{"id":695,"date":"2007-01-06T23:00:00","date_gmt":"2007-01-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/01\/06\/juin-1832-linsurrection-oubliee\/"},"modified":"2026-01-14T14:18:53","modified_gmt":"2026-01-14T13:18:53","slug":"juin-1832-linsurrection-oubliee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/01\/06\/juin-1832-linsurrection-oubliee\/","title":{"rendered":"Juin 1832, l&rsquo;insurrection oubli\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"466\" height=\"292\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/June_Rebellion.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7310\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/June_Rebellion.jpeg 466w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/June_Rebellion-300x188.jpeg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/June_Rebellion-450x282.jpeg 450w\" sizes=\"(max-width: 466px) 94vw, 466px\" \/><figcaption>L&rsquo;insurrection de juin 1832 par Pierre-\u00c9douard Fr\u00e8re,  https:\/\/commons.wikimedia.org\/w\/index.php?curid=23271455<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab En somme, \u00e0 part ceux que l\u2019on a appel\u00e9s depuis les centriers, les ventrus et les satisfaits, c\u2019est-\u00e0-dire cette esp\u00e8ce ruminante qui vit en tout temps \u00e0 l\u2019auge du budget et au r\u00e2telier de la liste civile, tout le monde \u00e9tait m\u00e9content \u00bb (Mes M\u00e9moires<\/em>, chapitre CCXLI. Alexandre Dumas).<\/p>\n<p><em>\u00ab \u00c9meute du convoi de Lamarque. Folies noy\u00e9es dans le sang. Nous aurons un jour une r\u00e9publique, et, quand elle viendra d\u2019elle m\u00eame, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera m\u00fbr qu\u2019en juillet ; sachons attendre. La r\u00e9publique proclam\u00e9e par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rouge notre drapeau \u00bb (<\/em>Hugo, <em>Choses vues<\/em>, 6-7 juin 1832).<\/p>\n<p><em>\u00ab Le mouvement perp\u00e9tuel \u00e9tait dans ses petits bras [de Gavroche] et la clameur perp\u00e9tuelle dans ses petits poumons :<br \/>_ Hardi ! encore des pav\u00e9s ! encore des tonneaux ! encore des machins ! o\u00f9 y en a t-il ? Une hott\u00e9e de pl\u00e2tras pour me boucher ce trou-l\u00e0. C&rsquo;est tout petit, votre barricade. Il faut que \u00e7a monte \u00bb (Les Mis\u00e9rables).<\/em><\/p>\n<p>De ces \u00ab goujats \u00bb, Hugo va faire des h\u00e9ros trente ans plus tard dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>.<\/p>\n<p>Entre 1832 et 1862, deux \u00e9volutions se produisent : Hugo devient r\u00e9publicain, et les pauvres deviennent des <em>\u00ab classes dangereuses \u00bb<\/em> (le terme appara\u00eet en 1840), ces <em>\u00ab mis\u00e9rables, qui, pour la plupart, appartiennent aux plus basses classes \u00bb<\/em> que Balzac d\u00e9crit comme voisins de Lucien de Rubempr\u00e9 \u00e0 la Conciergerie dans <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes<\/em>.<\/p>\n<p>En effet, l\u00e0 o\u00f9, jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, on voyait des mendiants isol\u00e9s, on distingue peu \u00e0 peu tout un <em>\u00ab sous-peuple \u00bb<\/em> qui, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1830-1840, est per\u00e7u comme une menace pour le reste de la soci\u00e9t\u00e9. Ces ann\u00e9es sont riches de pens\u00e9es nouvelles. Ce sont celles o\u00f9 Proudhon, Marx et Engels, Fourier et leurs disciples publient leurs premi\u00e8res \u0153uvres, en particulier autour de la r\u00e9volution de 1848 qui