{"id":615,"date":"2006-03-01T18:06:05","date_gmt":"2006-03-01T17:06:05","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/01\/louis-ferdinand-celine-a-paris-rennes-etc\/"},"modified":"2006-03-01T18:06:05","modified_gmt":"2006-03-01T17:06:05","slug":"louis-ferdinand-celine-a-paris-rennes-etc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/03\/01\/louis-ferdinand-celine-a-paris-rennes-etc\/","title":{"rendered":"Louis-Ferdinand C\u00c9LINE \u00e0 Paris, Rennes, etc."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">De Courbevoie \u00e0 Meudon en passant par l&rsquo;Am\u00e9rique, la rue Lepic et l&rsquo;Allemagne, le long voyage au bout de la nuit de C\u00e9line. Entre d\u00e9lire et g\u00e9nie, il nous laisse une oeuvre admirable au style \u00e9blouissant et unique.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\n<figure id=\"attachment_1984\" aria-describedby=\"caption-attachment-1984\" style=\"width: 290px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1984\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_celine3.jpg\" alt=\"4 rue Girardon \u00e0 Paris.\" title=\"4 rue Girardon \u00e0 Paris.\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"290\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_celine3.jpg 290w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/03\/jpg_celine3-229x300.jpg 229w\" sizes=\"(max-width: 290px) 94vw, 290px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1984\" class=\"wp-caption-text\">4 rue Girardon \u00e0 Paris.<\/figcaption><\/figure><\/p>\n<p>Louis DESTOUCHES est n\u00e9 le 27 mai 1894 Rampe du pont \u00e0 Courbevoie (Seine), dans l&rsquo;appartement familial situ\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la boutique de mode et lingerie que tient sa m\u00e8re<br \/>\nMarguerite Guillou. Son p\u00e8re, Fernand Destouches, est employ\u00e9 dans une compagnie d&rsquo;assurances. <\/p>\n<p>L&rsquo;enfant est rapidement plac\u00e9 en nourrice \u00e0 la campagne. Il rejoindra ses parents en 1897. A cette date, Marguerite a d\u00fb liquider son commerce qui p\u00e9riclitait. Les Destouches se sont install\u00e9s rue de Babylone \u00e0 Paris. <\/p>\n<p>Marguerite travaille \u00e0 pr\u00e9sent comme vendeuse dans la boutique de sa m\u00e8re, C\u00e9line Guillou. Nouveau d\u00e9m\u00e9nagement en novembre 1898 puis un suivant en juillet 1899. D\u00e9sormais, la famille habite 67, passage Choiseul. <\/p>\n<p>Beaucoup plus tard, Louis devenu Louis-Ferdinand C\u00e9line (il a pris pour nom de plume le pr\u00e9nom de sa grand-m\u00e8re maternelle), \u00e9voquera le passage Choiseul dans \u00ab Mort \u00e0 cr\u00e9dit \u00bb en ces termes :<br \/>\n<em>\u00ab  Au passage des B\u00e9r\u00e9sinas, dans les \u00e9talages, partout, y avait des nombreux changements depuis que j&rsquo;\u00e9tais parti&#8230; Un projet \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude pour amener l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans toutes les boutiques du Passage ! On supprimerait alors le gaz qui sifflait d\u00e8s quatre heures du soir, par ses trois cent vingt becs, et qui puait si fortement dans tout notre air confin\u00e9 que certaines dames, vers sept heures, arrivaient \u00e0 s&rsquo;en trouver mal&#8230;Cloches !&#8230; Sous cloche qu&rsquo;on \u00e9tait ! sous cloche qu&rsquo;il fallait demeurer ! Toujours et quand m\u00eame ! Un point c&rsquo;\u00e9tait tout !