{"id":6143,"date":"2006-02-10T13:04:44","date_gmt":"2006-02-10T12:04:44","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/10\/la-chute-de-la-maison-thiers-2\/"},"modified":"2025-05-04T12:31:32","modified_gmt":"2025-05-04T10:31:32","slug":"la-chute-de-la-maison-thiers-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/02\/10\/la-chute-de-la-maison-thiers-2-2\/","title":{"rendered":"La Chute de la Maison Thiers (troisi\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cette version est contredite par les historiens et chroniqueurs  de cette p\u00e9riode. Le bulletin de la soci\u00e9t\u00e9 historique de la Ville de Paris indique que les meubles et objets furent transport\u00e9s aux Tuileries et disparurent dans l&rsquo;incendie allum\u00e9 par la Commune le 26 mai&#8230; Un petit livre paru r\u00e9cemment reprend presque mot \u00e0 mot sans la citer cette version.<\/p>\n<p>L&rsquo;historien acad\u00e9micien, le duc de Castres, annonce que l&rsquo;h\u00f4tel fut br\u00fbl\u00e9 \u00e0 la fin de la Commune. Le pourtant tr\u00e8s brillant historien St\u00e9phane Rials r\u00e8gle cette histoire en deux lignes.<\/p>\n<p>Il reste encore un travail \u00e9norme de recherches,  et des sources sont encore inexploit\u00e9es, tant aux archives du S.H.A.T qu&rsquo;aux Archives nationales ou de Paris.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n(suite)<\/p>\n<p><em>Par Bernard Vassor<\/em><\/p>\n<p>La collection de tableaux, les meubles, les porcelaines, les livres, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au garde-meuble, avenue Rapp, les objets d&rsquo;art au mus\u00e9e du Louvre. L&rsquo;argenterie sera transport\u00e9e \u00e0 la Monnaie et servira, cruelle ironie, une fois fondue \u00e0 la fabrication de la fameuse pi\u00e8ce de 5 francs argent destin\u00e9e \u00e0 la solde des Gardes nationaux le 20 mai.<\/p>\n<p>Un homme surveille attentivement les op\u00e9rations, c&rsquo;est lui qui sera charg\u00e9 de retrouver quelques objets d\u00e9rob\u00e9s. Il est en relation avec le docteur Troncin-Dumersan. C&rsquo;est encore Barral de Montaud, grand, guind\u00e9, tr\u00e8s raide, il se distingue dans sa tenue par rapport au d\u00e9braill\u00e9 de ses coll\u00e8gues, mais pour donner le change, on l&rsquo;entend de temps en temps s&#8217;emporter contre \u00ables inf\u00e2mes versaillais \u00bb.<\/p>\n<p>Ses relev\u00e9s de notes, permettront de retrouver certains \u00abignobles pillards \u00bb. Parmi ceux-ci, le capitaine Mourot, (Jean Jules, employ\u00e9, habitant au 100 boulevard de la Chapelle) qui distribuait chaque jour une demi-bouteille de vin prise dans les caves de l&rsquo;h\u00f4tel. On a trouv\u00e9 chez lui et chez sa ma\u00eetresse au cours d&rsquo;une perquisition, un pl\u00e2tre ancien, num\u00e9ro 13 de l&rsquo;inventaire de la collection (?) et un pupitre du piano de madame Thiers ; tr\u00e8s \u00e9trangement, il b\u00e9n\u00e9ficiera d&rsquo;un non-lieu (merci Barral !).<\/p>\n<p>Thonin Beaupr\u00e9 n&rsquo;aura pas la m\u00eame chance et sera condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation pour avoir \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 d\u00e9tenteur d&rsquo;une loupe, d&rsquo;un couteau \u00e0 papier et d&rsquo;une bible qu&rsquo;il voulait offrir \u00e0 la fille de sa ma\u00eetresse, une dame Colleau, marchande de vieux meubles ; \u00e7a m\u00e9ritait bien 10 ans de bagne ! Un lieutenant ne sera pas poursuivi, bien qu&rsquo;il ait avou\u00e9 que le vin de la cave ne valait pas son ordinaire.<\/p>\n<p>Bredin, sergent-major tripier de son \u00e9tat, \u00e9tait le receleur des objets vol\u00e9s par sa compagnie.<br \/>\nUn comit\u00e9 se r\u00e9unissait dans sa boutique et se partageait le butin en buvant le vin de Thiers.