{"id":599,"date":"2006-02-07T20:46:42","date_gmt":"2006-02-07T19:46:42","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/07\/saint-valery-le-crotoy-un-aller-simple\/"},"modified":"2006-02-07T20:46:42","modified_gmt":"2006-02-07T19:46:42","slug":"saint-valery-le-crotoy-un-aller-simple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/07\/saint-valery-le-crotoy-un-aller-simple\/","title":{"rendered":"Saint-Valery, Le Crotoy, un aller simple"},"content":{"rendered":"<h2>Un dimanche au bord de l&rsquo;eau<\/h2>\n<p>Escale \u00e0  Saint-Valery, la belle cit\u00e9 baln\u00e9aire. A nouveau, ce rendez-vous avec les paysages de la Baie. Imm\u00e9diatement, la promenade s&rsquo;impose de mani\u00e8re \u00e9vidente. La ville est faite pour ces d\u00e9ambulations oiseuses. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1953\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30013def.jpg\" alt=\"somme30013def.jpg\" align=\"center\" width=\"490\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30013def.jpg 490w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30013def-300x214.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 490px) 94vw, 490px\" \/><\/p>\n<p>D&rsquo;humeur vagabonde, j&rsquo;atteins la longue digue bordant le chenal lumineux. De fr\u00eales esquifs, voilure d\u00e9ploy\u00e9e, d\u00e9filent devant mes yeux. Je tiens sous le regard l&rsquo;horizon, le ballet des barques color\u00e9es, balan\u00e7ant leur quille au bout des amarres. Alors que le ciel puissant imprime  ses reflets nacr\u00e9s, la Baie offre ses \u00e9tendues  renouvel\u00e9es, virginales.<\/p>\n<p>Silence, magie des images, envo\u00fbtement. Les lieux inspirent, donnent \u00e0 voir et \u00e0 engranger, susurrent mille histoires. Des passants sans souci, nonchalants, viennent accomplir d&rsquo;innocents rituels, admirent les gradations de couleur, num\u00e9risent des sc\u00e8nes marines. Ils me font penser \u00e0 Cora et Bernard, les amants des \u00ab Rives Incertaines \u00bb de Robert Mallet, lorsqu&rsquo;ils contemplaient le jeu des lumi\u00e8res, le remue m\u00e9nage des eaux sur les fronti\u00e8res ind\u00e9cises, sur l&rsquo;espace de concession et de partage, inlassablement lib\u00e9r\u00e9 ou repris. La mer ici se fait artiste, p\u00e9trit, sculpte, esquisse des rivi\u00e8res serpentines, \u00e9tale son cama\u00efeu d&rsquo;ocre. Mais la Baie, bien que prodigue, ne se livre pas docilement. Il faut \u00eatre patient comme le p\u00eacheur \u00e0 pied, insouciant comme le r\u00eaveur de gr\u00e8ves, attendre les offrandes, \u00eatre \u00e0 l&rsquo;unisson de la respiration des lieux.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1954\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30012def.jpg\" alt=\"somme30012def.jpg\" align=\"center\" width=\"360\" height=\"550\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30012def.jpg 360w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30012def-196x300.jpg 196w\" sizes=\"(max-width: 360px) 94vw, 360px\" \/><\/p>\n<p>Je pousse ma vague nostalgie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;antique tour d&rsquo;Harold. J&rsquo;enregistre, en passant, de belles images : le chenal opalin, les ors du Crotoy, des promeneurs alanguis, des vieux en tenue de matelot, une couv\u00e9e de cyclistes, des mouettes rieuses, le relais embl\u00e9matique, les demeures cossues \u00e0 l&rsquo;envi et orn\u00e9es de balcons en bois, les vieilles murailles chapeaut\u00e9es par l&rsquo;\u00e9glise Saint-Martin, enfin le s\u00e9maphore au bout de la ligne droite. <\/p>\n<p>Je fais une halte dans une des buvettes qui bordent le chenal. De l&rsquo;int\u00e9rieur le ciel a l&rsquo;air plus bleu, les nuageux plus cr\u00e9meux, \u00e0 vous tenter la main. Quant \u00e0 ces kayaks color\u00e9s, \u00e9chou\u00e9s sur la gr\u00e8ve, j&rsquo;aurais voulu leur ajouter deux ou trois palmiers pench\u00e9s sur le sable.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1955\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy1def.jpg\" alt=\"crotoy1def.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy1def.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy1def-300x206.