&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir obtenu le Certificat d&rsquo;\u00e9tudes primaires en juin 1907, Louis est envoy\u00e9 en pension en Allemagne, pr\u00e8s de Hanovre, pour y apprendre la langue. Ses parents souhaitent l&rsquo;orienter vers une carri\u00e8re commerciale et estiment que la connaissance de langues \u00e9trang\u00e8res sera n\u00e9cessaire \u00e0 leur fils. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 plus d&rsquo;un an en Allemagne, Louis est envoy\u00e9 en Angleterre. Il passe presque toute l&rsquo;ann\u00e9e 1909 dans des coll\u00e8ges britanniques, d&rsquo;abord \u00e0 Rochester puis \u00e0 Broadstairs.<\/p>\n<p>De retour en France en janvier 1910, il entre en apprentissage chez un marchand de tissu.<\/p>\n<p><em>\u00ab  On allait me mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. C&rsquo;\u00e9tait fini d&rsquo;\u00eatre \u00e9go\u00efste, pervers, insolite&#8230; J&rsquo;allais avoir aussi mon r\u00f4le, mon but dans la vie ! Soulager maman !&#8230; Presto !&#8230; Charger, foncer sur un business ! \u00bb<\/em> (<em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>). <\/p>\n<p>Apr\u00e8s les tissus, la bijouterie. Louis travaille successivement chez plusieurs joailliers. D&rsquo;octobre 1911 \u00e0 mai 1912 il est affect\u00e9 \u00e0 la succursale de Nice des fr\u00e8res La cloche, joailliers. Le 21 septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, le jeune homme devance l&rsquo;appel et s&rsquo;engage dans l&rsquo;arm\u00e9e pour trois ans. Il est affect\u00e9 au 12e r\u00e9giment de cuirassiers o\u00f9 il re\u00e7oit le grade de Brigadier en ao\u00fbt 1913. C&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;il r\u00e9dige les <em>Carnets du cuirassier Destouches<\/em> qui seront publi\u00e9s en marge du roman <em>Casse Pipe<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab  Ces descentes aux \u00e9curies dans la brume matinale. La sarabande des galoches dans l&rsquo;escalier, la corv\u00e9e d&rsquo;\u00e9curie dans la p\u00e9nombre. Quel noble m\u00e9tier que le m\u00e9tier des armes. Au fait les vrais sacrifices consistent peut-\u00eatre dans la manipulation du fumier \u00e0 la lumi\u00e8re blafarde d&rsquo;un falot crasseux ?&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s la d\u00e9claration de guerre \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1914, son r\u00e9giment est engag\u00e9 dans la bataille de la Lys. Le Mar\u00e9chal des Logis Destouches se porte volontaire pour une mission de liaison. Il est bless\u00e9 au bras droit. Cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre du r\u00e9giment, il est d\u00e9cor\u00e9 de la croix de guerre.<br \/>\n<br \/>Le 1er d\u00e9cembre, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital du Val-de-Gr\u00e2ce \u00e0 Paris puis \u00e0 Paul-Brousse en banlieue. Il subit une seconde intervention chirurgicale d\u00e9but 1915. La guerre et ses horreurs marquent d\u00e9finitivement le futur \u00e9crivain. Le bruit, celui des bombes et des cris, les sifflements qui habiteront en locataires ind\u00e9licats son cerveau et dont il ne cessera de d\u00e9noncer l&rsquo;insoutenable tapage au fil de son &#339;uvre :<br \/>\n<em>\u00ab  &#8230; je peux dire que je ne dors que par instants depuis novembre 14&#8230; je m&rsquo;arrange avec bruits d&rsquo;oreilles&#8230; je les \u00e9coute devenir trombones, orchestre complet, gare de triage&#8230; \u00bb<\/em>      (<em>Nord<\/em>). <\/p>\n<p>Les sons, les bruits surtout, vont marquer son style par le recours aux onomatop\u00e9es (ptaf ! vlang ! pflaff ! vrrac ! craccs ! uuuh ! braoum ! broom ! branng !