<br \/>\nRoubeau, devenu amn\u00e9sique&#8230;, trouv\u00e9 en possession d&rsquo;une baguette de bois dor\u00e9, n&rsquo;a gard\u00e9 aucun souvenir de sa participation.<\/p>\n<p>Les 2 caporaux Mongin Claude (155 rue de la Chapelle) et Plantier seront retrouv\u00e9s possesseurs de morceaux d&rsquo;\u00e9toffes d\u00e9chir\u00e9es et de glands d&#8217;embrasses de rideaux ornant le salon de la \u00ab presque reine de France \u00bb (Mme Dosne) selon Balzac.<\/p>\n<p>G (?), clerc d&rsquo;huissier, s&rsquo;appropria les oeuvres compl\u00e8tes de Delille.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9picier Truet a expos\u00e9 au mur de sa boutique une fa\u00efence XVIII\u00b0 de la collection de Mme Thiers, ce qui va le conduire tout droit en prison.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1967\" aria-describedby=\"caption-attachment-1967\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1967\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_fontainejules.jpg\" alt=\"Jules Fontaine\" title=\"Jules Fontaine\" align=\"middle\" width=\"300\" height=\"429\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_fontainejules.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_fontainejules-210x300.jpg 210w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1967\" class=\"wp-caption-text\">Jules Fontaine<\/figcaption><\/figure>\n<p>Jules Fontaine devra r\u00e9pondre des vols commis ce jour l\u00e0, devant le 5\u00b0 conseil de guerre qui tentera de le faire passer pour un voleur et qui le condamnera \u00e0 20 ans de travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans des lettres in\u00e9dites, Louise Michel semble indiquer que Fontaine aurait gard\u00e9 des \u00ab documents compromettants pour Thiers \u00bb. Andrieu, de son c\u00f4t\u00e9, laisse entendre dans ses souvenirs \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la s\u00e9ance de la Commune, convoqu\u00e9e \u00e0 2 heures pr\u00e9cises, se r\u00e9unit \u00e0 3 heures et demi sous la pr\u00e9sidence de F\u00e9lix Pyat, d\u00e9missionnaire la veille du Comit\u00e9 de salut public. La d\u00e9molition est \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, mais ne sera \u00e9voqu\u00e9e que vers huit heures moins le quart.<\/p>\n<p>A l&rsquo;heure pr\u00e9vue du \u00ab d\u00e9montage \u00bb (16h), les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sont l\u00e0 : Jules Andrieu, maigre, vo\u00fbt\u00e9, borgne (il s&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans crev\u00e9 l&rsquo;\u009cil droit avec un ciseau en voulant d\u00e9faire un n\u009cud de ses lacets de soulier), Eug\u00e8ne Protot, Jules Fontaine, Gaston Da Costa, de tr\u00e8s petite taille (on croirait un enfant &#8211; il n&rsquo;a pas encore 21 ans), le teint blanc, un peu ridicule avec son pince-nez, son chapeau haut-de-forme, le col de sa veste rabattu, substitut du procureur de la Commune. Le commissaire de police du quartier Saint-Georges, Nogu\u00e8s, les accompagne. Il ne semble pas que les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la Commune, du neuvi\u00e8me arrondissement, Gu\u00e9rin, l&rsquo;agent d&rsquo;affaires du 57 rue du faubourg Montmartre et Portalier, le bottier de la rue de Ch\u00e2teaudun, nomm\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9viction de Bayeux-Dumesnil, soient sur place.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1968\" aria-describedby=\"caption-attachment-1968\" style=\"width: 240px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1968\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_Hotel_thiers_Protot.jpg\" alt=\"Protot.\" title=\"Protot.