{"id":563,"date":"2006-03-06T20:02:35","date_gmt":"2006-03-06T19:02:35","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/06\/saint-germain-des-pres-occupe\/"},"modified":"2023-02-12T19:04:39","modified_gmt":"2023-02-12T18:04:39","slug":"saint-germain-des-pres-occupe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/06\/saint-germain-des-pres-occupe\/","title":{"rendered":"Saint-Germain-des-Pr\u00e9s occup\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>1) Nous sommes en 1942. Les n\u00e9gociations vont alors bon train pour tenter de donner un nouveau comit\u00e9 \u00e9ditorial \u00e0 la <em>Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em> qui s&rsquo;essouffle entre les mains de Drieu la Rochelle, la plupart des \u00e9crivains de renom ayant refus\u00e9 d&rsquo;y \u00eatre publi\u00e9s ou l&rsquo;ayant quitt\u00e9e. Un d\u00e9jeuner est organis\u00e9 au restaurant Lap\u00e9rouse, <strong>51 quai des Grands-Augustins<\/strong>. En sont Gerhard Heller, Gaston Gallimard, Paul Val\u00e9ry, Jean Paulhan. La solution miracle n&rsquo;est pas trouv\u00e9e. La NRF s&rsquo;\u00e9teint pour quelques mois. La vitrine de la \u00ab normalit\u00e9 \u00bb litt\u00e9raire s&rsquo;effondre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1918\" aria-describedby=\"caption-attachment-1918\" style=\"width: 350px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-1918\" title=\"53 bis quai des Grands-Augustins.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_gdsaugustins.jpg\" alt=\"53 bis quai des Grands-Augustins.\" width=\"350\" height=\"265\" align=\"left\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_gdsaugustins.jpg 350w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_gdsaugustins-300x227.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 350px) 94vw, 350px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1918\" class=\"wp-caption-text\">53 bis quai des Grands-Augustins.<\/figcaption><\/figure>\n<p>2) Michel Leiris habite au 4e \u00e9tage du <strong>53 bis quai des Grands-Augustins<\/strong> en 1942. Il a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 en 1939 dans le sud oranais. D\u00e9mobilis\u00e9, il revient \u00e0 Paris et se replonge dans son exploration autobiographique commenc\u00e9e avec <em>L&rsquo;Afrique fant\u00f4me<\/em> (1934) et <em>L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;homme<\/em> (1939). Il cache aussi des r\u00e9sistants. Le soir du 19 mars 1944, on joue chez lui une pi\u00e8ce de Picasso qui \u00e9voque le style avant-garde des ann\u00e9es vingt, <em>Le D\u00e9sir attrap\u00e9 par la queue<\/em>. Camus dirige. Beauvoir joue la Cousine, Leiris Gros Pied, Queneau l&rsquo;Oignon et Sartre Bout Rond. Braque, Bataille, Mouloudji, Salacroux, Michaux, Barrault, Lacan, Brassa\u00ef (qui prend des photos), Reverdy, Valentine Hugo, Maria Casar\u00e8s, impressionn\u00e9e par Camus (ce sera r\u00e9ciproque) assistent. Camus vexe Beauvoir en se moquant de son accoutrement.<\/p>\n<p>3) Celle-ci loge \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel d&rsquo;Aubusson, <strong>33 rue Dauphine<\/strong>, fin 1942-d\u00e9but 43. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un h\u00f4tel minable. Elle y a transport\u00e9 ses effets personnels avec une charrette \u00e0 bras depuis l&rsquo;h\u00f4tel Mistral. Elle partage sa chambre avec deux lyc\u00e9ens, Nathalie Sorokine et Bourla. Elle enseigne toujours, mais pour peu de temps encore : elle est exclue de l&rsquo;\u00c9ducation nationale en juin 1943 &#8211; non pour d\u00e9tournement de deux mineurs comme on le dit souvent (cette affaire se cl\u00f4t en effet par un non-lieu), mais parce que le recteur d&rsquo;acad\u00e9mie d\u00e9nonce le fait qu&rsquo;elle vit en concubinage, qu&rsquo;elle enseigne Proust et Gide \u00e0 ses \u00e9tudiants et qu&rsquo;elle affiche un m\u00e9pris sup\u00e9rieur de toute discipline morale et familiale. Le recteur demande aussi la r\u00e9vocation de Sartre, qu&rsquo;il n&rsquo;obtient pas. Beauvoir sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la Lib\u00e9ration mais d\u00e9cidera de ne pas reprendre l&rsquo;enseignement. Apr\u00e8s juin 1943, elle con\u00e7oit des pi\u00e8ces pour Radio-Vichy afin de gagner sa vie.