{"id":523,"date":"2005-11-01T16:45:53","date_gmt":"2005-11-01T15:45:53","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/11\/01\/diderot-le-parisien\/"},"modified":"2005-11-01T16:45:53","modified_gmt":"2005-11-01T15:45:53","slug":"diderot-le-parisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/11\/01\/diderot-le-parisien\/","title":{"rendered":"Diderot le Parisien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En 1729, Denis Diderot n&rsquo;a pas 16 ans quand il d\u00e9barque dans la capitale.<br \/>\nSans doute ignore-t-il que jamais ou presque il ne reviendra \u00e0 Langres.<br \/>\nDu &#8220;Procope&#8221; au coll\u00e8ge d&rsquo;Harcourt en passant par ses domiciles successifs,<br \/>\nJean-Christophe Sarrot nous guide dans ses pas.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2>Dans les salons : un \u00abfeu d&rsquo;artifice\u00bb<\/h2>\n<p>Avec son in\u00e9puisable verve et sa vivacit\u00e9 d&rsquo;esprit, Diderot a mis plus d&rsquo;une fois<br \/>\nde l&rsquo;animation dans les salons litt\u00e9raires et philosophiques de la capitale.<br \/>\n<br \/>L&rsquo;historienne Jacqueline Hellegouarc&rsquo;h[[Jacqueline Hellegouarc&rsquo;h est professeur<br \/>\n\u00e9m\u00e9rite d&rsquo;histoire \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de la<br \/>\nSorbonne-Paris IV. Sp\u00e9cialiste des questions<br \/>\nde soci\u00e9t\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle et de<br \/>\nVoltaire, elle est notamment l&rsquo;auteur de<br \/>\n&#8220;L&rsquo;Esprit de soci\u00e9t\u00e9 : Cercles et salons parisiens<br \/>\nau XVIIIe si\u00e8cle&#8221;, publi\u00e9 en 2000 aux<br \/>\n\u00e9ditions Garnier.]] y \u00e9voque son implication,<br \/>\nmais aussi le cadre qui r\u00e9gissait ces rendez-vous<br \/>\n\u00e0 mi-chemin entre divertissement et d\u00e9bat.<\/p>\n<p>Le Journal de la Haute-Marne : Que fait-on<br \/>\ndans les salons litt\u00e9raires et philosophiques<br \/>\nau XVIIIe si\u00e8cle ?<\/p>\n<p>Jacqueline Hellegouarc&rsquo;h : Il ne s&rsquo;agit surtout<br \/>\npas de conf\u00e9rences. On y rassemble des<br \/>\ngens qui ont de l&rsquo;esprit, qui savent parler et<br \/>\nqui savent stimuler les autres. Ce sont des<br \/>\nr\u00e9unions organis\u00e9es \u00e0 jours fixes avec en<br \/>\nprincipe, un d\u00e9jeuner vers 13 h au cours<br \/>\nduquel on discute beaucoup et dont on prolonge<br \/>\nensuite la conversation. Le divertissement<br \/>\ny est aussi tr\u00e8s pr\u00e9sent. On y donne des<br \/>\nconcerts et de petites pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre de<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>JHM : Etre un intellectuel reconnu suffisait-il<br \/>\npour y \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 ?<\/p>\n<p>J. H. : Pour \u00eatre pris\u00e9 dans les salons, il fallait<br \/>\navoir un esprit tr\u00e8s vif et participer au<br \/>\n&#8220;feu roulant&#8221; de la conversation. Cela devait<br \/>\nproduire comme une \u00e9lectricit\u00e9 cr\u00e9ative et<br \/>\nstimulante, destin\u00e9e \u00e0 stimuler les participants<br \/>\net leur permettre de trouver des id\u00e9es<br \/>\nqu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais trouv\u00e9es seuls.