{"id":512,"date":"2005-10-06T09:25:18","date_gmt":"2005-10-06T07:25:18","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/10\/06\/la-chute-de-la-colonne-vendome\/"},"modified":"2005-10-06T09:25:18","modified_gmt":"2005-10-06T07:25:18","slug":"la-chute-de-la-colonne-vendome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/10\/06\/la-chute-de-la-colonne-vendome\/","title":{"rendered":"La chute de la colonne Vend\u00f4me"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Histoire dr\u00f4latique des \u00e9v\u00e9nements du 16 mai 1871.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On va d\u00e9boulonner la colonne\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n                        <strong>Cette chute de la colonne<\/strong><\/p>\n<p>                         <em>par Bernard Vassor<\/em><\/p>\n<p><figure id=\"attachment_1829\" aria-describedby=\"caption-attachment-1829\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1829\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_Pyat.jpg\" alt=\"F\u00e9lix Pyat.\" title=\"F\u00e9lix Pyat.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"300\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_Pyat.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_Pyat-231x300.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1829\" class=\"wp-caption-text\">F\u00e9lix Pyat.<\/figcaption><\/figure><br \/>\n                  C&rsquo;est le <strong>12 avril<\/strong> \u00e0 la s\u00e9ance de minuit que le projet de d\u00e9molition de la colonne Vend\u00f4me fut propos\u00e9 par F\u00e9lix Pyat. Etaient pr\u00e9sents : Augustin Avrial, Camille Langevin, Emile L\u00e9opold Cl\u00e9ment, Jean baptiste Cl\u00e9ment, Beno\u00eet Malon, Blanchet ( Pourille, dit), Albert Theisz, Jules Vall\u00e8s. Les citoyens Jean baptiste Cl\u00e9ment, Langevin et Avrial demandent le rejet du d\u00e9cret (C&rsquo;est une version  reprise par les \u00ab Articles et d\u00e9crets de la Commune \u00bb, mais on sait que comme les comptes rendus des s\u00e9ances du \u00ab Journal Officiel de la Commune \u00bb, \u00e9taient souvent, soit tronqu\u00e9s soit erron\u00e9s, ce qui obligeait les participants \u00e0 r\u00e9clamer des d\u00e9mentis qui n&rsquo;\u00e9taient pas toujours publi\u00e9s. On verra par exemple que le m\u00eame J.B.Cl\u00e9ment dans la s\u00e9ance du 27 avril demandera la destruction \u00ab compl\u00e8te \u00bb de la colonne Vend\u00f4me). Avrial propose la date du 16 avril pour les \u00e9lections compl\u00e9mentaires.<br \/>\n<br \/>Courbet, qui  ne sera \u00e9lu membre de la Commune que le 16 avril utilisera plus tard, pour sa d\u00e9fense cet argument devant le conseil de guerre.<\/p>\n<p>Le mardi 26 flor\u00e9al (16 mai) le journal officiel de la Commune publie : <em>Le citoyen Andr\u00e9 Gill, est nomm\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 comme administrateur provisoire du mus\u00e9e du Luxembourg. Les citoyens Chapuis Jean, sculpteur, et Gluck peintre lui sont adjoints pour l&rsquo;assister dans ses fonctions<\/em>.<br \/>\n<br \/>Sur proposition de la commission f\u00e9d\u00e9rale des artistes, le citoyen Oudinot Achille, architecte et peintre, est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 comme administrateur des mus\u00e9es du Louvre, les citoyens H\u00e9reau Jules, peintre et Dalou, statuaire, lui sont adjoint pour l&rsquo;assister dans ses fonctions secondaires.