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 du proc\u00e8s de 1894 et\/ou de l&rsquo;innocence du capitaine, et les antidreyfusards, convaincus du contraire.<br \/>\n<br \/>Le nouveau ministre des arm\u00e9es, Godefroy Cavaignac, veut clore d\u00e9finitivement l&rsquo;Affaire. Il prononce un discours \u00e0 la Chambre le 7 juillet 1898 d\u00e9butant par Oui, Dreyfus est coupable ! et donnant lecture du \u00ab faux Henry \u00bb. Picquart, pour avoir propos\u00e9 au pr\u00e9sident du Conseil le 8 juillet (Le Temps en fait \u00e9cho le 9) de d\u00e9montrer que le \u00ab faux Henry \u00bb \u00e9tait un faux, retourne en prison pour onze mois. L&rsquo;\u00e9tat-major prend enfin conscience que cette pi\u00e8ce est un montage lorsqu&rsquo;un officier (Cuignet) la replace dans son dossier le 13 ao\u00fbt. Interrog\u00e9 le 30, Henry se suicide le 31. Le 3 septembre, Cavaignac d\u00e9missionne et le gouvernement est entra\u00een\u00e9 dans sa chute. C&rsquo;est \u00e0 ce moment, encore plus qu&rsquo;au lendemain de <em>J&rsquo;Accuse<\/em>, qu&rsquo;une partie de l&rsquo;opinion commence vraiment \u00e0 douter de la culpabilit\u00e9 de Dreyfus.<br \/>\n<br \/>La Cour de Cassation accepte en octobre 1898 de recevoir la demande de r\u00e9vision du proc\u00e8s de  d\u00e9cembre 1894. Le 3 juin 1899, elle d\u00e9clare la r\u00e9vision possible. Zola regagne la France le 5.<br \/>\n<br \/>Un nouveau proc\u00e8s de Dreyfus a lieu au Conseil de guerre de Rennes en ao\u00fbt et septembre 1899. C&rsquo;est la \u00ab r\u00e9vision \u00bb tant demand\u00e9e. Labori, qui d\u00e9fend Dreyfus pendant les premiers jours, re\u00e7oit une balle dans le dos le 14 ao\u00fbt. Contre toute attente, Dreyfus est reconnu coupable, avec \u00ab circonstances att\u00e9nuantes \u00bb[[Obtenues gr\u00e2ce au colonel Jouaust, qui pr\u00e9side le conseil de guerre et est convaincu de l&rsquo;innocence de Dreyfus.]], et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de prison. L&rsquo;incoh\u00e9rence de ce jugement est balay\u00e9e le 19 septembre par la gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle accord\u00e9e par \u00c9mile Loubet, pouss\u00e9 en coulisse par le pr\u00e9sident du Conseil, Waldeck-Rousseau. Dreyfus est libre.<br \/>\n<br \/>Une amnistie vise en 1900 tous les faits li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Affaire, dont la condamnation de Zola. Trois ans plus tard, Dreyfus obtient la r\u00e9vision du proc\u00e8s de Rennes, qui est cass\u00e9 en juillet 1906. Il est ainsi r\u00e9habilit\u00e9, puis r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e comme chef d&rsquo;escadron. Picquart est nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de brigade et, en 1906, ministre de la Guerre dans le cabinet de Clemenceau (il d\u00e9c\u00e8de d&rsquo;une chute de cheval en 1914 \u00e0 soixante ans). Ceux qui ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s de vouloir d\u00e9shonorer l&rsquo;\u00e9tat-major en ont pris la t\u00eate, et Clemenceau m\u00e8nera en 1918 l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 la victoire.<br \/>\n<br \/>Zola est transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on en 1908.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire Dreyfus produit directement ou indirectement une r\u00e9organisation des services secrets, une mainmise plus forte du pouvoir politique sur le fonctionnement de l&rsquo;arm\u00e9e, la naissance de la Ligue des droits de l&rsquo;homme en f\u00e9vrier 1898 et celle de l&rsquo;Action fran\u00e7aise en 1899, ainsi que la scission entre l&rsquo;\u00c9glise et \u00c9tat en 1901, elle-m\u00eame fruit de la rupture, au sein des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, entre ceux de gauche, qui s&rsquo;allient aux radicaux et aux socialistes et prennent le pouvoir sous le nom de \u00ab Bloc des gauches \u00bb, et les autres.