{"id":600,"date":"2006-01-02T23:27:00","date_gmt":"2006-01-02T22:27:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/02\/la-chute-de-la-maison-thiers\/"},"modified":"2025-05-04T12:55:16","modified_gmt":"2025-05-04T10:55:16","slug":"la-chute-de-la-maison-thiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/02\/la-chute-de-la-maison-thiers\/","title":{"rendered":"La chute de la Maison Thiers (premi\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pour r\u00e9tablir quelques faits ignor\u00e9s ou pass\u00e9s sous silence, et r\u00e9pondre aux erreurs publi\u00e9es depuis 136 ans.<\/p>\n<p>Tous les documents et \u00ab t\u00e9moignages \u00e0 chaud \u00bb sont accessibles \u00e0 tous, pour la plupart, depuis juin 1871.<br>\nLes personnes cit\u00e9es ont r\u00e9sid\u00e9 aux adresses indiqu\u00e9es.<\/p>\n<p><!--more--><br>\nUne histoire in\u00e9dite et insolite du \u00abd\u00e9montage\u00bb de l&rsquo;H\u00f4tel de la place Saint Georges pendant la Commune de Paris de 1871.<\/p>\n<p><em>par Bernard Vassor<\/em><\/p>\n<p><em>\u00abQuand je fus charg\u00e9 des affaires,<br>\nj&rsquo; eus imm\u00e9diatement cette double pr\u00e9occupation de conclure la paix et de soumettre Paris\u00bb<\/em> (Adolphe Thiers, souvenirs).<\/p>\n<p><strong>La fuite \u00e0 Versailles :<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements de Montmartre au matin du 18 mars, Thiers quitta Paris en voiture, partant du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, emmenant Picard et Barth\u00e9lemy, laissant sa femme et sa belle s\u009cur rest\u00e9es place Saint-Georges se d\u00e9brouiller seules.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 Versailles dans son landau, il s&rsquo;arr\u00eata avenue de Paris dans la cour d&rsquo;une r\u00e9sidence toute neuve r\u00e9serv\u00e9e au pr\u00e9fet de Seine-et-Oise, et qui avait servi pendant la guerre de quartier g\u00e9n\u00e9ral au roi de Prusse. Le pr\u00e9fet Augustin Cochin, dernier occupant, fut pri\u00e9 d&rsquo;aller porter ses p\u00e9nates dans un petit recoin situ\u00e9 dans le corps de b\u00e2timent donnant sur la rue Saint-Pierre. Vers 10 heures, le reste de la smala, ces dames, les femmes de chambre, le valet personnel du pr\u00e9sident, les chevaux et leurs \u00e9quipages prirent possession des lieux dans un vacarme \u00e9pouvantable. Enferm\u00e9 dans le cabinet qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait fait am\u00e9nager, Thiers \u00e9tait d\u00e9rang\u00e9 \u00e0 chaque instant par madame pour des d\u00e9tails m\u00e9nagers ; il sortait alors sur le palier, et criait de sa petite voix de fausset :<br>\n&#8211; \u00ab Barth\u00e9lemy, occupez-vous de ces dames ! \u00bb.<\/p>\n<p>Ce soir l\u00e0, ce fut un d\u00e9fil\u00e9 de g\u00e9n\u00e9raux venus apporter des nouvelles de Paris.<br>\nLe g\u00e9n\u00e9ral Valentin, accompagn\u00e9 d&rsquo;Appert et d&rsquo;un journaliste, voulu parler de l&rsquo;affaire de la rue des Rosiers et de l&rsquo;assassinat de Lecomte et Thomas. Il fut interrompu par le chef du pouvoir ex\u00e9cutif, surpris et contrari\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00abMonsieur, cela n&rsquo;est pas, on vous a exag\u00e9r\u00e9 les faits, il y a bien eu quelque chose&#8230;, mais \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 aussi loin que ce que vous nous racontez l\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<p>Madame Thiers se m\u00eala \u00e0 la conversation pour dire qu&rsquo;il \u00e9tait inutile de venir apporter au pr\u00e9sident de pareilles histoires. Charles, le valet, ne put coucher son ma\u00eetre avant minuit ce soir l\u00e0. En plein milieu de la nuit, le g\u00e9n\u00e9ral Vinoy vint demander \u00e0 parler d&rsquo;urgence au chef de l&rsquo;\u00e9tat. Apr\u00e8s bien des tergiversations, madame Thiers, en chemise de nuit, r\u00e9veilla son mari et introduisit le g\u00e9n\u00e9ral dans la chambre. Celui-ci expliqua la situation au Mont Val\u00e9rien, que Thiers avait imprudemment fait \u00e9vacuer. Apr\u00e8s avoir convenu de sa b\u00e9vue, il laissa les pouvoirs au g\u00e9n\u00e9ral et le cong\u00e9dia s\u00e8chement pour se rendormir ; il allait enfin pouvoir appliquer le plan qu&rsquo;il avait mis sur pied depuis 1848 et qui avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Bugeaud ; il voulait sortir de Paris, lever une arm\u00e9e, et \u00e9craser d\u00e9finitivement la \u00ab vile multitude \u00bb&#8230;<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain, il encouragea l&rsquo;amiral Saisset \u00e0 rester \u00e0 Paris pour \u00e9tablir une sorte de quartier g\u00e9n\u00e9ral au \u00ab Grand H\u00f4tel \u00bb. Il lui envoya diff\u00e9rents \u00e9missaires, dont Troncin-Dumersan, qui joua dans cette affaire un r\u00f4le consid\u00e9rable.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1959\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_FUITE_VERSAILLES.jpg\" alt=\"hotel_thiers_COMMUNE_FUITE_VERSAILLES.jpg\" width=\"300\" height=\"350\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_FUITE_VERSAILLES.