&#8230;) qui sont autant de notes de musique, de sa musique \u00e0 lui : <em>\u00ab vous vous maltraitez la t\u00eate pendant vingt ans, du diable si vous ne trouvez pas !&#8230; si born\u00e9, si peu m\u00e9lodieux que vous soyez !&#8230; je redescends, j&rsquo;ai les quatre notes&#8230; sol di\u00e8ze ! sol ! la di\u00e8ze !&#8230;si !&#8230; \u00bb<\/em> (<em>Rigodon<\/em>).<\/p>\n<p>En mai 1915, il est affect\u00e9 au consulat de France \u00e0 Londres. En d\u00e9cembre, il est r\u00e9form\u00e9. Il \u00e9pouse \u00e0 Londres Suzanne Nebout. <\/p>\n<p>En mars 1916, il est engag\u00e9 en qualit\u00e9 de surveillant de plantation en Afrique. Il prend la direction d&rsquo;une exploitation \u00e0 Bikominbo mais doit \u00eatre rapatri\u00e9 en 1917 car il est atteint de dysenterie. Sur le bateau qui le ram\u00e8ne en France il \u00e9crit sa premi\u00e8re &#339;uvre de fiction intitul\u00e9e <em>Des vagues<\/em>.<\/p>\n<p>De son s\u00e9jour en Afrique, le futur C\u00e9line rapportera des souvenirs qu&rsquo;il int\u00e9grera dans l&rsquo;&#339;uvre majeure qui fera de lui un \u00e9crivain de premier plan \u00e0 partir de 1932, <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> :<br \/>\n<em>\u00ab La v\u00e9g\u00e9tation bouffie des jardins tenait \u00e0 grand-peine, agressive, farouche, entre les palissades, \u00e9clatantes frondaisons formant laitues en d\u00e9lire autour de chaque maison, ratatin\u00e9 gros blanc d&rsquo;&#339;uf solide dans lequel achevait de pourrir un Europ\u00e9en jaunet&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p>La cloche malodorante et \u00e9touffante du Passage Choiseul, le fumier des \u00e9curies de Rambouillet, la moiteur et les mouches d&rsquo;Afrique sont autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments que le C\u00e9line hygi\u00e9niste note consciencieusement. <\/p>\n<p>En septembre 1916, Louis travaille avec Raoul Marquis, dit Henry de Graffigny (Courtial des Pereires dans <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>), directeur d&rsquo;<em>Eur\u00e9ka<\/em>, une revue scientifique. <\/p>\n<p>Embauch\u00e9 en 1918 par la mission Rockfeller qui m\u00e8ne une active campagne contre la tuberculose, Louis Destouches parcoure la Bretagne. Il rencontre le docteur Follet \u00e0 Rennes. En novembre 1918, Louis quitte la mission Rockfeller et s&rsquo;inscrit pour passer son baccalaur\u00e9at qu&rsquo;il obtient au printemps 1919.<\/p>\n<p>Il \u00e9pouse Edith, la fille du docteur Follet. A-t-il divorc\u00e9 de Suzanne Nebout ? Nous l&rsquo;ignorons. Etait-ce n\u00e9cessaire ? Ce premier mariage n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 au consulat.<br \/>\n<br \/>Le couple s&rsquo;installe \u00e0 Rennes o\u00f9 Louis, b\u00e9n\u00e9ficiant du r\u00e9gime sp\u00e9cial des anciens combattants, s&rsquo;inscrit \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine. Le 15 juin 1920, Edith donne le jour \u00e0 Colette. Le futur praticien soutient sa th\u00e8se le 1er mai 1924. Elle est consacr\u00e9e \u00e0 la vie et \u00e0 l&rsquo;&#339;uvre du m\u00e9decin hongrois Philippe-Ignace Semmelweis, pr\u00e9curseur de la lutte contre l&rsquo;infection puerp\u00e9rale. Le style de la th\u00e8se est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Recrut\u00e9 \u00e0 nouveau par la fondation Rockfeller, Louis Destouches est mis \u00e0 la