<\/p>\n<hr \/>\n<p>DE L&rsquo;\u00c9COLE MILITAIRE AU PALAIS DE JUSTICE<\/p>\n<p>Cette balade pourrait s&rsquo;intituler \u00ab de l&rsquo;humiliation \u00e0 la r\u00e9habilitation \u00bb, puisqu&rsquo;elle nous m\u00e8ne de l&rsquo;\u00c9cole militaire, o\u00f9 Dreyfus est d\u00e9grad\u00e9 publiquement le 5 janvier 1895, au Palais de justice, dont la Cour de cassation casse en juin 1899 le jugement de d\u00e9cembre 1894, et en juillet 1906 le jugement de Rennes de septembre 1899.<\/p>\n<p>1)\tDreyfus est d\u00e9grad\u00e9 publiquement le 5 janvier 1895 dans <strong>la cour Morland de l&rsquo;\u00c9cole militaire<\/strong>. Puis il est conduit au D\u00e9p\u00f4t de la Pr\u00e9fecture de police et \u00e0 la prison de la Sant\u00e9. Il est ensuite incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, avant de partir, le 21 f\u00e9vrier, pour l&rsquo;\u00eele du Diable. Onze ans plus tard, les insignes de chevalier de la L\u00e9gion d&rsquo;honneur lui sont remis le 21 juillet 1906 ici m\u00eame, quelques jours apr\u00e8s sa r\u00e9habilitation. Une plaque en sa m\u00e9moire figure depuis le 2 f\u00e9vrier 1998 dans la cour, portant ces mots : Hommage \u00e0 Alfred Dreyfus (1859-1935). Dans cette enceinte, le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus \u00e9tait d\u00e9grad\u00e9 pour un crime de haute trahison qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas commis. Dans ce lieu, le 21 juillet 1906, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e et promu au grade sup\u00e9rieur, le chef d&rsquo;escadron Alfred Dreyfus \u00e9tait fait chevalier de la l\u00e9gion d&rsquo;honneur. \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche, et rien ne l&rsquo;arr\u00eatera.\u00a0\u00bb \u00c9mile Zola. C&rsquo;est \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole militaire &#8211; dans son man\u00e8ge &#8211; que Henry et Picquart s&rsquo;affrontent en duel apr\u00e8s le premier proc\u00e8s Zola.<\/p>\n<p>2)\tLa Chambre des d\u00e9put\u00e9s (<strong>126 rue de l&rsquo;Universit\u00e9 ou  33 quai d&rsquo;Orsay<\/strong>) est le th\u00e9\u00e2tre de quelques rebondissements li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Affaire. Le 22 janvier 1898, Jaur\u00e8s, remu\u00e9 par le J&rsquo;Accuse, pouss\u00e9 par P\u00e9guy et les jeunes socialistes, adopte enfin une position claire devant les d\u00e9put\u00e9s. Il pousse les socialistes \u00e0 choisir le camp dreyfusard. Il t\u00e9moigne quelques jours plus tard en faveur de Zola. Dans le camp oppos\u00e9, Drumont est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en Alg\u00e9rie aux \u00e9lections de mai 1898. Pour la premi\u00e8re fois, un groupe parlementaire antis\u00e9mite est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e. Enfin, c&rsquo;est ici que le nouveau ministre de la Guerre, Cavaignac, prononce son discours inconscient du 7 juillet 1898, pr\u00e9sentant des documents qui veulent prouver d\u00e9finitivement la culpabilit\u00e9 de Dreyfus et qui &#8211; mais il l&rsquo;ignore &#8211; ne sont que des faux. <\/p>\n<p>3)\tLe minist\u00e8re de la Guerre se trouve <strong>231 boulevard Saint Germain<\/strong>. C&rsquo;est l\u00e0 que Dreyfus effectue des stages \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;arm\u00e9e : au 1er bureau de janvier \u00e0 juillet 