\" align=\"middle\" width=\"240\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_Hotel_thiers_Protot.jpg 240w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_Hotel_thiers_Protot-206x300.jpg 206w\" sizes=\"(max-width: 240px) 94vw, 240px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1968\" class=\"wp-caption-text\">Protot.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Maintenant, des rues Saint Georges et Notre Dame de Lorette, on entend des slogans hostiles \u00e0 la Commune&#8230;<\/p>\n<p>Inquiets, Andrieu et Protot, accompagn\u00e9s du commissaire de police Martial Louis Antoine Nogu\u00e8s (14 rue Clausel), ordonnent \u00e0 Da Costa de requ\u00e9rir des renforts. Une estafette \u00e0 cheval \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;une carabine \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition Scharp, un bonnet phrygien maladroitement grav\u00e9 sur la crosse qui suscite l&rsquo;admiration de quelques soldats, est envoy\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ex-pr\u00e9fecture, rue de J\u00e9rusalem, d&rsquo;o\u00f9 un bataillon des \u00ab Vengeurs de Flourens \u00bb command\u00e9 par Filleau de Saint Hilaire (l&rsquo;organisateur du corps des Vengeurs) arrive une demi-heure plus tard. Il va frayer un chemin aux \u00ab officiels \u00bb,  faire reculer la foule mena\u00e7ante et former un cordon jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abreuvoir \u00e0 chevaux du milieu de la place.<\/p>\n<p>Protot, avocat dans le civil, tente un discours vite \u00e9touff\u00e9 par les clameurs.<\/p>\n<p>Un peu d\u00e9sempar\u00e9, Gaston Da Costa va chercher des paveurs qui travaillent \u00e0 l&rsquo;angle des rues Notre-Dame-de-Lorette et Martyrs, devant  le marchand de couleurs Gouache. Ceux-ci, pas tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise devant l&rsquo;hostilit\u00e9 des manifestants, refusent dans un premier temps de faire ce qu&rsquo;on leur demande.<\/p>\n<p>Alors, pour donner l&rsquo;exemple, Gaston Da Costa monte les \u00e9tages et, par le grenier, arrive sur le toit. Arm\u00e9 d&rsquo;une pioche emprunt\u00e9e \u00e0 un ouvrier, il entreprend maladroitement de casser une chemin\u00e9e. Encourag\u00e9s par l&rsquo;exemple les paveurs se mettent bient\u00f4t \u00e0 la t\u00e2che, pendant que Protot au rez-de-chauss\u00e9e, sous les hu\u00e9es, de la foule, brise \u00e0 l&rsquo;aide de sa canne les vitres de la v\u00e9randa.<\/p>\n<p>Nerveux, les Gardes nationaux repoussent les passants et interpellent quelques \u00ab braillards \u00bb pour les conduire au poste de la mairie rue Drouot. D&rsquo;apr\u00e8s Da Costa dans ses souvenirs, ils seront rel\u00e2ch\u00e9s aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Vers 19 heures, une escouade de gardes du 116\u00b0, qui venaient, apr\u00e8s leur service, de rendre leur fusil qui devait \u00eatre d\u00e9pos\u00e9 le soir \u00e0 la mairie rue Drouot, stationnent quelques instants sur la place. Puis ils se rendent au bureau des contributions 21 rue d&rsquo;Aumale, accueillis par Antoine Gourdon (29 ans, ancien tailleur de pierre), percepteur des 9\u00b0, 13  et 14\u00b0 arrondissements. Un vin d&rsquo;honneur les attend pour c\u00e9l\u00e9brer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de d\u00e9molition durera plusieurs jours.<\/p>\n<p>Le 15 mai, un journal constate : <em>\u00ab Les travaux de destruction avancent ; la maison de monsieur Thiers est d\u00e9vast\u00e9e peu \u00e0 peu ; on travaille \u00e0 sa d\u00e9molition avec continuit\u00e9 et lambinerie, comme si, prenant plaisir \u00e0 la chose, on voul\u00fbt la faire durer longtemps. \u00bb<\/em> On peut lire dans La Patrie du 20 mai :<br \/>\n<em>\u00ab La nuit derni\u00e8re, une vive lueur partant de la place Saint-Georges avait jet\u00e9 l&rsquo;\u00e9moi dans le quartier Notre-Dame-de-Lorette. C&rsquo;\u00e9tait simplement un feu de bivouac allum\u00e9 par les gardes nationaux dans l&rsquo;h\u00f4tel de M. Thiers, avec les d\u00e9bris provenant de son d\u00e9m\u00e9nagement forc\u00e9.