{"id":6168,"date":"2010-01-14T10:04:36","date_gmt":"2010-01-14T09:04:36","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/01\/14\/sur-les-pas-de-vendredi-lhebdo-du-front-populaire-de-1936\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:18","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:18","slug":"sur-les-pas-de-vendredi-lhebdo-du-front-populaire-de-1936-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/01\/14\/sur-les-pas-de-vendredi-lhebdo-du-front-populaire-de-1936-2\/","title":{"rendered":"Sur les pas de Vendredi, l&#039;hebdo du Front populaire de 1936"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">A Paris, le 7 boulevard Haussmann et le 16 rue du Croissant sont deux adresses qui gardent la m\u00e9moire de l&rsquo;hebdomadaire <em>Vendredi<\/em>. La premi\u00e8re est celle de son si\u00e8ge, la seconde, celle de Dodeman, son imprimeur. Voici un peu de cette histoire.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>En octobre 1932, les \u00e9ditions Gallimard lancent <em>Marianne<\/em>, un hebdomadaire au titre sans \u00e9quivoque, situ\u00e9 politiquement \u00e0 gauche. L&rsquo;objectif est de cr\u00e9er un journal dans lequel puissent s&rsquo;exprimer des auteurs Gallimard comme Gide, Malraux, etc., et de repr\u00e9senter un contrepoids d&rsquo;opinion face aux nombreux p\u00e9riodiques de droite et d&rsquo;extr\u00eame droite florissant dans ces terribles ann\u00e9es 1930. La direction de <em>Marianne<\/em> est confi\u00e9e \u00e0 Emmanuel Berl. Son tirage plafonnant \u00e0 120 000 exemplaires, Gallimard revendra le journal en 1937.<\/p>\n<p>Entre temps, un concurrent a vu le jour \u00e0 l&rsquo;automne 1935 : <em>Vendredi<\/em>, que l&rsquo;on pourrait qualifier d&rsquo;\u00ab\u00a0hebdomadaire du Front populaire\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois parce qu&rsquo;il rassemble divers courants politiques de gauche, et parce qu&rsquo;il voit en effet \u2013 en y contribuant un peu \u2013 la victoire \u00e9lectorale du Front populaire, en 1936.<\/p>\n<p>Cette \u00e9ph\u00e9m\u00e8re mais belle aventure \u00e9ditoriale est principalement due \u00e0 un \u00e9crivain discret, Andr\u00e9 Chamson, qui s&rsquo;entoure de deux autres figures litt\u00e9raires engag\u00e9es de l&rsquo;\u00e9poque : Jean Gu\u00e9henno et Andr\u00e9e Viollis.<\/p>\n<p>Les amis de Chamson se nomment Jean Pr\u00e9vost, Jean Grenier, Louis Guilloux, Roger Vitrac, Jacques Kayser, etc. Nombre d&rsquo;entre eux \u00e9criront pour <em>Vendredi<\/em>. Chamson et sa femme Lucie Mazauric sont proches du parti radical-socialiste. \u00ab\u00a0Pour avoir observ\u00e9 la vie politique de pr\u00e8s, note Michel Winock, exp\u00e9riment\u00e9 la difficult\u00e9 pour les \u00e9lus de concilier l&rsquo;id\u00e9al et la pratique, il refuse d&rsquo;admettre l&rsquo;antiparlementarisme de ses amis.\u00a0\u00bb En 1925, Chamson a \u00e9t\u00e9 sous-chef du cabinet du ministre de l&rsquo;Instruction publique et des Beaux-Arts, un certain \u00c9douard Daladier qui participera au financement de <em>Vendredi<\/em>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2366\" aria-describedby=\"caption-attachment-2366\" style=\"width: 1464px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2366\" title=\"T\u00e9l\u00e9chargez le haut de la Une du Matin du 7 f\u00e9vrier 1934\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934.jpg\" alt=\"T\u00e9l\u00e9chargez le haut de la Une du Matin du 7 f\u00e9vrier 1934\" width=\"1464\" height=\"1092\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934.jpg 1464w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934-300x224.