<\/p>\n<p>4) En mars et avril 1944, Beauvoir, Sartre, les Leiris, les Queneau, Camus, etc. organisent des fiestas chez les uns et les autres. L&rsquo;une d&rsquo;elle se d\u00e9roule <strong>3 cour de Rohan<\/strong> chez le peintre Balthus qui loue alors son appartement \u00e0 Georges Bataille.<\/p>\n<p>5) Robert Desnos vit <strong>19 rue Mazarine<\/strong> (plaque) de 1934 \u00e0 1944, avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9port\u00e9 et de mourir dans le camp de Terezin.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1919\" aria-describedby=\"caption-attachment-1919\" style=\"width: 390px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1919\" title=\"L'h\u00f4tel d'Aubusson.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_hotelaubusson.jpg\" alt=\"L'h\u00f4tel d'Aubusson.\" width=\"390\" height=\"310\" align=\"right\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_hotelaubusson.jpg 390w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_hotelaubusson-300x238.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 390px) 94vw, 390px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1919\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;h\u00f4tel d&rsquo;Aubusson.<\/figcaption><\/figure>\n<p>6) En 1940, Jacques Pr\u00e9vert se r\u00e9fugie \u00e0 Saint-Paul-de-Vence et \u00e0 Tourette-sur-Loup. Il est un des sc\u00e9naristes-dialoguistes les plus demand\u00e9s du cin\u00e9ma fran\u00e7ais mais refuse de travailler pour les producteurs officiels. Les Visiteurs du soir font un tabac en 1942, la censure n&rsquo;y voyant que du feu. Pour travailler \u00e0 d&rsquo;autres projets, il s\u00e9journe \u00e0 Paris d\u00e9but 1943. Il est alors domicili\u00e9 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de Nice (disparu depuis), <strong>4 bis rue des Beaux-Arts<\/strong>. Sa route croise souvent celle de Desnos et d&rsquo;autres r\u00e9sistants, parfois celle de Sartre et de Beauvoir au caf\u00e9 de Flore.<\/p>\n<p>7) Genevi\u00e8ve de Gaulle, ni\u00e8ce du g\u00e9n\u00e9ral, a 22 ans en 1943. Elle est r\u00e9sistante et participe depuis quelques mois \u00e0 la diffusion et \u00e0 la r\u00e9daction du journal clandestin <em>D\u00e9fense de la France<\/em>, organe du mouvement du m\u00eame nom.<br \/>\n\u00ab\u00a0Nous voulions, en distribuant ce journal \u00e0 la barbe des Allemands, dire \u00e0 nos compatriotes : <em>\u00ab Fran\u00e7ais, lib\u00e9rez-vous de vos craintes. \u00bb<\/em> On voulait que les Fran\u00e7ais aient moins la trouille. Je distribuais parfois le journal dans le m\u00e9tro, et je me souviens d&rsquo;avoir vu rougir de fureur la nuque d&rsquo;un officier allemand qui avait lu les titres de la premi\u00e8re page. Mais que voulez-vous qu&rsquo;il fasse, il n&rsquo;allait pas me tirer dessus au milieu de la foule\u00a0\u00bb (<em>Genevi\u00e8ve de Gaulle Anthonioz<\/em>, Caroline Glorion, \u00e9ditions Plon).<br \/>\nEn juillet 1943, un tra\u00eetre les d\u00e9nonce. Genevi\u00e8ve Anthonioz se fait pi\u00e9ger dans la librairie Au v\u0153u de Louis XIII, <strong>en bas de la rue Bonaparte<\/strong>, qui sert de bo\u00eete aux lettres au r\u00e9seau. La d\u00e9portation l&rsquo;attend, ainsi qu&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;autres membres, pi\u00e9g\u00e9s eux aussi.