{"id":572,"date":"2006-01-05T10:02:54","date_gmt":"2006-01-05T09:02:54","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/05\/le-cabaret-de-paul-niquet\/"},"modified":"2006-01-05T10:02:54","modified_gmt":"2006-01-05T09:02:54","slug":"le-cabaret-de-paul-niquet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/05\/le-cabaret-de-paul-niquet\/","title":{"rendered":"Le Cabaret de Paul Niquet"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La rue aux Fers, aujourd&rsquo;hui la rue Berger, commen\u00e7ait \u00e0 la rue Saint-Denis, n\u00b089, finissait aux rues de la Lingerie et \u00e0 la rue du March\u00e9-aux-Poir\u00e9es n\u00b02.<br \/>\n<br \/>Elle n&rsquo;avait pas de num\u00e9ro impair, ce c\u00f4t\u00e9 \u00e9tant bord\u00e9 par l&rsquo;ancien cimeti\u00e8re devenu le march\u00e9 des Innocents. Le dernier num\u00e9ro pair \u00e9tait le 50. <\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nAu Tord Boyaux<\/p>\n<p><em>Par Bernard Vassor<\/em><\/p>\n<p>Ce repaire de malfaiteurs, de vagabonds de mendiants \u00e9tait le r\u00e9ceptacle de toute la p\u00e8gre du quartier des Halles. Le tenancier \u00e9tait un certain Etienne Salle, voyou et indicateur de police comme il se doit. Une all\u00e9e ayant acc\u00e8s sur la rue aux Fers, \u00e9troite et mal \u00e9clair\u00e9e, conduisait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une immense salle rectangulaire, garnie de tables scell\u00e9es dans le sol, et tout autour des cabinets de quatre, huit ou dix consommateurs. Trois cents personnes environ fr\u00e9quentaient chaque soir ce lieu de perdition. C&rsquo;\u00e9taient des hommes \u00e0 l&rsquo;\u009cil sanguinaire, des femmes perdues, couvertes de guenilles, cherchant \u00e0 exciter, par la licence de leurs regards, l&rsquo;attention des personnes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elles. Tout ce monde chantait buvait, mangeait, chantait, criait se querellait et s&rsquo;injuriait.<br \/>\n<br \/>Devenu une curiosit\u00e9 parisienne, le cabaret de Paul Niquet attirait une foule de gens comme il faut. Le patron avait am\u00e9nag\u00e9 deux ou trois cabinets pourvus d&rsquo;\u00e9pais rideaux, de mani\u00e8re que l&rsquo;on puisse assister \u00e0 l&rsquo;abri au spectacle de la lie de Paris.<\/p>\n<p>L&rsquo;ami de Baudelaire, le roi de la boh\u00e8me parisienne, Privat d&rsquo;Anglemont, donne dans ses <em>Oiseaux de Nuit<\/em> le r\u00e9cit suivant :<\/p>\n<p><em>\u00ab On p\u00e9n\u00e9trait dans l&rsquo;\u00e9tablissement par une all\u00e9e \u00e9troite, longue et humide.<br \/>\n<br \/>Son pav\u00e9 \u00e9tait le m\u00eame que celui de la rue, un gr\u00e8s de Fontainebleau, mais tellement pi\u00e9tin\u00e9 par les nombreux clients, qu&rsquo;il \u00e9tait plus boueux plus fatigu\u00e9 que les pav\u00e9s de la rue Saint-Martin ou Saint-Denis.<br \/>\n<br \/>Ceux des habitu\u00e9s qui avaient des hottes (les chiffonniers), les d\u00e9posaient le long de ces murs avant de p\u00e9n\u00e9trer dans la salle principale&#8230;<br \/>\n<br \/>Cette salle \u00e9tait simplement un hangar sur lequel on avait pos\u00e9 un vitrage.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait meubl\u00e9e de deux comptoirs en \u00e9tain o\u00f9 se d\u00e9bitait cette eau-de-vie terrible qu&rsquo;on appelait \u00ab le casse poitrine \u00bb.<br \/>\n<br \/>Ces comptoirs lourds et massifs \u00e9taient charg\u00e9s de brocs, de bouteilles et de fioles de touts formes. On voyait \u00e9crit sur certaines : \u00ab Parfait Amour \u00bb, la \u00abliqueur  des Braves \u00bb, il y avait aussi \u00ab les d\u00e9lices des Dames \u00bb, un breuvage \u00e0 faire prendre feu avec une allumette aux l\u00e8vres des consommatrices, et surtout \u00ab Le Petit Lait d&rsquo;Henri IV \u00bb un effroyable m\u00e9lange de cassis et de trois-six.<\/p>\n<p>Par un passage \u00e9troit, on arrivait \u00e0 une petite salle derri\u00e8re le comptoir ; C&rsquo;\u00e9tait le salon de conversation, un lieu d&rsquo;asile r\u00e9serv\u00e9 uniquement aux initi\u00e9s.<br \/>\n_Trois longues tables et des bancs de bois en composaient le mobilier, les murs \u00e9taient blanchis \u00e0 la chaux. L&rsquo;architecture de ce bouge \u00e9tait bossue, tordue, renfrogn\u00e9e.<br \/>\n<br \/>D\u00e8s la porte pass\u00e9e, on \u00e9tait saisi \u00e0 la gorge par une odeur fade, chaude, naus\u00e9abonde, impr\u00e9gn\u00e9 de miasmes humides qui soulevaient le c\u009cur, c&rsquo;\u00e9tait une puanteur qui est particuli\u00e8re \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 immonde \u00bb&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Privat d&rsquo;Anglemont, ce natif de l&rsquo;\u00eele Sainte-Rose, fils de riches exploitants, recevait une pension mensuelle de ses parents.<br \/>\nIl s&#8217;empressait de la liquider en trois ou quatre jours en beuveries et franches-lipp\u00e9es avec ses amis, parmi lesquels se trouvait Baudelaire. Celui-ci lui fit don de plusieurs po\u00e9sies que Privat vendit sous son nom au <em>Corsaire-Satan<\/em>.<br \/>\nCes pi\u00e8ces furent m\u00eame publi\u00e9es, en \u00e9dition originale donc dans le <em>Paris-Inconnu<\/em> de 1855. Baudelaire les r\u00e9int\u00e8grera dans les <em>Fleurs<\/em> en 1857 sans commentaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La rue aux Fers, aujourd&rsquo;hui la rue Berger, commen\u00e7ait \u00e0 la rue Saint-Denis, n\u00b089, finissait aux rues de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[19,25],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/572"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=572"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}