disposition de la Commission d&rsquo;Hygi\u00e8ne de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (S.D.N., l&rsquo;anc\u00eatre de l&rsquo;O.N.U.) dont le si\u00e8ge est \u00e0 Gen\u00e8ve. Laissant sa femme et sa fille \u00e0 Rennes, le jeune m\u00e9decin s&rsquo;installe au bord du lac L\u00e9man pour travailler avec le docteur Rajchman, dont il brossera le portrait sous les traits de Yundenzweck dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <em>L&rsquo;\u00e9glise<\/em> et de Yubelblat dans le pamphlet pacifiste et antis\u00e9mite <em>Bagatelle pour un massacre<\/em> qu&rsquo;il \u00e9crira en 1937.<br \/>\n<br \/>Dans le cadre de ses fonctions \u00e0 la S.D.N., il conduit un groupe de m\u00e9decins en 1925 aux Etats-Unis, \u00e0 Cuba, au Canada et en Angleterre puis est envoy\u00e9 en mission au Nig\u00e9ria et au S\u00e9n\u00e9gal en 1926. Il \u00e9voque son contact avec l&rsquo;Am\u00e9rique dans <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> par ces phrases :<br \/>\n<em>\u00ab  Figurez-vous qu&rsquo;elle \u00e9tait debout leur ville, absolument droite. New-York c&rsquo;est une ville debout. On en avait d\u00e9j\u00e0 vu nous des villes bien s\u00fbr, et des belles encore, et des ports et des fameux m\u00eame. Mais chez nous, n&rsquo;est-ce pas, elles sont couch\u00e9es les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s&rsquo;allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-l\u00e0 l&rsquo;Am\u00e9ricaine, elle ne se p\u00e2mait pas, non, elle se tenait bien raide, l\u00e0, pas baisante du tout, raide \u00e0 faire peur. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Tous ces voyages l&rsquo;obligent \u00e0 d\u00e9laisser Edith qui obtient le divorce en juin 1926. Louis Destouches commence la r\u00e9daction de <em>L&rsquo;\u00c9glise<\/em>. A Gen\u00e8ve, il rencontre celle \u00e0 qui il d\u00e9dicacera le <em>Voyage<\/em>, Elisabeth Craig, une danseuse am\u00e9ricaine de 23 ans.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Paris, Louis ouvre un cabinet m\u00e9dical qu&rsquo;il doit rapidement fermer faute de client\u00e8le. Il assure alors des vacations au dispensaire de Clichy et s&rsquo;installe rue Lepic[[Il habitait au fond de la cour du 98 dans ce qui est appel\u00e9 aujourd&rsquo;hui la \u00ab\u00a0maison de Dalida\u00a0\u00bb et qui donne aussi sur la rue d&rsquo;Orchampt (note de Philippe Boisseau, novembre 2006).]] avec Elisabeth. Le couple rencontre et fr\u00e9quente le peintre Henri Mah\u00e9 et la danseuse Karen Marie Jensen. Apr\u00e8s avoir \u00e9crit une seconde pi\u00e8ce, <em>Progr\u00e8s<\/em>, il songe \u00e0 son roman qui deviendra <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> et dont le personnage principal, Bardamu, semble \u00eatre \u00e0 la fois un double de l&rsquo;auteur et \u00e9galement inspir\u00e9 par Joseph Garcin que Louis a rencontr\u00e9. <\/p>\n<p>Il continue, ponctuellement, \u00e0 effectuer des missions pour le compte de la S.D.N. <\/p>\n<p>C&rsquo;est au printemps 1931 que les premi\u00e8res pages du <em>Voyage<\/em> sont dactylographi\u00e9es. Apr\u00e8s les refus de quelques \u00e9diteurs dont Gallimard, c&rsquo;est finalement Robert Deno\u00ebl qui en accepte la publication. D\u00e9sormais, nous ne parlerons plus du docteur Louis Destouches mais de l&rsquo;\u00e9crivain Louis-Ferdinand C\u00e9line.