<br \/>\nL&rsquo;exercice ne convenait pas \u00e0 tout le monde.<br \/>\nPar exemple \u00e0 Marivaux, qui \u00e9tait jug\u00e9<br \/>\ncomme un peu ennuyeux et guind\u00e9 dans les<br \/>\nsalons.<\/p>\n<p>JHM : Comment expliquez-vous que la plupart<br \/>\ndes salons ont \u00e9t\u00e9 tenus par des<br \/>\nfemmes ?<\/p>\n<p>J. H. : Marmontel raconte dans ses<br \/>\n&#8220;M\u00e9moires&#8221; qu&rsquo;il y avait davantage de d\u00e9licatesse<br \/>\net plus de sentiments dans les salons<br \/>\ntenus par des h\u00f4tesses.<\/p>\n<p>JHM : Comment Diderot se comportait-il<br \/>\ndans les salons parisiens ?<\/p>\n<p>J. H. : Beaucoup de ses contemporains rapportent<br \/>\nque tant qu&rsquo;on n&rsquo;avait pas vu Denis<br \/>\nDiderot en train de converser dans un salon<br \/>\net d&rsquo;y parler avec une animation extraordinaire,<br \/>\non ne pouvait pr\u00e9tendre le conna\u00eetre.<br \/>\n<br \/>\u00abQui n&rsquo;a connu Diderot que dans ses \u00e9crits ne<br \/>\nl&rsquo;a point connu\u00bb, \u00e9crivait l&rsquo;abb\u00e9 Morelet. Dans<br \/>\nses &#8220;M\u00e9moires&#8221;, Marmontel dit de lui que<br \/>\n\u00abtoute son \u00e2me \u00e9tait dans ses yeux et sur ses<br \/>\nl\u00e8vres\u00bb et que \u00abjamais physionomie n&rsquo;a peint<br \/>\naussi bien la bont\u00e9 du c\u009cur\u00bb. Dufort de<br \/>\nCheverny s&rsquo;est dit pour sa part frapp\u00e9 par le<br \/>\n\u00abfeu d&rsquo;artifice\u00bb et la verve \u00abin\u00e9puisable\u00bb de<br \/>\nDiderot durant les salons.<\/p>\n<p>JHM : Quels salons fr\u00e9quentait-il en particulier<br \/>\n?<\/p>\n<p>J. H. : Avant tout ceux tenus par le baron<br \/>\nd&rsquo;Holbach et Helvetius. Il s&rsquo;agissait des<br \/>\nsalons les plus hardis de la capitale, ceux o\u00f9<br \/>\nl&rsquo;on remettait le plus en cause la religion. Des<br \/>\nsalons de philosophes et d&rsquo;id\u00e9ologues.<br \/>\nD&rsquo;Holbach et Helvetius donnaient aussi des<br \/>\nparties de campagne, o\u00f9 l&rsquo;on discutait aussi<br \/>\nde philosophie et o\u00f9 Diderot se rendait beaucoup.<\/p>\n<p>JHM : Avec ses id\u00e9es mat\u00e9rialistes, Diderot<br \/>\n\u00e9tait-il bien re\u00e7u partout ?<\/p>\n<p>J. H. : Mme Geoffrin (qui tint un c\u00e9l\u00e8bre<br \/>\nsalon de 1750 \u00e0 1755, Ndlr) l&rsquo;aimait bien mais<br \/>\n\u00e9vitait de le recevoir, car cela risquait en effet<br \/>\nde compromettre sa r\u00e9putation au point de<br \/>\nvue religieux. Cela n&rsquo;a toutefois pas emp\u00each\u00e9<br \/>\nMme Necker (femme du ministre de Louis<br \/>\nXVI, Ndlr) de beaucoup insister pour que<br \/>\nDiderot vienne \u00e0 son salon, alors m\u00eame qu&rsquo;elle<br \/>\n\u00e9tait de religion protestante.<\/p>\n<p>JHM : Les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires sont-elles<br \/>\nn\u00e9es dans les salons du temps des<br \/>\nLumi\u00e8res ?