{"id":675,"date":"2006-11-03T19:26:41","date_gmt":"2006-11-03T18:26:41","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/11\/03\/la-maison-de-beaumarchais-a-pantin\/"},"modified":"2006-11-03T19:26:41","modified_gmt":"2006-11-03T18:26:41","slug":"la-maison-de-beaumarchais-a-pantin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2006\/11\/03\/la-maison-de-beaumarchais-a-pantin\/","title":{"rendered":"La maison de BEAUMARCHAIS \u00e0 Pantin"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;existence \u00e0 Pantin d&#8217;une maison ayant appartenu \u00e0 Beaumarchais est pr\u00e9sent\u00e9e comme une certitude et situ\u00e9e avec pr\u00e9cision dans la notice historique qui figure au d\u00e9but de la monographie publi\u00e9e en 1901 sous les auspices du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Seine[[Etat des communes. Pantin. Notice historique et renseignements administratifs. Montevrain. Imprimerie typographique de l&#8217;\u00e9cole d&#8217;Alembert. 1901.]] :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab&#8230; on sait, par le contrat de mariage de Beaumarchais, que l&#8217;auteur du Barbier de S\u00e9ville poss\u00e9dait \u00e0 Pantin la maison qui fut plus tard la mairie d\u00e9saffect\u00e9e en 1886. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir relat\u00e9 les p\u00e9rip\u00e9ties qui ont conduit \u00e0 l&#8217;ouverture de la mairie, cette notice pr\u00e9cise la localisation de la maison : <\/p>\n<p><em>\u00ab Enfin, le 22 avril 1855, le Conseil autorisait le maire \u00e0 acqu\u00e9rir une maison sise rue de Paris n\u00b0 104 ; c&#8217;\u00e9tait celle o\u00f9 avait habit\u00e9 Beaumarchais un si\u00e8cle auparavant et \u00e9tait contigu\u00eb \u00e0 la maison occup\u00e9e jadis par Mlle Guimard. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Cette information concernant un personnage aussi prestigieux que Beaumarchais a \u00e9t\u00e9 reprise sans modification jusqu&#8217;\u00e0 nos jours. Ainsi, dans le recueil de cartes postales \u00e9dit\u00e9 en 2000 par Claude Taszek et Philipe Delorme, on lit la l\u00e9gende suivante sous la photographie du 104 rue de Paris (actuelle avenue Jean-Lolive) : <em>\u00ab le b\u00e2timent qui abrite aujourd&#8217;hui le Cin\u00e9 104 a longtemps \u00e9t\u00e9 une salle de f\u00eates. Il est situ\u00e9 sur le terrain de l&#8217;ancienne mairie de Pantin d\u00e9molie en 1886. C&#8217;\u00e9tait la propri\u00e9t\u00e9 champ\u00eatre o\u00f9 Beaumarchais venait se reposer un si\u00e8cle auparavant&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Voulant en savoir davantage sur cette maison, Maurice Foulon se livre \u00e0 une enqu\u00eate dont il rend compte dans son ouvrage <em>\u00ab Les Pantinois sous l&#8217;Ancien R\u00e9gime \u00bb<\/em> paru en 1925. Il cherche d&#8217;abord \u00e0 retrouver trace du contrat de mariage devant confirmer la possession par Beaumarchais d&#8217;une maison \u00e0 Pantin. Mais ni les descendants de l&#8217;\u00e9crivain ni les archives de la Seine n&#8217;ont pu la confirmer. En revanche, Maurice Foulon a retrouv\u00e9 la liste des propri\u00e9taires de 1782 \u00e0 1855. Jusqu&#8217;\u00e0 la mort de Beaumarchais en 1799, l&#8217;unique propri\u00e9taire est Fr\u00e9d\u00e9ric Kornmann, domicili\u00e9 \u00e0 Paris 147 rue Saint-Martin.