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>Un peu plus tard, sur les remparts, \u00e0 l&rsquo;image de ce vieux couple assis sur des chaises de camping ou de cet homme au chien, je me surprends \u00e0 scruter des motifs familiers : les contours vert sombre du Marquenterre, les arabesques du sable, les lacs oblongs. La m\u00eame attirance, le m\u00eame mim\u00e9tisme des regards. L&rsquo;essentiel est devant soi, ailleurs. Un voilier passe. Son sillage retient les regards, fertilise l&rsquo;imaginaire. Je songe \u00e0 toutes les sc\u00e8nes marines, aux  d\u00e9parts vers les mers inconnues, \u00e0 l&rsquo;armada de Guillaume le B\u00e2tard, aux\u00ab milles voiles \u00bb du chroniqueur Malte-Brun, \u00ab portant les cent mille combattants \u00bb, je revois les gribanes, les radeaux charg\u00e9s de galets, les sauterelliers pouss\u00e9s par le noro\u00eet, les bateaux  au long court se taillant la route \u00e0 travers le chenal.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1956\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30016def.jpg\" alt=\"somme30016def.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30016def.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30016def-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>\tMais dans ce pays tout est retour aussi. Je sors, de mon album jauni, de vieilles balades, dans le Courtgain des p\u00eacheurs, le long des modestes maisons de p\u00eacheurs aux tons pastel, qu&rsquo;un certain Anatole France avait aim\u00e9es dans ses <em>\u00ab Promenades de Pierre Nozi\u00e8re en France \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le Courtgain s&rsquo;\u00e9tend derri\u00e8re la rue de la Fert\u00e9, sur une rampe assez rude. Des maisonnettes, qui auraient l&rsquo;air de joujoux si elles \u00e9taient plus fra\u00eeches, se pressent les unes contre les autres, sans doute pour n&rsquo;\u00eatre point emport\u00e9es par le vent. L\u00e0, on voit \u00e0 toutes les portes de jolies t\u00eates barbouill\u00e9es d&rsquo;enfants, et \u00e7\u00e0 et l\u00e0, au soleil, un vieillard qui raccommode un chalut, ou une femme qui coud \u00e0 la fen\u00eatre derri\u00e8re un pot de g\u00e9ranium. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Je descends par des ruelles plus obscures et d\u00e9bouche sur l&rsquo;avenue Romain Michel.  J&rsquo;ai l&rsquo;espoir un peu vain de respirer les parfums fan\u00e9s. Je feuillette des vieux souvenirs, cherche \u00e0 retrouver les petits bonheurs de rien du tout, enfouis sous les gravats de la maison de l&rsquo;Argentin. <\/p>\n<p>Mais le train n&rsquo;attend pas. De joyeux touristes, appareils photos en bandouli\u00e8re, embarquent dans les compartiments propres comme des sous neufs. La belle locomotive, tr\u00e9pigne, envoie ses coups stridents. Le joyeux tortillard s&rsquo;\u00e9broue. Des passagers, sur la passerelle observent l&rsquo;entrelacs des m\u00e2ts et des cordages, envient les go\u00e9lands qui prennent le large. Travelling arri\u00e8re, la digue, ponctu\u00e9e d&rsquo;arbres et de marcheurs du dimanche, s&rsquo;\u00e9tire depuis la pointe du minuscule phare jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cluse. Les coeurs s&rsquo;attendrissent devant les moutons paissant dans les \u00e9tendues herbeuses. Les yeux s&rsquo;\u00e9garent \u00e0 travers les Molli\u00e8res et le long des pr\u00e9s sal\u00e9s. Un cormoran au plumage sombre d\u00e9crit une trajectoire \u00e9nigmatique. Les voyageurs se taisent, se sentent loin de tout ; le temps glisse limpide, comme le sable dans la main. Puis soudain la page se tourne. Le songe s&rsquo;en va. Le Crotoy se profile \u00e0 l&rsquo;horizon. <\/p>\n<p>La cit\u00e9 rivale semble se lover comme un l\u00e9zard le long du rivage min\u00e9ral. Les touristes sont accueillis au petit port de p\u00eache dans une ambiance de f\u00eate foraine. Sur l&rsquo;estacade en bois, on esp\u00e8re le retour des flots. De vieux chalutiers tenus en laisse ont l&rsquo;air d&rsquo;attendre aussi. Pr\u00e8s du port, des badauds se m\u00ealent \u00e0 la population locale. Les gens d&rsquo;ici, on le