<\/p>\n<p><strong>Le 16 mai<\/strong><\/p>\n<p>Vers midi une foule de parisiens se dirige vers la place Vend\u00f4me o\u00f9 est pr\u00e9vue \u00e0 14 heures la d\u00e9molition de la colonne, symbole pour certains membres de la Commune, du despotisme , du parjure du 18 brumaire jusqu&rsquo;\u00e0 la honte de Sedan, le tout couronn\u00e9 par deux invasions. Les balcons et les fen\u00eatres des rues de la Paix et de la rue de Castiglione, ainsi que ceux de la place sont occup\u00e9s  par un grand nombre d&rsquo;officiers, d&rsquo;officiels et de curieux. Cependant, les ouvriers travaillent encore sur l&rsquo;\u00e9chafaudage masqu\u00e9 par une toile. Les uns agrandissent l&rsquo;ouverture jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;escalier, assez large pour livrer passage \u00e0 un homme, les autres continuent du c\u00f4t\u00e9 de la rue de Castiglione, \u00e0 scier horizontalement la pierre, en observant une l\u00e9g\u00e8re inclinaison. L&rsquo;entaille repr\u00e9sente un tiers, et la partie sci\u00e9e un autre tiers.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;ing\u00e9nieur Jules Iribe \u00ab Ing\u00e9nieur civil, membre du Club Positiviste de Paris, et agissant en cette qualit\u00e9 \u00bb  s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 par contrat, \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 la destruction de ce monument, le 5 mai, jour anniversaire de la mort de Napol\u00e9on I\u00b0. Il lui avait \u00e9t\u00e9 allou\u00e9 pour ces travaux 28000 francs, avec un d\u00e9dit de 500 francs par jour de retard. L&rsquo;entrepreneur Isma\u00ebl Abadie \u00e9tait charg\u00e9 de diriger les travaux..<br \/>\n<br \/>Des artilleurs barrent la rue de la Paix, et filtrent le public pour laisser circuler sur la place ceux qui sont munis de laissez-passer. La rue Neuve des Petits-Champs est barr\u00e9e par des artilleurs  mont\u00e9s \u00e0 cheval, la carabine au poing, ainsi que  la rue de Castiglione, o\u00f9 des curieux se pressent pour apercevoir une derni\u00e8re fois dans un ciel sans nuage, cette  colonne o\u00f9 un drapeau rouge fix\u00e9 \u00e0 la balustrade, flotte mollement, et masque par moments le visage de l&rsquo;effigie de l&#8217;empereur. Trois cordages attach\u00e9s au sommet pendent en attendant d&rsquo;\u00eatre fix\u00e9s au cabestan.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1830\" aria-describedby=\"caption-attachment-1830\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1830\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_colonneprep.jpg\" alt=\"La pr\u00e9paration de la d\u00e9molition de la colonne.\" title=\"La pr\u00e9paration de la d\u00e9molition de la colonne.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"400\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_colonneprep.jpg 400w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_colonneprep-300x227.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 94vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1830\" class=\"wp-caption-text\">La pr\u00e9paration de la d\u00e9molition de la colonne.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Un lit de fascines, de fumier et de sable a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu dans l&rsquo;axe de la rue de la Paix, pour amortir les vibrations. Les devantures des boutiques sont toutes ferm\u00e9es,  et les fen\u00eatres de la place sont couvertes de bandes de papier collant. Dans la foule de plus en plus dense (environ 20.000 personnes) des rumeurs circulent : <em>La chute, va provoquer l&rsquo;effondrement des \u00e9gouts de l&rsquo;Op\u00e9ra ! La colonne va s&rsquo;\u00e9craser sur les maisons de la place !