<\/p>\n<p>Tous ceux qui s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 Beaumarchais connaissent le nom de Kornmann, qui reste associ\u00e9 au sien pour la post\u00e9rit\u00e9 en raison de l&#8217;affaire \u00e0 sensation qui a oppos\u00e9 les deux hommes et qui est demeur\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre par les trois brillants m\u00e9moires de Beaumarchais.<\/p>\n<p>Cette affaire concerne non pas Fr\u00e9d\u00e9ric, propri\u00e9taire \u00e0 Pantin, mais son fr\u00e8re Guillaume, banquier comme lui. On peut le r\u00e9sumer ainsi :<br \/>\nGuillaume Kornmann, mari\u00e9 depuis 1778 \u00e0 une femme de 17 ans sa cadette, tol\u00e8re et m\u00eame encourage par int\u00e9r\u00eat sa liaison avec le s\u00e9duisant Daudet de Jossan qui jouit de hautes protections et exerce les fonctions de syndic-adjoint de la municipalit\u00e9 de Strasbourg. Comme il conna\u00eet d&#8217;importantes difficult\u00e9s financi\u00e8res, il ne peut envisager une s\u00e9paration qui le priverait de la dot consid\u00e9rable que sa femme lui a apport\u00e9e. Mais en 1780, l&#8217;amant perd \u00e0 la fois son cr\u00e9dit et son poste. Le mari change alors d&#8217;attitude, accuse sa femme d&#8217;adult\u00e8re (d&#8217;autant qu&#8217;elle atteint un enfant de l&#8217;amant), la fait interner, malgr\u00e9 son \u00e9tat, par lettre de cachet en ao\u00fbt 1781.<\/p>\n<p>Dans un salon, Beaumarchais apprend l&#8217;affaire. Il se scandalise, prend fait et cause pour la femme, fait jouer ses relations et obtient du lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police Lenoir sa sortie de prison. Mme Kornmann est plac\u00e9e dans une maison d&#8217;accouchement. La lettre de cachet est r\u00e9voqu\u00e9e. La femme r\u00e9cup\u00e8re sa dot et le mari est mis en faillite. Fin du premier acte.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, alors que la popularit\u00e9 de Beaumarchais d\u00e9cline, un avocat ambitieux du nom de Nicolas Bergasse relance l&#8217;affaire Kornmann pour se forger une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 aux d\u00e9pens de l&#8217;\u00e9crivain. Il attaque Beaumarchais en complicit\u00e9 d&#8217;adult\u00e8re et, avec le mari tromp\u00e9, publie de nombreux libelles qui tiennent le public en haleine, alors que de son c\u00f4t\u00e9 Beaumarchais met son talent dans la r\u00e9daction de ses brillants m\u00e9moires. Finalement ce dernier est innocent\u00e9 par arr\u00eat du Parlement du 2 avril 1789.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son enqu\u00eate, Maurice Foulon s&#8217;interroge. Bien s\u00fbr, il n&#8217;\u00e9carte pas l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une succession ant\u00e9rieure \u00e0 1782 puisque Beaumarchais a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 deux fois avant cette date, une premi\u00e8re fois en 1756, une seconde fois en 1768. Mais le titre de son chapitre : <em>\u00ab Beaumarchais ou Kornmann ? \u00bb<\/em> indique qu&#8217;il pense \u00e0 une fausse attribution de la maison caus\u00e9e par l&#8217;association des deux noms. Il ne poursuit pas ses recherches plus avant, et conclut que <em>\u00ab c&#8217;est l\u00e0 un probl\u00e8me d&#8217;histoire qui reste enti\u00e8rement \u00e0 r\u00e9soudre \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Ce probl\u00e8me d&#8217;histoire a \u00e9t\u00e9 d\u00e9m\u00eal\u00e9 par les historiens qui ont retrouv\u00e9 le contrat de mariage de Beaumarchais, aux Archives Nationales. Il ne fait actuellement plus aucun doute qu&#8217;une maison situ\u00e9e \u00e0 Pantin est revenue \u00e0 Beaumarchais par son mariage le 11 avril 1768 avec Genevi\u00e8re Madeleine Wattebled, veuve d&#8217;Antoine Ang\u00e9lique L\u00e9v\u00eaque, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 21 d\u00e9cembre 1767.