<\/p>\n<p>8) Marguerite Duras est locataire du 3e \u00e9tage sur la rue du <strong>5 rue Saint-Benoit<\/strong>, de 1942 \u00e0 1996. Son appartement abrite des activit\u00e9s clandestines pendant la guerre. Lorsque son mari Robert Antelme est arr\u00eat\u00e9, Dionys Mascolo, le compagnon de Marguerite, et Albert Camus viennent r\u00e9cup\u00e9rer au 3e \u00e9tage des dossiers de la R\u00e9sistance, Camus faisant le guet en bas de la rue alors que Mascolo grimpe \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Une autre fois, c&rsquo;est Fran\u00e7ois Mitterrand qui, arrivant de Londres et d&rsquo;Alger, fait halte ici et rencontre des candidats \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans son r\u00e9seau de R\u00e9sistance. Deux \u00e9tages en dessous de chez Duras habite Ramon Fernandez, collaborateur notoire qui re\u00e7oit entre autres Gerhard Heller et Drieu la Rochelle.<\/p>\n<p>9) Au d\u00e9but de l&rsquo;Occupation, le caf\u00e9 de Flore, <strong>172 boulevard Saint-Germain<\/strong>, prend peu \u00e0 peu des clients aux caf\u00e9s de Montparnasse, plus fr\u00e9quent\u00e9s par les Allemands. Le Flore pr\u00e9sente l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre tout proche d&rsquo;un m\u00e9tro. Jusqu&rsquo;alors simple annexe des Deux Magots, il est mis en vogue \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente par Picasso, Fargue, Pr\u00e9vert, Andr\u00e9 Breton, etc., et devient le point de ralliement de vedettes, de jeunes boh\u00e8mes et du couple Beauvoir-Sartre. Ces derniers pr\u00e9tendent que le caf\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas sp\u00e9cialement fr\u00e9quent\u00e9 par les allemands. Gerhard Heller pr\u00e9tend, lui, \u00eatre venu au Flore r\u00e9guli\u00e8rement une ou deux fois par semaine, en particulier pour lire&#8230; <em>L&rsquo;\u00catre et le n\u00e9ant<\/em>. En hiver, Beauvoir arrive tr\u00e8s t\u00f4t le matin et s&rsquo;installe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du po\u00eale. C&rsquo;est au Flore, pendant la guerre, que Sartre et Beauvoir font la connaissance de Raymond Queneau, que Beauvoir rencontre Camus pour la premi\u00e8re fois apr\u00e8s que ce dernier ait assist\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rale des <em>Mouches<\/em>.<\/p>\n<p>10) Avant l&rsquo;invasion allemande, Camus s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 au printemps 1940 dans l&rsquo;h\u00f4tel Madison, <strong>143 boulevard Saint-Germain<\/strong>. En mai, il termine <em>L&rsquo;\u00c9tranger<\/em>.<\/p>\n<p>11) Leur situation mat\u00e9rielle s&rsquo;am\u00e9liorant, Beauvoir et Sartre logent <strong>60 rue de Seine<\/strong>, au discret h\u00f4tel La Louisiane, entre 1943 et 1946. Sartre est professeur au lyc\u00e9e Condorcet entre 1941 et 1944. Il \u00e9crit aussi beaucoup, de pr\u00e9f\u00e9rence au caf\u00e9 de Flore ou aux Deux Magots. En 1943, <em>Les Mouches<\/em> sont jou\u00e9es au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville &#8211; alors Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 et avant la guerre Th\u00e9\u00e2tre Sarah Bernhardt. Le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville garde encore aujourd&rsquo;hui son sous-titre de Th\u00e9\u00e2tre Sarah Bernhardt &#8211; place du Ch\u00e2telet et <em>L&rsquo;\u00catre et le n\u00e9ant<\/em> est publi\u00e9. Dans la premi\u00e8re \u00e9dition, des pages sont interverties au montage, mais personne ne s&rsquo;en aper\u00e7oit ! Jean Paulhan appr\u00e9cie l&rsquo;ouvrage pour son poids : exactement un kilo, pratique pour peser ses l\u00e9gumes au march\u00e9. Le premier roman de Beauvoir, <em>L&rsquo;Invit\u00e9e<\/em>, para\u00eet aussi en 1943. Elle commence alors \u00e0 porter son c\u00e9l\u00e8bre turban. Dans la chambre de l&rsquo;h\u00f4tel la Louisiane se d\u00e9roulent quelques mois plus tard plusieurs r\u00e9p\u00e9titions de <em>Huis clos<\/em> avec un metteur en sc\u00e8ne temporaire : Albert Camus.