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_FUITE_VERSAILLES-257x300.jpg 257w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>La fi\u00e8vre obsidionale<\/strong><\/p>\n<p>Une perquisition eut lieu dans les bureaux de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, 54 rue de Provence, le 12 mai. Les scell\u00e9s furent appos\u00e9s sur les caisses, et un poste \u00e9tabli en permanence dans l&rsquo;\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>Dans le 9\u00b0 arrondissement enti\u00e8rement cern\u00e9, des fouilles furent entreprises pour rechercher les r\u00e9fractaires. On ne passe pas sans montrer ses papiers aux factionnaires qui en gardent toutes les issues et contr\u00f4lent que tous les hommes entre 19 et 40 ans sont bien inscrits sur les listes et assurent bien leur obligations aupr\u00e8s de la Garde nationale. Plus de quarante hommes seront intern\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9glise Notre Dame de Lorette, transform\u00e9e pour la circonstance en prison militaire.<\/p>\n<p>Toutes les rues fourmillaient d&rsquo;agents de police, d&rsquo;indicateurs, d&rsquo;espions diligent\u00e9s par diff\u00e9rents services, de l&rsquo;arm\u00e9e, du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur et de la pr\u00e9fecture dirig\u00e9e \u00e0 Versailles par le g\u00e9n\u00e9ral Valentin.<\/p>\n<p>L&rsquo;officier de paix, le commissaire Lombard, dirigeait depuis plusieurs ann\u00e9es (il avait m\u00eame servi sous l&#8217;empire) un cabinet secret o\u00f9 il n&rsquo;avait \u00e0 r\u00e9pondre qu&rsquo;au pr\u00e9fet en personne. Il \u00e9tait le seul \u00e0 savoir l&rsquo;identit\u00e9 de ses agents. Ceux-ci ne se connaissaient pas entre eux et \u00e9taient parfois charg\u00e9s de se surveiller mutuellement ; leurs rapports \u00e9taient sign\u00e9s soit d&rsquo;un pseudonyme, soit d&rsquo;un num\u00e9ro qui leur \u00e9tait attribu\u00e9.<\/p>\n<p>Ajoutez \u00e0 cela des aventuriers mercenaires, et vous n&rsquo;aurez qu&rsquo;une petite id\u00e9e de la confusion qui pouvait r\u00e9gner. Le plus connu d&rsquo;entre eux \u00e9tait Georges Veysset, v\u00e9ritable Fr\u00e9goli (il faussera compagnie aux policiers de la Commune, d\u00e9guis\u00e9 en tyrolien). Pendant la guerre franco-prussienne, il \u00e9tait entr\u00e9 en rapport avec Barth\u00e9l\u00e9my-Saint-Hilaire par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;amiral Saisset, \u00e0 qui il avait demand\u00e9 pendant le si\u00e8ge la concession du ravitaillement des d\u00e9partements envahis. Il s&rsquo;\u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 madame de Forsans, v\u00e9ritable reine de l&rsquo;escroquerie, et aux fr\u00e8res Adrien et Alphonse Guttin, agent de change 4 boulevard Saint Michel, dont le plan consistait \u00e0 se rendre ma\u00eetre de la capitale et op\u00e9rer une forte diversion. Ces deux fr\u00e8res furent mis en relation avec Cadart, commandant du 8\u00b0 bataillon de marche de la Garde nationale (II\u00b0arrond) et de Charles Chervet, commandant en second du 165\u00b0 bataillon (XV\u00b0). Ils ont nou\u00e9 des relations avec Chalain, \u00e9lu de la Commune dans le XVII\u00b0, qui deviendra l&rsquo;agent num\u00e9ro 20 du cabinet Lombard, et qui signera \u00e9galement ses rapports sur les communards en fuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger du pseudonyme \u00abLudovic\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat major de l&rsquo;amiral Saisset \u00e9tait \u00e9tabli au Grand H\u00f4tel.<\/p>\n<p>Un certain nombre d&rsquo;appartements du quartier furent mis \u00e0 la disposition de Georges Veysset afin de lui servir de refuge et de lieu de r\u00e9union :<br>\n&#8211; 28 rue Pigalle, un logement vide sert comme lieu de r\u00e9union, mis \u00e0 disposition par le concierge, un nomm\u00e9 Muller d&rsquo;origine alsacienne, d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la cause de l&rsquo;ordre.<br>\n&#8211; 7 rue Pigalle chez un parent<br>\n&#8211; 91 (?) rue Neuve des Mathurins chez le comte de&#8230;<br>\n&#8211; 48 rue Condorcet<br>\n&#8211; 12 rue Frochot<br>\n&#8211; 14 boulevard de Clichy<br>\n&#8211; 3 rue de Douai, chez Alphonse Guttin qui avait une issue donnant sur la rue Pigalle.<br>\n&#8211; 10 rue Cadet Adrien Guttin.<\/p>\n<p>Le 32 rue Caumartin \u00e9tait l&rsquo;adresse personnelle de Veysset.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1960\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_place_st_georges_avant.jpg\" alt=\"hotel_thiers_place_st_georges_avant.jpg\" width=\"350\" height=\"201\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_place_st_georges_avant.jpg 350w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_place_st_georges_avant-300x172.