<\/p>\n<p>Le d\u00e9funt exer\u00e7ait les importantes fonctions de garde-magasin g\u00e9n\u00e9ral des Menus-Plaisirs. Cette attribution, plac\u00e9e dans les attributions du duc d&#8217;Aumont, premier gentilhomme de la chambre du Roi, et dirig\u00e9e par l&#8217;intendant Papillon de la Fert\u00e9, avait notamment la responsabilit\u00e9 des d\u00e9penses concernant la personne du Roi (habits, bijoux, &#8230;), des meubles et de l&#8217;argenterie des appartements royaux, des spectacles et bals de la cour, ainsi que des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels tels que bapt\u00eames et mariages. Esp\u00e9rant en tirer de riches profits, L\u00e9v\u00eaque avait servi en 1760 de pr\u00eate-nom pour la construction d&#8217;un H\u00f4tel des Menus-Plaisirs, faubourg Poissonni\u00e8re. Il y avait investi des sommes \u00e9normes. Issu d&#8217;une famille de joailliers, lui-m\u00eame cr\u00e9ateur de bijoux et expert en pierreries, il n&#8217;h\u00e9sitait pas \u00e0 orner les costumes de ses spectacles de pierres pr\u00e9cieuses pour \u00e9blouir la cour. Pi\u00e8tre administrateur, il allait \u00e0 la faillite <em>\u00ab plus par incapacit\u00e9 que par mauvaise foi d&#8217;ailleurs tout simplement parce que ce n&#8217;\u00e9tait pas son m\u00e9tier \u00bb<\/em>, selon le jugement de Papillon de la Fert\u00e9.<\/p>\n<p>A sa mort, il laisse une succession passablement compliqu\u00e9e. Comme l&#8217;\u00e9crit Maurice Lever, \u00ab le d\u00e9funt ayant pratiquement vid\u00e9 les caisses en d\u00e9penses somptuaires, on l&#8217;accuse de malversations et on obligea sa veuve \u00e0 rembourser. Elle mit donc en vente un important mobilier, tandis que les pierreries et les diamants ayant servi aux d\u00e9corations de certains spectacles furent attribu\u00e9s au Roi. \u00bb[[Maurice Lever. Beaumarchais, Fayard, 1999. Tome 1, p. 309.]].<\/p>\n<p>Echappait toutefois au mariage la partie de la fortune appartenant en propre aux h\u00e9ritiers, d\u00e9clar\u00e9e hors succession. Parmi celle-ci se trouvait la maison de Pantin (ou plut\u00f4t les maisons de Pantin) qui revenait \u00e0 la veuve, les autres biens immobiliers aux deux ni\u00e8ces de L\u00e9v\u00eaque, Marie-Henriette Mignon, femme d&#8217;un fabricant de galons d&#8217;or, et Anne Nicole Houdon, \u00e9pouse du successeur de son oncle comme garde-magasin g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de madame de Beaumarchais survenu en novembre 1770, les ni\u00e8ces r\u00e9clament le partage des biens.<\/p>\n<p>Un acte d&#8217;estimation des biens \u00e9tabli en juillet 1772 permet de conna\u00eetre l&#8217;ensemble du patrimoine immobilier de L\u00e9v\u00eaque \u00e0 Pantin qui ne comportait pas moins de onze maisons auxquelles s&#8217;ajoute la maison de campagne devenue la maison de Beaumarchais. <\/p>\n<p>Il faut rechercher l&#8217;origine de ce patrimoine dans le premier mariage de L\u00e9v\u00eaque avec Marie-Jeanne Blard. <\/p>\n<p>Le patrimoine revendiqu\u00e9 en 1772 par les ni\u00e8ces de L\u00e9v\u00eaque s&#8217;\u00e9tablissait ainsi :<\/p>\n<p>1.\tUn groupe de sept maisons :<br \/>\n&#8211;\tMaison lou\u00e9e par J.B. Jollins, bourrelier grande rue de Pantin.<br \/>\n&#8211;\tMaison joignante lou\u00e9e par le nomm\u00e9 Bourgeois, charron.<br \/>\n&#8211;\tMaison joignante lou\u00e9e par le sieur Dechard.