{"id":73,"date":"2003-08-14T19:58:37","date_gmt":"2003-08-14T17:58:37","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/14\/naissance-du-roman-policier-a-paris-annees-1860\/"},"modified":"2025-12-13T16:52:52","modified_gmt":"2025-12-13T15:52:52","slug":"naissance-du-roman-policier-a-paris-annees-1860","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/14\/naissance-du-roman-policier-a-paris-annees-1860\/","title":{"rendered":"Naissance du roman policier \u00e0 Paris, ann\u00e9es 1860"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/08\/19\/emile-gaboriau\/\">Gaboriau<\/a> est l&rsquo;inventeur du roman policier en 1865 avec son premier succ\u00e8s, <em>L&rsquo;Affaire Lerouge<\/em>. Avant lui, il y a bien s\u00fbr eu d&rsquo;autres romans mettant en sc\u00e8ne un meurtre et un meurtrier face aux forces de l&rsquo;ordre. Mais nul avant lui n&rsquo;a, dans un roman, accompagn\u00e9 le cheminement de l&rsquo;enqu\u00eate polici\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire remont\u00e9 le temps depuis la d\u00e9couverte du crime jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;acte, en passant par l&rsquo;histoire de la victime et de son meurtrier. Certains romans s&rsquo;en approchent. <em>Le Cur\u00e9 de village<\/em> et <em>Une T\u00e9n\u00e9breuse affaire<\/em> de Balzac (ou encore sa nouvelle <em>Ma\u00eetre Corn\u00e9lius<\/em>), ou d&rsquo;autres n\u00e9s depuis les ann\u00e9es 1830 du succ\u00e8s des romans populaires distill\u00e9s en feuilletons dans la presse quotidienne, exploitent le proc\u00e9d\u00e9 de la remont\u00e9e dans le temps pour \u00e9lucider un myst\u00e8re ou m\u00eame un crime. Mais jamais avec autant de m\u00e9thode polici\u00e8re que dans <em>L&rsquo;Affaire Lerouge<\/em>. Seul a auparavant proc\u00e9d\u00e9 ainsi Edgar Poe dans ses trois nouvelles&#8230; parisiennes : <em>Double assassinat dans la rue Morgue<\/em> (1841), Le <em>Myst\u00e8re Marie Roget<\/em> (1850) et <em>La Lettre vol\u00e9e<\/em> (1845).<\/p>\n<p>Suivons les traces dans la capitale de ces premiers policiers&#8230;<\/p>\n<p>D\u00e9butons notre promenade <strong>quai du March\u00e9-Neuf<\/strong>, o\u00f9 se trouve la morgue entre 1804 et le milieu des ann\u00e9es 1860 (avant de s&rsquo;installer dans le square de l&rsquo;Ile-de-France derri\u00e8re Notre-Dame, jusqu&rsquo;\u00e0 1914, puis \u00e0 son emplacement actuel, quai de la Rap\u00e9e pr\u00e8s du pont d&rsquo;Austerlitz). C&rsquo;est ici, quai du March\u00e9-neuf, qu&rsquo;elle sert de d\u00e9cor \u00e0 la sc\u00e8ne presque finale de <em>The Woman in white<\/em> (1860) de Wilkie Collins, sp\u00e9cialiste de la sensation novel &#8211; et, peut-\u00eatre, pr\u00e9curseur avec Gaboriau du roman policier.<\/p>\n<p>Notons que les rues Sainte-Anne et de J\u00e9rusalem, donnant acc\u00e8s \u00e0 la Pr\u00e9fecture de police dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, d\u00e9bouchaient dans l&rsquo;actuel <strong>quai des Orf\u00e8vres<\/strong> \u00e0 hauteur de ses num\u00e9ros 12-14 et 24-26. Jusqu&rsquo;\u00e0 son incendie pendant la Commune, la pr\u00e9fecture occupe l&rsquo;ancien h\u00f4tel des Pr\u00e9sidents du Parlement, \u00e0 la hauteur de l&rsquo;actuel n\u00b052 du quai des Orf\u00e8vres.<\/p>\n<p>Le chevalier Dupin, h\u00e9ros de Poe, travaille souvent \u00e0 la demande du Pr\u00e9fet de police, lorsque l&rsquo;enqu\u00eate officielle pi\u00e9tine.