{"id":580,"date":"2006-01-11T09:47:46","date_gmt":"2006-01-11T08:47:46","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/11\/le-chateau-rouge\/"},"modified":"2006-01-11T09:47:46","modified_gmt":"2006-01-11T08:47:46","slug":"le-chateau-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/11\/le-chateau-rouge\/","title":{"rendered":"Le Ch\u00e2teau-Rouge"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Ch\u00e2teau-Rouge \u00e9tait le tapis-franc le plus inf\u00e2me du quartier de la place Maubert.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un asile de nuit pour vagabonds qui, moyennant quelques centimes,  \u00e9taient admis \u00e0 \u00ab dormir \u00e0 la corde\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire assis sur un banc,  la t\u00eate appuy\u00e9e contre une corde qu&rsquo;on l\u00e2chait \u00e0 deux heures du matin. Les pauvres bougres \u00e9taient alors jet\u00e9s \u00e0 la rue par le patron arm\u00e9 d&rsquo;un nerf de b\u0153uf, aid\u00e9 dans sa triste besogne par des gar\u00e7ons qu&rsquo;il avait recrut\u00e9s parmi des lutteurs.<\/p>\n<p>Voici un extrait :<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n<strong>J.K.HUYSMANS<\/strong><\/p>\n<p><em>La Bi\u00e8vre et Saint S\u00e9verin<\/p>\n<p>                            <strong>Rue Galande<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;on peut se demander vraiment pourquoi les galvaudeux, qui savent tr\u00e8s bien que la maison Alexandre et que le Ch\u00e2teau-Rouge sont des traquenards, les fr\u00e9quentent ; la v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;ils ne savent o\u00f9 aller ; partout on les \u00e9pie et on les vend ; les mastroquets et les logeurs d\u00e9pendent dde la police et la secondent; puis dans ce quartier Saint-S\u00e9verin, la plupart des marchands de vin les rebutent par crainte des ennuis ; ils sont donc bien forc\u00e9s de se rabattre sur les tapis-francs qui leur conc\u00e8de, seul d&rsquo;ailleurs, pendant une partie de la nuit un g\u00eete, car l&rsquo;hiver, il peuvent y dormir au chaud sous une table, jusqu&rsquo;\u00e0 deux heures du matin.<\/p>\n<p>A ce point de vue, le Ch\u00e2teau-Rouge, connu aussi sous le nom de guillotine et situ\u00e9 57 rue Galande[[Atget qui l&rsquo;a photographi\u00e9 avant sa d\u00e9molition le situe au num\u00e9ro 61.]] est le lieu le plus cl\u00e9ment aux escarpes et surtout aux purotins.<\/p>\n<p>Son rez-de-chauss\u00e9e se compose de trois pi\u00e8ces. La premi\u00e8re, celle qui donne sur la cour, est immense ; elle est \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9e, la seconde est grande et le gaz y br\u00fble furieusement ; la troisi\u00e8me est minuscule et toute noire, des vagabonds somnolent dans la premi\u00e8re ; des marlous et des sc\u00e9lerats jouent et boivent dans la seconde ; des gens ivres morts dorment dans la troisi\u00e8me.<br \/>\n(&#8230;)Une odeur fade \u00e0 faire vomir, une odeur qui est un m\u00e9lange d&rsquo;une sorte de panade, d&rsquo;eau de javelle et d&rsquo;ip\u00e9ca s&rsquo;\u00e9vade de ces corps serr\u00e9s sous leurs guenilles dans des collants de crasse.<br \/>\n(&#8230;)Le tenancier Pierre Trolliet, un g\u00e9ant habill\u00e9 d&rsquo;un tricot de laine, coiff\u00e9 d&rsquo;une calotte plant\u00e9e de travers sur des cheveux qui frisent ; il m\u00e2che un cigare d&rsquo;un sou, crache sec, h\u00e9risse une dure moustache sur une bouche piqu\u00e9e de bleu  par des points de poudre.<br \/>\n(&#8230;)Trolliet mari\u00e9 \u00e0 une g\u00e9ante au teint couperos\u00e9 et aux cheveux couleur d&rsquo;acajou, un type d&rsquo;ogresse alsacienne.<\/p>\n<p>(&#8230;) Certains soirs, des crises de joie soul\u00e8vent toujours sans que l&rsquo;on sache pourquoi, ces mis\u00e9reux ; alors le repaire se mue en un cabanon de fous ; on se range en cort\u00e8ge, l&rsquo;on s&#8217;empare d&rsquo;un seau vide et joue du tambour dessus ; un autre arbore au bout d&rsquo;un balai un torchon en guise de drapeau, tout l&rsquo;\u00e9tablissement d\u00e9file en poussant des cris d&rsquo;animaux, et cela finit par un chahut.(&#8230;)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Ch\u00e2teau-Rouge \u00e9tait le tapis-franc le plus inf\u00e2me du quartier de la place Maubert. 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