<br \/>\n&#8211;\tMaison ensuite lou\u00e9e par Petit, vitrier.<br \/>\n&#8211;\tMaison ensuite lou\u00e9e par le sieur Traverse, chirurgien.<br \/>\n&#8211;\tUne autre maison grande rue tenant \u00e0 l&#8217;h\u00f4tellerie dit de \u00ab l&#8217;Ecu de France \u00bb tenue et occup\u00e9e par la veuve Lecomte.<br \/>\n&#8211;\tL&#8217;autre maison joignante dont le sieur Verjot, bourgeois.<\/p>\n<p>2.\tUne maison ensuite, lou\u00e9e \u00e0 L&#8217;Huillier, ma\u00e7on.<\/p>\n<p>3.\tUne maison ensuite, et formant triangle avec celle de Nicolas Lureau.<\/p>\n<p>4.\tUne maison appel\u00e9e Trianon sise audit Pantin, grande place, vis-\u00e0-vis la fontaine publique dont Taffon, menuisier, est locataire.<\/p>\n<p>5.\tMaison tenant \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente en allant vers l&#8217;\u00e9glise <\/p>\n<p>Sur la maison de Beaumarchais proprement dite, lisons l&#8217;inventaire apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s d&#8217;Antoine Ang\u00e9lique L\u00e9v\u00eaque :<br \/>\nOn mesure d&#8217;abord l&#8217;importance du jardin par les \u00e9l\u00e9ments d&#8217;ornementation et les accessoires qui y figurent :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab 48 vases de fonte de fer, 24 vases de terre et pl\u00e2tre, 13 bustes de pl\u00e2tre dans leur gaine, 38 tant figures que groupes sur les pi\u00e9destaux, deux lions et deux sphinx de pl\u00e2tre, une figure de marbre sur son pi\u00e9destal, 119 d\u00e9s de pierre, 10 bancs \u00e0 dos, 24 sans dos, 24 chaises et fauteuils de bois peints en vert&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Comme d\u00e9pendances, on trouve une basse-cour, une orangerie avec \u00ab 60 orangers dans leurs caisses, 40 tant grenadiers que lauriers et autres arbustes, 36 vases de fa\u00efence remplis de diff\u00e9rents petits arbustes \u00bb, des \u00e9curies, des remises avec des chambres de domestiques au-dessus, un fruitier, une petite serre, etc.<\/p>\n<p>S&#8217;agissant du grand corps de logis, on trouve au rez-de-chauss\u00e9e un vestibule donnant sur une galerie. Elle s&#8217;ouvre sur une salle ayant une entr\u00e9e sur la chapelle priv\u00e9e (permission avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e au sieur L\u00e9v\u00eaque par l&#8217;archev\u00eaque de Paris d&#8217;y faire c\u00e9l\u00e9brer la messe). Un petit salon bleu donne sur le cabinet de travail de L\u00e9v\u00eaque. Le rez-de-chauss\u00e9e comporte \u00e9galement une salle de billard, une salle \u00e0 manger, et des pi\u00e8ces \u00e0 usage domestique.<\/p>\n<p>L&#8217;importance du b\u00e2timent se signale par l&#8217;existence de deux \u00e9tages comportant une dizaine de chambres au premier, et au moins treize au second.<\/p>\n<p>Au vu des \u00e9l\u00e9ments recueillis, se pose le probl\u00e8me de la localisation exacte de la maison de Beaumarchais. Si l&#8217;on examine la r\u00e9partition des maisons de Pantin sur les cartes du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, il est impossible de retrouver \u00e0 proximit\u00e9 de la maison Kornmann la succession des constructions du patrimoine L\u00e9v\u00eaque. De m\u00eame, l&#8217;importance de la maison de Beaumarchais ne correspond nullement \u00e0 la description de la maison Kornmann, devenue mairie, avant sa d\u00e9molition en 1886.