{"id":584,"date":"2006-01-17T00:00:00","date_gmt":"2006-01-16T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/17\/entre-vaux-et-frise-avec-blaise-cendrars\/"},"modified":"2006-01-17T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-16T23:00:00","slug":"entre-vaux-et-frise-avec-blaise-cendrars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/17\/entre-vaux-et-frise-avec-blaise-cendrars\/","title":{"rendered":"Entre Vaux et Frise avec Blaise Cendrars"},"content":{"rendered":"<p>La Somme arrose \u00e0 pr\u00e9sent copieusement P\u00e9ronne, Curlu, Frise et Vaux. Elle s&rsquo;est taill\u00e9e son lit dans la craie et semble se perdre dans ses m\u00e9andres, au milieu d&rsquo;une v\u00e9g\u00e9tation foisonnante. Le belv\u00e9d\u00e8re m&rsquo;offre une nouvelle fois son d\u00e9cor de carte postale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1936\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux5def.jpg\" alt=\"vaux5def.jpg\" align=\"center\" width=\"470\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux5def.jpg 470w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux5def-300x211.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 470px) 94vw, 470px\" \/><\/p>\n<p>Ce point de vue magnifique, sur une pente abrupte du cours d&rsquo;eau &#8211; plut\u00f4t ici un bras mort &#8211; et  depuis lequel vous voyez se d\u00e9ployer un pays discret, me charme \u00e0 tel point que l&rsquo;enchantement persiste encore. J&rsquo;ai d\u00e9val\u00e9 le versant par le sentier de la Voyette, imprimant au passage et au hasard de quelques trou\u00e9es, des art\u00e8res d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>\tJ&rsquo;ai rejoint le maire de Vaux. Sur la barque \u00e0 propulsion \u00e9lectrique de mon ma\u00eetre de c\u00e9ans, j&rsquo;ai fait l&rsquo;apprentissage de ses voies de c\u009cur, dans le d\u00e9dale des ruelles d&rsquo;eau, parmi le fourmillement d&rsquo;une v\u00e9g\u00e9tation luxuriante. Nous n&rsquo;avons pas beaucoup caus\u00e9, nous avons partag\u00e9 le silence. Sous le charme, nous avons observ\u00e9 les eaux moir\u00e9es. Monsieur Derly, sensible \u00e0 la magie des lieux, m&rsquo;a juste confi\u00e9 qu&rsquo;il se remplissait les yeux, l&rsquo;esprit et le c\u009cur chaque jour. <\/p>\n<p>\tNous voguons maintenant \u00e0 travers les motifs aquatiques. Cet automne encore embrase la v\u00e9g\u00e9tation. Le soleil, parti vers l&rsquo;est, obscurcit le sentier des Maguettes, tortillant \u00e0 travers le larris, mais il met de l&rsquo;or sur les roseli\u00e8res d&rsquo;en face et ses rayons sont \u00e0 pr\u00e9sent braqu\u00e9s sur la d\u00e9licatesse des bouleaux, aux troncs cendr\u00e9s. Les branches des arbres, les tiges des carex se penchent sur l&rsquo;onde et s&rsquo;y mirent. Il n&rsquo;y a rien de monotone dans ces entailles d&rsquo;eau. L&rsquo;homme a sans doute jadis model\u00e9 l&rsquo;endroit, cisel\u00e9 les avenues. J&rsquo;imagine des trac\u00e9s tendus au cordeau, des coups de b\u00eache ou de louchet dans la tourbe g\u00e9n\u00e9reuse, des \u00eatres humains s&#8217;employant \u00e0 vivre des largesses d&rsquo;une nature parfois \u00e2pre. J&rsquo;entrevois aussi une vie pastorale sur le versant abrupt de la Somme, une vie de chasse et de p\u00eache pour soulager la pr\u00e9carit\u00e9 de l&rsquo;existence.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1937\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux6def.jpg\" alt=\"vaux6def.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux6def.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux6def-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>\tNous filons tranquille \u00e0 travers le labyrinthe d&rsquo;eau. Ici ou l\u00e0 des \u00eelots de verdure, de rares barques de p\u00eacheurs au blanc. De loin en loin, de menus abris de chasseur camoufl\u00e9s sous les feuillages, une escouade muette de blettes. Au coude d&rsquo;un chenal, notre d\u00e9placement feutr\u00e9 surprend une foulque qui d\u00e9tale en galopant. La beaut\u00e9 \u00e0 port\u00e9e d&rsquo;ailes et du regard. \t<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1938\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux4def.jpg\" alt=\"vaux4def.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux4def.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux4def-300x219.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>Mon guide me conduit vers un endroit plus secret, plus intime. Il y cultive ses myst\u00e8res, les plaisirs de l&rsquo;attente suspendue au passage d&rsquo;oiseaux migrant vers des rivages plus chauds. Mais je n&rsquo;en saurai pas plus sur ses secr\u00e8tes motivations. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1939\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux1def.jpg\" alt=\"vaux1def.jpg\" align=\"center\" width=\"430\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux1def.jpg 430w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux1def-300x216.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 430px) 94vw, 430px\" \/><\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 quelques encablures de Frise, s\u00e9par\u00e9s cependant par une bande \u00e9troite et v\u00e9g\u00e9tale. La simple \u00e9vocation du bourg fait resurgir la g\u00e9ographie du soldat suisse, Blaise Cendrars, venu se perdre ici dans les m\u00e9andres de la Grande Guerre. A notre mani\u00e8re aussi, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que nous voguons derri\u00e8re le sillage du romancier ; il faut  avoir lu \u00ab La Main Coup\u00e9e \u00bb pour comprendre la port\u00e9e des lieux, la force pr\u00e9gnante et myst\u00e9rieuse des couloirs d&rsquo;eau, des barri\u00e8res de verdure, de cette fronti\u00e8re incertaine o\u00f9 deux arm\u00e9es fantomatiques s&rsquo;affrontaient, se d\u00e9fiaient sans se voir.<br \/>\n<br \/>J&rsquo;imagine les traces sinueuses du guerrier chroniqueur, sur le terrain brouill\u00e9 entre Vaux et Frise, sa lutte face \u00e0 l&rsquo;ennemi invisible, tapi sous des \u00e9charpes de brume, avec cette conscience de la fragilit\u00e9 de l&rsquo;existence lorsqu&rsquo;il empruntait les canaux clandestins et p\u00e9rilleux ou voguait dans des nuits obscures, \u00e9clair\u00e9es seulement parfois par les lumi\u00e8res d&rsquo;une canonnade lointaine.<\/p>\n<p>\tAssez tard, alors que le soleil  passe brusquement de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la colline et que les aulnes et les saules assombris appellent les spectres des soldats, mon guide me reconduit jusqu&rsquo;\u00e0 la place de l&rsquo;Arrivoir. Apr\u00e8s les remerciements d&rsquo;usage et la promesse d&rsquo;une autre balade sur les traces de Cendrars, j&rsquo;ai repris le sentier du Belv\u00e9d\u00e8re. A nouveau aux premi\u00e8res loges. Une derni\u00e8re image de m\u00e9moire prise depuis le panorama. Curlu au loin, puis au-del\u00e0 les eaux territoriales de Frise coulant soudain sous un ciel d&rsquo;encre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1940\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux2def.jpg\" alt=\"vaux2def.jpg\" align=\"center\" width=\"470\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux2def.jpg 470w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_vaux2def-300x211.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 470px) 94vw, 470px\" \/><\/p>\n<p><em>\t\u00ab  Car il y avait encore pour nous d\u00e9sorienter tout en nous rappelant \u00e0 l&rsquo;ordre des effets surprenants de brume et des enroulements et des d\u00e9senroulements de brouillard sur l&rsquo;eau, des mouvements et des \u00e9clairages de nuages et des apparitions et des disparitions subites de lune dans les d\u00e9chirures et les coulisses du ciel et l&rsquo;onde moir\u00e9e de reflets et de trous d&rsquo;ombres mobiles ; et la mise en sc\u00e8ne au sol et au niveau de l&rsquo;eau, arbre mort, touffes nageantes, paquets d&rsquo;herbes \u00e0 la d\u00e9rive, silhouettes anthropomorphes d&rsquo;un saule \u00e9t\u00eat\u00e9, remue-m\u00e9nage dans les roseaux et les joncs, froissements de robes, cimes agit\u00e9es, signes myst\u00e9rieux, branches contorsionn\u00e9es, froufrous de manches dans le vent, bourrasques faisant gesticuler les rameaux et les ramillons et se d\u00e9rouler les baguettes dont les rares feuilles pendantes, proches tout proches, se pendaient \u00e0 nous toucher le visage comme des mains humides aux doigts glac\u00e9s pour nous alerter, et pour nous faire peur&#8230; Ainsi nous abordions toujours quelques centaines de m\u00e8tres en avant du petit poste de Curlu pour ne pas vendre la m\u00e8che de notre navigation nocturne&#8230; nous voulions rester ma\u00eetres de notre domaine d&rsquo;eau. \u00bb<\/em><br \/>\n<br \/>\u00ab La Main Coup\u00e9e \u00bb,  Blaise Cendrars.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David DELANNOY<\/a><br \/>\nEcrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Somme arrose \u00e0 pr\u00e9sent copieusement P\u00e9ronne, Curlu, Frise et Vaux. 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