<br \/>\nCette op\u00e9ration n&rsquo;\u00e9tait point termin\u00e9e ce matin, car des voitures de d\u00e9m\u00e9nagement stationnaient encore dans la cour ; la biblioth\u00e8que et les tableaux n&rsquo;\u00e9taient point encore enlev\u00e9s (?).<br \/>\nLa d\u00e9molition avait commenc\u00e9 cependant (&#8230;).<br \/>\nOn aurait pu croire, \u00e0 voir la foule se porter dans la journ\u00e9e \u00e0 la place Saint-Georges, que la population parisienne se rendait \u00e0 un p\u00e8lerinage.<br \/>\nLa place \u00e9tait litt\u00e9ralement encombr\u00e9e. Les gardes nationaux avaient fort \u00e0 faire pour maintenir la circulation. On peut d\u00e9duire de l&rsquo;activit\u00e9 des travaux qui ont \u00e9t\u00e9 commenc\u00e9s hier seulement que, dans deux jours, il ne restera plus une pierre de l&rsquo;immeuble de la place Saint-Georges.<br \/>\nA l&rsquo;heure o\u00f9 nous \u00e9crivons, la toiture de l&rsquo;\u00e9difice a disparu, ainsi que l&rsquo;attique de l&rsquo;aile gauche. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Puis devant les risques d&rsquo;accident, les travaux seront abandonn\u00e9s, laissant debout seulement les pans de mur du premier \u00e9tage.<\/p>\n<p>Unique acteur pr\u00e9sents le 12 mai, Protot retournera assister \u00e0 la s\u00e9ance de la Commune convoqu\u00e9e ce jour l\u00e0.<\/p>\n<h2>Chapitre III : Le pillage organis\u00e9.<\/h2>\n<p>Il y eut bien des vols organis\u00e9s, mais pas toujours pour le b\u00e9n\u00e9fice de ceux que certains  accusent, se basant sur les racontars de journaux haineux et malveillants. On retrouve encore aujourd&rsquo;hui les m\u00eames \u00ab canards \u00bb\u00e0 propos des \u00e9v\u00e8nements de la Commune de Paris.<\/p>\n<p>Depuis la fuite \u00e0 Versailles de l&rsquo;auteur de l&rsquo;<em>Histoire de la R\u00e9volution<\/em>, la maison fut gard\u00e9e  successivement par 6 bataillons du XVIII\u00b0 arrondissement : le 37\u00b0, le 61\u00b0, le 64\u00b0, 79\u00b0, 124\u00b0 et le 158\u00b0. Mais, c&rsquo;\u00e9tait surtout la douzi\u00e8me compagnie du 64\u00b0 Bataillon, compos\u00e9e d&rsquo;environ 55 hommes dont 24 sont rest\u00e9es en permanence, qui ont assur\u00e9 la surveillance et la garde de ce lieu. Ce bataillon \u00e9tait command\u00e9 par le capitaine Henri Jean-Baptiste Paupardin*, entrepreneur de menuiserie, chanteur lyrique \u00e0 l&rsquo;occasion, habitant le 54 boulevard de la Chapelle.<\/p>\n<p>Le 14 avril, dans la matin\u00e9e, l&rsquo;h\u00f4tel fut fouill\u00e9 ; on y saisit des papiers et de l&rsquo;argenterie.<br \/>\nOn peut lire dans le J.O. p359 le document  dat\u00e9 du 18 avril suivant : <em>Nous soussign\u00e9s gardes nationaux \u00e0 la 7\u00b0 compagnie du 32\u00b0 bataillon, protestons avec \u00e9nergie (&#8230;). Il a \u00e9t\u00e9 fait une perquisition par les soins d&rsquo;un envoy\u00e9 de la Commune, assist\u00e9 de 2 personnes pourvues d&rsquo;un mandat r\u00e9gulier (&#8230;).<br \/>\nLes employ\u00e9s du citoyen Thiers qui n&rsquo;ont pas quitt\u00e9 l&rsquo;h\u00f4tel peuvent attester la v\u00e9racit\u00e9 de ce que nous avan\u00e7ons.<\/em><\/p>\n<p><em>Paris le 19 avril 1871<\/p>\n<p>Le chef de poste : Maury, rue Marcadet, 167<br \/>\n; le caporal : E.Cadot, rue Ramey, 38 ;<br \/>\nRoland ; E.Choquier ; A.Lebeguy ; Morel ; F.Jolivet ; Mesure ; Mar\u00e7aire;  Zizeau ; Poncelain ; Vagner ; E.Busigny ; Jakol ; Fournier ; Ed.Gaumond ; Constant.