sait, connaissent les tours des poissons, \u00e0 en juger la richesse des \u00e9tals expos\u00e9s en plein vent. Des m\u00e9nag\u00e8res occasionnelles scrutent les Bouchots du pays, palpent les Oreilles de Cochon, croquent les Salicornes. Non loin de l\u00e0, sur la place Jeanne d&rsquo;Arc, c&rsquo;est l&rsquo;heure des songes, des bras enlac\u00e9s, des cous appuy\u00e9s sur les \u00e9paules des hommes ; seuls quelques claquements de boules viennent interrompre la douce r\u00eaverie. Aux terrasses des brasseries, le temps est suspendu ; des habitu\u00e9s du dimanche, des gens en escale et venus d&rsquo;ailleurs lisent, se parlent, s&rsquo;observent derri\u00e8re leurs lunettes de soleil, se mettent en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>\tJe prolonge la parenth\u00e8se, le long des rues aux maisons basses, des h\u00f4tels \u00e0 tourelles, poursuis la promenade c\u00f4t\u00e9 rivage. Au moment des siestes, la plage semble sans ombre, la mer absente. Des promeneurs, les sens aiguis\u00e9s, s&rsquo;\u00e9gr\u00e8nent sur la vaste \u00e9tendue de sable. Des p\u00e8lerins et leurs chiens s&rsquo;aventurent dans le d\u00e9sert, vers les vagues lointaines. Le spectacle se prolonge \u00e0 l&rsquo;ombre des vieux remparts, des maisons anglo-normandes, l&rsquo;apr\u00e8s-midi s&rsquo;\u00e9tire sur une terrasse chaude.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1957\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy2def.jpg\" alt=\"crotoy2def.jpg\" align=\"center\" width=\"570\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy2def.jpg 570w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_crotoy2def-300x205.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 570px) 94vw, 570px\" \/><\/p>\n<p>\tPuis vient le soir. Le soleil d\u00e9cline derri\u00e8re quelques nuages. J&rsquo;assiste encore une fois \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du large. La chance sourit parfois aux obstin\u00e9s. Le contre-jour r\u00e9v\u00e8le les reflets dor\u00e9s d&rsquo;une mer qui semble inaccessible. Des p\u00eacheurs \u00e0 pied, intr\u00e9pides, d\u00e9tachent leurs sombres contours sur un manteau l\u00e9g\u00e8rement ros\u00e9. Finalement, le soleil dispara\u00eet derri\u00e8re la ligne d&rsquo;horizon, emportant avec lui les silhouettes. Transition magique. Le rose orang\u00e9 et le ruban d&rsquo;or capitulent. Br\u00e8ve rivalit\u00e9 entre la nuit et le jour. Renaissance des couleurs diaphanes, des reflets livides. Instants de m\u00e9lancolie. Je sors l&rsquo;appareil photo, pour de nouvelles aventures chromatiques. La nuit est tomb\u00e9e sur les lumi\u00e8res du long quai de l&rsquo;Aviation. <\/p>\n<p>Silencieux, je repars d&rsquo;o\u00f9 je suis venu. Des voix \u00e9touff\u00e9es se r\u00e9veillent, fragiles, comme des porcelaines sorties du Titanic.<\/p>\n<p><em>\u00ab La baie de Somme, humide encore, mire sombrement un ciel \u00e9gyptien, framboise, turquoise et cendre verte. La mer est partie si loin qu&rsquo;elle ne viendra peut-\u00eatre plus jamais ?&#8230;Si, elle reviendra tra\u00eetresse et furtive comme je la connais ici&#8230; \u00bb<br \/>\n<br \/>\u00ab Les Vrilles de la Vigne \u00bb<\/em>  Colette   (Livre de Poche).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1958\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30011def.jpg\" alt=\"somme30011def.jpg\" align=\"center\" width=\"480\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30011def.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_somme30011def-300x231.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>Texte et photos <a href=\"David.Delannoy@ac-amiens.fr\">David DELANNOY<\/a><br \/>\nEcrivain-marcheur.<br \/>\n<br \/>Auteur de <em>Lectures Buissonni\u00e8res<\/em> (Editions La Vague Verte) et de <em>Picardie Vagabonde<\/em> (\u00e9ditions Punch &#8211; 30 textes illustr\u00e9s d&rsquo;aquarelles de Roger Noyon et de<br \/>\nJean-Marc Agricola).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un dimanche au bord de l&rsquo;eau Escale \u00e0 Saint-Valery, la belle cit\u00e9 baln\u00e9aire. 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