<\/em><\/p>\n<p>Appuy\u00e9 contre la grille entourant le monument, un jeune commandant d&rsquo;un bataillon de  \u00ab Turcos \u00bb se tient debout v\u00eatu d&rsquo;un pantalon, d&rsquo;un   k\u00e9pi et d&rsquo;une  vareuse rouge sur laquelle  scintillent une triple rang\u00e9e d&rsquo;aiguillettes d&rsquo;or.<br \/>\n<br \/>Sur la place, \u00e0 l&rsquo;heure pr\u00e9vue, la  musique du 190\u00b0 bataillons de la Garde nationale dont les cuivres \u00e9tincellent,  entonne la \u00ab Marseillaise \u00bb ; le \u00ab Chant du D\u00e9part \u00bb est ex\u00e9cut\u00e9 par le 172\u00b0 bataillon. Devant le minist\u00e8re de la justice au num\u00e9ro 10, le g\u00e9n\u00e9ral Bergeret 40 ans  occupe l&rsquo;\u00e9tat -major de  la Garde nationale. Il a \u00e9t\u00e9  charg\u00e9 de l&rsquo;organisation et la direction de tous les services militaires. C&rsquo;est un homme maigre, aux  cheveux noirs, le teint bistr\u00e9, dont la physionomie refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9nergie, ou plut\u00f4t l&rsquo;opini\u00e2tret\u00e9 ; il a \u00e9t\u00e9  d\u00e9sign\u00e9 pour pr\u00e9sider cet \u00e9v\u00e8nement.<\/p>\n<p>Jules Miot 61 ans, maire du XIX \u00b0 arrondissement, l&rsquo;ancien pharmacien, de grande taille avec sa longue barbe blanche, F\u00e9lix Piat 60 ans, d\u00e9guis\u00e9 en dompteur avec deux revolvers \u00e0 la ceinture, Gustave Tridon,  30 ans, fils de parents riches, \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Bonaparte (Condorcet), devenu socialiste \u00e0 Sainte-P\u00e9lagie sous l&rsquo;influence de Blanqui son voisin de cellule,  avocat, \u00e9lu du V\u00b0, le visage p\u00e2le. Gabriel Ranvier, 42 ans peintre sur laque, maire du XX \u00b0, Th\u00e9ophile Ferr\u00e9 24 ans du 152\u00b0  bataillon, \u00e9lu du XVIII \u00b0 arrondissement, tout petit, le nez busqu\u00e9, le visage envahi par une barbe noire, tous ces membres de la Commune  ceints de leur \u00e9charpe rouge \u00e0 glands d&rsquo;or, attendent solennellement le \u00ab d\u00e9boulonnement \u00bb. Georges Cavalier polytechnicien,  ing\u00e9nieur en chef des promenades et jardins dit  \u00ab Pipe en Bois \u00bb, s&rsquo;affaire, allant des hommes de peine en train d&rsquo;\u00e9paissir le lit de sable,  de fascines et de fumier, \u00e0 d&rsquo;autres manouvriers parmi lesquels le \u00ab Pi\u00e9montais \u00bb qui  entourent le cabestan ancr\u00e9 \u00e0 la bouche d&rsquo;\u00e9gout de la rue de la Paix que l&rsquo;on avait omis ou n\u00e9gliger d&rsquo;\u00e9tayer. <\/p>\n<figure id=\"attachment_1831\" aria-describedby=\"caption-attachment-1831\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1831\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_CAVALIER.jpg\" alt=\"Georges Cavalier, dit  \"Pipe en Bois\".\" title=\"Georges Cavalier, dit  \"Pipe en Bois\".\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"300\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_CAVALIER.