consacre l\u2019id\u00e9e que, de toute fa\u00e7on, il existera toujours un <em>\u00ab sous-prol\u00e9tariat \u00bb<\/em> incompressible qui est une menace pour la R\u00e9publique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce qui fascine Hugo dans l\u2019\u00e9meute des 5 et 6 juin 1832, outre la possibilit\u00e9 de transformer ces goujats en h\u00e9ros de la R\u00e9publique, c\u2019est celle de recr\u00e9er, depuis son exil, des rues et un quartier disparus. C\u2019est enfin celle de recr\u00e9er, minute par minute, le d\u00e9roulement d\u2019une insurrection oubli\u00e9e par l\u2019Histoire. <em>L\u2019Histoire de dix ans<\/em> de Louis Blanc, publi\u00e9e en 1843, est la principale source d\u2019information d\u2019Hugo, qui commence en 1845 \u00e0 travailler aux <em>Mis\u00e8res<\/em> \u2013 qui deviendront <em>Les Mis\u00e9rables. <\/em>\u00c0 partir de 1852 et depuis son exil, il demandera \u00e9galement des descriptions pr\u00e9cises de diff\u00e9rents lieux \u00e0 des correspondants parisiens.<\/p>\n<p>Cette insurrection n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e par des r\u00e9publicains aguerris. Elle est n\u00e9e comme un feu de paille \u00e0 l\u2019initiative de gens du peuple. En 1832, celui-ci est m\u00e9content d\u2019\u00eatre retomb\u00e9, apr\u00e8s la r\u00e9volution confisqu\u00e9e de 1830, dans une triste monarchie constitutionnelle (1). Mais pas au point de descendre \u00e0 nouveau en masse dans les rues. Les \u00e9meutes de juin sont noy\u00e9es dans le sang en quelques heures par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui se sont soulev\u00e9s en 1830 : les bourgeois de la garde nationale.<\/p>\n<p>Pendant une trentaine d\u2019ann\u00e9es, les journ\u00e9es des 5 et 6 juin sont comme une erreur \u00e0 effacer de la m\u00e9moire collective et m\u00eame de la m\u00e9moire r\u00e9publicaine, qui qualifie leurs acteurs de <em>\u00ab fr\u00e8res \u00e9gar\u00e9s \u00bb<\/em>. La r\u00e9pression d\u00e9mesur\u00e9e qui s\u2019ensuit, Louis-Philippe (2) pla\u00e7ant la capitale en \u00e9tat de si\u00e8ge et le gouvernement invitant les m\u00e9decins \u00e0 d\u00e9noncer les bless\u00e9s qu\u2019ils ont soign\u00e9s (3), d\u00e9shonore la monarchie de Juillet aux yeux de Fran\u00e7ais et d\u2019\u00e9trangers de plus en plus nombreux. Rapidement, sous l\u2019impulsion d\u2019Adolphe Thiers (un des artisans de la r\u00e9volution de juillet 1830 !), le pouvoir prend des mesures pour assurer l\u2019ordre public et garantir que de telles \u00e9meutes ne puissent voir le jour \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>La f\u00e9rocit\u00e9 de la r\u00e9volution de juin 1848 et, \u00e0 nouveau, de la r\u00e9pression polici\u00e8re semblent d\u00e9finitivement enterrer dans les bas fonds de l\u2019Histoire l\u2019\u00e9pisode de juin 1832.<\/p>\n<p>Trois \u00e9crivains sont les grands t\u00e9moins de ces deux jours : Hugo, qui fera des barricades de juin 1832 l\u2019apoth\u00e9ose des <em>Mis\u00e9rables<\/em>, George Sand, jeune auteur promu \u00e0 un bel avenir, et Dumas, nomm\u00e9 commissaire aux obs\u00e8ques du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque et v\u00eatu pour l\u2019occasion de son uniforme de lieutenant d\u2019artillerie.