1893, puis au 4e jusqu&rsquo;\u00e0 janvier 1894, puis au 2e jusqu&rsquo;\u00e0 juillet 1894 et enfin au 3e de juillet \u00e0 octobre 1894. C&rsquo;est aussi au minist\u00e8re de la Guerre que Dreyfus est convoqu\u00e9 le matin du 15 octobre 1894. Il est introduit dans le bureau du g\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre, o\u00f9 le commandant du Paty de Clam (cousin de Boisdeffre et se pr\u00e9tendant comp\u00e9tent en graphologie) lui fait subir un \u00e9trange exercice d&rsquo;\u00e9criture afin de comparer son \u00e9criture avec celle du \u00ab bordereau \u00bb d\u00e9couvert en septembre.<\/p>\n<p>4)\tLe <strong>31 rue de Bellechasse<\/strong> est la r\u00e9sidence d&rsquo;Alphonse Daudet entre 1885 et mi-ao\u00fbt 1897. Il d\u00e9c\u00e8de le 16 d\u00e9cembre 41 rue de l&rsquo;Universit\u00e9. Ses fun\u00e9railles le 20 donnent lieu \u00e0 un surprenant spectacle : derri\u00e8re le corbillard qui avance vers le cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise, deux amis de Daudet s\u00e9par\u00e9s par la haine : \u00c9douard Drumont et \u00c9mile Zola.<\/p>\n<p>5)\t\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Affaire, l&rsquo;ambassade d&rsquo;Allemagne est h\u00e9berg\u00e9e dans l&rsquo;h\u00f4tel Beauharnais, <strong>78 rue de Lille<\/strong>. Malgr\u00e9 les consignes de l&rsquo;ambassadeur, M\u00fcnster, qui d\u00e9sire r\u00e9duire les activit\u00e9s d&rsquo;espionnage suite \u00e0 quelques remous diplomatiques, Schwartzkoppen r\u00e9pond positivement &#8211; et sans en informer son ambassadeur &#8211; \u00e0 l&rsquo;offre d&rsquo;Esterhazy de lui transmettre des documents secrets. L&rsquo;ambassade est chauff\u00e9e de fa\u00e7on moderne, ce qui explique l&rsquo;absence de po\u00eales dans les bureaux, et le fait qu&rsquo;un document confidentiel comme le \u00ab bordereau \u00bb atterrit dans une corbeille et non au milieu des flammes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1788\" aria-describedby=\"caption-attachment-1788\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1788\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/09\/jpg_ambassadeal2.jpg\" alt=\"78 rue de Lille.\" title=\"78 rue de Lille.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"400\" height=\"285\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/09\/jpg_ambassadeal2.jpg 400w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/09\/jpg_ambassadeal2-300x214.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 94vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1788\" class=\"wp-caption-text\">78 rue de Lille.<\/figcaption><\/figure>\n<p>6)\tAnatole France habite <strong>9 quai Voltaire<\/strong> entre 1853 et 1866. Sa maison natale (1844) se trouve <strong>19 quai Malaquais<\/strong>. Sa famille vit au 1er \u00e9tage du n\u00b0<strong>15 du quai Malaquais<\/strong> entre 1844 et 1853, parfois dans la g\u00eane. En 1898, il signe une p\u00e9tition en faveur de Dreyfus. Ami de Barr\u00e8s et de Maurras, rien ne le d\u00e9signe comme devant \u00eatre le seul acad\u00e9micien (il l&rsquo;est depuis 1896) du camp dreyfusard. Lorsqu&rsquo;il commence en 1895 le cycle romanesque de l&rsquo;<em>Histoire contemporaine<\/em>, il fait de Worms-Clavelin, son pr\u00e9fet juif, un \u00eatre moyennement sympathique. Dans <em>L&rsquo;Anneau d&rsquo;am\u00e9thyste<\/em> et <em>Monsieur Bergeret \u00e0 Paris<\/em>, les deux derniers opus de la fresque, M. Bergeret exprime avec sa petite voix des convictions qui ont cependant toujours \u00e9t\u00e9 celles de France : une \u00ab foi rationaliste \u00bb, une