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_CAVALIER-240x300.jpg 240w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1831\" class=\"wp-caption-text\">Georges Cavalier, dit<\/figcaption><\/figure>\n<p>Georges Cavalier  va et vient sans cesse d&rsquo;un groupe \u00e0 l&rsquo;autre (Edmond de Goncourt note dans son journal qu&rsquo;\u00e0 cet instant, \u00e9tant dans le jardin des Tuileries, <em>dans l&rsquo;all\u00e9e qui regarde la place Vend\u00f4me, des chaises jusqu&rsquo;au milieu du jardin ; et sur ces chaises, des hommes et des femmes qui attendent de voir tomber la colonne de la Grande Arm\u00e9e&#8230; Je m&rsquo;en vais (&#8230;) quand je repasse \u00e0 6 heures dans les tuileries, l\u00e0 o\u00f9 fut le bronze autour duquel s&rsquo;enroulait notre gloire militaire, il y a un vide dans le ciel et le pi\u00e9destal tout pl\u00e2treux montre, \u00e0 la place de ses aigles, quatre loques rouges voletantes<\/em>).Sa ranc\u009cur aurait \u00e9t\u00e9 encore plus grande  si il avait vu son ennemi jur\u00e9 \u00ab Pipe en bois \u00bb superviser les op\u00e9rations de d\u00e9molition.<br \/>\n<br \/>Simon Mayer, chef d&rsquo;\u00e9tat-major commandant  de la place, monte par l&rsquo;escalier int\u00e9rieur sur la plate forme du sommet de la tour pour enlever le drapeau rouge qui y \u00e9tait plant\u00e9. La colonne  avait \u00e9t\u00e9 sci\u00e9e horizontalement au-dessus du pi\u00e9destal, une entaille en biseau avait \u00e9t\u00e9 faite pour faciliter la chute en arri\u00e8re sur le lit de fagots de sable et de fumier. Les ouvriers font tomber les d\u00e9bris de pierres r\u00e9duites en poussi\u00e8re. La toile de l&rsquo;\u00e9chafaudage est enlev\u00e9e. Des dessinateurs prennent des croquis.<\/p>\n<p><strong>15 heures 30<\/strong> :<br \/>\n<br \/>Les ouvriers descendent de l&rsquo;\u00e9chafaudage. On fait \u00e9loigner tout le monde. Chacun se range autour de la place.<br \/>\nGlais-Bizoin c\u00e9dant \u00e0 un mouvement d&rsquo;ardeur juv\u00e9nile se d\u00e9couvre et f\u00e9licite Th\u00e9o Ferr\u00e9 le nouveau d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la police en remplacement de Cournet.<br \/>\n<br \/>La musique joue la \u00ab Marseillaise \u00bb, c&rsquo;est l&rsquo;heure tant attendue. Le silence se fait, la foule retient son souffle, les c\u00e2bles se tendent sous l&rsquo;action du cabestan qui tourne mais soudain, Crac&#8230; la poulie se brise, un homme est bless\u00e9. Les membres de la Commune, l&rsquo;entrepreneur, l&rsquo;ing\u00e9nieur et Georges Cavalier se pr\u00e9cipitent vers le cabestan. Dans la foule des rumeurs de sabotage circulent.<br \/>\n<br \/>Les officiels arriv\u00e9s pr\u00e8s du treuil d\u00e9faillant pressent l&rsquo;entrepreneur de le  remplacer dans l&rsquo;heure qui suit sous peine de poursuites. L&rsquo;ing\u00e9nieur Iribe part chercher une autre poulie. Pendant ce temps sur la place, on d\u00e9place des canons qui \u00e9taient rest\u00e9s autour de la grille et qui risquaient d&rsquo;\u00eatre \u00e9cras\u00e9s, ainsi que la lunette de \u00ab l&rsquo;Astronome \u00bb ; celui-ci  install\u00e9 en permanence sur la place,  racontait moyennant finances \u00e0 l&rsquo;aide de son instrument l&rsquo;histoire du ciel. La lunette de Galil\u00e9e, pendant les pr\u00e9paratifs du chantier, avait servi de cantine aux bataillons charg\u00e9s de surveiller les op\u00e9rations. On enl\u00e8ve \u00e9galement le milieu de la barricade construite en pav\u00e9s Le temps s&rsquo;\u00e9coule, la musique fait patienter la foule, on descend des chaises du minist\u00e8re pour des dames auxquelles des soldats galants offrent des rafra\u00eechissements, les fen\u00eatres et les balcons  se vident des invit\u00e9s de marque et se r\u00e9unissent dans le grand salon, orn\u00e9 d&rsquo;un tableau