{"id":575,"date":"2006-01-09T00:00:00","date_gmt":"2006-01-08T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/09\/au-fil-de-la-somme\/"},"modified":"2006-01-09T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-08T23:00:00","slug":"au-fil-de-la-somme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/09\/au-fil-de-la-somme\/","title":{"rendered":"Au fil de la Somme"},"content":{"rendered":"<p>Ce carnet de vagabondages s&rsquo;est \u00e9crit au fil de l&rsquo;eau, dans l&rsquo;inconfort des sentiers boueux, le long des chemins de halage, farcis de silex, au gr\u00e9 du vent, dans le bonheur des d\u00e9couvertes. Aucune le\u00e7on de g\u00e9ographie, d&rsquo;histoire locale, d&rsquo;\u00e9cologie.<br \/>\n<br \/>Tout juste des impressions fugaces, des photos de m\u00e9moire, des couleurs fra\u00eeches, fauve, chaudes ou l\u00e9g\u00e8res. L&rsquo;\u00e9criture a permis de rassembler les \u00e9v\u00e8nements innombrables, glan\u00e9s le long de la rivi\u00e8re, de sa source jusqu&rsquo;\u00e0 la Baie. La Somme, mon fil d&rsquo;Ariane.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1932\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme1def.jpg\" alt=\"somme1def.jpg\" align=\"center\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme1def.jpg 600w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme1def-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 94vw, 600px\" \/><\/p>\n<p>Je m&rsquo;extirpe de Saint-Quentin par le quai du Vieux Port.<br \/>\n<br \/>La rivi\u00e8re, \u00e0 ses premiers babils enfantins depuis Fonsommes, s&rsquo;\u00e9gare dans le marais d&rsquo;Isle, passe sous le fameux pont Art D\u00e9co puis cabriole comme un cabri au c\u00f4t\u00e9 du canal.<br \/>\nSur le chemin du halage, j&rsquo;ai la route toute trac\u00e9e pour Ham. Une chevauch\u00e9e fr\u00e9n\u00e9tique, \u00e0 cause de ces satan\u00e9s moustiques des marais qui fondent sur vous, comme des \u00ab  meurt-de-faim \u00bb au moindre fl\u00e9chissement.<\/p>\n<p>Contraint \u00e0 jouer les derviches tourneurs, j&rsquo;en oublie le d\u00e9fil\u00e9 des \u00e9cluses, le fameux point Y, marquant la jonction des deux canaux, le chemin t\u00e9nu apr\u00e8s Pithon, la s\u00e9ance de coupe-coupe sur le vieil asphalte rong\u00e9 par les ronces. Le chemin de halage s&rsquo;encanaille, se mue en chemin buissonnier. Peu \u00e0 peu le souvenir du haleur d&rsquo;antan, le long de peupliers au garde-\u00e0-vous, s&rsquo;estompe. La nature reprend ses droits dans cet entrelacs d&rsquo;orties belliqueuses o\u00f9 des arbustes d&rsquo;outre-tombe ont eu raison de l&rsquo;enrob\u00e9e en goudron. Je traverse un peu plus loin une zone enti\u00e8rement sauvage. Des momies de saules pleureurs, aux corps noueux, meurtris par d&rsquo;anciennes temp\u00eates, tentent d&rsquo;immerger d&rsquo;un univers glauque, d&rsquo;une eau fangeuse. Le chemin se r\u00e9duit bient\u00f4t \u00e0 un simple filet, entre le canal poussif et la rivi\u00e8re adolescente.<br \/>\n<br \/>Mais me voici d\u00e9j\u00e0 aux abords de Ham, au pays de mon enfance avec son cort\u00e8ge de souvenirs de jeunesse, sombres ou joyeux. Depuis le chemin rehauss\u00e9, aux berges malais\u00e9es, partent tous mes parcours de pr\u00e9dilection. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1933\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme2def.jpg\" alt=\"somme2def.jpg\" align=\"center\" width=\"570\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme2def.jpg 570w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme2def-300x195.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 570px) 94vw, 570px\" \/><\/p>\n<p>Combien de fois j&rsquo;ai pu quitter la ville, synonyme d&rsquo;ennui, pour Pithon. Des courses initiatiques pour apprendre, pour rejoindre mes paysages pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s ; la zone des pr\u00e8s \u00e0 vaches, la rivi\u00e8re insouciante, le fouillis de la v\u00e9g\u00e9tation, le chemin de Brouchy, l&rsquo;interm\u00e8de mar\u00e9cageux d&rsquo;o\u00f9 surgissait parfois, tel un crocodile, un vieux tronc au bois tremp\u00e9. Puis, au bout de ce no man&rsquo;s land pour adolescents aventuriers, la r\u00e9compense de la vir\u00e9e.