<\/p>\n<p>Vu et approuv\u00e9 pour la 7\u00b0 compagnie du 32\u00b0 bataillon.<\/p>\n<p><\/em><em>Ont sign\u00e9,  pour les employ\u00e9s pr\u00e9sents \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel :<br \/>\nPouzas Felix, valet de pied, Challet David, concierge de l&rsquo;h\u00f4tel.<\/em><\/p>\n<p>(Rectification des erreurs ou omissions du J.O de la Commune : Cadot Eug\u00e8ne \u00e9tait libraire, Mesurel Fran\u00e7ois, entrepreneur de menuiserie, 37 rue Ramey, Leb\u00e8gue Alphonse \u00e9tait \u00e9picier au 42 rue Ramey, Morel Paul, marchand de nouveaut\u00e9s, Choquier Henri, 22 rue Norvin, \u00e9tait employ\u00e9, Wagner Fr\u00e9d\u00e9rique, facteur de piano imp. Pers 2 (?).<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, les ateliers Cail de l&rsquo;avenue Trudaine viennent de livrer une nouvelle canonni\u00e8re \u00e0 la Commune, nomm\u00e9e \u00ab la Voltigeuse \u00bb.<\/p>\n<p>Le 14 avril, dans la matin\u00e9e, l&rsquo;h\u00f4tel fut fouill\u00e9 ; on y saisit des papiers et de l&rsquo;argenterie.<br \/>\nLes perquisitions sauvages se multipliant, Auguste Vermorel (\u00e9lu dans le XVIII\u00b0), d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la justice, fera rendre un d\u00e9cret qui ne sera jamais respect\u00e9, indiquant :<\/p>\n<p><em>\u00ab Article 3. Aucune perquisition ou r\u00e9quisition ne pourra \u00eatre faite qu&rsquo;elle n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e par l&rsquo;autorit\u00e9 comp\u00e9tente ou ses organes imm\u00e9diats, porteurs de mandats r\u00e9guliers, d\u00e9livr\u00e9s au nom des pouvoirs constitu\u00e9s de la Commune. Toute perquisition ou r\u00e9quisition arbitraire entra\u00eenera la mise en accusation de ses auteurs \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le service des r\u00e9quisitions avait \u00e9t\u00e9 centralis\u00e9 dans une seule administration, celle des Domaines dirig\u00e9e par Fontaine, professeur de math\u00e9matiques aux lyc\u00e9es Saint-Louis et Bonaparte (aujourd&rsquo;hui Condorcet).<\/p>\n<p>Un personnage dans cette affaire va jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant : Barral de Montaud, colonel dans l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, qui choisit de \u00ab servir \u00bb la Commune pour pouvoir mieux la d\u00e9sorganiser et informer l&rsquo;arm\u00e9e de Mac-Mahon par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Barh\u00e9lemy-Saint-Hilaire, directeur de cabinet du chef du gouvernement.<\/p>\n<p>Il sera m\u00eame nomm\u00e9 juge d&rsquo;instruction par Raoul Rigault.<\/p>\n<p>Rossel, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la guerre de la Commune, dirige Barral  vers Razoua, commandant du 61\u00b0 bataillon de Montmartre. Puis Barral sera nomm\u00e9 par Simon Mayer (commandant en chef de l&rsquo;\u00e9tat-major de la Garde nationale, place Vend\u00f4me)  lieutenant colonel d&rsquo;\u00e9tat-major dans le XVII\u00b0arrondissement.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 de savantes intrigues, il se fera muter dans le 7\u00b0. L\u00e0, il gagnera la confiance d&rsquo;Urbain, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enseignement \u00e9lu de cet arrondissement qui lui donnera ses pouvoirs pour l&rsquo;administration de la 7\u00b0 l\u00e9gion. (Pendant son proc\u00e8s devant le conseil de guerre, Urbain sera d\u00e9nonc\u00e9 par Barral de Montault, qui t\u00e9moignera \u00e0 charge, provoquant le d\u00e9go\u00fbt et le m\u00e9pris des juges de la cour de justice.