{"id":607,"date":"2006-02-18T20:59:56","date_gmt":"2006-02-18T19:59:56","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/18\/le-cafe-sans-nom\/"},"modified":"2025-06-14T22:38:50","modified_gmt":"2025-06-14T20:38:50","slug":"le-cafe-sans-nom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/18\/le-cafe-sans-nom\/","title":{"rendered":"Le caf\u00e9 sans nom"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un jeune homme, aux cheveux teints en vert, les ongles manucur\u00e9s&#8230; il avait pour nom : Charles Baudelaire.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n<em>(Par Bernard Vassor)<\/em><\/p>\n<p>Quand, lass\u00e9s des apr\u00e8s-midis de la \u00ab<em> Brasserie des Martyrs \u00bb,<\/em> des \u00ab <em>jeunes gens de lettres<\/em> \u00bb voulaient tromper l&rsquo;ennui, ils descendaient de Notre-Dame de Lorette pour se rendre sur les boulevards (guid\u00e9s par le R\u00e9tif de la Bretonne du XIX\u00b0 si\u00e8cle, Alexandre Privat d&rsquo;Anglemont, aid\u00e9 lui-m\u00eame par Alfred Delvau) : Baudelaire, Gustave Mathieu, Monselet, La B\u00e9doli\u00e8re, Desnoyers, Guichardet, et, parfois Alphonse Daudet et M\u00fcrger.<\/p>\n<p>Le \u00ab<em> C\u00e9nacle<\/em> \u00bb commen\u00e7ait une longue d\u00e9ambulation dont la premi\u00e8re \u00e9tape \u00e9tait 66 rue du faubourg Montmartre, dans ce petit caf\u00e9 qui ne portait pas de nom. Il \u00e9tait constitu\u00e9 uniquement d&rsquo;une salle longue et \u00e9troite,<em> \u00ab un tir au pistolet \u00bb<\/em> disait Gustave Mathieu.<\/p>\n<p>Deux rang\u00e9es de tables couraient tout le long de l&rsquo;\u00e9tablissement ; d\u00e8s que la joyeuse bande \u00e9tait attabl\u00e9e, c&rsquo;\u00e9taient des chansons, des cris des rires qui fusaient.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1978\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_CAFesansnom.jpg\" alt=\"CAFesansnom.jpg\" width=\"350\" height=\"244\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_CAFesansnom.jpg 350w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_CAFesansnom-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 350px) 94vw, 350px\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;endroit \u00e9tait parfois fr\u00e9quent\u00e9 par des hommes politiques.<\/p>\n<p>Le premier propri\u00e9taire \u00e9tait un alsacien, il avait une client\u00e8le compos\u00e9e en grande partie d&rsquo;Allemands qui occupaient la rang\u00e9e de gauche de cet \u00e9tablissement. Le caf\u00e9 fut rachet\u00e9 par un auvergnat, ce qui lui fit perdre \u00ab <em>la pratique<\/em> \u00bb germanique.<\/p>\n<p>L&rsquo;endroit ne fit jamais parler de lui, sauf dans un petit article dans le <em>Figaro<\/em> pour son inauguration.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, cent cinquante ans apr\u00e8s, l&rsquo;agencement est le m\u00eame, peut-\u00eatre que le bar \u00e0 gauche a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 ?<\/p>\n<hr \/>\n<p>Alexandre Privat d&rsquo;Anglemont \u00e9tait un personnage que l&rsquo;on pouvait difficilement qualifier d&rsquo;homme de lettres, bien que l&rsquo;on trouve sous son nom des textes \u00e9crits par Baudelaire, Banville, ou Nerval !<\/p>\n<p>Il \u00e9tait l&rsquo;ami de Balzac, Dumas, Eug\u00e8ne S\u00fce et m\u00eame dit-on de Delacroix. Son comp\u00e8re Alfred Delvau a dit de lui qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab<em> le plus parfait noctambule qu&rsquo;on ait vu fleurir sous le d\u00f4me \u00e9toil\u00e9 de Paris \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Sainte-Rose, une petite ville du nord de la Guadeloupe, mort en 1859 \u00e0 la maison de sant\u00e9 Dubois, rue de l&rsquo;Aqueduc dans le cinqui\u00e8me arrondissement \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, comme bien d&rsquo;autres po\u00e8tes et artistes du XIX\u00b0 si\u00e8cle (M\u00fcrger, Jean Baptiste Cl\u00e9ment etc.).<\/p>\n<p>Un physique \u00e0 la Dumas (p\u00e8re), \u00ab <em>un grand diable de cr\u00e9ole, la t\u00eate couverte d&rsquo;une chevelure \u00e9paisse, v\u00eatu en toute saison d&rsquo;un paletot qui n&rsquo;appartenait \u00e0 aucune couleur ni \u00e0 aucune mode, h\u00e2bleur autant que monsieur de Crac et le baron de M\u00fcnchhausen \u00e0 la fois \u00bb<\/em> (Th\u00e9odore de Banville, <em>Mes souvenirs<\/em>, 1882).<\/p>\n<p>Il connaissait tous les cabaretiers par leurs noms, et tous les cabaretiers l&rsquo;aimaient et pr\u00eataient une oreille complaisante \u00e0 ses histoires, les cabareti\u00e8res surtout. Il obtenait ainsi parfois un souper en \u00e9change d&rsquo;un billet d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 un spectacle. Son quartier g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait \u00e9tabli aux Pieds Humides, ou chez Paul Niquet, pr\u00e8s de la fontaine des Innocents \u00e9clair\u00e9e toute la nuit.<\/p>\n<p>Sa vie commen\u00e7ait d\u00e8s que s&rsquo;allumaient les r\u00e9verb\u00e8res. On a pu ainsi l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0le petit-fils de Vad\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab M. A. Privat d&rsquo;Anglemont n&rsquo;a gu\u00e8re plus fait ses vers qu&rsquo;Ebl\u00e9, belle et po\u00e8tes ne faisait les siens. Il \u00e9tait dou\u00e9 d&rsquo;une excessive sensibilit\u00e9 qui le poussait \u00e0 produire sous son nom celles des po\u00e9sies de ses amis dont le succ\u00e8s pouvait \u00eatre douteux. On a de lui des vers de Baudelaire, des vers de M. de Banville et des vers de G\u00e9rard de Nerval \u00bb<\/em> (Poulet-Malassis, <em>Le Parnasse Satirique)<\/em>.<\/p>\n<p>Mille anecdotes savoureuses sont racont\u00e9es par Firmin Maillard et Alexandre Pothey, historiographes de la boh\u00e8me litt\u00e9raire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un jeune homme, aux cheveux teints en vert, les ongles manucur\u00e9s&#8230; il avait pour nom : Charles Baudelaire.<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":1978,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[41,19],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=607"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6732,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions\/6732"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1978"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=607"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=607"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}