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 350px) 94vw, 350px\" \/><\/p>\n<p>Il r\u00e9ussit \u00ab\u00e0 acheter\u00bb les batteries de Montmartre pour 10 000 francs par l&rsquo;entremise du docteur Boudin.<\/p>\n<p>Son plus haut fait d&rsquo;arme, est la tentative de retournement du g\u00e9n\u00e9ral Dombrowski.<\/p>\n<p>Planat, envoy\u00e9 particulier de Thiers pour garantir les sommes consid\u00e9rables qui seront remises \u00e0 l&rsquo;aventurier Veysset, fut mis en relation avec l&rsquo;aide de camp du g\u00e9n\u00e9ral polonais un nomm\u00e9 Hutzinger.<\/p>\n<p>Les rendez-vous avaient lieu au Caf\u00e9 de Normandie, \u00e0 l&rsquo;angle des rues Joubert et Caumartin. L&rsquo;affaire \u00e9tait financ\u00e9e et suivie directement par Barth\u00e9l\u00e9my et Thiers lui-m\u00eame, second\u00e9s par Oscar Planat ancien d\u00e9put\u00e9 demeurant 32 boulevard des Italiens.<\/p>\n<p>La somme engag\u00e9e \u00e9tait de 1 million de francs !<\/p>\n<p>Les pourparlers allaient se poursuivre par l&rsquo;entremise de madame M\u00fcller la femme du concierge du 28 Pigalle.<\/p>\n<p>A Versailles, Veysset habitait 18 rue du Pain chez madame Chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Le dernier \u00e9pisode de cette affaire se d\u00e9roula de la mani\u00e8re suivante : apr\u00e8s un rendez-vous report\u00e9 au Lapin Blanc (!) \u00e0 Saint Denis, Veysset fut arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Saint-Ouen par des soldats de la Commune ; l&rsquo;affaire \u00e9chouera car Dombrowski ayant fait mine d&rsquo;accepter la corruption, avait pr\u00e9venu le Comit\u00e9 Central.<\/p>\n<p>Veysset amen\u00e9 pour interrogatoire dans les locaux de l&rsquo;ex-pr\u00e9fecture, fut ensuite conduit au pieds de la statue d&rsquo;Henri IV au Pont Neuf, pour y \u00eatre fusill\u00e9, et son corps jet\u00e9 dans la seine (\u00ab la veuve \u00bb Veysset d\u00e9posa une plainte le 28 contre la femme M\u00fcller du 28 rue Pigalle, l&rsquo;accusant d&rsquo;avoir d\u00e9nonc\u00e9 son mari en juillet 1871, elle sera d\u00e9bout\u00e9, mais touchera une indemnit\u00e9 de 4000 ou 10000 francs selon les sources.)<\/p>\n<p><strong>Sur le complot des embauchages dans la Garde nationale dit \u00ab Des 3 francs \u00bb, et sur le \u00ab complot du faubourg Montmartre \u00bb (n\u00b0 40)<\/strong><\/p>\n<p>Un rapport de police du commissariat du 35\u00b0 quartier, Faubourg Montmartre (n\u00b021) par le commissaire MichelDu 20 mai 1871 adress\u00e9 au citoyen Ferr\u00e9 :<\/p>\n<p><em>\u00ab Un nomm\u00e9 Lesou\u00eb (?) Louis, marchand de tabac 29 faubourg Montmartre est capitaine au 6\u00b0 bataillon 3\u00b0 compagnie dont un commandant de Versailles devait prendre avec un nomm\u00e9 Rochebrune, leur tentative ayant \u00e9chou\u00e9, voici la copie d&rsquo;un rapport qui nous est adress\u00e9 \u00e0 ce sujet et dans laquelle ils renouvellent le complot sous d&rsquo;autres formes.<\/em><\/p>\n<p>Complot du faubourg Montmartre 40<\/p>\n<p>Les conjur\u00e9s<\/p>\n<p>Le nomm\u00e9 Vuivard, marchand de comestibles, le nomm\u00e9 Mathieu m\u00e9canicien quai de Valmy au num\u00e9ro 127. Marotan \u00e0 Saint-Denis sur les bateaux, c&rsquo;est lui qui a fourni les fond pour la fabrication de petits canons portatifs, qui est la contrefa\u00e7on du petit canon brevet\u00e9 du citoyen Follut.<\/p>\n<p>Ils les construisent \u00e0 Saint-Denis et les fournissent \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e de Versailles. Ils font journellement l&rsquo;espionnage entre Paris et Versailles avec un zouave pontifical. Le nomm\u00e9 Vuivard se tient \u00e0 Saint-Denis, vient \u00e0 Paris de temps en temps, et ne se montre pas et repars de suite accompagn\u00e9 de sa femme pour faire parvenir tout ce qu&rsquo;ils peuvent recueillir contre Paris.<\/p>\n<p>Il y a un tra\u00eetre dans la Commune qui vient chez Vuivard qui lui fait savoir ce qui se passe \u00e0 Paris, je crois si je ne me trompe qu&rsquo;il se nomme Sessoie ou Sessau. Ajoutez \u00e0 la liste des t\u00e9moins :<\/p>\n<p>Le citoyen Michel, cit\u00e9 de la Chapelle n\u00b011.<\/p>\n<p>La citoyenne Preau Vivelle, cit\u00e9 du Midi, boulevard de Clichy (c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;adresse de Jean Baptiste Cl\u00e9ment pendant la Commune au num\u00e9ro 10).<\/p>\n<p>La citoyenne Clara boulevard de Clichy 29.<\/p>\n<p>Si vous jugez n\u00e9cessaire de m&rsquo;envoyer les mandats r\u00e9guliers, je ferai tous mes efforts pour mener les choses \u00e0 bonne fin.<\/p>\n<p>Il nous faudrait pour cette circonstance (&#8230;) \u00eatre muni de revolvers (&#8230;).<\/p>\n<p><em>Signature : Michel (commissaire de police au poste du 21 rue du faubourg Montmartre).<\/em><\/p>\n<p>Le 6 mai 1871, le commissaire Chauvet du commissariat de la Chauss\u00e9e d&rsquo;Antin mentionne une perquisition boulevard Victor Hugo 41 (Haussman) sur les renseignements de la concierge du m\u00eame num\u00e9ro.