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934-1024x764.jpg 1024w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934-768x573.jpg 768w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/jpg_LeMatin7fevrier1934-1200x895.jpg 1200w\" sizes=\"(max-width: 739px) 94vw, (max-width: 969px) 88vw, (max-width: 1199px) 860px, 850px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2366\" class=\"wp-caption-text\"><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/LeMatin7fevrier1934.jpg\">T\u00e9l\u00e9chargez le haut de la Une du <em>Matin<\/em> du 7 f\u00e9vrier 1934<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<p>Un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9cipite sa d\u00e9cision de lancer un nouveau journal : l&rsquo;\u00e9meute du 6 f\u00e9vrier 1934. Pour lui comme pour d&rsquo;autres, il devient clair que la mission des \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb est de \u00ab\u00a0mobiliser toutes les forces de l&rsquo;esprit dans la r\u00e9sistance au fascisme\u00a0\u00bb (Michel Winock). C&rsquo;est la p\u00e9riode des mouvements, des meetings, des initiatives multiples. Chamson, bon orateur, est du Comit\u00e9 de vigilance des intellectuels antifascistes, de l&rsquo;Association des \u00e9crivains et artistes r\u00e9volutionnaires (AEAR) et du <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/12\/le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935\/\">congr\u00e8s des \u00e9crivains pour la d\u00e9fense de la culture en juin 1935<\/a> \u2013 qui sera un bon vivier d&rsquo;auteurs occasionnels ou r\u00e9guliers pour <em>Vendredi<\/em>.<\/p>\n<p>Chamson veut un journal \u00e0 la ligne plus claire que <em>Marianne<\/em> (1), plus engag\u00e9 avec les partis de gauche et les syndicats, moins li\u00e9 \u00e0 une entreprise commerciale qu&rsquo;est une maison d&rsquo;\u00e9dition. Il existe aussi un autre hebdomadaire de gauche, <em>Regards<\/em>, mais son parrainage communiste explicite en d\u00e9tourne de nombreux lecteurs.<\/p>\n<p>Chamson sollicite l&rsquo;aide de Jean Gu\u00e9henno, r\u00e9dacteur en chef de la revue <em>Europe<\/em> et proche des socialistes de la SFIO. Comme dans d&rsquo;autres \u00e9quipes, celle de la revue <em>Europe<\/em> se divise alors sur l&rsquo;attitude \u00e0 adopter face au danger de guerre. Gu\u00e9henno se situe dans un juste milieu, entre les pacifistes et les partisans de la fermet\u00e9. Il d\u00e9missionne de la direction d&rsquo;<em>Europe<\/em> en f\u00e9vrier 1936 pour la laisser \u00e0 Aragon et Jean Cassou, ce qui le lib\u00e8re pour <em>Vendredi<\/em>.<\/p>\n<p>Chamson et Gu\u00e9henno s&rsquo;allient les services d&rsquo;Andr\u00e9e Viollis, \u00e9crivain-grand reporter, proche des communistes, qui publie en 1935 <em>Indochine SOS<\/em>, d\u00e9nonciation du colonialisme (2). Le r\u00e9dacteur en chef de <em>Vendredi<\/em> est Louis Martin-Chauffier, catholique de gauche.<\/p>\n<p>Le premier num\u00e9ro para\u00eet le 8 novembre 1935, avec des articles sign\u00e9s Gide, Cassou, Julien Benda, Giono, Jacques Maritain, <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/11\/14\/paul-nizan-a-grandchamp-le-pecq-yvelines\/\">Paul Nizan<\/a>. Le second num\u00e9ro voit les noms d&rsquo;Edith Thomas et <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/18\/jean-richard-bloch-a-paris-rouen-lons-le-saulnier-poitiers\/?preview_id=733&amp;preview_nonce=8554c1e754&amp;preview=true&amp;_thumbnail_id=2137\">Jean-Richard Bloch<\/a> et les num\u00e9ros suivants ceux d&rsquo;Alain, Aragon, Jules Romains, Martin du Gard, Adrienne Monnier, Emmanuel Mounier, etc.