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la digue conduit toujours aux vestiges de l&rsquo;ancien pont ferroviaire, cass\u00e9 par les \u00ab Boches \u00bb, jamais d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, parce qu&rsquo;il me semblait entrevoir le bout du monde, le d\u00e9but des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>La rue du port, enfin aux abords de la ville. Le port, un bien grand mot pour d\u00e9signer l&rsquo;aire de stationnement de quelques p\u00e9niches &#8211; devenues rares de nos jours &#8211; avant leurs man\u009cuvres dans l&rsquo;\u00e9cluse. Fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;imagerie de mon pass\u00e9, ne subsistent que le banc, l&rsquo;image invers\u00e9e des marronniers, des mastodontes charg\u00e9s de sable ou de bl\u00e9s et de la pittoresque maison de l&rsquo;\u00e9clusier. La rivi\u00e8re, elle, s&rsquo;est autoris\u00e9e une escapade buissonni\u00e8re au c\u009cur de la ville, dans le parc Delicourt. Un endroit riant, fait pour les attentes et les rendez-vous. J&rsquo;y retiens des sc\u00e8nes sublimes de ponts gracieux enjambant les bras du cours d&rsquo;eau, la grande voli\u00e8re, les poissons rouges fuyant mon ombre en de jolies ronds.<br \/>\n<br \/>Mais voici qu&rsquo;apparaissent, \u00e0 un coude du canal, les restes du fort. S&rsquo;y attachent les souvenirs de soldatesques occupants, de prisonniers c\u00e9l\u00e8bres. De la \u00ab Guerri\u00e8re du Santerre \u00bb, \u00e9difi\u00e9e par le comte de Saint-Pol, il ne reste que la tour d&rsquo;entr\u00e9e et des murs rescap\u00e9s de l&rsquo;explosif prussien. Pourtant, sous les gravats de l&rsquo;histoire, subsiste un pass\u00e9 f\u00e9cond. J&rsquo;ai en m\u00e9moire l&rsquo;\u00e9pisode du neveu de l&rsquo;Empereur, faisant la nique au Pr\u00e9fet de police et surnomm\u00e9 Badinguet, apr\u00e8s sa rocambolesque \u00e9vasion.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1934\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme3def.jpg\" alt=\"somme3def.jpg\" align=\"center\" width=\"292\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme3def.jpg 292w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_somme3def-202x300.jpg 202w\" sizes=\"(max-width: 292px) 94vw, 292px\" \/><\/p>\n<p>Vad\u00e9, un obscur \u00e9crivain picard du 18\u00e8me si\u00e8cle, adepte de po\u00e9sie poissarde, aurait pu chanter la louange du c\u00e9l\u00e8bre prisonnier, devenu g\u00e9nial charpentier. Son joueur de gobelets, joyeux \u00ab escroquillard \u00bb, n&rsquo;a-t-il pas dup\u00e9 les ignorants villageois et son Pr\u00e9fet, avec son  \u00ab th\u00e9\u00e2tre imposteur \u00bb et ses \u00ab maints tours de passe-passe \u00bb<br \/>\n<br \/>\u00ab &#8230;Allons, Messieurs, \u00e0 ce tour-ci,<br \/>\n<br \/>Par la vertu de ma baguette<br \/>\n<br \/>Je vais changer cet \u00e9cu que voici<br \/>\n<br \/>En plomb&#8230;Partez&#8230;La chose est faite,<br \/>\n<br \/>Le voyez-vous ? \u00e7\u00e0, maintenant<br \/>\n<br \/>Que le plomb redevienne argent,<br \/>\n<br \/>Soufflez dessus&#8230; \u00bb Chaque maroufle<br \/>\n<br \/>Tour \u00e0 tour de bonne foi souffle,<br \/>\n<br \/>Et l&rsquo;\u00e9cu para\u00eet de nouveau&#8230;<br \/>\n<br \/>\u00ab Ah mon Dieu, Seigneur ! que c&rsquo;est beau !<br \/>\n<br \/>Quel esprit ! C&rsquo;est pire qu&rsquo;un homme,<br \/>\n<br \/>Que cet homme l\u00e0&#8230;\u00e7a, Messieurs<br \/>\n<br \/>Leur dit Escroquillard, le temps m&rsquo;appelle ailleurs. \u00bb<br \/>\n<br \/>A leurs d\u00e9pens muni d&rsquo;une assez bonne somme,<br \/>\n<br \/>Son d\u00e9part fut son dernier tour ;<br \/>\n<br \/>Le village longtemps parla de l&rsquo;homme habile.<\/p>\n<p>\t\tJean-Joseph Vad\u00e9 \u008cuvres de Vad\u00e9  (Edition Garnier Fr\u00e8res).<\/p>\n<p>Mais me voici \u00e0 nouveau dans un costume \u00e9trange. La modeste micheline me conduit \u00e0 travers le Santerre. Je quitte momentan\u00e9ment la rivi\u00e8re fougueuse et adolescente. Je me retourne une derni\u00e8re fois sur le sillage de ces traces. Je sais que tout redevient lisse, comme apr\u00e8s le passage d&rsquo;une p\u00e9niche.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David DELANNOY<\/a><\/p>\n<p>Ecrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce carnet de vagabondages s&rsquo;est \u00e9crit au fil de l&rsquo;eau, dans l&rsquo;inconfort des sentiers boueux, le long des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1932,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[28],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/575"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=575"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/575\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1932"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}