{"id":643,"date":"2006-06-14T21:23:11","date_gmt":"2006-06-14T19:23:11","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/06\/14\/les-demeures-doctave-mirbeau\/"},"modified":"2021-08-17T10:32:18","modified_gmt":"2021-08-17T08:32:18","slug":"les-demeures-doctave-mirbeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/06\/14\/les-demeures-doctave-mirbeau\/","title":{"rendered":"Les demeures d&rsquo;Octave Mirbeau"},"content":{"rendered":"<p>Le journaliste, critique d&rsquo;art, romancier et dramaturge Octave Mirbeau (1848-1917), auteur de <em>L&rsquo;Abb\u00e9 Jules<\/em> (1888), du <em>Journal d&rsquo;une femme de chambre<\/em> (1900), de <em>Les affaires sont les affaires<\/em> (1903) et de <em>La 628-E8<\/em> (1907), n&rsquo;a jamais eu d&rsquo;attaches vraiment durables et de demeures permanentes : sans rien renier de ses origines percheronnes, il a toujours refus\u00e9 l&rsquo;enracinement barr\u00e9sien. Grand voyageur \u00e0 l&rsquo;insatiable curiosit\u00e9, puis automobiliste passionn\u00e9, il a sillonn\u00e9 l&rsquo;Europe ; soucieux de fuir les miasmes morbides des villes, de se ressourcer au sein de la nature r\u00e9demptrice et de cultiver son jardin au sens litt\u00e9ral du terme (il avait une passion pour les fleurs), il s&rsquo;est souvent mis en qu\u00eate de demeures rurales ; mais, pour des raisons professionnelles aussi bien que pour pouvoir assumer avec efficacit\u00e9 ses grands combats politiques et esth\u00e9tiques, il devait conserver ses attaches parisiennes et ne pas trop s&rsquo;\u00e9loigner des grands quotidiens, des maisons d&rsquo;\u00e9dition, des th\u00e9\u00e2tres et des galeries de peintures. D&rsquo;o\u00f9 de multiples d\u00e9m\u00e9nagements, qui traduisent aussi une instabilit\u00e9 fonci\u00e8re, sans doute li\u00e9e \u00e0 ses d\u00e9chirements int\u00e9rieurs et \u00e0 des exigences contradictoires.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2024\" aria-describedby=\"caption-attachment-2024\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2024\" title=\"Le jardin des Damps, par Pissarro\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauDampsdef.jpg\" alt=\"Le jardin des Damps, par Pissarro\" width=\"400\" height=\"324\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauDampsdef.jpg 400w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauDampsdef-300x243.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 94vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2024\" class=\"wp-caption-text\">Le jardin des Damps, par Pissarro<\/figcaption><\/figure>\n<p>Petit-fils de deux notaires normands, il est n\u00e9 le 16 f\u00e9vrier 1848 dans la grande maison de notable de son grand-p\u00e8re maternel \u00e0 Tr\u00e9vi\u00e8res, village du Bessin (Calvados). Cette \u00e9tude notariale est situ\u00e9e dans la rue qui porte aujourd&rsquo;hui son nom et qui est adorn\u00e9e d&rsquo;une plaque offerte par son fid\u00e8le admirateur Sacha Guitry. Mais il n&rsquo;y a pratiquement pas v\u00e9cu et n&rsquo;en a gard\u00e9 aucun souvenir, car, d\u00e8s 1849, il a regagn\u00e9, avec ses parents, la maison de sa famille paternelle, \u00e0 R\u00e9malard, dans le Perche ornais. C&rsquo;est dans la demeure bourgeoise du Ch\u00eane Vert, construite en 1857 et situ\u00e9e 12 rue du Prieur\u00e9, \u00e0 quelques encablures de l&rsquo;\u00e9glise paroissiale, et entour\u00e9e d&rsquo;un vaste jardin dont le ch\u00eane \u00e9ponyme, d\u00e9racin\u00e9 en 2000 par une temp\u00eate, \u00e9tait l&rsquo;ornement, que le jeune Octave va passer toute son enfance, comme le rappelle une plaque install\u00e9e \u00e0 l&rsquo;initiative des nouveaux propri\u00e9taires, M. et Mme Lansac. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il va s&rsquo;impr\u00e9gner de paysages qu&rsquo;il ne cessera plus d&rsquo;\u00e9voquer dans ses contes et ses romans, o\u00f9 r\u00e9apparaissent nombre de lieux-dits percherons (Vauperdu, Culoiseau, Freulemont, La Fontaine au Grand-Pierre, etc.).