<\/p>\n<p><em>Dans un local occup\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 dite Saint-Hubert, a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 la saisie de :<\/em><\/p>\n<p><em>3600 cartouches chassepot<\/em><\/p>\n<p><em>4 fusils chassepot avec leurs sabres<\/em><\/p>\n<p><em>3 n\u00e9cessaires d&rsquo;armes<\/em><\/p>\n<p><em>9 fourniments complets<\/em><\/p>\n<p><em>11 havresacs avec boite \u00e0 cartouche<\/em><\/p>\n<p><em><br>\n<\/em><em><\/em><em><\/em><em><\/em><em><\/em><em><\/em><em>quelques effets d&rsquo;habillement en partie us\u00e9s<\/em><\/p>\n<p>(&#8230;) Nous avons livr\u00e9 le tout \u00e0 la mairie du 9\u00b0 arrondissement.<br>\nD\u00e9pense pour commissionnaire et voiture : 5f60<br>\nSignature :<\/p>\n<p><em>Le commissaire de police Chauvet 75 rue de la Victoire.<\/em><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;affaire des brassards :<\/strong><\/p>\n<p>Des mod\u00e8les de brassards, venus de Versailles avaient \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s par un envoy\u00e9 du commissaire de police B\u00e9rillon chez Lasnier \u00abentrepreneur\u00bb rue de 7 Maubeuge. Ce dernier avait pour mission de confectionner rapidement 20 000 brassards pour \u00abla l\u00e9gion des Volontaires de la Seine\u00bb. Ces bataillon de l&rsquo;Ordre furent mis sur pied sous la direction du lieutenant Escolan de Granpr\u00e9, ancien mercenaire dans l&rsquo;arm\u00e9e sudiste pendant la guerre de s\u00e9cession et du commandant Durieu, qui avait servi dans la contre gu\u00e9rilla au Mexique, qui s&rsquo;illustreront pendant la semaine sanglante par les m\u00e9thodes d&rsquo;assassinat particuli\u00e8res, au gr\u00e9 de leur humeur&#8230;<\/p>\n<p>Ces brassards devaient servir de reconnaissance aux Gardes nationaux de l&rsquo;Ordre rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 Versailles pour tromper les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, dont certaines compagnies avaient fait confectionner des brassards rouges avec le chiffre de leur l\u00e9gion (Certains brassards sont conserv\u00e9s aux Archives de Paris, dont un brassard rouge du IX\u00b0 arrondissement).<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9molition :<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, le matin, on peut voire un ballet de fourgons de d\u00e9m\u00e9nagement, r\u00e9quisitionn\u00e9s par Joseph Fontaine. Le bruit des sabots des chevaux et des roues ferr\u00e9es crissant sur le pav\u00e9 va bient\u00f4t r\u00e9veiller les habitants des rues Saint-Georges et Notre Dame de Lorette.<\/p>\n<p>Des jeunes chiens de retour dans Paris depuis la fin du premier si\u00e8ge, qui, ne figurant plus au menu des restaurants parisiens, peuvent manifester bruyamment leur pr\u00e9sence en aboyant. Les vidangeurs (De l&rsquo;entreprise Gilbert, Ma\u00eetre des basses \u009cuvres, \u00ab D\u00e9crotteur \u00bb passage Jouffroy, petite galerie, rez-de-chauss\u00e9e num\u00e9ro 43) en dessous de la rue Notre Dame de Lorette ayant termin\u00e9 de curer les puisards et la fosse d&rsquo;aisance du bas de la rue des Martyrs, \u00e0 l&rsquo;angle de la rue Lamartine. Ils sont situ\u00e9s devant le magasin du commandant du 117\u00b0 bataillon de la Garde nationale Louis Brunereau, \u00ab <em>le terrible fourreur de la rue des Martyrs \u00bb<\/em> comme le nomment les journaux versaillais. Les chevaux de renfort, du relais Montmartre attach\u00e9s aux anneaux de l&rsquo;\u00e9glise, manifestent leur r\u00e9pulsion en piaffant de d\u00e9go\u00fbt. L&rsquo;air est vici\u00e9 d&rsquo;un nuage d&rsquo;exhalaisons insalubres qui empuantissent tout le voisinage, de la rue Cadet au faubourg Montmartre, jusqu&rsquo;\u00e0 la place Br\u00e9da. Mais bient\u00f4t, le vent tournant, les odeurs naus\u00e9abondes s&rsquo;estompent, remplac\u00e9s par le doux parfum du bosquet des lilas en fleur qui cernent l&rsquo;h\u00f4tel de la place, sur les murs duquel, a \u00e9t\u00e9 placard\u00e9 l&rsquo;affiche suivante :<br>\n<em>Arr\u00eat\u00e9 du Comit\u00e9 de salut public 21 flor\u00e9al (publi\u00e9 au J.O. de la Commune du 11 mai) :<br>\n\u00ab Le Comit\u00e9 de salut public, vu l&rsquo;affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, consid\u00e9rant que cette affiche imprim\u00e9e \u00e0 Versailles, a \u00e9t\u00e9 appos\u00e9e \u00e0 Paris par les ordres dudit sieur Thiers, que dans ce document, il d\u00e9clare que son arm\u00e9e ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour, des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles (&#8230;)<br>\n&#8211; Article 1er :<br>\nLes biens et immeubles des propri\u00e9t\u00e9s de Thiers (&#8230;)<\/em><\/p>\n<p><em>Art 2 La maison du sieur Thiers, situ\u00e9e place Saint-Georges sera ras\u00e9e &#8230;<\/em><\/p>\n<p><em><br>\n<\/em><em><\/em><em>Art 3 Les citoyens Fontaine, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux domaines et Andrieu d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux services publics sont charg\u00e9s chacun en ce qui le concerne de l&rsquo;ex\u00e9cution imm\u00e9diate du pr\u00e9sent arr\u00eat\u00e9.