de Daubigny (membre de la F\u00e9d\u00e9ration des Artistes), <em>La Moisson<\/em>. L&rsquo;avocat Eug\u00e8ne Protot 32 ans, \u00e9lu du XI \u00b0, \u00ab Ministre \u00bb de la justice, pr\u00e9side la r\u00e9ception ou sont convi\u00e9s amis, journalistes et \u00e9lus. Des petits groupes se forment, certains commentent la pr\u00e9diction de Henri Heine trente ans plus t\u00f4t :<br \/>\n\u00ab D\u00e9j\u00e0 une fois, les orages ont arrach\u00e9s du fa\u00eete de la colonne Vend\u00f4me l&rsquo;homme de fer qui pose sur son f\u00fbt et en cas que les socialistes parvinssent au gouvernement, le m\u00eame accident pourrait lui arriver une seconde fois, ou bien m\u00eame la rage d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 radicale serait capable de renverser toute la colonne afin que ce symbole de gloire f\u00fbt enti\u00e8rement ras\u00e9 de la terre. \u00bb<br \/>\n<br \/>A 16 heures, les ouvriers remont\u00e9s sur le pi\u00e9destal augmentent l&rsquo;entaille du f\u00fbt \u00e0 coups de pioche et enfoncent des coins dans la blessure au pied de la colonne. <\/p>\n<p> Des v\u00e9t\u00e9rans racontent qu&rsquo;en 1814  des royalistes, au cours d&rsquo;une manifestation conduite par le marquis Maubreuil d&rsquo;Orvault, avaient tent\u00e9, en s&rsquo;aidant d&rsquo;un cordage fix\u00e9 au sommet de la tour et reli\u00e9 \u00e0 des attelages, de renverser la colonne,  et  avaient  vu la corde c\u00e9der. On fit alors appel au sculpteur Chaudey qui avait ex\u00e9cut\u00e9 la statue du C\u00e9sar Napol\u00e9on ; qui fit scier les pieds de la statue, et la fit descendre \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un treuil. Un ouvrier d\u00e9roba le globe surmont\u00e9 d&rsquo;une \u00ab Victoire Ail\u00e9e \u00bb que l&#8217;empereur tenait dans sa main gauche. Ce vol permit la conservation de cette \u009cuvre, car le reste du monument de Chaudey  fut  fondu et servit \u00e0 la r\u00e9alisation de la statue \u00e9questre d&rsquo;Henri IV sur le  Pont Neuf. La cime  de la colonne  fut orn\u00e9e d&rsquo;un immense drapeau \u00e0 fleurs de lys. L&rsquo;histoire de cette \u00ab Victoire \u00bb ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0&#8230;<br \/>\n<br \/>En 1833 Louis-Philippe, quand il fit refaire une statue par le sculpteur Seure, imposa \u00e0 celui-ci d&rsquo;inclure dans son ouvrage le  globe terrestre surmont\u00e9 de la \u00ab Victoire ail\u00e9e \u00bb (qui avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s chez un receleur) et que C\u00e9sar devait tenir dans sa main droite, ce qui fut fait.<br \/>\n<br \/>Un badaud, goguenard, raconte qu&rsquo;au si\u00e8cle dernier, v\u00e9cut Reine Violet, la petite-fille de la m\u00e8re Roquille tenanci\u00e8re du cabaret borgne du chemin boueux  de l&rsquo;\u00e9gout de la Grande-Pinte, aujourd&rsquo;hui rue de la Chauss\u00e9e d&rsquo;Antin (emplacement de l&rsquo;\u00e9glise de la Trinit\u00e9). Cette jeune fille, crieuse de l&rsquo; \u00ab Ami du Peuple \u00bb, le journal de Marat, voulant se pendre par d\u00e9pit amoureux \u00e0 la statue \u00e9questre de Louis XIV sur cette m\u00eame place,  fut \u00e9cras\u00e9e par la chute du monument qui \u00e9tait mal fix\u00e9 sur son socle. <\/p>\n<figure id=\"attachment_1832\" aria-describedby=\"caption-attachment-1832\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1832\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_COURBET.jpg\" alt=\"Gustave Courbet.