{"id":53,"date":"2003-08-14T19:40:23","date_gmt":"2003-08-14T17:40:23","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/14\/roland-dorgeles\/"},"modified":"2025-01-01T11:17:57","modified_gmt":"2025-01-01T10:17:57","slug":"roland-dorgeles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/14\/roland-dorgeles\/","title":{"rendered":"Roland DORGELES \u00e0 Amiens, Paris, Longvic, Chanteloup, Cassis"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1244\" aria-describedby=\"caption-attachment-1244\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1244\" title=\"3 rue Camille-Tahan \u00e0 Paris, au pied de Montmartre.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_dorgeles.jpg\" alt=\"3 rue Camille-Tahan \u00e0 Paris, au pied de Montmartre.\" width=\"310\" height=\"410\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_dorgeles.jpg 310w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_dorgeles-227x300.jpg 227w\" sizes=\"(max-width: 310px) 94vw, 310px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1244\" class=\"wp-caption-text\">3 rue Camille-Tahan \u00e0 Paris, au pied de Montmartre.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un peu inqui\u00e9tant, mais les gens qui vous ont connu, on les rencontre autour de l&rsquo;Acad\u00e9mie Goncourt ou au bagne.\u00a0\u00bb <\/em>Andr\u00e9 Warnod.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Un roman est le miroir de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, et la v\u00e9ritable physionomie de la guerre, on la trouvera dans les romans, non dans les manuels.\u00a0\u00bb <\/em>Dorgel\u00e8s dans <em>Les Nouvelles litt\u00e9raires<\/em> du 11 janvier 1930.<\/p>\n<p>Dorgel\u00e8s est un boh\u00e8me marqu\u00e9 \u00e0 jamais par la guerre. Par sa violence et par l&rsquo;indiff\u00e9rence : indiff\u00e9rence de ceux de l&rsquo;arri\u00e8re pendant le conflit, et indiff\u00e9rence de la plupart apr\u00e8s. Ainsi, en 1923, lorsque son <em>R\u00e9veil des morts<\/em> sort presque en m\u00eame temps que <em>Le Diable au corps<\/em> de Raymond Radiguet et sur un th\u00e8me similaire (une femme est aim\u00e9e par deux hommes dont l&rsquo;un est au front), Dorgel\u00e8s \u00e9crit \u00e0 Radiguet son regret qu&rsquo;il ait privil\u00e9gi\u00e9 l&rsquo;exercice de style aux qualit\u00e9s de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Roland L\u00e9cavel\u00e9 na\u00eet 49 (aujourd&rsquo;hui 71) rue Vascosan \u00e0 Amiens en 1885. Ses parents sont des picards de pure souche. \u00c0 Amiens, Roland enfant rencontre un jour Jules Verne et en profite pour lui reprocher d&rsquo;avoir fait dispara\u00eetre le capitaine Nemo \u00e0 la fin de 20 000 lieues sous les mers.<\/p>\n<p>Ses parents s&rsquo;entendent difficilement. Roland se r\u00e9fugie dans les livres. \u00c0 15 ans, il est marqu\u00e9 par les <em>Sc\u00e8nes de la vie de boh\u00e8me<\/em> de Murger. M. L\u00e9cavel\u00e9 p\u00e8re est dans le commerce de tissus et la famille suit les affaires : d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 Paris (66 rue Saint-Louis-en-l&rsquo;Ile), \u00e0 Enghien, \u00e0 La Garenne-Bezons, 49 bd National \u00e0 Clichy.