<\/p>\n<p><em>\u00ab En fa\u00e7ade sur la rue de Parie avec ailes dans la cour. La partie gauche du b\u00e2timent sur rue est \u00e9lev\u00e9e d&#8217;un rez-de-chauss\u00e9e au niveau du sol de la rue et d&#8217;un \u00e9tage. Celle de droite est \u00e9lev\u00e9e sur le rez-de-chauss\u00e9e en contrebas du sol d&#8217;un premier et d&#8217;un deuxi\u00e8me \u00e9tage. Le tout d&#8217;une surface de 251 m\u00e8tres carr\u00e9s. L&#8217;aile de droite est \u00e9lev\u00e9e sur un sous-sol d&#8217;un \u00e9tage carr\u00e9 et d&#8217;un \u00e9tage en mansarde, la surface est de 100 m\u00e8tres carr\u00e9s. Enfin l&#8217;aile gauche est un hangar couvert d&#8217;un appentis, surface 62 m\u00e8tres. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Mais si la maison de Beaumarchais n&#8217;est pas situ\u00e9e au 104 de l&#8217;avenue Jean-Lolive, o\u00f9 se trouve-t-elle ?<\/p>\n<p>Une contradiction relev\u00e9e dans le livre de G. Poisson, Evocation du Grand Paris, introduit une nouvelle hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Dans sa pr\u00e9sentation historique, il reprend la version traditionnelle en parlant de la maison <em>\u00ab qui deviendra par la suite la mairie jusqu&#8217;en 1886 \u00bb<\/em>, donc le 104 de l&#8217;avenue Jean-Lolive (rue de Paris).<\/p>\n<p>Pourtant, quelques pages plus loin, dans la partie r\u00e9serv\u00e9e aux lieux remarquables de la ville, on lit sous la rubrique \u00ab Ancienne mairie. 123 rue de Paris \u00bb, les renseignements suivants :<\/p>\n<p><em>\u00ab Les b\u00e2timents de l&#8217;ancienne folie de Beaumarchais ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s et d\u00e9natur\u00e9s par des constructions adventices, mais on peut encore reconstituer l&#8217;aspect primitif de la cour \u00bb<\/em>. Georges Poisson confirme cette version lorsqu&#8217;il passe au 104 rue de Paris : <em>\u00ab certains auteurs ont \u00e9galement donn\u00e9 cet emplacement pour celui de la maison de Beaumarchais, dont la localisation au 123 semble plus plausible. \u00bb<\/em><br \/>\nLes deux hypoth\u00e8ses ont en commun d&#8217;accepter la tradition selon laquelle la maison de Beaumarchais aurait servi de mairie. Mais quelle mairie ?<\/p>\n<p>La loi Guizot de 1833 faisait obligation aux municipalit\u00e9s de cr\u00e9er des <em>\u00ab maisons communes \u00bb<\/em>. Pour remplir cette obligation, Pantin installe en 1836 \u00e0 mi-distance des actuelles rues Delizy et Victor-Hugo, une \u00e9cole de gar\u00e7ons, une \u00e9cole de filles, une mairie, une salle de justice, une salle de police, un corps de garde et une buanderie. Cette maison commune figure sur le cadastre de 1840.<\/p>\n<p>Comment trancher entre ces deux versions ? ne faut-il pas une pi\u00e8ce d\u00e9cisive ? Cette pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e en partant du recensement r\u00e9alis\u00e9 pour les \u00e9lections communales de l&#8217;An IX (1801).<\/p>\n<p>Seuls votent les hommes effectivement r\u00e9sidants dans la commune et non pas les bourgeois parisiens. Dans la portion de rue o\u00f9 nous localisons la maison selon la deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se, on lit le nom de Jean Eloi Geoffroy, jardinier du n\u00e9gociant Mo\u00efse Silvera domicili\u00e9 \u00e0 Paris.<br \/>\nOr on trouve, chez le notaire de Noisy-le-sec, l&#8217;inventaire apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de madame Silvera qui nous livre l&#8217;acte de vente de la maison achet\u00e9e par son mari.