<\/p>\n<p>La Pr\u00e9fecture de police, cr\u00e9\u00e9e par Napol\u00e9on en 1800 et install\u00e9e depuis 1871 \u00e0 gauche de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu, voit na\u00eetre la police criminelle \u00e0 l&rsquo;initiative de Vidocq vers 1810 et, dans les ann\u00e9es 1880, la police scientifique avec Bertillon (Legrand La Saulle, m\u00e9decin-l\u00e9giste-ali\u00e9niste, fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 de m\u00e9decine l\u00e9gale en 1874, habitait \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres, <strong>29 quai Saint-Michel<\/strong>).<\/p>\n<p>Edgar Poe situe rue Pav\u00e9e-Saint-Andr\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire <strong>rue S\u00e9guier<\/strong>, <em>Le myst\u00e8re de Marie Roget<\/em>, qui intervient dans la fiction environ deux ans apr\u00e8s l&rsquo;assassinat de la rue Morgue (qui, elle, n&rsquo;existe que sur le papier dans le quartier de la rue Saint-Roch). Poe n&rsquo;est jamais venu \u00e0 Paris. Pour sa topographie parisienne un peu fantaisiste, il s&rsquo;inspire de Notre-Dame de Paris et d&rsquo;un autre ouvrage, la <em>Galerie populaire des contemporains<\/em>, de Louis L\u00e9onard de Lom\u00e9nie. Et Marie Roget est dans la r\u00e9alit\u00e9 Mary Cecilia Rogers, une jeune femme assassin\u00e9e dans des conditions similaires \u00e0 New-York et dont le crime n&rsquo;est pas r\u00e9solu \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 Poe \u00e9crit sa nouvelle. <img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1264\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_seguier.jpg\" alt=\"seguier.jpg\" width=\"270\" height=\"205\" align=\"right\"><br \/>\nLa demeure du chevalier Dupin, l&rsquo;enqu\u00eateur de Poe, est situ\u00e9e 33 rue Dunot dans le faubourg Saint-Germain (rue qui n&rsquo;existe pas plus que la rue Morgue).<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de la place Maubert, <strong>1 bis rue des Carmes<\/strong> se trouve le mus\u00e9e de la Pr\u00e9fecture de police qui est gratuit et vaut vraiment le d\u00e9tour. On y d\u00e9couvre les m\u00e9thodes de Bertillon, celles des Fieschi, Petiot, Landru, etc., une recette de poison de la marquise de Brinvilliers, et le registre de la morgue qui accueille le 26 janvier 1855, quai du March\u00e9-neuf, le corps sans vie d&rsquo;un d\u00e9nomm\u00e9 G\u00e9rard de Nerval.<\/p>\n<p>Couty de la Pommeraie, m\u00e9decin ex\u00e9cut\u00e9 le 9 juin 1864, demeurait <strong>5 rue des Saints-P\u00e8res<\/strong> lorsqu&rsquo;il d\u00e9cida de ne plus respecter le serment d&rsquo;Esculape et d&#8217;empoisonner ma\u00eetresse et belle-m\u00e8re \u00e0 la digitaline. Ses recettes de poison sont connues des enqu\u00eateurs de Gaboriau.<\/p>\n<p>Avan\u00e7ons dans le temps et remontons jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du Louvre, <strong>place Andr\u00e9 Malraux<\/strong>. Une plaque dans l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel nous confirme qu&rsquo;ici descend fin 1895 l&rsquo;espion Oberstein (sous la plume de Conan Doyle dans <em>Les plans du Bruce Partington<\/em>), apr\u00e8s avoir d\u00e9rob\u00e9 les plans secrets d&rsquo;un sous-marin et avant de se faire arr\u00eater \u00e0 Londres gr\u00e2ce \u00e0 Sherlock Holmes. A l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;h\u00f4tel s&rsquo;\u00e9tend plus \u00e0 l&rsquo;est, \u00e0 l&#8217;emplacement du Louvre des antiquaires d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1265\" aria-describedby=\"caption-attachment-1265\" style=\"width: 265px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-1265\" title=\"L'H\u00f4tel du Louvre, place Andr\u00e9 Malraux face \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_LOUVRE.jpg\" alt=\"L'H\u00f4tel du Louvre, place Andr\u00e9 Malraux face \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise.\" width=\"265\" height=\"205\" align=\"left\"><figcaption id=\"caption-attachment-1265\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;H\u00f4tel du Louvre, place Andr\u00e9 Malraux face \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le docteur Watson n&rsquo;a jamais pr\u00e9cis\u00e9 si Sherlock Holmes avait s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Paris. Par contre, on sait que ses enqu\u00eates et ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec Moriarty l&rsquo;ont men\u00e9 \u00e0 Dieppe, Strasbourg, Lyon, N\u00eemes et Montpellier (sa route a d\u00fb alors passer par la capitale). Cependant, il est probable qu&rsquo;il se soit trouv\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;automne 1894 pour enqu\u00eater sur des attentats anarchistes et en 1895 pour recevoir la L\u00e9gion d&rsquo;honneur, la seule distinction honorifique qu&rsquo;il ait jamais accept\u00e9e ! Notons enfin que le d\u00e9tective ma\u00eetrise parfaitement le fran\u00e7ais, et qu&rsquo;au moins une de ses fameuses pipes est de bruy\u00e8re, d&rsquo;origine jurassienne.<\/p>\n<p>Continuons de remonter jusqu&rsquo;au <strong>13 galerie Vivienne<\/strong>, o\u00f9 habite Vidocq en 1840. Vidocq est \u00e0 la fois auteur (de ses <em>M\u00e9moires<\/em>, parues en 1828) et personnage de roman. On le croise par exemple dans <em>Ferragus<\/em> de Balzac et dans <em>L&rsquo;Homme au fiacre<\/em>,<\/p>\n<figure id=\"attachment_1266\" aria-describedby=\"caption-attachment-1266\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-1266\" title=\"13 galerie Vivienne\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_vidocq.jpg\" alt=\"13 galerie Vivienne\" width=\"260\" height=\"210\" align=\"right\"><figcaption id=\"caption-attachment-1266\" class=\"wp-caption-text\">13 galerie Vivienne<\/figcaption><\/figure>\n<p>de Georges J. Arnaud, qui ressuscite le paris balzacien dans ses romans dont les h\u00e9ros sont les fr\u00e8res Roqueb\u00e8re, avocats\/enqu\u00eateurs bas\u00e9s quelque part rue Vivienne.<\/p>\n<p>En 1833, il d\u00e9missionne de la police pour fonder la premi\u00e8re agence fran\u00e7aise de d\u00e9tectives priv\u00e9s. Ses succ\u00e8s font rapidement de l&rsquo;ombre \u00e0 la police officielle.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Emile Gaboriau, il d\u00e9c\u00e8de en 1873 <strong>39 rue Notre-Dame-de-Lorette<\/strong>.<br \/>\nLa maison du p\u00e8re Tabaret, son premier h\u00e9ros, se trouve \u00ab\u00a0\u00e0 moins de quatre minutes\u00a0\u00bb de la gare Saint-Lazare.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1267\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_jerusalem.jpg\" alt=\"jerusalem.jpg\" width=\"480\" height=\"460\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_jerusalem.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2003\/08\/jpg_jerusalem-300x288.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>A lire :<br \/>\n&#8211; <em>M\u00e9moires de Canler, ancien chef du service de S\u00fbret\u00e9 (1797-1865)<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gaboriau est l&rsquo;inventeur du roman policier en 1865 avec son premier succ\u00e8s, L&rsquo;Affaire Lerouge. 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