suspicion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du pouvoir de l&rsquo;\u00c9glise, de l&rsquo;arm\u00e9e et un refus de l&rsquo;antis\u00e9mitisme. Les ennemis de France le surnomment \u00ab Anatole Prusse \u00bb. Il t\u00e9moigne en faveur de Zola lors de son proc\u00e8s et, malgr\u00e9 sa timidit\u00e9, participe \u00e0 partir de 1898 \u00e0 des meetings dreyfusards et \u00e0 des \u00ab universit\u00e9s populaires \u00bb. Il est en effet essentiel pour lui que le peuple comprenne son pass\u00e9 et son pr\u00e9sent, principales conditions, aux yeux de France, de la r\u00e9ussite d&rsquo;un avenir personnel et collectif.<\/p>\n<p>7)\tAu 4e \u00e9tage du <strong>99 bis rue Jacob<\/strong> (qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9) se situe l&rsquo;appartement de Jean Barois \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1890 et le premier si\u00e8ge du journal <em>Le Semeur<\/em>, avant que ce dernier n&#8217;emm\u00e9nage rue de l&rsquo;Universit\u00e9. Barois, libre penseur et esprit rationaliste, engage son journal dans la bataille pour dreyfus.<\/p>\n<p>8)\tDreyfus est enferm\u00e9 dans la prison militaire du Cherche Midi, <strong>38 rue du Cherche-Midi<\/strong>, le 15 octobre 1894 apr\u00e8s-midi. Esterhazy est jug\u00e9 \u00e0 huis clos le 10 janvier 1898 au Conseil de guerre, juste en face, \u00e0 l&rsquo;angle avec la rue du Regard (le Conseil de guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli en 1907). On vient de d\u00e9couvrir publiquement que son \u00e9criture est celle du bordereau. L&rsquo;\u00e9tat-major va chercher loin son explication pour l&rsquo;innocenter : l&rsquo;auteur du bordereau a imit\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Esterhazy pour l&rsquo;accuser. C&rsquo;est donc qu&rsquo;Esterhazy est innocent ! Le g\u00e9n\u00e9ral de Pellieux m\u00e8ne les d\u00e9bats et, malgr\u00e9 les d\u00e9positions de Mathieu Dreyfus et Scheurer-Kestner, Picquart, etc., Esterhazy est acquitt\u00e9 et Picquart arr\u00eat\u00e9 et conduit au Mont-Val\u00e9rien. Le grand espoir des dreyfusards de voir le proc\u00e8s de 1894 r\u00e9vis\u00e9 s&rsquo;effondre. La prison du Cherche-Midi a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite en 1964. La Maison des sciences de l&rsquo;homme lui a succ\u00e9d\u00e9. Face au n\u00b035 de la rue, une plaque dans le sol rappelle l&rsquo;existence de la prison et de Dreyfus.<\/p>\n<p>9)\tDans les derni\u00e8res ann\u00e9es du XIXe si\u00e8cle, Jean Jaur\u00e8s habite <strong>rue Madame<\/strong>, puis, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1914, dans une maison Villa de la Tour, dans le 16e arrondissement.<\/p>\n<p>10)\tScheurer-Kestner, vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat (<strong>15 rue de Vaugirard<\/strong>) depuis 1895, est convaincu deux ans plus tard de l&rsquo;innocence de Dreyfus par l&rsquo;avocat Leblois. Celui-ci, fils de l&rsquo;un de ses amis, a recueilli les r\u00e9v\u00e9lations de Picquart. Scheurer-Kestner ose alors demander publiquement la r\u00e9vision du proc\u00e8s. Il tente sans succ\u00e8s de convaincre ses confr\u00e8res s\u00e9nateurs en d\u00e9cembre 1897 et n&rsquo;est pas reconduit \u00e0 la vice-pr\u00e9sidence en janvier 1898. Il meurt par accident le 19 septembre 1899, le jour m\u00eame de la gr\u00e2ce de Dreyfus.<\/p>\n<p>11)\tQuand <em>J&rsquo;Accuse<\/em> sort, L\u00e9on Blum, jeune mari\u00e9, habite 36 rue du Luxembourg (actuelle rue Guynemer). <em>J&rsquo;ignorais jusqu&rsquo;alors que mon marchand de journaux f\u00fbt dreyfusard, [&#8230;], mais je me rappelle parfaitement le matin d&rsquo;hiver o\u00f9 le p\u00e8re Granet, frappant du dehors \u00e0 mon volet, me r\u00e9veilla en s&rsquo;\u00e9criant :<\/em> \u00ab\u00a0Vite, monsieur, lisez \u00e7a&#8230; c&rsquo;est un article de Zola dans L&rsquo;Aurore\u00a0\u00bb[[<em>Souvenirs sur l&rsquo;Affaire<\/em>.]].