<br \/>\n<br \/>Robert Deno\u00ebl est un jeune \u00e9diteur &#8211; il est \u00e2g\u00e9 de trente ans &#8211; et s&rsquo;est associ\u00e9 avec un commanditaire, Bernard Steele, qui se retirera de la soci\u00e9t\u00e9 quatre ans plus tard. Les \u00e9ditions Deno\u00ebl sont connues depuis la publication en 1926 d&rsquo;<em>H\u00f4tel du Nord<\/em> d&rsquo;Eug\u00e8ne Dabit. Robert Deno\u00ebl demande \u00e0 C\u00e9line de proc\u00e9der \u00e0 quelques coupures afin d&rsquo;\u00e9liminer certains propos qu&rsquo;il juge obsc\u00e8nes, mais l&rsquo;auteur s&rsquo;y refuse cat\u00e9goriquement. Le texte est donc publi\u00e9 tel quel. C&rsquo;est un succ\u00e8s et l&rsquo;on en parle rapidement pour le prix Goncourt mais, au dernier moment et contre toute attente, le prix est attribu\u00e9 \u00e0 Guy Mazeline pour son roman <em>Les Loups<\/em>. C\u00e9line re\u00e7oit le prix Renaudot 1932.<\/p>\n<p>En juin 1933, Elisabeth Craig quitte d\u00e9finitivement la France pour les Etats-Unis. C\u00e9line se met \u00e0 la r\u00e9daction de <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>. En septembre, les \u00e9ditions Deno\u00ebl et Steele publient <em>L&rsquo;\u00c9glise<\/em>. Le 1er octobre, l&rsquo;auteur prononce un hommage \u00e0 Zola \u00e0 M\u00e9dan.<\/p>\n<p>En juin 1934, il part aux Etats-Unis pour tenter de convaincre Elisabeth de revenir avec lui en France, en vain. De retour apr\u00e8s un s\u00e9jour am\u00e9ricain de deux mois, il effectue plusieurs voyages en Europe puis s&rsquo;efforce d&rsquo;achever le roman en cours avant de se rendre \u00e0 Londres en novembre. Il y rencontre celle qui va devenir sa compagne jusqu&rsquo;au bout de son voyage : Lucette Almansor, qu&rsquo;il \u00e9pousera en 1943.<\/p>\n<p><em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> est publi\u00e9 au printemps de 1936. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, son \u00e9diteur publie sa th\u00e8se <em>La vie et l&rsquo;&#339;uvre de Semmelweis<\/em> et le pamphlet anti-communiste <em>Mea culpa<\/em>  inspir\u00e9 par l&rsquo;impression qu&rsquo;il a retir\u00e9e de son voyage en URSS durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>De mai \u00e0 septembre 1937, il r\u00e9dige un second pamphlet : <em>Bagatelle pour un massacre<\/em> qui est publi\u00e9, toujours par Deno\u00ebl, en d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;ann\u00e9e suivante il parcourt l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et l&rsquo;Angleterre et \u00e9crit son troisi\u00e8me pamphlet <em>L&rsquo;\u00c9cole des cadavres<\/em> qui est publi\u00e9 en novembre. En 1939, le d\u00e9cret Marchandeau condamnant la haine raciale entre en vigueur. Les deux pamphlets sont retir\u00e9s de la vente. <em>L&rsquo;\u00c9cole des cadavres<\/em> ressort quelques mois plus tard apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 expurg\u00e9 de six pages controvers\u00e9es.<\/p>\n<p>De la \u00ab dr\u00f4le de guerre \u00bb, la France plonge brutalement dans la vraie. La d\u00e9faite est aussi fulgurante qu&rsquo;inattendue. C&rsquo;est l&rsquo;exode. C\u00e9line, nomm\u00e9 m\u00e9decin-chef du dispensaire de Sartrouville, est charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9vacuer en ambulance une femme et des nourrissons jusqu&rsquo;\u00e0 La Rochelle :<br \/>\n<em>\u00ab Notre bouzine cane, grelotte, engag\u00e9e traviole au montoir entre trois camions d\u00e9porte, hoquette, elle est morte ! Moulin fourbu ! Depuis Colombes qu&rsquo;elle nous pr\u00e9vient qu&rsquo;elle en peut plus ! de cent malaises asthmatiques&#8230; Elle est n\u00e9e pour les petits services&#8230; pas pour les chasses \u00e0 courre d&rsquo;enfer ! Toute la foule r\u00e2le \u00e0 nos trousses qu&rsquo;on avance pas&#8230; \u00bb<\/em> (<em>Guignol&rsquo;s band<\/em>).