<\/p>\n<p>Roland devient journaliste en 1904 et adopte le nom de Dorgel\u00e8s en 1907. Il \u00e9crit pour Messidor en 1908, pour Paris-Journal (o\u00f9 il croise Alain-Fournier) entre 1908 et 1912, pour <em>Com\u0153dia<\/em> de 1908 \u00e0 1914, pour <em>Fantasio<\/em> en 1910. Il collabore aussi \u00e0 <em>L&rsquo;Homme libre<\/em>, le journal que dirige Clemenceau, et s&rsquo;essaie au th\u00e9\u00e2tre (un de ses auteurs favoris est Courteline). Il se m\u00eale \u00e0 la boh\u00e8me de Montmartre, profitant toutefois d&rsquo;un confort que ne connaissent pas la plupart de ses cong\u00e9n\u00e8res : il est soutenu mat\u00e9riellement par ses parents et il commence \u00e0 gagner sa vie par sa plume. Ses amis se nomment Mac Orlan, Carco, Max Jacob, Andr\u00e9 Salmon, Apollinaire, Utrillo&#8230; Roland n&rsquo;appr\u00e9cie pas pour autant l&rsquo;av\u00e8nement du cubisme. Pour contrer Picasso, Juan Gris et leurs coll\u00e8gues, il organise la supercherie de Boronali, le soi-disant peintre \u00ab\u00a0futuriste\u00a0\u00bb, qui est en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;\u00e2ne du Lapin Agile, Aliboron.<\/p>\n<p>Dorgel\u00e8s a le coup de foudre pour Madeleine Borgeaud, qu&rsquo;il rencontre \u00e0 <em>Fantasio<\/em> un jour de 1910, et s&rsquo;installe rue Lepic, juste avant le Moulin de la Galette. Lorsque son propri\u00e9taire r\u00e9int\u00e8gre son logement, il s&rsquo;exile de la Butte avec tristesse, atterrissant 1 rue Truffaut en 1911, puis rue 15 La Bruy\u00e8re, en-dessous d&rsquo;Andr\u00e9 Warnod. Ses parents emm\u00e9nagent 46 rue des Martyrs avant la guerre. Roland, lui, s&rsquo;installe rue Victor Mass\u00e9, puis 3 rue Camille-Tahan, o\u00f9 il reviendra en 1919.<\/p>\n<p>Contre l&rsquo;avis de Madeleine et de sa famille, il s&rsquo;engage comme volontaire en ao\u00fbt 1914, bien qu&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 deux fois r\u00e9form\u00e9. Il n&rsquo;est pas anim\u00e9 par l&rsquo;ardeur combattante d&rsquo;un P\u00e9guy, mais par la volont\u00e9 de ne pas laisser d\u00e9fendre le pays seulement par les autres. Au front, il garde le moral vaille que vaille en prenant des notes pour ce qui deviendra <em>Les Croix de bois<\/em> et en \u00e9crivant \u00e0 sa Mado, s\u00fbr, mais de moins en moins, qu&rsquo;elle lui reste fid\u00e8le \u00e0 Paris. En 1915, il rejoint l&rsquo;aviation et deviendra instructeur. \u00c0 Longvic en C\u00f4te d&rsquo;Or (pr\u00e9cis\u00e9ment 9 route de Dijon), il travaille sur <em>Les Croix<\/em> entre deux s\u00e9ances d&rsquo;instruction. La guerre fait de ce journaliste \u00e0 la plume l\u00e9g\u00e8re un \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb romancier. La s\u00e9paration avec Mado est d\u00e9finitive en 1917. <em>Les Croix de bois<\/em> manquent de peu le prix Goncourt 1919 (4 voix sur 10, contre 6 pour \u00c0 l&rsquo;Ombre des jeunes filles en fleurs), mais leur publicit\u00e9 est ainsi assur\u00e9e. <em>Les Croix<\/em> surpassent, pour certains, <em>Le Feu<\/em> de Barbusse et les r\u00e9cits de guerre de Genevoix et Duhamel. Elles masqueront, en tout cas, le reste de l&rsquo;\u0153uvre de leur auteur.<\/p>\n<p>Dorgel\u00e8s est un id\u00e9aliste qui va d\u00e9chanter. Il esp\u00e9rait que cette guerre serait \u00ab\u00a0la der des der\u00a0\u00bb. D\u00e8s 1919-1920, les rivalit\u00e9s entre les hommes et entre les peuples reprennent le dessus (ainsi, les Etats-Unis se retirent de la toute jeune Soci\u00e9t\u00e9 des Nations), comme si l&rsquo;enfer de Verdun n&rsquo;avait pas eu lieu. En 1920, il loue pour ses parents la maison du peintre Paul Soyer, dans la rue qui porte son nom \u00e0 Chanteloup-les-Vignes. Dorgel\u00e8s s&rsquo;y rend souvent pour \u00e9crire dans les ann\u00e9es 1920. Jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, sa production est abondante.