<\/p>\n<p>Munis de passeports prussien et versaillais, Barral fera de nombreux aller-retour Paris-Versailles, donnant des renseignements sur les moyens de d\u00e9fense des communards. Il reconnu lui-m\u00eame avoir touch\u00e9 directement de Thiers 10 000 francs en esp\u00e8ces pour r\u00e9tribuer des agents de Versailles rest\u00e9s dans la capitale. Des rendez-vous clandestins avaient lieu \u00ab chez Vachette \u00bb (le Br\u00e9ban, rue du faubourg Montmartre).<\/p>\n<p>Le mobilier de l&rsquo;h\u00f4tel de la place Saint-Georges fut, comme on l&rsquo;a vu, transport\u00e9 au Garde-meuble de l&rsquo;Avenue Rapp situ\u00e9 dans&#8230; le VII\u00b0 arrondissement, donc sous la garde de Barral !&#8230; qui pourra, pour la \u00ab bonne cause \u00bb, fermer les yeux sur certains d\u00e9tournements d&rsquo;objets que l&rsquo;on retrouvera miraculeusement dans le nouvel h\u00f4tel du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Le 18 Mai, vers six heures, une d\u00e9flagration va secouer la capitale. La cartoucherie de l&rsquo;avenue Rapp va \u00eatre souffl\u00e9e par une explosion dont ne conna\u00eetra sans doute jamais l&rsquo;origine. Les pertes sont \u00e9normes, on peut difficilement d\u00e9nombrer les morts, plus de cent selon le Comit\u00e9 de salut  public,  et de nombreux  bless\u00e9s. D\u00e9tail curieux : presque toutes les pendules du quartier avoisinant se sont arr\u00eat\u00e9es \u00e0 six heures moins dix.<\/p>\n<p>Mais, dommage collat\u00e9ral,  Barral de Montaud \u00e9crit \u00e0 Barth\u00e9lemy-Saint-Hilaire : <em>\u00ab Lors de l&rsquo;explosion, le Garde-meuble dans lequel j&rsquo;avais fait transporter le mobilier de M. Thiers au moyen d&rsquo;une influence quelconque, souffrit beaucoup et vit ses parois enfonc\u00e9es et ses toitures effondr\u00e9es \u00bb<\/em> (c&rsquo;est moi qui souligne, Barral ayant une l\u00e9g\u00e8re tendance \u00e0 se donner un r\u00f4le avantageux lors des Conseils de guerre et devant la Commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire, la d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 prise par Fontaine).<\/p>\n<p>Le m\u00eame adresse un ordre \u00e0 \u00ab L&rsquo;administration du mobilier de la Couronne \u00bb : <em>\u00ab Au sous-chef de la l\u00e9gion.<br \/>\nCitoyen : le Garde-meuble qui poss\u00e8de des millions de valeur appartenant \u00e0 l&rsquo;Etat, ainsi que le mobilier de Monsieur Thiers, est \u00e0 ciel d\u00e9couvert. Veuillez, s&rsquo;il vous plait, envoyer au Garde-meuble une compagnie de service.<\/em><\/p>\n<p><em>Pour le repr\u00e9sentant du directeur A. Munier<\/p>\n<p>Salut et fraternit\u00e9.<\/p>\n<p><\/em><em>Le chef d&rsquo;Etat-major :<br \/>\nBarral de Montaud \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;ordre, sign\u00e9 du directeur et envoy\u00e9 \u00e0 7 heures et demi du soir, fait doubler le poste de pompiers.<\/p>\n<p>Le 20 mai  vers six heures, un obus incendiaire de l&rsquo;arm\u00e9e de Mac Mahon tombe sur le Garde-meuble, faisant des dommages consid\u00e9rables. Barral minimisera les d\u00e9g\u00e2ts, et, toujours selon lui fera transf\u00e9rer (bien mal lui en prit) le mobilier au Louvres et aux Tuileries.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1969\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_hotelthiersbombe.jpg\" alt=\"hotelthiersbombe.jpg\" align=\"middle\" width=\"350\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_hotelthiersbombe.jpg 350w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_hotelthiersbombe-242x300.jpg 242w\" sizes=\"(max-width: 350px) 94vw, 350px\" \/><\/p>\n<p>Le lendemain du jour o\u00f9 parut le d\u00e9cret, Les comtes Jaubert et Dupeyre propos\u00e8rent de relever cet immeuble aux frais du tr\u00e9sor public, ce qui fut vot\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 avec, pour faire bonne mesure, sur une motion de Cazenove de Pradines, le vote de pri\u00e8res publiques pour appeler la mis\u00e9ricorde de Dieu sur les d\u00e9chirements de la France. Ces votes se confondirent dans le m\u00eame mouvement patriotique avec la b\u00e9n\u00e9diction des libres-penseurs du gouvernement !