<\/p>\n<p>La d\u00e9faite est consomm\u00e9e. Le pays est coup\u00e9 en deux zones. C\u00e9line et Lucette s&rsquo;installent rue Girardon, sur la butte Montmartre. Il r\u00e9dige et publie en f\u00e9vrier 41 un nouveau pamphlet, <em>Les Beaux draps<\/em>. Il \u00e9crit \u00e9galement plusieurs articles antis\u00e9mites qu&rsquo;il envoie \u00e0 diff\u00e9rents journaux tout en se gardant de rallier un mouvement politique ou une r\u00e9daction de la presse collaboratrice. N\u00e9anmoins, il assiste en compagnie de Lucette, \u00e0 un meeting de Jacques Doriot au Vel&rsquo; d&rsquo;Hiv&rsquo; en f\u00e9vrier 42. <\/p>\n<p>Il consacre l&rsquo;essentiel de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 r\u00e9diger <em>Scandale aux Abysses<\/em> et \u00e0 entamer la r\u00e9daction de <em>Guignol&rsquo;s band<\/em>. Les pr\u00e9c\u00e9dents pamphlets sont r\u00e9imprim\u00e9s par Deno\u00ebl. En septembre, para\u00eet une nouvelle \u00e9dition de <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> illustr\u00e9e par son ami le peintre Gen Paul.<\/p>\n<p><em>Guignol&rsquo;s band<\/em> sort en mars 1944. Compte-tenu de ses \u00e9crits, de ses amiti\u00e9s avec certains collaborateurs et occupants, C\u00e9line se sent menac\u00e9. L&rsquo;effondrement du gouvernement de Vichy et la retraite allemande l&rsquo;incitent \u00e0 quitter la France. Il a l&rsquo;intention de gagner le Danemark o\u00f9 vit son amie Karen Marie Jensen \u00e0 laquelle il a, semble-t-il, confi\u00e9 de l&rsquo;argent, peut-\u00eatre des lingots d&rsquo;or ? Il faut traverser l&rsquo;Allemagne sous les bombardements alli\u00e9s incessants. Ils sont bloqu\u00e9s \u00e0 Baden-Baden et n&rsquo;obtiennent pas les visas n\u00e9cessaires pour le Danemark. Ils se retrouvent dans un village du Brandebourg en compagnie de l&rsquo;acteur Le Vigan et du chat B\u00e9bert que ce dernier confiera au couple.<br \/>\n<em>\u00ab  Juste au moment : vzzzz ! un petit avion pique&#8230; de tr\u00e8s haut&#8230; nous passe par-dessus, pas le temps de faire : ouf ! et nous repasse&#8230; et encore !&#8230; en loopings !&#8230; je me ressaisis&#8230; je le vois&#8230; c&rsquo;est un \u00ab Maraudeur \u00bb, un escorteur de \u00ab forteresses \u00bb&#8230; c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 deux fois&#8230; il y a un mois&#8230; comme \u00e7a, qu&rsquo;ils piquent se rendre compte&#8230; \u00bb<\/em> (<em>Nord<\/em>).<\/p>\n<p>En octobre 44, ils sont \u00e0 nouveau d\u00e9plac\u00e9s et envoy\u00e9s \u00e0 Sigmaringen dans le sud de l&rsquo;Allemagne o\u00f9 se sont r\u00e9fugi\u00e9s tous les collaborateurs fran\u00e7ais du r\u00e9gime nazi. Ils sont log\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du ch\u00e2teau occup\u00e9 par les membres du gouvernement de Vichy dans une ambiance surr\u00e9aliste.<br \/>\n<br \/><em>\u00ab &#8230; la Chancellerie du Grand Reich avait trouv\u00e9 pour les Fran\u00e7ais de Siegmaringen une certaine fa\u00e7on d&rsquo;exister, ni absolument fictive, ni absolument r\u00e9elle, qui sans engager l&rsquo;avenir, tenait tout de m\u00eame compte du pass\u00e9&#8230; statut fictif, \u00ab mi-Quarantaine mi-op\u00e9rette \u00bb&#8230; \u00bb<\/em> (<em>D&rsquo;un ch\u00e2teau l&rsquo;autre<\/em>).