<\/p>\n<p>La guerre d&rsquo;Espagne d\u00e9clenche l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936 des tensions dans l&rsquo;\u00e9quipe de <em>Vendredi<\/em>. Chamson et Viollis sont pour l&rsquo;intervention de la France aux c\u00f4t\u00e9s des R\u00e9publicains espagnols, Gu\u00e9henno n&rsquo;est pas favorable. Ces m\u00eames tensions aboutissent \u00e0 la chute du gouvernement Blum en 1937. Fin 1937, la querelle culmine dans les colonnes de <em>Vendredi<\/em>, avec Gide qui reproche au journal de sacrifier la v\u00e9rit\u00e9 et sa libert\u00e9, et Gu\u00e9henno qui r\u00e9plique que tout combat exige discipline et fid\u00e9lit\u00e9.<br \/>Les difficult\u00e9s financi\u00e8res et la r\u00e9conciliation impossible entre pacifistes et \u00ab bellicistes \u00bb auront raison de <em>Vendredi<\/em>, dont le dernier num\u00e9ro est dat\u00e9 du 10 novembre 1938.<\/p>\n<p><em>Notes :<\/em><br \/>(1) : Emmanuel Berl est un pacifiste convaincu. Il entretient par ailleurs de tr\u00e8s bonnes relations avec une personnalit\u00e9 comme Horace de Carbuccia, directeur du magazine d&rsquo;extr\u00eame droite <em>Gringoire<\/em> et gendre du pr\u00e9fet de police Jean Chiappe.<br \/>(2) : Dans ses souvenirs, Andr\u00e9 Wurmser la d\u00e9crit ainsi : \u00ab\u00a0Andr\u00e9e Viollis \u00e9tait tout \u00e0 la fois une vieille dame d&rsquo;apparence farfelue, issue des romans d&rsquo;Agatha Christie, des films d&rsquo;Alec Guiness, et l&rsquo;un des grands journalistes de son temps. [\u2026] Avec son chapeau plat \u00e0 fleurs roses ou mauves, sa voilette, ses gants, son parapluie, elle semblait ne rien comprendre, confondait des noms, les sigles, les programmes, raisonnant tout de travers \u2013 la catastrophe ! pensiez-vous -, et le lendemain l&rsquo;article qu&rsquo;elle signait \u00e9tait juste, clair, pr\u00e9cis, sans une bavure, d&rsquo;une inexplicable intelligence\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Herbert R. Lottman dans <em>La Rive gauche<\/em>).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Sources :<br \/>&#8211; <em>Le si\u00e8cle des intellectuels<\/em>, Michel Winock, Points n\u00b0613,<br \/>&#8211; <em>La rive gauche<\/em>, Herbert R. Lottman, Points n\u00b0161,<br \/>&#8211; <em>Marianne et vendredi : deux g\u00e9n\u00e9rations ?<\/em>, article de Bernard Laguerre dans la revue <em>Vingti\u00e8me Si\u00e8cle<\/em>, 1989, Volume 22, Num\u00e9ro 1, accessible sur <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/xxs_0294-1759_1989_num_22_1_2125\">www.persee.fr<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/VendrediN19.jpg\">T\u00e9l\u00e9chargez la Une de <em>Vendredi<\/em> du 13 mars 1936<\/a><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/VendrediN19.jpg\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Paris, le 7 boulevard Haussmann et le 16 rue du Croissant sont deux adresses qui gardent la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2366,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[23],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6168"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6168"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6168\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6694,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6168\/revisions\/6694"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2366"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}