<\/p>\n<p>J. H. : Except\u00e9s ceux du baron d&rsquo;Holbach et<br \/>\nd&rsquo;Helv\u00e9tius, o\u00f9 l&rsquo;on sapait les id\u00e9es religieuses,<br \/>\nil ne faut pas croire que la<br \/>\nR\u00e9volution s&rsquo;est pr\u00e9par\u00e9e dans les salons<br \/>\nparisiens. En revanche, beaucoup de t\u00e9moignages<br \/>\nlaiss\u00e9s par des \u00e9trangers y ayant pris<br \/>\npart font valoir que ces salons ont perdu en<br \/>\ninsouciance et en gaiet\u00e9 dans les 30 ann\u00e9es<br \/>\nqui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la R\u00e9volution. On n&rsquo;y raconte<br \/>\nplus d&rsquo;aventures galantes. On y discute<br \/>\npolitique et religion.<\/p>\n<h2>Un itin\u00e9raire possible<\/h2>\n<p>Pour fl\u00e2ner dans Paris dans les pas de<br \/>\nDiderot, l&rsquo;id\u00e9al est de se commencer par se<br \/>\nrendre au 149 du boulevard Saint-Germain<br \/>\n(station de m\u00e9tro Saint-Germain des-Pr\u00e9s),<br \/>\nqui occupe l&#8217;emplacement de la maison que<br \/>\nDenis et sa famille ont occup\u00e9e durant 30 ans<br \/>\nrue Tarane. La statue \u00e9rig\u00e9e en 1885 \u00e0 la gloire<br \/>\nde l&rsquo;encyclop\u00e9diste n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 une centaine<br \/>\nde m\u00e8tres de l\u00e0 sur le c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9glise<br \/>\nSaint-Germain, place Jacques-Copeau.<br \/>\n<br \/>Encore quelques minutes le long du boulevard<br \/>\nSaint-Germain et vous voici arriv\u00e9s au<br \/>\ncaf\u00e9 Procope, situ\u00e9 au 13 rue de l&rsquo;Ancienne-<br \/>\nCom\u00e9die. Il est possible d&rsquo;y boire un verre,<br \/>\nvoire de s&rsquo;attabler au Salon Diderot, tout en<br \/>\nadmirant notamment le bureau laiss\u00e9 par<br \/>\nVoltaire. Encore 700 m et appara\u00eet l&#8217;emplacement<br \/>\nde l&rsquo;ancien coll\u00e8ge d&rsquo;Harcourt, au 44 de<br \/>\nl&rsquo;actuel boulevard Saint-Michel. Le 3 rue de<br \/>\nl&rsquo;Estrapade est distant d&rsquo;une dizaine de<br \/>\nminutes \u00e0 pied, direction le Panth\u00e9on.<\/p>\n<p>Une fois parcouru cet &#8220;itin\u00e9raire Diderot&#8221; sur<br \/>\nla rive gauche, l&rsquo;id\u00e9al est de reprendre le<br \/>\nm\u00e9tro \u00e0 la station Monge&#8230; pour le poursuivre<br \/>\nsur la rive droite. Arriv\u00e9 \u00e0 la station<br \/>\nPalais-Royal, vous pouvez directement vous<br \/>\nrendre vers ce dernier pour comme l&rsquo;auteur<br \/>\ndu &#8220;Neveu de Rameau&#8221;, y fl\u00e2ner et contempler<br \/>\nl&rsquo;animation du lieu. L&rsquo;all\u00e9e d&rsquo;Argenson a<br \/>\n\u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e en 1781 par la galerie de Valois.<br \/>\nCeux disposant d&rsquo;un peu plus de temps peuvent<br \/>\naussi faire un crochet par le Louvre et y<br \/>\nretrouver le Salon carr\u00e9 que Louis Le Vau<br \/>\nam\u00e9nagea apr\u00e8s 1661 \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la galerie<br \/>\nd&rsquo;Apollon, rouverte depuis peu au public.<br \/>\nC&rsquo;est l\u00e0 en effet que Diderot vint admirer d\u00e8s<br \/>\n1753 les tableaux que les membres de<br \/>\nl&rsquo;Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture<br \/>\ny accrochaient tous les deux ans et qui lui<br \/>\ninspireront neuf Salons et autant de d\u00e9bats<br \/>\nsur l&rsquo;art.