<\/p>\n<p>Comme il le d\u00e9crit avec sa pr\u00e9cision coutumi\u00e8re dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> parues en 1851, Dumas n\u2019est pas aussi actif en juin 1832 qu\u2019en juillet 1830. Il est fi\u00e9vreux et affaibli, victime du chol\u00e9ra. Le soir du 5, il tentera bien \u2013 d\u2019apr\u00e8s ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u2013 de pousser Laffitte et La Fayette \u00e0 cr\u00e9er un gouvernement provisoire, mais sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre t\u00e9moin de la violence de la secousse : George Sand, devenue parisienne un an et demi plus t\u00f4t. Son premier roman \u00e9crit seule, <em>Indiana<\/em>, para\u00eet fin mai et est promis \u00e0 un beau succ\u00e8s. A vingt-huit ans, elle est en train de devenir la coqueluche de la capitale. Sa vie sentimentale agit\u00e9e, qu\u2019elle ne cherche pas \u00e0 cacher, excite l\u2019int\u00e9r\u00eat des parisiens.\u00a0Entre juillet 1831 et octobre 1832, elle vit au 5e \u00e9tage du 25 \u2013 actuel 29 \u2013 quai Saint-Michel. En juin 1832, elle observe horrifi\u00e9e le sang des combattants qui rougit l\u2019eau de la Seine et les cadavres qui arrivent \u00e0 la morgue, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque sous ses yeux, quai du March\u00e9-neuf.<br \/><em>\u00ab Le 6 juin a tu\u00e9 Indiana pour un mois et m\u2019a jet\u00e9e si brutalement dans la vie r\u00e9elle, qu\u2019il me semble impossible \u00e0 pr\u00e9sent de jamais r\u00eaver \u00e0 des romans \u00bb<\/em>, \u00e9crit-elle le 13 juin \u00e0 Laure Decerfz.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, comme Hugo, Sand oubliera les 5 et 6 juin, avant de devenir socialiste dans les ann\u00e9es 1840. En 1842, elle \u00e9crira un roman, <em>Horace<\/em>, qui a en partie pour cadre ces journ\u00e9es.<\/p>\n<p>De fait, au moment de la parution des <em>Mis\u00e9rables<\/em> en 1862, tout le monde ou presque a oubli\u00e9 les 5 et 6 juin 1832, malgr\u00e9 <em>L\u2019Histoire de dix ans<\/em> de Louis Blanc et le beau r\u00e9cit qu\u2019en donne Dumas en 1852-1854 dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<br \/>Sans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, se souviendrait-on aujourd\u2019hui de juin 1832 ?<\/p>\n<p>Voici, en compl\u00e9ment de deux itin\u00e9raires d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9s dans les articles <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2005\/09\/26\/au-milieu-des-manifestants-de-juin-1832-a-paris\/\">\u00ab\u00a0Au milieu des manifestants de juin 1832 \u00e0 Paris\u00a0\u00bb<\/a> et <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/11\/03\/le-paris-des-miserables\/\">\u00ab\u00a0Le Paris des Mis\u00e9rables\u00a0\u00bb<\/a>, quelques lieux plong\u00e9s au coeur de la mitraille.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2088\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/01\/jpg_RocherdeCancaledef.jpg\" alt=\"RocherdeCancaledef.jpg\" width=\"500\" height=\"390\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/01\/jpg_RocherdeCancaledef.jpg 500w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/01\/jpg_RocherdeCancaledef-300x234.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 500px) 94vw, 500px\" \/><\/p>\n<p>Au matin du 6, seuls deux quartiers n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 repris par la troupe : l\u2019entr\u00e9e du faubourg Saint-Antoine (4) donnant sur la place de la Bastille, et le quartier Saint-Martin, Saint-Merri, Aubry-le-Boucher. Ils tomberont dans la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; En juin 1832, George Sand vit donc au <strong>5e \u00e9tage du 25 \u2013 actuel 29 \u2013 quai Saint-Michel<\/strong>. Son Berry parisien, c\u2019est la douzaine de pots de fleurs qu\u2019elle entretient sur son balcon. D\u2019ici, elle observe le 5 et le 6 la violence des combats, en tentant de faire croire \u00e0 sa fille de quatre ans qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un jeu. Indiana, qui vient tout juste de para\u00eetre, est d\u00e9j\u00e0 un roman f\u00e9ministe. C\u2019est l\u2019histoire \u2013 romantique \u00e0 souhait \u2013 d\u2019une jeune cr\u00e9ole qui r\u00e9siste \u00e0 son vieux mari autant qu\u2019\u00e0 son l\u00e2che amant.