<\/p>\n<p>12)\tD\u00e9barquant de Lorraine, Maurice Barr\u00e8s emm\u00e9nage en 1884 au 3e \u00e9tage du <strong>76 rue Notre-Dame-des-Champs<\/strong>. L&rsquo;affaire Dreyfus durcit son nationalisme. Il participe \u00e0 la fondation de la ligue de la Patrie fran\u00e7aise en 1898. \u00c0 cette m\u00eame adresse habite Romain Rolland entre 1892 et 1901.<\/p>\n<p>13)\tBlum fait la connaissance de Jaur\u00e8s chez Lucien Herr, <strong>rue du Val-de-Gr\u00e2ce<\/strong>. <\/p>\n<p>14)\tL&rsquo;\u00c9cole normale, <strong>45 rue d&rsquo;Ulm<\/strong>, est l&rsquo;antre de Lucien Herr qui en est son biblioth\u00e9caire entre 1888 et 1926. C&rsquo;est lui qui gagne Jean Jaur\u00e8s \u00e0 la cause dreyfusarde. Herr lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 convaincu de l&rsquo;innocence de Dreyfus par son ami L\u00e9vy-Bruhl, parent de Dreyfus. Herr est \u00e9galement secr\u00e9taire de r\u00e9daction de la Revue de Paris (cr\u00e9\u00e9e en 1894 et qui publie Daudet, Barr\u00e8s, France, Bourget, Goncourt, Taine, Renan, etc. ainsi que des auteurs \u00e9trangers, de Tolsto\u00ef \u00e0 Wells). Il est aussi l&rsquo;un des fondateurs en 1898 de la Ligue pour la d\u00e9fense des droits de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>15)\tPour le sociologue \u00c9mile Durkheim, qui habite <strong>rue Saint-Jacques<\/strong>, la vie commune n&rsquo;est possible que si des int\u00e9r\u00eats communs sont sup\u00e9rieurs aux int\u00e9r\u00eats individuels. Mais ces int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs doivent veiller particuli\u00e8rement aux droits de la personne et \u00e0 la justice. Durkheim est donc favorable \u00e0 la r\u00e9vision du proc\u00e8s Dreyfus d\u00e8s 1898.<\/p>\n<p>16)\tLes cendres de Zola sont transf\u00e9r\u00e9es au <strong>Panth\u00e9on<\/strong> le 5 juin 1908. Un nationaliste blesse alors Dreyfus de deux coups de revolver.<\/p>\n<p>17)\tP\u00e9guy et Lucien Herr fondent <strong>17 rue Cujas<\/strong> la librairie-maison d&rsquo;\u00e9dition Bellais en mai 1898. C&rsquo;est, dit Blum, le quartier g\u00e9n\u00e9ral du dreyfusisme au Quartier latin.<\/p>\n<p>18)\tLe 5 janvier 1900, dans le premier num\u00e9ro des <em>Cahiers de la Quinzaine<\/em> bas\u00e9s <strong>16 puis 8 rue de la Sorbonne<\/strong>, Charles P\u00e9guy d\u00e9crit la liesse de la journ\u00e9e du 19 novembre 1899 organis\u00e9e par les socialistes pour f\u00eater la libert\u00e9 de Dreyfus et le triomphe de la R\u00e9publique sur le nationalisme.<\/p>\n<p>19)\tDans la fiction, Monsieur Bergeret est professeur en litt\u00e9rature latine \u00e0 la Sorbonne. L&rsquo;affaire Dreyfus transforme son indulgence d\u00e9sabus\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la nature humaine en vigilance critique. Autre h\u00e9ros de passage \u00e0 la Sorbonne : Jean Barois, qui y \u00e9tudie les sciences naturelles. <\/p>\n<p>20)\tBarois \u00e9tudie aussi quelque temps \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole de M\u00e9decine, <strong>rue de l&rsquo;\u00e9cole de M\u00e9decine<\/strong>.<\/p>\n<p>21)\tM. Bergeret vit quelques ann\u00e9es de son enfance <strong>rue des Grands-Augustins<\/strong>, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1850. Lorsqu&rsquo;il redevient parisien pendant l&rsquo;affaire Dreyfus, il s&rsquo;installe au second \u00e9tage d&rsquo;une maison rue de Seine avec sa s&#339;ur et sa fille.