<\/p>\n<p>Le 39 de la rue de Richelieu, o\u00f9 mourut<br \/>\nDiderot, est tout pr\u00eat du Palais-Royal, tout<br \/>\ncomme le 8 rue des Moulins, o\u00f9 subsiste en<br \/>\npartie la fa\u00e7ade de l&rsquo;h\u00f4tel particulier du<br \/>\nbaron d&rsquo;Holbach. De l\u00e0, il suffit de traverser<br \/>\nl&rsquo;avenue de l&rsquo;Op\u00e9ra pour rejoindre l&rsquo;\u00e9glise<br \/>\nSaint-Roch et le 296 de la rue Saint-Honor\u00e9.<\/p>\n<h2>1729-1741 : les ann\u00e9es boh\u00e8me<\/h2>\n<p>Denis Diderot n&rsquo;a pas encore 16 ans lorsqu&rsquo;il quitte Langres et son domicile familial pour Paris. Tonsur\u00e9 depuis trois ans, il se destine<br \/>\n\u00e0 la cl\u00e9ricature et s&rsquo;assoit sur les bancs du<br \/>\ncoll\u00e8ge d&rsquo;Harcourt. En plein Quartier latin, il<br \/>\ny \u00e9tudie la philosophie et les sciences durant<br \/>\ntrois ans, puis obtient son titre de bachelier<br \/>\nen th\u00e9ologie \u00e0 la Sorbonne. Nous sommes en<br \/>\n1736. Denis se d\u00e9tourne pourtant de la carri\u00e8re<br \/>\neccl\u00e9siastique \u00e0 laquelle il semblait<br \/>\npromis et se tourne vers le droit. Le procureur<br \/>\nCl\u00e9ment de Ris, Langrois d&rsquo;origine lui<br \/>\naussi, le prend comme clerc. Las, cette robel\u00e0<br \/>\nne sied pas davantage \u00e0 l&rsquo;a\u00een\u00e9 des Diderot.<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;aime l&rsquo;\u00e9tude ; je suis fort heureux, fort<br \/>\ncontent : je ne demande pas autre chose\u00bb, lui<br \/>\nfera dire sa fille dans ses m\u00e9moires. Le p\u00e8re<br \/>\nde Denis, lui, n&rsquo;est gu\u00e8re de cet avis et coupe<br \/>\nles vivres en 1737. Tour \u00e0 tour pr\u00e9cepteur,<br \/>\njournaliste, r\u00e9dacteur de sermons pour des<br \/>\npr\u00eatres, \u00e9crivain public et traducteur d&rsquo;anglais,<br \/>\nson fils saute d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;un savoir \u00e0 l&rsquo;autre.<br \/>\nO\u00f9 Denis a-t-il trouv\u00e9 chambres et galetas<br \/>\ndurant tout ce temps ? Difficile de le savoir,<br \/>\nl&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 n&rsquo;ayant rien \u00e9crit ou presque sur<br \/>\nses treize premi\u00e8res ann\u00e9es parisiennes. De<br \/>\nsurcro\u00eet, \u00abla num\u00e9rotation des rues n&rsquo;a d\u00e9but\u00e9<br \/>\ndans la capitale qu&rsquo;en 1805\u00bb, note Jean-<br \/>\nChristophe Sarrot, qui pr\u00e9side l&rsquo;association<br \/>\nTerres d&rsquo;\u00e9crivains, et a sign\u00e9 deux ouvrages<br \/>\nde balades litt\u00e9raires dans Paris. Toujours<br \/>\nest-il que Diderot multiplie toutefois les<br \/>\nadresses dans le quartier de l&rsquo;\u00e9glise Saint-<br \/>\nGermain &#8211; devant le couvent des Cordeliers,<br \/>\nrue de l&rsquo;Observance (devenue rue Antoine-<br \/>\nDubois), au coin des rues Saint-Jacques et de<br \/>\nla Parcheminerie -. Durant quelques mois de<br \/>\n1741, le voil\u00e0 qui loge rue du Vieux-<br \/>\nColombier, avant d&rsquo;occuper une mis\u00e9rable<br \/>\nchambre de la rue des Deux-Ponts, cette fois<br \/>\ndans l&rsquo;\u00eele Saint-Louis.