<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9 lors de l&rsquo;avance de l&rsquo;arm\u00e9e versaillaise, Barral de Montaud fut rel\u00e2ch\u00e9 au vu d&rsquo;interventions et des documents suivant :<\/p>\n<p><em>Paris, 28 mai 1871,<\/em><\/p>\n<p><em>Je certifie que monsieur de Montault, colonel de la 7\u00b0 l\u00e9gion, Alsace-Lorraine, ayant \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 chef d&rsquo;\u00e9tat-major du 7\u00b0 arrondissement, au service de la Commune, a \u00e9t\u00e9 rendu \u00e0 la libert\u00e9 sur la demande du colonel d&rsquo;Alzac (sic), chef d&rsquo;\u00e9tat-major du mar\u00e9chal Mac-Mahon (M. de Montaud \u00e9tait porteur d&rsquo;un laisser-passer du Mar\u00e9chal Mac-Mahon et d&rsquo;un laisser passer de M. Thiers).<\/p>\n<p>Le Pr\u00e9v\u00f4t du 5\u00b0 corps<\/p>\n<p><\/em><em>Sign\u00e9 : de Tr\u00e9velin.<\/em><\/p>\n<p><em>Vu par nous, maire du 9\u00b0 arrondissement<\/em><\/p>\n<p><em>Le 28 mai 1871<\/p>\n<p>Sign\u00e9 : E.Ferry, adjoint<\/p>\n<p>Vu par nous<\/p>\n<p>Pour le colonel commandant le 9\u00b0 arrondissement<\/p>\n<p>Le commandant d&rsquo;\u00e9tat-major<\/p>\n<p>Sign\u00e9 : R. Larquez<\/p>\n<p>29 mai 1871<\/p>\n<p><\/em><em><\/em><em>Versailles 3 juin 1871<\/em><\/p>\n<p><em><br \/>\n<\/em><em>J&rsquo;atteste que M. de Montaud, tout en \u00e9tant rest\u00e9 \u00e0 Paris dans la Garde nationale, a servi le parti de l&rsquo;ordre, d&rsquo;accord avec les personnes qui de Versailles s&rsquo;entendaient avec lui.<br \/>\nSign\u00e9 : Barth\u00e9lemy Saint Hilaire, repr\u00e9sentant du peuple.<\/em><\/p>\n<p>On retrouvera apr\u00e8s la Commune, chez la comtesse de Massa (cousine des Dosne), du mobilier provenant de la place Saint Georges. Adolphe Thiers lui en fera cadeau, en remerciement de nombreuses \u009cuvres qu&rsquo;elle aurait ainsi pu pr\u00e9server et lui restituer.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1970\" aria-describedby=\"caption-attachment-1970\" style=\"width: 350px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1970\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_dacosta.jpg\" alt=\"Lettre de d\u00e9nonciation de Da Costa.\" title=\"Lettre de d\u00e9nonciation de Da Costa.\" align=\"middle\" width=\"350\" height=\"458\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_dacosta.jpg 350w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/jpg_dacosta-229x300.jpg 229w\" sizes=\"(max-width: 350px) 94vw, 350px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1970\" class=\"wp-caption-text\">Lettre de d\u00e9nonciation de Da Costa.<\/figcaption><\/figure>\n<p>A SUIVRE&#8230;<\/p>\n<p>PS : Les archives du commissaire Lombard n&rsquo;ont pas \u00e0 ce jour \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es. Destitu\u00e9  en 1877 par le pr\u00e9fet de police L\u00e9on Bienvenu, nous pouvons penser que ses dossiers avaient \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l&rsquo;abri, et que peut-\u00eatre un jour, ils referont surface.<\/p>\n<p>Ce commissaire sp\u00e9cial avait eu la haute main sur la police secr\u00e8te, depuis la fin du Second Empire. Il ne devait de compte \u00e0 personne sauf au ministre, et il \u00e9tait le seul \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;identit\u00e9 de ses informateurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette version est contredite par les historiens et chroniqueurs de cette p\u00e9riode. 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