<\/p>\n<p>22)\tLe <strong>10 quai des Orf\u00e8vres<\/strong> (ainsi que le 3 rue Mornay et le 18 quai des C\u00e9lestins) est une adresse du fumiste Henri Buronfosse, qui aurait bouch\u00e9, intentionnellement ou par erreur, la chemin\u00e9e des Zola dans leur domicile rue de Bruxelles, causant la mort de l&rsquo;\u00e9crivain dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902. Buronfosse appartient \u00e0 la Ligue des patriotes fond\u00e9e par D\u00e9roul\u00e8de en 1882. Une bombe avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9samorc\u00e9e sous le porche des Zola en juillet 1901.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1694\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/04\/jpg_palais.jpg\" alt=\"palais.jpg\" align=\"center\" width=\"410\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p>23)\tLe premier proc\u00e8s de Zola se d\u00e9roule en quinze audiences entre le 7 et le 23 f\u00e9vrier au Palais de justice, <strong>4 boulevard du Palais<\/strong>. Il est d\u00e9fendu par Fernand Labori (38 ans)  et L&rsquo;Aurore par Albert Clemenceau, fr\u00e8re de Georges. D&rsquo;autres avocats les conseillent : L\u00e9on Blum, Mathieu Dreyfus, Reinach, Leblois, Ludovic Trarieux. Des bagarres ont lieu chaque jour devant le Palais. Zola entre et sort par une porte d\u00e9rob\u00e9e donnant sur le quai des Orf\u00e8vres. Accompagn\u00e9 par Octave Mirbeau et d&rsquo;autres solides amis, il varie chaque jour son itin\u00e9raire jusqu&rsquo;\u00e0 son domicile de la rue de Bruxelles, o\u00f9 des manifestants l&rsquo;attendent pour crier sous ses fen\u00eatres. Henri Rochefort chauffe tous les jours les esprits dans L&rsquo;Intransigeant. La presse divulgue les adresses des jur\u00e9s qui re\u00e7oivent des menaces \u00e0 leur domicile. Dans la salle d&rsquo;audience, des militaires en civil organisent le chahut. Sont pr\u00e9sents \u00e9galement (mais dans la fiction) Jean Santeuil, Jean Barois et ses coll\u00e8gues du <em>Semeur<\/em>. Dans son roman, Martin du Gard cite de longs extraits des comptes-rendus des d\u00e9bats et en particulier de la surprenante journ\u00e9e du 17 f\u00e9vrier durant laquelle le g\u00e9n\u00e9ral de Pellieux r\u00e9v\u00e8le en toute bonne foi l&rsquo;existence du \u00ab faux Henri \u00bb (dont l&rsquo;origine n&rsquo;est connue qu&rsquo;en ao\u00fbt suivant) qui met directement en cause Dreyfus. Pour \u00e9viter de produire le document, le g\u00e9n\u00e9ral Gonse (qui conna\u00eet cette origine) fait appeler le g\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre \u00e0 la barre. Celui, devant un auditoire t\u00e9tanis\u00e9 &#8211; comme Proust le d\u00e9crit dans <em>Jean Santeuil<\/em> &#8211; invoque l&rsquo;honneur de l&rsquo;arm\u00e9e et l&rsquo;imp\u00e9ratif de d\u00e9fense nationale. Dans le roman de Martin du Gard, apr\u00e8s une des suspensions d&rsquo;audience, r\u00e9alit\u00e9 et fiction se m\u00ealent \u00e0 la faveur d&rsquo;un mouvement de foule : Zola et Barois trouvent refuge dans un vestiaire et le premier tend la main \u00e0 l&rsquo;autre. La Cour de cassation, au Palais de justice, accepte par ailleurs de recevoir, en octobre 1898, la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s de d\u00e9cembre 1894, proc\u00e8s qu&rsquo;elle casse le 3 juin 1899, conduisant \u00e0 un nouveau proc\u00e8s de Dreyfus qui se d\u00e9roule \u00e0 Rennes en ao\u00fbt-septembre suivants.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Suite de 435). 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