<br>\nLes Membres du Comit\u00e9 de Salut Public : Antoine Arnaud, Eudes, F.Gambon, G.Ranvier&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Antoine Arnaud (39 ans journaliste, \u00e9lu du III\u00b0), Emile Eudes, (27 ans g\u00e9n\u00e9ral de la Commune pharmacien, \u00e9lu dans le XI, commandant de la XX\u00b0 l\u00e9gion), Ferdinand Gambon, 51 ans, propri\u00e9taire, \u00e9lu dans le X\u00b0), Gabriel Ranvier, (42 ans peintre sur laque, \u00e9lu dans le XX\u00b0).<\/p>\n<p>Petit \u00e0 petit, le quartier endormi va se remplir de curieux venus assister \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement de la journ\u00e9e. Aux badauds, se sont m\u00eal\u00e9s des provocateurs versaillais.<\/p>\n<p>Nous sommes dans l&rsquo;arrondissement le plus r\u00e9actionnaire de Paris : la Nouvelle Ath\u00e8nes. C&rsquo;est le seul arrondissement de Paris \u00e0 ne pas avoir de repr\u00e9sentants \u00e9lus apr\u00e8s la d\u00e9mission des \u00ab <em>conciliateurs<\/em> \u00bb Arthur Ranc et Ulysse Parent, les 4 et 5 avril.<\/p>\n<p>Notre Dame de Lorette est le quartier qui compte le plus grand nombre de r\u00e9fractaires.<\/p>\n<p>Les d\u00e9m\u00e9nageurs r\u00e9quisitionn\u00e9s par le directeur des domaines, s&rsquo;activent, aid\u00e9s par 3 ou 4 Gardes nationaux d\u00e9tach\u00e9s de leur bataillon pour assurer une molle surveillance.<\/p>\n<p>La foule grandit de plus en plus chauff\u00e9e \u00e0 blanc par des agitateurs bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 emp\u00eacher \u00ab<em> ce crime<\/em> \u00bb. Venu de chez Potel et Chabot rue Notre-Dame-de-Lorette, un groupe d&#8217;employ\u00e9s, acquis \u00e0 l&rsquo;ordre a \u00e9t\u00e9 requis par leur patron, afin de manifester bruyamment contre \u00ab <em>l&rsquo;horrible m\u00e9fait qui va se commettre \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Il y a quand m\u00eame moins de monde que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, le 2 mai, ou un spectacle effrayant et grandiose, avait r\u00e9unis dans le quartier plus de dix milles personnes selon les journaux. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;incendie qui avait d\u00e9vast\u00e9 plusieurs immeubles de la rue Chaptal. C&rsquo;est vers minuit que le feu s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 chez Math\u00e9rion le menuisier du num\u00e9ro 7.<\/p>\n<p>Une immense lueur rouge\u00e2tre s&rsquo;\u00e9tendait sur Paris. Des environs d&rsquo;Asnieres et de Bois-Colombes, on aurait pu croire \u00e0 une aurore bor\u00e9ale. Heureusement on r\u00e9ussit \u00e0 mettre \u00e0 l&rsquo;abri tous les locataires. Ceux des maisons voisines ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 leur mobilier. Les rues Pigalle, Fontaine et Larochefoucauld sont encombr\u00e9es de matelas et de meubles gard\u00e9s par des femmes \u00e0 demi v\u00eatues. Les curieux arrivent de tous les cot\u00e9s et g\u00eanent l&rsquo;arriv\u00e9e des dix pompes \u00e0 incendie man\u009cuvr\u00e9es par des pompiers et la troupe arriv\u00e9e en renfort. Les num\u00e9ros 5 et 7 de la rue Chaptal sont an\u00e9antis, le 49 rue Pigalle est gravement endommag\u00e9. Six personnes gravement bless\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es chez le pharmacien qui occupe la maison qui fait l&rsquo;angle de la rue Chaptal et de la rue Fontaine, d&rsquo;autres sont conduits \u00e0 l&rsquo;hospice Beaujon, rue Saint-Honor\u00e9. Nous ne sommes pas pr\u00eat de voire pareil embrasement dans la capitale&#8230; disent des badaud attir\u00e9s par le spectacle.<\/p>\n<p>Madeleine Perrin, qui revenait de faire ses courses avec les quinze sous qu&rsquo;elle recevait au titre de femme de Garde national au 228\u00b0, est outr\u00e9e par l&rsquo;impudence \u00ab de l&#8217;empoisonneur et de ses larbins \u00bb.<\/p>\n<p>Elle avait \u00e9t\u00e9 intoxiqu\u00e9e apr\u00e8s avoir achet\u00e9 et mang\u00e9 une boite de conserve expos\u00e9e dans la vitrine du magasin Potel, \u00e9tiquet\u00e9e <em>\u00abB\u009cuf de rempart\u00bb,<\/em> qui avait \u00e9t\u00e9 cuisin\u00e9e avec de la raclure de cheval, du rat, diff\u00e9rents petits animaux, chien, chat et autres petits rongeurs non identifi\u00e9s.<br>\nCourageusement elle apostrophe les bouchers de chez Chabot en ces termes : \u00ab <em>\u00c7a leur suffit pas \u00e0 ces pignoufs d&rsquo;avoir empoisonn\u00e9 tout le quartier !, rentrez chez vous, bande d&rsquo;assassins ! \u00bb<\/em>. Son pain sous le bras, ah !ce pain, comme il est bon aujourd&rsquo;hui. Achet\u00e9 \u00e0 la boulangerie Fromentault, 18 rue Saint Lazare, il est \u00e9quip\u00e9 du seul four \u00e0 r\u00e9verb\u00e8re existant \u00e0 Paris. Ce n&rsquo;est plus le <em>pain de si\u00e8ge<\/em> ou bien <em>le pain-Ferry<\/em>, comme on l&rsquo;appelait il y a 4 mois encore, avant la capitulation.