<\/p>\n<p>En fin de compte, C\u00e9line, sa femme et B\u00e9bert sont autoris\u00e9s \u00e0 partir pour le Danemark. Nouvelle travers\u00e9e mouvement\u00e9e de l&rsquo;Allemagne en ruine et totalement d\u00e9sorganis\u00e9e. Ils arrivent \u00e0 Copenhague le 27 mars 1945.<br \/>\n<br \/><em>\u00ab Je me dis : Lili, je te retrouve, t&rsquo;es l\u00e0 !&#8230; B\u00e9bert aussi !&#8230; oh, mais les sir\u00e8nes&#8230; que de sir\u00e8nes !&#8230; autant qu&rsquo;\u00e0 Berlin&#8230; ici ils devraient avoir fini, assez ratatin\u00e9 tout !&#8230; enfin, \u00e0 peu pr\u00e8s&#8230; ou alors !&#8230; uuuh !&#8230; brang !&#8230; braoum !&#8230; des bombes&#8230; des bombes,&#8230; \u00bb<\/em> (<em>Rigodon<\/em>).<\/p>\n<p>C\u00e9line apprend le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re survenu le 6 mars.<br \/>\nLe 19 avril, un mandat d&rsquo;arr\u00eat est lanc\u00e9 contre lui pour haute trahison. Le 17 d\u00e9cembre, C\u00e9line et Lucette (Lili dans les romans) sont arr\u00eat\u00e9s par la police danoise. Le 2 du m\u00eame mois, Robert Deno\u00ebl a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 \u00e0 Paris dans des conditions non \u00e9lucid\u00e9es. A la fin du mois, Lucette est rel\u00e2ch\u00e9e. De cellule en h\u00f4pital, sa sant\u00e9 se d\u00e9gradant, Louis est finalement lib\u00e9r\u00e9 sur parole le 24 juin 1947. Il a commenc\u00e9 la r\u00e9daction de <em>F\u00e9erie pour une autre fois<\/em>. <\/p>\n<p>Lucette et Louis sont log\u00e9s dans la demeure de leur avocat Me Mikkelsen, sur les bords de la Baltique. A Paris, les amis de C\u00e9line commencent \u00e0 s&rsquo;agiter en sa faveur. Albert Paraz publie <em>Gala des vaches<\/em> contenant plusieurs lettres de C\u00e9line dont celle intitul\u00e9e <em>Lettre \u00e0 Jean-Baptiste Sartre, l&rsquo;agit\u00e9 du bocal<\/em>. Le <em>Voyage<\/em> et <em>Casse-pipe<\/em> sont r\u00e9\u00e9dit\u00e9s. <\/p>\n<p>Le couple rentre en France en 1951. C\u00e9line signe un contrat d&rsquo;exclusivit\u00e9 avec les \u00e9ditions Gallimard et s&rsquo;installe \u00e0 Meudon. <em>Les Entretiens avec le professeur Y<\/em> sont publi\u00e9s en 55 et <em>D&rsquo;un ch\u00e2teau l&rsquo;autre<\/em> sort deux ans plus tard. Le livre est violemment pris \u00e0 partie par d&rsquo;anciens collaborateurs. En mai 1960, <em>Nord<\/em> est publi\u00e9.<\/p>\n<p>Le voyage s&rsquo;ach\u00e8ve \u00e0 Meudon le 1er juillet 1961 juste apr\u00e8s avoir achev\u00e9 une seconde r\u00e9daction de <em>Rigodon<\/em>.<\/p>\n<p>\u00a9 Alain Mourgue 2006<\/p>\n<p>Ouvrages publi\u00e9s :<br \/>\n<br \/><em>Les racines de sang<\/em>, \u00e9ditions MCED 2004,<br \/>\n<br \/><em>Le chevaucheur des nu\u00e9es<\/em>, \u00e9ditions EbooksLib (Canada) 2005,<br \/>\n<br \/><em>Mort \u00e9trange d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral<\/em>, \u00e9ditions Le Manuscrit 2005.<\/p>\n<p>site Internet : <a href=\"www.quellehistoire.com\">www.quellehistoire.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Courbevoie \u00e0 Meudon en passant par l&rsquo;Am\u00e9rique, la rue Lepic et l&rsquo;Allemagne, le long voyage au bout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":1984,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[36],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/615"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/615\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1984"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}