\" title=\"Gustave Courbet.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"300\" height=\"476\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_COURBET.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2005\/10\/jpg_COURBET-189x300.jpg 189w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1832\" class=\"wp-caption-text\">Gustave Courbet.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>17 heures 15<\/strong><br \/>\n<br \/>La musique se tait brusquement. Un officier para\u00eet sur la balustrade, enl\u00e8ve le drapeau rouge qu&rsquo;il remplace par un  \u00e9tendard tricolore et le fixe \u00e0 la grille ; les ouvriers quittent l&rsquo;\u00e9chafaudage. Protot et ses invit\u00e9s reprennent place au balcon et pour la seconde fois au signal du clairon les gardes nationaux d\u00e9blayent la place. L&rsquo;officier a disparu. Il descend l&rsquo;escalier. Sous l&rsquo;effort conjugu\u00e9 d&rsquo;une demi-douzaine d&rsquo;hommes,  le cabestan vire, les trois c\u00e2bles se tendent et se rejoignent lentement. Un grand silence se fait. Tant\u00f4t, les regards se portent alternativement sur la partie sci\u00e9e et sur la statue. La foule autour de la place retient son souffle. Un nuage blanc passe et dans sa marche on croit sentir  bouger la colonne.<br \/>\n<br \/>Ceux qui sont sur le balcon du minist\u00e8re voient le monstre fr\u00e9mir, osciller, r\u00e9sister une derni\u00e8re fois, puis s&rsquo;incliner vers la rue de la Paix, se casser dans le ciel en trois morceaux formant un zigzag, et tomber sur le lit de fagots qui, sous l&rsquo;impact, sont \u00e9parpill\u00e9s de part et d&rsquo;autre \u00e0 plus de dix m\u00e8tres. Le bruit sourd  est couvert par une clameur qui jaillit de la foule \u00e9lectris\u00e9e qui lance des :<br \/>\n<em>Vive la R\u00e9publique ! Vive la Commune !<\/em>. Un nuage de poussi\u00e8re obscurcit un instant la place. Ne reste  au milieu que le socle d\u00e9barrass\u00e9 de ses quatre aigles imp\u00e9riales juch\u00e9es au sommet qui avaient \u00e9t\u00e9 sci\u00e9es la veille. Les 76 anneaux de granit recouverts de 354 fines plaques  de bronze sont \u00e0 terre. L&#8217;empereur g\u00eet sur le dos, d\u00e9capit\u00e9. Sa t\u00eate couronn\u00e9e de lauriers a roul\u00e9 sur le sol jusqu&rsquo;au bord du trottoir. Un ouvrier, machinalement la repousse du pied pour la rapprocher du corps mutil\u00e9. Le bras droit s&rsquo;est bris\u00e9 dans la chute. La  boule surmont\u00e9e d&rsquo;une victoire ail\u00e9e (encore elle !), que C\u00e9sar tenait dans sa main droite, s&rsquo;est \u00e9galement d\u00e9tach\u00e9e. Elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e par un anglais qui la ram\u00e8nera dans son pays. Ses descendants en feront don au ch\u00e2teau de la Malmaison o\u00f9 elle se trouve actuellement.<\/p>\n<p>Des badauds rompent le barrage des sentinelles et se pr\u00e9cipitent pour ramasser des troph\u00e9es. La mince pellicule de bronze recouvrant les anneaux de pierre est surveill\u00e9e \u00e9troitement par des Gardes nationaux. Le m\u00e9tal  doit \u00eatre renvoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de la Monnaie pour y \u00eatre fondu. Le drapeau rouge fix\u00e9 par un officier de marine flotte sur le pi\u00e9destal rest\u00e9 debout. L&rsquo;acteur Adolphe l&rsquo;escalade, et le bras tendu vers le ciel, sa tunique de Garde national ouverte sur la poitrine, d\u00e9clame : <em>Je n&rsquo;ai jamais charg\u00e9 qu&rsquo;un \u00eatre de ma haine !  