<\/p>\n<p>&#8211; Le 5 juin, dans la r\u00e9alit\u00e9, une barricade s\u2019\u00e9l\u00e8ve <strong>rue Saint-Martin \u00e0 hauteur de la rue Saint-Merri<\/strong>.<\/p>\n<p>&#8211; Une autre s\u2019\u00e9l\u00e8ve <strong>rue Saint Martin, \u00e0 hauteur de la rue Maubu\u00e9e<\/strong> (partie de la rue Simon-le-Franc comprise alors entre la rue Brisemiche et la rue Saint-Martin).<\/p>\n<p>&#8211; Toutes deux prot\u00e8gent le <strong>30 rue Saint-Martin<\/strong> qui abrite, face \u00e0 la rue Aubry-le-boucher, le quartier g\u00e9n\u00e9ral des insurg\u00e9s. Dumas le d\u00e9taille avec pr\u00e9cision dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. Ce sera le dernier lieu \u00e0 \u00eatre repris par la troupe, et l\u2019endroit o\u00f9 la garde nationale et l\u2019arm\u00e9e seront les plus violentes avec les insurg\u00e9s, tuant pratiquement tous ceux qui ne parviendront pas \u00e0 s\u2019enfuir.<\/p>\n<p>Le 30 rue Saint-Martin est \u00e9galement l\u2019adresse de la maison qui abrite certaines sc\u00e8nes du roman <em>Horace<\/em> de George Sand.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Quelque part entre la sortie de m\u00e9tro Halles situ\u00e9e rue Rambuteau et l\u2019intersection de la rue Mond\u00e9tour et de la rue Rambuteau<\/strong> se trouve en 1832 le cabaret de Corinthe, autre lieu de r\u00e9union des membres de l\u2019ABC, que les circonstances vont rendre illustre. En effet, c\u2019est autour du cabaret qu\u2019Hugo imagine la construction des deux barricades de la rue de la Chanvrerie (qui ont peut-\u00eatre r\u00e9ellement exist\u00e9, nul ne le sait, mais qui n\u2019ont certainement pas r\u00e9sist\u00e9 aussi longtemps qu\u2019Hugo le d\u00e9crit). Il s&rsquo;agit de la <strong>rue de la Chanverrerie<\/strong>, qu\u2019Hugo pr\u00e9f\u00e8re nommer Chanvrerie. Cette derni\u00e8re \u00e9tait parall\u00e8le et \u00e0 peu pr\u00e8s <strong>\u00e0 \u00e9gale distance de la rue de la Grande-Truanderie et de la rue des Pr\u00eacheurs<\/strong>, et longeait donc le c\u00f4t\u00e9 nord de la rue Rambuteau.<\/p>\n<p>Gavroche est fauch\u00e9 par des balles alors qu\u2019il ramasse des munitions devant la barricade principale de la rue de la Chanvrerie.<\/p>\n<p>&#8211; Le soir du 5 juin, Adolphe Thiers, le lib\u00e9ral aux m\u00e9thodes autoritaires (ministre de l\u2019Int\u00e9rieur en 1832) d\u00eene par hasard au Rocher de Cancale, <strong>78 rue Montorgueil<\/strong>. Il se retrouve ainsi sur le trajet des insurg\u00e9s qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 monter les barricades de la rue Saint-Martin. Heureusement pour lui, personne ne semble le reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>&#8211; Une barricade est \u00e9galement mont\u00e9e dans le passage du Saumon. Elle sera prise dans la nuit du 5 au 6. Le passage du Saumon reliait la rue Montmartre et la rue Montorgueil. La <strong>rue Bachaumont<\/strong> lui a succ\u00e9d\u00e9 \u2013 seul le passage Ben Aiad est un vestige de la partie couverte du passage du Saumon. Dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, Hugo raconte que, traversant le passage du Saumon le 5 juin, il entend les balles siffler autour de lui.