<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 aussi qu&rsquo;il fera l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;apartheid social r\u00e9gnant dans les bourgs de province et qu&rsquo;il d\u00e9couvrira la mesquinerie, le conformisme et l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 au gain de l&rsquo;impitoyable petite bourgeoisie, qu&rsquo;il ne cessera plus de d\u00e9barbouiller au vitriol. C&rsquo;est l\u00e0 enfin qu&rsquo;il sera t\u00f4t sensibilis\u00e9 \u00e0 la mis\u00e8re et aux souffrances des petits paysans, des ouvriers agricoles et des chemineaux, victimes d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 darwinienne o\u00f9 les pauvres sont \u00e9cras\u00e9s sous le talon de fer des riches et des puissants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ses \u00e9tudes au coll\u00e8ge des j\u00e9suites de Vannes, o\u00f9 il situe son \u00e9mouvant roman <em>S\u00e9bastien Roch<\/em> (1890), puis \u00e0 Rennes et \u00e0 Caen, o\u00f9 il passe son bac, le jeune \u00e9crivain ambitieux \u201cmonte\u201d \u00e0 Paris en 1872 pour y entamer une carri\u00e8re de journaliste, sous la houlette de l&rsquo;ancien d\u00e9put\u00e9 de Mortagne, Dugu\u00e9 de la Fauconnerie. Quoique r\u00e9volt\u00e9 et fils des Lumi\u00e8res, il commence par vendre sa plume \u00e0 la cause bonapartiste de son nouveau patron, qui lui met le pied \u00e0 l&rsquo;\u00e9trier. C&rsquo;est seulement au bout de douze ann\u00e9es de prostitution journalistico-politique, et apr\u00e8s une liaison d\u00e9vastatrice de trois ans avec la \u00ab goule \u00bb Judith Vimmer et un s\u00e9jour de sept mois \u00e0 Audierne (Finist\u00e8re), en 1884, qu&rsquo;il entame enfin sa r\u00e9demption : il d\u00e9cide tardivement de mettre dor\u00e9navant sa plume au service de ses valeurs \u00e9thiques et esth\u00e9tiques et il commence sa carri\u00e8re litt\u00e9raire sous son propre nom. D\u00e8s lors, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie, moyennant un nombre impressionnant d&#8217;emm\u00e9nagements, il va faire alterner ses s\u00e9jours \u00e0 la campagne et ses installations parisiennes.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, il a habit\u00e9 successivement : rue de Laval, dans les ann\u00e9es 1870 ; rue Lincoln, pr\u00e8s des Champs-\u00c9lys\u00e9es, en 1885 ; square du Ranelagh, d&rsquo;o\u00f9 le bruit le fait fuir au plus vite, en 1888 ; \u00e0 Levallois, dans un immeuble appartenant \u00e0 sa femme, en 1889 ; puis, en 1896, dans un pied-au-ciel sis au 42 avenue de l&rsquo;Alma, o\u00f9 il organise des r\u00e9ceptions intimes le samedi ; dans un bel immeuble bourgeois du 3 boulevard Delessert, proche du Trocadero, \u00e0 partir de 1897 ; dans un appartement de tr\u00e8s grand standing, qu&rsquo;il loue fort cher \u00e0 la baronne von Zuylen, au 64 &#8211; devenu 84 &#8211; de l&rsquo;avenue du Bois, de novembre 1901 \u00e0 1909 ; et enfin, pendant la guerre, pour y mourir, au 1 de la rue Beaujon, \u00e0 proximit\u00e9 de son m\u00e9decin traitant, le professeur Albert Robin.<\/p>\n<p>\u00c0 la campagne, plus ou moins proche de Paris, il s&rsquo;est install\u00e9 successivement &#8211; et provisoirement : pendant six mois en 1885, dans sa \u00ab chaumi\u00e8re \u00bb au Rouvray, sur la commune de Saint-Sulpice-en-Rille, pr\u00e8s de Laigle (Orne), o\u00f9 il r\u00e9dige ses <em>Lettres de ma chaumi\u00e8re<\/em> ; pendant la seconde moiti\u00e9 de 1886, dans une maison lou\u00e9e au P\u00e9lav\u00e9, \u00e0 Noirmoutier (Vend\u00e9e), o\u00f9 il ach\u00e8ve Le Calvaire et re\u00e7oit la visite de Claude Monet ; en 1887-1888, \u00e0 K\u00e9risper, sur la commune de Pluneret, pr\u00e8s d&rsquo;Auray (Morbihan), dans un manoir avec tourelles et pont-levis, d&rsquo;o\u00f9 il a une vue superbe sur le loch et sur le golfe du Morbihan et o\u00f9 il r\u00e9dige <em>L&rsquo;Abb\u00e9 Jules<\/em> ; puis \u00e0 Menton, Casa Carola, proche de la fronti\u00e8re italienne, en 1888-1889 ; de 1889 \u00e0 l&rsquo;hiver 1893, aux Damps, pr\u00e8s de Pont-de-l&rsquo;Arche (Eure), dans une grande maison de briques entour\u00e9e d&rsquo;un vaste jardin peint \u00e0 quatre reprises par Camille Pissarro ; puis \u00e0 Carri\u00e8res-sous-Poissy (Yvelines), o\u00f9 il horticulte avec ferveur, dans une maison aujourd&rsquo;hui d\u00e9truite et sur l&#8217;emplacement de laquelle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, depuis 1993, l&rsquo;actuel h\u00f4tel de ville ; \u00e0 partir du printemps 1904, dans un ch\u00e2teau du XVIIIe si\u00e8cle, entour\u00e9 d&rsquo;un tr\u00e8s beau parc, achet\u00e9 par sa femme, et aujourd&rsquo;hui m\u00e9connaissable, dans le village de Cormeilles-en-Vexin, dont il \u00e9voquera les habitants sous les couleurs les plus noires dans son dernier roman, <em>Dingo<\/em> (1913) ; et enfin dans une maison qu&rsquo;il a fait construire \u00e0 Triel-sur-Seine, dans les Yvelines, \u00e0 partir de la fin 1909. Apr\u00e8s sa mort, sa veuve en fera don \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres pour servir \u00e0 la convalescence d&rsquo;\u00e9crivains peu fortun\u00e9s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2025\" aria-describedby=\"caption-attachment-2025\" style=\"width: 450px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2025\" title=\"K\u00e9risper\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauKerisperdef.jpg\" alt=\"K\u00e9risper\" width=\"450\" height=\"280\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauKerisperdef.jpg 450w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/jpg_MirbeauKerisperdef-300x187.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 450px) 94vw, 450px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2025\" class=\"wp-caption-text\">K\u00e9risper<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans aucune des demeures d&rsquo;Octave Mirbeau n&rsquo;a pu \u00eatre install\u00e9 un mus\u00e9e qui perp\u00e9tue son souvenir et t\u00e9moigne de son cadre de vie. Mais plusieurs des communes o\u00f9 il a v\u00e9cu &#8211; Tr\u00e9vi\u00e8res, R\u00e9malard, Les Damps, Carri\u00e8res-sous-Poissy et Triel-sur-Seine &#8211; lui rendent hommage \u00e0 leur mani\u00e8re en apportant leur soutien \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Octave Mirbeau.<\/p>\n<p><strong>A lire<\/strong><\/p>\n<p>Le gros volume des <em>Combats litt\u00e9raires<\/em> d&rsquo;Octave Mirbeau (704 pages), attendu depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, est enfin sorti aux Editions de l&rsquo;Age d&rsquo;Homme. Il est possible de le commander \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Octave Mirbeau au prix pr\u00e9f\u00e9rentiel de 43 euros, au lieu de 50.<\/p>\n<p>Pierre MICHEL (michel.mirbeau@free.fr)<br \/>\nSoci\u00e9t\u00e9 Octave Mirbeau<br \/>\n10 bis rue Andr\u00e9 Gautier<br \/>\n49000 &#8211; ANGERS<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journaliste, critique d&rsquo;art, romancier et dramaturge Octave Mirbeau (1848-1917), auteur de L&rsquo;Abb\u00e9 Jules (1888), du Journal d&rsquo;une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":2024,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[35,50],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/643"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=643"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/643\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4637,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/643\/revisions\/4637"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2024"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=643"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=643"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=643"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}