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1605\" aria-describedby=\"caption-attachment-1605\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1605\" title=\"L'h\u00f4tel La Louisiane, rue de Seine \u00e0 Paris.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2004\/07\/jpg_LOUISIAN2.jpg\" alt=\"L'h\u00f4tel La Louisiane, rue de Seine \u00e0 Paris.\" width=\"310\" height=\"410\" align=\"middle\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1605\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;h\u00f4tel La Louisiane, rue de Seine \u00e0 Paris.<\/figcaption><\/figure>\n<p>12) Bas\u00e9 au <strong>117 boulevard Saint-Germain<\/strong> dans le bel immeuble du Cercle de la Librairie encore debout, le Syndicat des \u00e9diteurs fran\u00e7ais se mobilise pour continuer de faire tourner l&rsquo;\u00e9dition, quitte \u00e0 soumettre ses membres \u00e0 toutes les censures et \u00e0 toutes les interdictions. Le Syndicat diffuse ainsi d\u00e8s septembre 1940 la premi\u00e8re \u00ab liste Otto \u00bb comprenant les titres dor\u00e9navant interdit : pas de nouvelle publication et destruction des stocks existants. En font partie Malraux, Aragon, Nizan, Koestler, Zweig, etc.<\/p>\n<p>13) Pour Paul Eluard, c&rsquo;est la seconde guerre \u00e0 laquelle il participe. Apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation, il revient \u00e0 Paris, au 3e \u00e9tage du <strong>35 rue Marx-Dormoy<\/strong>. Il adh\u00e8re en 1942 au parti communiste dissous et commence \u00e0 soutenir les toutes jeunes \u00e9ditions de Minuit cr\u00e9\u00e9es par Vercors et Pierre de Lescure, et qui publient sous le manteau Vercors (<em>Le Silence de la mer<\/em>), Aragon, Pr\u00e9vost, Mauriac (Le Cahier noir), Gu\u00e9henno, Gide, etc. Eluard m\u00e8ne une vie plus ou moins clandestine, \u00e9tant parfois h\u00e9berg\u00e9 chez des amis comme Lucien Scheler (qui cache aussi Aragon en mars 1944 et dont la librairie du 19 rue de Tournon existe toujours, depuis 1932) ou Michel Leiris, 53 bis quai des Grands-Augustins, ou encore Christian Zervos, 14 rue du Dragon, qui dirige la revue Les Cahiers d&rsquo;Art et anime une galerie et une maison d&rsquo;\u00e9dition qui existent toujours (il collabore aussi activement \u00e0 la mise en page des <em>Lettres fran\u00e7aises<\/em>).<\/p>\n<p>14) Au Mercure de France, <strong>26 rue de Cond\u00e9<\/strong>, Paul L\u00e9autaud continue son travail apr\u00e8s juin 1940 comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. Ce n&rsquo;est pas une guerre qui va l&rsquo;\u00e9loigner de ses chats ! On peut voir aujourd&rsquo;hui encore le d\u00e9cor de sa chambre au mus\u00e9e Carnavalet. L\u00e9autaud habite Fontenay-aux-roses, fait tous les jours de semaine le trajet jusqu&rsquo;\u00e0 la rue de Cond\u00e9 et noircit les pages de son Journal litt\u00e9raire de ses rencontres et de ses r\u00e9flexions : Les Allemands sont nos ma\u00eetres. Ils sont sur notre sol&#8230; Je trouve m\u00eame cela b\u00eate, la conduite de ces gens (r\u00e9sistants)&#8230; Ils s&rsquo;imaginent qu&rsquo;ils vont changer quelque chose ? Jacques Bernard, le directeur du Mercure, commande une traduction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de <em>Mein Kampf<\/em> et \u00e9crit \u00e0 la Kommandantur pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1940 : <em>\u00ab\u00a0Et qui sait ? Nous pourrions peut-\u00eatre avoir une pr\u00e9face de Hitler ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>15) Autre moment de l&rsquo;Histoire, autre ambiance : le 26 ao\u00fbt 1944, lendemain de l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise dans Paris, Hemingway, reporter du magazine <em>Collier&rsquo;s<\/em>, d\u00e9barque <strong>18 rue de l&rsquo;Od\u00e9on<\/strong> apr\u00e8s avoir \u00ab lib\u00e9r\u00e9 \u00bb le bar de l&rsquo;h\u00f4tel Ritz. Il est arm\u00e9, contrairement aux recommandations de la Convention de Gen\u00e8ve qui interdisent le port d&rsquo;armes aux correspondants de guerre. Il vole \u00e0 la rencontre de la libraire Sylvia Beach &#8211; qui a rejoint le 18 rue de l&rsquo;Od\u00e9on depuis sa cachette du boulevard Saint-Michel &#8211; avant d&rsquo;aller d\u00e9busquer quelques tireurs nazis embusqu\u00e9s sur les toits.