<\/p>\n<p>D&rsquo;aspect navrant, ce pain noir et granuleux, \u00e9tait tiss\u00e9 de morceaux de paille et de grumeaux de riz, tr\u00e8s difficile \u00e0 broyer et totalement indigeste. Edmond de Goncourt raconte que la poule qu&rsquo;il \u00e9levait, se serait laiss\u00e9e mourir de faim plut\u00f4t que de se casser le bec dessus. Il fallait en plus, avoir des bons pour pouvoir ce procurer cette denr\u00e9e. Si on \u00e9tait argent\u00e9, on pouvait se procurer de la viande sans ticket dans une boucherie canine. A l&rsquo;\u00e9tal pendus aux crocs sanglants de pauvres b\u00eates \u00e9corch\u00e9es, ici un terre-neuve, un dogue, un pauvre corniaud fam\u00e9lique. A l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9, pour trente francs, c&rsquo;est pour rien, un beau chat tigr\u00e9 aux beaux yeux verts vous est offert. Enfin pour les petits budgets, un rat \u00e0 cinquante sous, embroch\u00e9 sur une ba\u00efonnette, vous d\u00e9lestait d&rsquo;une journ\u00e9e de salaire moyen d&rsquo;un ouvrier.<\/p>\n<p>Un livreur de la maison Belloir Fr\u00e8res, 56 rue de la Victoire, faisant un petit crochet, d\u00e9ploie fi\u00e8rement l&rsquo;\u00e9tendard du 117\u00b0 command\u00e9 par la mairie du IX\u00b0. C&rsquo;est un drapeau en voile \u00e9tamine avec inscriptions en lettres d&rsquo;or, doubl\u00e9 en pareil avec les m\u00eames inscriptions. Il a 1,25 m\u00e8tre de long x 1,25 m\u00e8tre de large (?) orn\u00e9 au pourtour d&rsquo;une frange d&rsquo;or jaune mont\u00e9 sur hampe de bois noir vernis avec culot cuivre fondu, surmont\u00e9 d&rsquo;une lance en bois sculpt\u00e9 dor\u00e9, cravate en voile semblable frang\u00e9e or.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;h\u00f4tel, certains \u00ab<em>francs- pillards<\/em> \u00bb, d\u00e9valisant pour leur compte, du moins en apparence, \u00e9taient surveill\u00e9s de tr\u00e8s pr\u00e8s par un officier de la Garde nationale f\u00e9d\u00e9r\u00e9e qui ne quitta la place que lorsque la maison fut enti\u00e8rement vid\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait Barral de Montaud qui avait permis la visite, un peu saugrenue en apparence, ce jour l\u00e0, de l&rsquo;h\u00f4tel par un groupe de jeunes aveugles des Quinze-vingt accompagn\u00e9s de leurs soignants.<\/p>\n<p>Des t\u00e9moins furent intrigu\u00e9s par l&rsquo;aisance avec laquelle les pensionnaires de l&rsquo;hospice pouvaient d\u00e9placer dans toutes les pi\u00e8ces, compte tenu de leur infirmit\u00e9.<\/p>\n<p>On distingue dans la foule, l&rsquo;inspecteur de police Alvarado qui sera charg\u00e9 plus tard de retrouver lui aussi des objets disparus, on peut aussi reconna\u00eetre \u00ab Monsieur Claude \u00bb le commissaire de police qui travaille pour le compte du g\u00e9n\u00e9ral Valentin et qui \u00e9tait charg\u00e9 de la surveillance des clubs, r\u00e9unions et endroits mal fam\u00e9s.<\/p>\n<p>Il d\u00e9posera ensuite devant la Commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire sur l&rsquo;insurrection du 18 mars. D\u00e9tail piquant, est pr\u00e9sent \u00e9galement, Fran\u00e7ois Parion, plombier couvreur, qui a ses ateliers au 8 rue Notre dame de Lorette jouxtant l&rsquo;ancienne Brasserie des Martyrs, fr\u00e9quent\u00e9e autrefois par Jules Andrieu et Gustave Courbet. Cet artisan couvreur, qui assiste en curieux \u00e0 \u00ab <em>la d\u00e9pose<\/em> \u00bb du toit, sera charg\u00e9 par l&rsquo;architecte Aldrophe, des travaux de reconstruction de la toiture deux ans plus tard&#8230;.<br>\nCertains passants, bien inform\u00e9s, d\u00e9clarent sentencieux : \u00ab<em>Ils font le d\u00e9m\u00e9nagement, mais, ils n&rsquo;oseront pas toucher \u00e0 la maison du Pr\u00e9sident<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Une forme noire, a\u00e9rienne, \u00e9th\u00e9r\u00e9e, semble glisser sur la place pour se rendre chez elle au 6 rue Clauzel, personne ne semble reconna\u00eetre celle qui fut adul\u00e9e dans le monde entier : encore aujourd&rsquo;hui, injustement oubli\u00e9e : c&rsquo;est la comtesse Gilbert de Voisin.<\/p>\n<p>Seul le journaliste Aur\u00e9lien Scholl (surnomm\u00e9 Cr\u00e9sus, chacun de ses articles \u00e9taient pay\u00e9s plus de 125 francs !) accompagn\u00e9 de son voisin de palier, l&rsquo;acteur Jules Brasseur, (de l&rsquo;immeuble du 3 bis rue La Bruy\u00e8re au troisi\u00e8me \u00e9tage gauche sur le palier), soul\u00e8ve son chapeau sur le passage de la danseuse.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre chroniqueur du Nain Jaune poursuit avec le com\u00e9dien une conversation tr\u00e8s anim\u00e9e, il est question d&rsquo;une des rares pi\u00e8ces donn\u00e9es en ce moment au th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2teau d&rsquo;Eau : \u00ab Le Canard \u00e0 trois becs \u00bb.