<\/p>\n<h2>1742-1749 : premi\u00e8res \u009cuvres<\/h2>\n<p>Il faut attendre 1742 pour voir Denis Diderot<br \/>\nd\u00e9finitivement renoncer \u00e0 la th\u00e9ologie. Cette<br \/>\nann\u00e9e-l\u00e0, il publie son premier po\u00e8me et traduit<br \/>\nen fran\u00e7ais l&rsquo;&#8220;Histoire de Gr\u00e8ce&#8221;, de<br \/>\nl&rsquo;Anglais Temple Stanyan. L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;avant, il<br \/>\ns&rsquo;est \u00e9pris d&rsquo;Anne-Antoinette Champion, qui<br \/>\nvit avec sa m\u00e8re rue Boutebrie, en plein<br \/>\nQuartier latin.<br \/>\n<br \/>Apr\u00e8s avoir \u00e9chou\u00e9 dans sa tentative pour<br \/>\nobtenir l&rsquo;accord de son p\u00e8re en vue du mariage,<br \/>\nDenis Diderot \u00e9pouse clandestinement<br \/>\ncette ling\u00e8re fin 1743, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise Saint-Pierreaux-<br \/>\nB\u009cufs (situ\u00e9e dans l&rsquo;\u00cele de la Cit\u00e9 et<br \/>\nd\u00e9truite au XIXe si\u00e8cle). Le couple emm\u00e9nage<br \/>\nrue Saint-Victor, \u00e0 deux pas de la place<br \/>\nMaubert.<\/p>\n<p>Denis continue de survivre \u00e0 coup de traductions<br \/>\nd&rsquo;ouvrages anglais. Qu&rsquo;il soit sans le<br \/>\nsou ou presque ne l&#8217;emp\u00eache pas de fr\u00e9quenter<br \/>\nles caf\u00e9s de la capitale. Celui de la<br \/>\nR\u00e9gence par exemple, \u00e0 l&rsquo;angle de la rue<br \/>\nSaint-Honor\u00e9 et de la place du Palais-Royal et<br \/>\ndont il d\u00e9crira les parties d&rsquo;\u00e9checs dans Le<br \/>\nneveu de Rameau. Egalement le Procope,<br \/>\nhaut lieu des Lumi\u00e8res mais o\u00f9 contrairement<br \/>\n\u00e0 Voltaire, \u00abil semble que Diderot et<br \/>\nRousseau n&rsquo;y sont pas tant venus que cela\u00bb,<br \/>\nnuance Jean-Christophe Sarrot. Il arrivera<br \/>\nn\u00e9anmoins aux encyclop\u00e9distes de s&rsquo;y<br \/>\nretrouver, ainsi qu&rsquo;au caf\u00e9 Landelle, rue de<br \/>\nBuci.<\/p>\n<p>Le couple Diderot demeure bient\u00f4t rue de<br \/>\nl&rsquo;Estrapade, \u00e0 faible distance de l&rsquo;actuelle<br \/>\nplace du Panth\u00e9on. C&rsquo;est l\u00e0, au second \u00e9tage<br \/>\ndu n\u00b0 3, \u00abque le pouvoir royal a fait arr\u00eater<br \/>\nDenis en 1749 et saisir ses manuscrits apr\u00e8s<br \/>\nqu&rsquo;il ait publi\u00e9 la &#8220;Lettre sur les aveugles&#8221;\u00bb,<br \/>\ns&rsquo;arr\u00eate Jean-Christophe Sarrot. Le fait s&rsquo;y<br \/>\ntrouve toujours rappel\u00e9 par une plaque comm\u00e9morative.<br \/>\nLe sulfureux auteur des &#8220;Bijoux<br \/>\nindiscrets&#8221; retrouvera la libert\u00e9 apr\u00e8s<br \/>\n103 jours de d\u00e9tention au donjon puis au<br \/>\nch\u00e2teau de Vincennes.<\/p>\n<h2>1750-1784 : entre rive gauche et rive droite<\/h2>\n<p>Bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas retourner en prison,<br \/>\nDiderot veille d\u00e8s 1750 \u00e0 ne diffuser ses<br \/>\n\u00e9crits les plus subversifs qu&rsquo;au sein de milieux<br \/>\ntr\u00e8s \u00e9troits. Cette ann\u00e9e l\u00e0 le voit lancer<br \/>\nun appel \u00e0 souscription au profit de l&rsquo;Encyclop\u00e9die,<br \/>\npour laquelle d&rsquo;Alembert et luim\u00eame<br \/>\nont trouv\u00e9 quatre libraires trois ans<br \/>\nplus t\u00f4t. Le premier tome para\u00eet en 1751 ; la<br \/>\ngigantesque entreprise ne prendra fin que<br \/>\nquatorze ans plus tard.