<\/p>\n<blockquote>\n<h6><em>Pour les hommes de parti il n\u2019y a que des assassins et des victimes. Ils ne comprennent pas qu\u2019eux tous sont victimes et assassins tour \u00e0 tour. Voir couler le sang est pourtant une horrible chose ! D\u00e9couvrir sur la Seine au-dessous de la morgue un sillon rouge, voir \u00e9carter le foin qui recouvre \u00e0 peine une lourde charrette, et apercevoir sous ce grossier emballage vingt, trente cadavres, ceux-ci en habit noir, ceux-l\u00e0 en veste de velours, tous d\u00e9chir\u00e9s, mutil\u00e9s, noircis par la poudre, souill\u00e9s de boue et de sang fig\u00e9. Entendre les cris des femmes qui reconnaissent l\u00e0 leurs maris, leurs enfants, tout cela est horrible ; mais ce l\u2019est moins encore que de voir achever le fuyard qui se sauve \u00e0 moiti\u00e9 mort en demandant gr\u00e2ce, que d\u2019entendre r\u00e2ler sous sa fen\u00eatre le bless\u00e9 qu\u2019il est d\u00e9fendu de secourir et que condamnent trente ba\u00efonnettes. Il y a eu des \u00e9pisodes affreux, f\u00e9roces de part et d\u2019autre. [\u2026] Ma pauvre Solange \u00e9tait sur le balcon, regardant tout cela, \u00e9coutant la fusillade et ne comprenant pas.<\/em><\/h6>\n<p>George Sand, <em>lettre \u00e0 Laure Decerfz<\/em>, mercredi 13 juin 1832.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p>(1) : Entre 1815 et 1832, les salaires des ouvriers ont baiss\u00e9. Les gains politiques de la r\u00e9volution de 1830 ? Avoir fait passer le nombre d\u2019\u00e9lecteurs de 96 000 en 1820 \u00e0 220 000 en 1831\u2026 pour une population d\u2019alors 33 500 000 habitants ! Il faudra attendre 1848 pour obtenir le suffrage universel\u2026 pour les hommes.<br>(2) : Pr\u00e9sent \u00e0 Paris le soir du 5 juin, mais rest\u00e9 incroyablement silencieux. Le pouvoir ne saura analyser et \u00e9crire l\u2019histoire officielle de ces deux journ\u00e9es. Hugo \u00e9crira sur ces pages laiss\u00e9es blanches.<br>(3) : Hugo montre dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> que cette ordonnance indigna tant l\u2019opinion qu\u2019elle n\u2019eut gu\u00e8re de cons\u00e9quences.<br>(4) : <em>\u00ab Le faubourg Saint-Antoine est un r\u00e9servoir de peuple. L\u2019\u00e9branlement r\u00e9volutionnaire y fait des fissures par o\u00f9 coule la souverainet\u00e9 populaire. \u00bb Les Mis\u00e9rables<\/em>, 4e partie, livre 1er. Un panonceau \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la rue du Faubourg Saint-Antoine signale les p\u00e9riodes d\u2019\u00e9bullition qui ont marqu\u00e9 le quartier\u2026 mais pas celle de juin 1832.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab En somme, \u00e0 part ceux que l\u2019on a appel\u00e9s depuis les centriers, les ventrus et les satisfaits, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2088,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[29,31],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=695"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7317,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695\/revisions\/7317"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2088"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=695"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=695"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=695"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}