<\/p>\n<p>Puis par association d&rsquo;id\u00e9es, apr\u00e8s le passage de \u00ab la Taglioni \u00bb, il est question de la nomination \u00e0 la direction de l&rsquo;Op\u00e9ra Le Peletier de Charles Garnier, l&rsquo;homonyme de l&rsquo;architecte. L&rsquo;\u00e9viction et la perquisition chez l&rsquo;ancien directeur Perrin, provoquent la col\u00e8re de l&rsquo;acteur des \u00ab Vari\u00e9t\u00e9s \u00bb au ch\u00f4mage forc\u00e9 depuis plusieurs mois, le si\u00e8ge de Paris, la fuite des \u00ab francs-fileurs \u00bb puis \u00ab les \u00e9v\u00e8nements \u00bb ont fait de la capitale un d\u00e9sert culturel.<\/p>\n<p>Scholl, jouant avec son l\u00e9gendaire monocle, \u00e9voque ensuite le concert qui va \u00eatre donn\u00e9 aux tuileries, il se d\u00e9lecte par avance d&rsquo;entendre \u00ab La Bordas \u00bb qu&rsquo;il avait connue \u00e0 ses d\u00e9buts au cabaret des \u00ab<em>Porcherons<\/em> \u00bb 21 place Cadet, \u00e0 l&#8217;emplacement des ateliers du photographe Pierre Petit.<\/p>\n<p>Brasseur, quand \u00e0 lui, ne sait trop que penser de la matin\u00e9e \u00ab musicale et dramatique \u00bb pr\u00e9vue dimanche 14 mai, aux th\u00e9\u00e2tre des D\u00e9lassements Comiques, boulevard du Prince Eug\u00e8ne (Voltaire) donn\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice des veuves, orphelins et bless\u00e9s du 88\u00b0bataillon.<br>\nA l&rsquo;affiche : \u00abGar\u00e7on l&rsquo;Addition\u00bb, vaudeville de Davanne, jou\u00e9 par Henryonnet et Madame Daudoir Lery, des chants patriotiques : \u00abC&rsquo;est ma fille\u00bb, \u00abPas \u00e7a\u00bb, \u00abSi j&rsquo;\u00e9tais invisible\u00bb par Berlini et Melle Andr\u00e9a.<br>\nPlessis du Bataclan interpr\u00e8tera l&rsquo;immortel : \u00ab Sire de Fiche-Ton-Kan .\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1961\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_CONTRIBUTION_RUE_D4AUMALE.jpg\" alt=\"hotel_thiers_COMMUNE_CONTRIBUTION_RUE_D4AUMALE.jpg\" width=\"220\" height=\"350\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_CONTRIBUTION_RUE_D4AUMALE.jpg 220w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_hotel_thiers_COMMUNE_CONTRIBUTION_RUE_D4AUMALE-189x300.jpg 189w\" sizes=\"(max-width: 220px) 94vw, 220px\" \/><\/p>\n<p>Devant \u00ab l&rsquo;h\u00f4tel de la Pa\u00efva \u00bb, adoss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abreuvoir \u00e0 chevaux (aliment\u00e9 comme la fontaine du 3 bis rue Labruy\u00e8re par les eaux de l&rsquo;Ourcq), un homme tr\u00e8s mince, le bras gauche inerte, une fine moustache \u00e0 la Rochefort, journaliste au <em>Mot d&rsquo;Ordre<\/em>, harangue la foule en gesticulant.<\/p>\n<p>C&rsquo;est Edmond Bazire, adjudant au 116\u00b0 bataillon. Il est domicili\u00e9 17 rue Chaptal, chez Nina de Villard, l&rsquo;\u00e9g\u00e9rie du po\u00e8te Charles Cros.<\/p>\n<p>Bazire rappelle, d&rsquo;une voix aigrelette, en zozotant, que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, le 19 juillet (1870) \u00e0 la suite des d\u00e9clarations d\u00e9faitistes de Thiers dans une s\u00e9ance \u00e0 la chambre, celui-ci avait \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 partie sous les cris de \u00ab vendu \u00bb, \u00ab salaud \u00bb, \u00ab vieillard indigne \u00bb, \u00ab vous \u00eates la trompette du d\u00e9sastre \u00bb, \u00ab \u00e0 la porte ! \u00bb.<\/p>\n<p>Bazire poursuit : \u00ab <em>J&rsquo;\u00e9tais rue Lafayette quand il rentrait de la Chambre, des soldats ivres l&rsquo;ont insult\u00e9, puis escort\u00e9 jusque chez lui o\u00f9 grossissant la foule, une bande d&rsquo;\u00e9nergum\u00e8nes de plus en plus nombreux ont jet\u00e9 des pierres en direction de son h\u00f4tel en vocif\u00e9rant Ce jour l\u00e0, Thiers pris la fuite avec sa femme et sa belle-s\u009cur, puis, il alla se r\u00e9fugier \u00e0 Trouville chez son ami <em>Duvergier de Hauranne<\/em>. \u00bb Puis, plus bas sur le ton de la confidence, par pr\u00e9t\u00e9rition, il ajoute en b\u00e9gayant : \u00ab Je ne peux pas vous le r\u00e9p\u00e9ter, mais, Raoul Rigault hier soir est venu chez Nina, apr\u00e8s nous avoir dit qu&rsquo;Auguste Renoir pr\u00e9sent ce soir l\u00e0 lui avait demand\u00e9 un laissez-passer pour se rendre \u00e0 Versailles pour peindre sur le vif. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Baissant un peu plus la voix il r\u00e9v\u00e8le :<\/p>\n<p><em>\u00abAvant de d\u00e9missionner du Comit\u00e9 de salut public c&rsquo;est F\u00e9lix Pyat qui a pris la d\u00e9cision de la d\u00e9molir de la maison du nabot, d&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est lui qui pr\u00e9sidait la s\u00e9ance ou fut communiqu\u00e9e ce d\u00e9cret. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Parvenu \u00e0 Versailles, Renoir demandera au prince Bibesco ( cousin de son meilleur client le docteur de Bellio,) un sauf-conduit pour traverser les lignes versaillaises , pratiquant ce qu&rsquo;il appellera \u00ab<em>la politique du bouchon au fil de l&rsquo;eau \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Paul Verlaine, arrive de l&rsquo;H\u00f4tel de Ville o\u00f9 il occupe un poste de r\u00e9dacteur charg\u00e9 de faire la synth\u00e8se des articles de presse pour les membres de la Commission ex\u00e9cutive (il n&rsquo;est pas comme le pr\u00e9tend sa femme Mathilde, chef du service de presse de la Commune !). Il est accompagn\u00e9 du pianiste virtuose Raoul Pugno, en uniforme de la F\u00e9d\u00e9ration Artistique et d&rsquo;Emmanuel Chabrier, petite taille mais de forte corpulence, le nez bourbonien, le front tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>Ils doivent assister avec Charles de Sivry \u00e0 une des soir\u00e9es les plus folles dans \u00a0\u00bb l&rsquo;atelier de d\u00e9cervelage de la rue Chaptal \u00ab\u00a0. Au programme ; un po\u00e8me de Charles Cros : <em>Le hareng Saur<\/em>, dit par Coquelin Cadet avec accompagnement au piano par le plus extravagant des compositeurs de l&rsquo;\u00e9poque Ernest Cabaner.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1962\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_Hotel_thiers_Brasseur_jules_47_rue_taitbout.jpg\" alt=\"Hotel_thiers_Brasseur_jules_47_rue_taitbout.jpg\" width=\"330\" height=\"440\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_Hotel_thiers_Brasseur_jules_47_rue_taitbout.jpg 330w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/jpg_Hotel_thiers_Brasseur_jules_47_rue_taitbout-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 330px) 94vw, 330px\" \/><\/p>\n<p>Un peu plus bas dans la rue Saint-Georges, devant chez Adolphe Sax, un habitant du 42, malgr\u00e9 les privations du si\u00e8ge, il est gras, le ventre en avant comme une femme enceinte, mani\u00e9r\u00e9, la barbe poivre et sel, il revient de la fontaine o\u00f9, il a \u00e9cout\u00e9 l&rsquo;air de rien les propos du journaliste Bazire.<\/p>\n<p>Ce pauvre homme appartenait \u00e0 ce genre d&rsquo;ennuyeux qui pr\u00e9tendent tout savoir tout expliquer, qui sont capable de r\u00e9gurgiter les informations que vous lui aviez communiqu\u00e9es la veille en les reprenant \u00e0 son compte.<\/p>\n<p>Il h\u00e8le un groupe d&rsquo;ouvriers sortis des ateliers du facteur d&rsquo;instruments (Sax) et l&rsquo;air myst\u00e9rieux, il \u00ab r\u00e9v\u00e8le \u00bb que Robert (sic) Rigault avec qui il d\u00e9jeunait hier, lui a racont\u00e9 la s\u00e9ance de la Commune ou la d\u00e9cision de renverser la colonne et de d\u00e9truire la maison de monsieur Thiers avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e.<br>\nDevant chez Alexandre Colmant (Jupillon)<br>\n<em>\u00able gigolo de la barri\u00e8re du T\u00e9l\u00e9graphe<\/em> \u00bb, la boutique du 44 rue Saint-Georges, des travailleurs venus de l&rsquo;atelier de chez Cail avenue Trudaine sont attir\u00e9s par le fils du cr\u00e9mier, h\u00e9ros malgr\u00e9 lui du quartier apr\u00e8s la parution de <em>Germinie Lacerteux<\/em>.<\/p>\n<p>Il venait de remonter de sa minuscule cave des bouteilles de Muscatel, dont on peut sans peine deviner la provenance&#8230;<br>\nLa conversation tourne autour de l&rsquo;article de Rochefort :<\/p>\n<p><em>-\u00ab Il a raison le marquis !, si on lui bousille sa carr\u00e9e, c&rsquo;est nous qu&rsquo;on va encore payer les 3 miyons pour la retaper ! ; \u00e7a sera pas les rupins de Versailles ! \u00bb.<br>\n-\u00ab Tu parles \u00bb r\u00e9pond Pierre Cordier le gar\u00e7on de recettes du 43 rue Saint-Georges, \u00bb qui arbore fi\u00e8rement son uniforme neuf de Garde national du 116\u00b0, avec la mention de la 7\u00b0 compagnie -\u00ab c&rsquo;est s\u00fbr qu&rsquo;y fera m\u00eame un gros b\u00e9nef sur notre dos le citoyen Foutriquet ! \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Des cris fusent de la rue d&rsquo;Aumale, on vient de d\u00e9couvrir au num\u00e9ro 15 un passage secret dissimul\u00e9 derri\u00e8re un mur tapiss\u00e9 de lierre.<\/p>\n<p>Ce passage conduit dans le jardin de la propri\u00e9t\u00e9 de Thiers, et permettait \u00e0 Mignet, son ami de jeunesse, de pouvoir lui rendre visite discr\u00e8tement sans passer par la porte principale sur la place.<\/p>\n<p>Rue Saint-Georges, tout le monde semble ignorer que l&rsquo;immeuble du 37, presque en face de la salle Sax, appartient depuis le 18 octobre 1830 au chef du pouvoir ex\u00e9cutif, elle lui a \u00e9t\u00e9 vendue 100 000 francs par madame Dosne (somme qui aurait \u00eatre rembours\u00e9e en 2 ans, la dette fut effac\u00e9e apr\u00e8s le mariage de Thiers avec la soeur de Madame Dosne).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/05\/la-demolition-de-lhotel-de-la-place-saint-georges\/>\u00a0\u00bb a=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb suivre&#8230;<=\"\"><\/a><\/p>\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/01\/05\/la-demolition-de-lhotel-de-la-place-saint-georges\/\">A suivre<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour r\u00e9tablir quelques faits ignor\u00e9s ou pass\u00e9s sous silence, et r\u00e9pondre aux erreurs publi\u00e9es depuis 136 ans. 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