<br \/>\n\u00c0 partir de 1754, Denis, son \u00e9pouse et leur<br \/>\nfille Marie-Ang\u00e9lique &#8211; le seul enfant du couple<br \/>\nqui survivra &#8211; emm\u00e9nagent aux 4e et 5e<br \/>\n\u00e9tages de la rue Tarane, toujours rive gauche.<br \/>\nRien ne reste de leur logis. \u00abLa rue a \u00e9t\u00e9<br \/>\nd\u00e9truite au milieu du XIXe si\u00e8cle suite au percement<br \/>\ndu boulevard Saint-Germain et de la<br \/>\nrue de Rennes\u00bb, explique Jean-Christophe<br \/>\nSarrot. La maison en question para\u00eet avoir<br \/>\noccup\u00e9 l&rsquo;actuel emplacement du 149 boulevard<br \/>\nSaint-Germain. Diderot y demeurera jusqu&rsquo;\u00e0<br \/>\npeu de temps avant sa mort.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e 1755 marque le d\u00e9but de<br \/>\nla liaison qu&rsquo;a Denis avec Louise-Henriette<br \/>\nVolland. Celle qu&rsquo;il appelle Sophie a sa chambre<br \/>\nrue des Vieux Augustins &#8211; l&rsquo;actuelle rue<br \/>\nH\u00e9rold -, non loin du Palais-Royal. Ce m\u00eame<br \/>\nPalais-Royal o\u00f9 Diderot, six ans plus tard,<br \/>\nsitue sa rencontre dans un caf\u00e9 avec le Neveu<br \/>\nde Rameau. L\u00e0 encore o\u00f9 un banc de l&rsquo;all\u00e9e<br \/>\nd&rsquo;Argenson accueillera les deux amants.<\/p>\n<p>\u00abQu&rsquo;il fasse beau, qu&rsquo;il fasse laid, c&rsquo;est mon<br \/>\nhabitude d&rsquo;aller sur les cinq heures du soir me<br \/>\npromener au Palais-Royal. C&rsquo;est moi qu&rsquo;on<br \/>\nvoit, toujours seul, r\u00eavant sur le banc d&rsquo;Argenson<br \/>\n\u00bb, \u00e9crit-il dans Le neveu de Rameau.<\/p>\n<h2>De la derni\u00e8re demeure \u00e0 l&rsquo;hommage posthume<\/h2>\n<p>Son ultime demeure, Diderot la trouvera<br \/>\npr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un jet de pierre de ce Palais-<br \/>\nRoyal o\u00f9 il aimait tant se promener. Non<br \/>\nloin des h\u00f4tels particuliers o\u00f9 Helv\u00e9tius et<br \/>\nle baron d&rsquo;Holbach l&rsquo;avaient si souvent<br \/>\nre\u00e7u dans leurs salons philosophique.<br \/>\nDepuis 1759, ce dernier l&rsquo;a \u00e9galement<br \/>\naccueilli \u00e9galement en son ch\u00e2teau du<br \/>\nGrandval, non loin de Charenton et d&rsquo;o\u00f9 il a<br \/>\n\u00e9crit nombre de ses lettres \u00e0 Sophie<br \/>\nVolland. Voil\u00e0 quatre mois que celle-ci est<br \/>\nmorte lorsqu&rsquo;en juillet 1784, Denis quitte<br \/>\nses \u00e9tages de la rue Tarane pour emm\u00e9nager<br \/>\nau 39 rue de Richelieu. Catherine II de<br \/>\nRussie loue pour son compte un bel appartement<br \/>\nau rez-de-chauss\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel de<br \/>\nBezons. Son prot\u00e9g\u00e9, qui lui a rendu visite<br \/>\nonze ans plus t\u00f4t \u00e0 Saint-Petersbourg, n&rsquo;y<br \/>\nhabitera que douze jours. Samedi 31 juillet,<br \/>\nDiderot bavarde tout le matin avec son<br \/>\nm\u00e9decin et son gendre. Au d\u00e9jeuner, \u00abil prit<br \/>\nun abricot ; ma m\u00e8re voulut l&#8217;emp\u00eacher de<br \/>\nmanger ce fruit\u00bb, \u00e9crira sa fille Ang\u00e9lique<br \/>\ndans ses m\u00e9moires. \u00abIl le mangea, appuya<br \/>\nson coude sur la table pour manger quelques<br \/>\ncerises en compote, toussa l\u00e9g\u00e8rement. Ma<br \/>\nm\u00e8re lui fit une question ; comme il gardait<br \/>\nle silence, elle leva la t\u00eate, le regarda, il<br \/>\nn&rsquo;\u00e9tait plus.