<\/p>\n<p>L&#8217;enqu\u00eate conduit d&#8217;abord \u00e0 Jean Aubertot, le propri\u00e9taire pr\u00e9c\u00e9dent, qui a vendu \u00e0 Mo\u00efse Silvera le 28 vent\u00f4se an VII (18 mars 1799) <em>\u00ab une grande maison \u00e0 Pantin, grande rue &#8230; ayant son entr\u00e9e sur ladite rue par une porte coch\u00e8re, consistant en un corps de b\u00e2timent de ma\u00eetre, sur la droite et sur la gauche en une basse-cour, \u00e9curie, remise et logement de jardinier avec pompes et puits ; plus un grand jardin clos de murs contenant six hectares ou environ, et plant\u00e9 d&#8217;arbres fruitiers et autres. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>La maison avait pass\u00e9 par plusieurs mains apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 vendue par Beaumarchais, chez son notaire Ma\u00eetre Monet, le 13 mars 1784.<br \/>\nLe probl\u00e8me de la localisation de la maison de Beaumarchais peut donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9solu. Son entr\u00e9e, qui d\u00e9bouchait sur une vaste cour, se situait bien \u00e0 la hauteur du 123 de l&#8217;actuelle avenue Jean-Lolive, et la propri\u00e9t\u00e9 s&#8217;\u00e9tendait au nord jusqu&#8217;\u00e0 la rue Victor-Hugo sur le terrain aujourd&#8217;hui occup\u00e9 par le lyc\u00e9e technique Simone-Veil.<\/p>\n<p>Que sait-on des s\u00e9jours de Beaumarchais \u00e0 Pantin ?<\/p>\n<p>Le seul passage marquant de l&#8217;\u00e9crivain \u00e0 Pantin relev\u00e9 par les biographes r\u00e9sulte du contentieux qui l&#8217;opposait au comte de La Blache, l\u00e9gataire universel de l&#8217;ami et protecteur de Beaumarchais, P\u00e2ris-Duverney, qui refusait de lui reconna\u00eetre une cr\u00e9ance de 15000 francs sur la succession. En avril 1771, La Blache ayant gagn\u00e9 le proc\u00e8s que Beaumarchais avait intent\u00e9 contre lui, fait saisir la maison de Pantin. Ce dernier, furieux, entreprend une exp\u00e9dition punitive contre le sieur Broutier \u00e0 qui \u00e9tait confi\u00e9 la garde de la maison.<\/p>\n<p><em>\u00ab Le 18 mai 1773, ce Broutier porta plainte \u00e0 la police contre les mauvais traitements que lui avait fait subir Beaumarchais lors d&#8217;une visite intempestive, et d\u00e9nonce son attitude inhumaine. Ne lui avait-il pas enjoint de se coucher sous une remise sur une botte de paille, comme un chien ? Et cela pr\u00e9cis\u00e9ment en compagnie d&#8217;un chien \u00ab d&#8217;une grosseur \u00e9norme qu&#8217;on ne l\u00e2che que la nuit pour la s\u00fbret\u00e9 de la maison \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Sources manuscrites :<\/p>\n<p>Archives nationales<br \/>\n&#8211; ET\/LIII\/429\tInventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s de L\u00e9v\u00eaque, 29 d\u00e9cembre 1767.<br \/>\n &#8211; Z\/1j\/961\t13 et 20 juillet 1772\tEstimations de maisons et de pi\u00e8ces de terres de la succession L\u00e9v\u00eaque (avec des plans).<br \/>\n&#8211; ET\/CIX\/895\t28 vent\u00f4se an VII. Vente Aubertot \u00e0 Silvera.<br \/>\n&#8211; Y 11089 (18 mai 1773). Plainte de Broutier contre Beaumarchais.<\/p>\n<p>M. Caroff<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;existence \u00e0 Pantin d&#8217;une maison ayant appartenu \u00e0 Beaumarchais est pr\u00e9sent\u00e9e comme une certitude et situ\u00e9e avec pr\u00e9cision [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":895,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[30],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/675"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/895"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=675"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/675\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}