<\/p>\n<p>16) L&rsquo;Institut allemand ouvre en avril 1941 la librairie Rive Gauche dans l&rsquo;ancien caf\u00e9 d&rsquo;Harcourt qui a ferm\u00e9 en 1940 <strong>\u00e0 l&rsquo;angle de place de la Sorbonne et de la rue Champollion<\/strong> (lui-m\u00eame ex-restaurant Flicoteaux de l&rsquo;\u00e9poque de Balzac). Certains appellent cette librairie \u00ab la rive gauche du Rhin \u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1920\" aria-describedby=\"caption-attachment-1920\" style=\"width: 330px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1920\" title=\"5 rue des Ar\u00e8nes.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_paulhandef.jpg\" alt=\"5 rue des Ar\u00e8nes.\" width=\"330\" height=\"430\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_paulhandef.jpg 330w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_paulhandef-230x300.jpg 230w\" sizes=\"(max-width: 330px) 94vw, 330px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1920\" class=\"wp-caption-text\">5 rue des Ar\u00e8nes.<\/figcaption><\/figure>\n<p>17) Jean Paulhan habite <strong>5 rue des Ar\u00e8nes<\/strong> pendant la guerre (son ami Jean Blanzat demeure tout pr\u00e8s, 7 rue de Navarre, o\u00f9 il lui arrive de cacher Mauriac). C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est arr\u00eat\u00e9 le 6 mai 1941. Il cachait ici la presse \u00e0 imprimer du r\u00e9seau de r\u00e9sistance du mus\u00e9e de l&rsquo;Homme (dont des membres &#8211; Boris Vild\u00e9, Anatole Lewitzky, L\u00e9on-Maurice Nordmann&#8230; &#8211; seront fusill\u00e9s au mont Val\u00e9rien en f\u00e9vrier 1942). Drieu La Rochelle convainc Otto Abetz que l&#8217;emprisonnement de Paulhan signifierait la fin de la NRF, principale sinon unique fa\u00e7ade d&rsquo;une \u00ab normalit\u00e9 \u00bb litt\u00e9raire sous l&rsquo;Occupation. Paulhan, emprisonn\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9, est lib\u00e9r\u00e9 quelques jours plus tard. Cet \u00e9pisode ne le fera pas pour autant cesser ses activit\u00e9s clandestines. Au contraire, il cr\u00e9e peu de temps apr\u00e8s Les Lettres fran\u00e7aises avec Jacques Decour (en fait Daniel Decourdemanche, professeur au lyc\u00e9e Rollin \u00e0 Paris &#8211; maintenant lyc\u00e9e Jacques-Decour &#8211; et cr\u00e9ateur du Front National des \u00c9crivains, futur Comit\u00e9 National des \u00c9crivains).<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Une autre fois, pr\u00e9venu par le lieutenant Heller d&rsquo;une visite matinale de la part des Allemands, il r\u00e9ussit \u00e0 s&rsquo;enfuir de son appartement de la rue des Ar\u00e8nes par les toits, pour aller se r\u00e9fugier aupr\u00e8s d&rsquo;un ami, pr\u00e8s de la porte Maillot\u00a0\u00bb (Le Si\u00e8cle des intellectuels<\/em>, Michel Winock, \u00e9ditions du Seuil).<\/p>\n<p>En fin juillet 1941 : Aragon, lib\u00e9r\u00e9 de la prison allemande de Tours, vient rencontrer Paulhan rue des Ar\u00e8nes. Comme la maison est surveill\u00e9e, c&rsquo;est dans le jardin des ar\u00e8nes de Lut\u00e8ce qu&rsquo;ils discutent de la cr\u00e9ation des Lettres fran\u00e7aises et du CN\u00c9.<\/p>\n<p>A lire aussi : <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/28\/sur-les-traces-de-la-nrf-dalbert-camus-et-de-gerhard-heller\/\">Sur les traces de la NRF, d\u2019Albert Camus et de Gerhard Heller, \u00e0 Paris sous l\u2019Occupation<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Nous sommes en 1942. 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