\u00bb<\/p>\n<p>Autopsi\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 ses derni\u00e8res<br \/>\nvolont\u00e9s, le philosophe fut enterr\u00e9 en l&rsquo;\u00e9glise<br \/>\nSaint-Roch, situ\u00e9e rue Saint-Honor\u00e9.<br \/>\nReposant non loin de Corneille et de Le<br \/>\nN\u00f4tre, \u00abil \u00e9tait mort face au 40 de la rue de<br \/>\nRichelieu, l\u00e0 o\u00f9 Moli\u00e8re \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00bb,<br \/>\nremarque Jean-Christophe Sarrot. Une<br \/>\nplaque comm\u00e9morative rappelle la derni\u00e8re<br \/>\ndemeure de Diderot, dont subsiste la<br \/>\nfa\u00e7ade. En revanche, toute trace de sa<br \/>\ns\u00e9pulture a disparu \u00e0 la R\u00e9volution, interdisant<br \/>\nainsi une possible entr\u00e9e au Panth\u00e9on.<br \/>\nUn hommage lui sera n\u00e9anmoins rendu en<br \/>\n1884, pour le centenaire de sa mort. Tandis<br \/>\nque Bartholdi le statufiera debout \u00e0<br \/>\nLangres et comme pr\u00eat \u00e0 marcher vers son<br \/>\ndestin, Gautherin le repr\u00e9sentera en penseur,<br \/>\ndans ce quartier Saint-Germain qu&rsquo;il<br \/>\nn&rsquo;avait quasiment jamais quitt\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>Jean-Christophe Sarrot, &#8220;Balades litt\u00e9raires dans Paris du XVIIe au XIXe si\u00e8cle&#8221;, Nouveau<br \/>\nMonde \u00e9ditions, 2004.<br \/>\nMichel Delon (dir.), &#8220;Diderot, contes et romans&#8221;, Gallimard, biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 2004.<br \/>\n&#8220;Album Diderot&#8221;, iconographie choisie et comment\u00e9e par Michel Delon, Gallimard, biblioth\u00e8que<br \/>\nde la Pl\u00e9iade, 2004.<br \/>\nPierre Lepape, &#8220;Diderot&#8221;, Flammarion, 1992.<\/p>\n<p>L&rsquo;association &#8220;Terres d&rsquo;\u00e9crivains&#8221; s&rsquo;attache<br \/>\ndepuis sept ans a \u00abfaire d\u00e9couvrir la litt\u00e9rature<br \/>\npar les lieux o\u00f9 les auteurs les plus c\u00e9l\u00e8bres<br \/>\nont v\u00e9cu et qui les ont inspir\u00e9s\u00bb, r\u00e9sume son<br \/>\npr\u00e9sident, Jean-Christophe Sarrot.<br \/>\nUne promotion originale, fond\u00e9e sur le fait<br \/>\nque le grand public ignore presque tout de la<br \/>\nrichesse des lieux marqu\u00e9s, en France, par la<br \/>\nlitt\u00e9rature et l&rsquo;\u00e9criture. Le site Internet de<br \/>\n&#8220;Terres d&rsquo;\u00e9crivains&#8221; propose en particulier<br \/>\nune riche s\u00e9lection de balades litt\u00e9raires,<br \/>\nprincipalement \u00e0 travers la capitale.<br \/>\n<br \/>www.terresdecrivains.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1729, Denis Diderot n&rsquo;a pas 16 ans quand il d\u00e9barque dans la capitale. 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