Soit maudit, \u00f4 Napol\u00e9on !<\/em> Mais on ne le laisse pas poursuivre, on veut entendre Bergeret qui fait une  br\u00e8ve intervention. Il est suivi par Miot qui, plus longuement, fait un discours convenu. Apr\u00e8s lui, Ranvier dit exactement la m\u00eame chose. Pendant ce temps, la foule bourdonne autour de la colonne, des groupes posent devant l&rsquo;objectif de Bruno Braquehais, le photographe du boulevard des Capucines.<br \/>\n<br \/>Dans les salons du minist\u00e8re, Gustave Courbet, le visage sombre montre \u00e0 ses amis un monceau de lettres anonymes le mena\u00e7ant de toutes sortes de tourments et lui faisant voir l&rsquo;avenir avec inqui\u00e9tude. Il dira \u00e0 Jules Vall\u00e8s : <em>\u00ab Elle m&rsquo;\u00e9crasera en tombant, vous verrez \u00bb<\/em>.<br \/>\n<br \/>Sur la place, la foule se faisant plus pressante, un peloton d&rsquo;artilleurs \u00e0 cheval arrive au grand trot pour d\u00e9gager la place,  tandis que des musiques aux accents des \u00ab Girondins \u00bb entra\u00eenent un millier de personnes vers l&rsquo;H\u00f4tel de Ville o\u00f9 se sont transport\u00e9s Miot, Champy et Ranvier pour  annoncer que la place Vend\u00f4me s&rsquo;appellera d\u00e9sormais : \u00ab Place Internationale \u00bb.<\/p>\n<p>Emprunts :<br \/>\n<br \/>Louis fiaux ;  Histoire de la guerre civile de 1871 G.Charpentier 1879<br \/>\n<br \/>Jules Claretie ; Histoire de la r\u00e9volution de 1870-1871 ; _ Aux bureaux du journal \u00ab l&rsquo;Eclipse \u00bb Paris 1872<br \/>\n<br \/>Journal Officiel de la Commune r\u00e9impression de 1872<br \/>\n<br \/>Maxime Vuillaume ; Mes cahiers rouges au temps de la Commune ; Babel 1998<br \/>\n<br \/>P.O.Lissagaray ; Histoire de la commune de 1871 ; La D\u00e9couverte Paris 2000<br \/>\n<br \/>Jules Andrieu ; notes pour servir \u00e0 l&rsquo;histoire de la Commune de Paris de 1871 Spartacus Paris Sans date.<br \/>\n<br \/>Georges Cavalier ; Les M\u00e9moires de \u00ab Pipe-En-Bois \u00bb Champ Vallon 1992<br \/>\n<br \/>Archives de la pr\u00e9fecture de police.<br \/>\n<br \/>Archives de Paris (remerciements Christiane Filloles)<br \/>\n<br \/>E. et Jules de Goncourt Journal Tome II ,  Laffont , Paris, 1989<br \/>\n<br \/>William Serman La Commune de Paris, Fayard Paris, 1986<br \/>\n<br \/>Lucien Descaves, Souvenirs d&rsquo;un ours, Les Editions de Paris 1946<br \/>\n<br \/>Jean Maitron (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier,<br \/>\n<br \/>Proc\u00e8s verbaux de la Commune de 1871, T.1., Emile Leroux, Paris 1924<br \/>\n<br \/>Jules Castagnary, notes de Bertrand Tillier, Gustave Courbet et la colonne Vend\u00f4me, Plaidoyer pour un ami mort,  Du L\u00e9rot \u00e9diteur, Tusson, Charente<br \/>\n<br \/>Archives Pierre-Henry Zaidman<br \/>\n<br \/>Archives B.V<br \/>\n<br \/>M\u00e9moire sur les archives de la G.n par Remy Valat<br \/>\n<br \/>Biblioth\u00e9que Jacques Doucet<br \/>\n<br \/>Guide des sources du mouvement communaliste,<br \/>\nCollectif parution 2006<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire dr\u00f4latique des \u00e9v\u00e9nements du 16 mai 1871. \u00ab\u00a0On va d\u00e9boulonner la colonne\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":1829,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[48,29],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=512"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1829"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}