<\/p>\n<p>En 1922, il emm\u00e9nage 22 rue de Petrograd avec Hania, sa future femme (dix ans plus tard, ils s&rsquo;installent au 7e \u00e9tage du 6 rue Jean-Goujon, jusqu&rsquo;\u00e0 la mort d&rsquo;Hania en 1960). Tous deux ont soif de voyages. Fin 1923, ils d\u00e9couvrent l&rsquo;Indochine. Un jeune Andr\u00e9 Malraux vient d&rsquo;y d\u00e9rober quelques morceaux de temple&#8230; En 1932, Dorgel\u00e8s voyage en Afrique du Nord. En 1936, Roland et Hania sont en Russie.<\/p>\n<p>En octobre 1939, il est correspondant de guerre pour le journal <em>Gringoire<\/em>. L&rsquo;exode le m\u00e8ne \u00e0 Cassis l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1940, dans une maison chemin Saint-Joseph, puis \u00e0 Marseille \u00e0 l&rsquo;automne, o\u00f9 il s&rsquo;installe boulevard Rodocanacchi. Sa collaboration \u00e0 <em>Gringoire<\/em> &#8211; bas\u00e9 39 rue Grignan \u00e0 Marseille &#8211; cesse en septembre 1941, quand le ton antis\u00e9mite s&rsquo;impose dans le journal. Il retourne \u00e0 Cassis en 1942 et vivra dans d&rsquo;autres villages de la r\u00e9gion pour \u00e9chapper \u00e0 la Gestapo.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1930, il a fait la connaissance d&rsquo;une autre Madeleine, qu&rsquo;il visite parfois chez elle, 101 route de Croissy au Pecq. Elle devient sa seconde femme en 1961. Apr\u00e8s un court s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Royal-Monceau dans le XVIIe arrondissement, le couple s&rsquo;installe au 6e \u00e9tage du 2 rue Mabillon (plaque). Jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en 1973, Dorgel\u00e8s reste attach\u00e9 \u00e0 des id\u00e9es parfois pass\u00e9istes que son histoire a grav\u00e9es en lui au burin, comme l&rsquo;attachement aux colonies. Jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, il est \u00e9galement une figure embl\u00e9matique des Anciens combattants, dont il assure la pr\u00e9sidence non pour glorifier la guerre, mais pour garder la m\u00e9moire de ceux qui l&rsquo;ont faite malgr\u00e9 eux.<\/p>\n<p><strong>Petite bibliographie<\/strong><\/p>\n<p><em>Roland Dorgel\u00e8s<\/em>, Micheline Dupray, Ed. Albin Michel<em> ; Les \u00e9crivains de Montmartre<\/em>, Le Promeneur des lettres.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"780\" height=\"609\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5927\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700.png 780w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700-300x234.png 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700-768x600.png 768w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700-450x351.png 450w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Dorgeles-Barbizon-700-640x500.png 640w\" sizes=\"(max-width: 739px) 94vw, (max-width: 780px) 88vw, 780px\" \/><figcaption>La Villa Elisabeth, 30 Grande rue \u00e0 Barbizon, maison des Dorgel\u00e8s.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est un peu inqui\u00e9tant, mais les gens qui vous ont connu, on les rencontre autour de l&rsquo;Acad\u00e9mie Goncourt [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1244,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[24,22],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5929,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53\/revisions\/5929"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1244"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}