{"id":734,"date":"2007-05-12T21:12:22","date_gmt":"2007-05-12T19:12:22","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/12\/le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935\/"},"modified":"2022-07-26T13:30:21","modified_gmt":"2022-07-26T11:30:21","slug":"le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/12\/le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935\/","title":{"rendered":"Le congr\u00e8s des \u00e9crivains de juin 1935 (introduction \u00e0 trois balades parisiennes)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0<em>Je crois que ce qui retient bon nombre de nos \u00e9crivains, c\u2019est leur manque de confiance dans le prol\u00e9tariat, et m\u00eame\u2026 un manque de confiance en l\u2019homme.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nAndr\u00e9 Malraux, interview \u00e0 la <em>Litt\u00e9rature internationale<\/em>, 1935.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est que \u00e7a [le prol\u00e9tariat] ?<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nMalraux en 1946 face \u00e0 Sperber, Koestler, Camus et Sartre (cit\u00e9 par Olivier Todd dans <em>Albert Camus, une vie<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Entre 1925 et 1935, malgr\u00e9 les suicides d\u2019Essenine et de Ma\u00efakovski, [\u2026], les intellectuels occidentaux continuaient \u00e0 croire que l\u2019URSS repr\u00e9sentait pour le monde de l\u2019apr\u00e8s-guerre, et plus particuli\u00e8rement pour l\u2019art d\u2019avant-garde, un renouveau, un soutien et des perspectives illimit\u00e9es.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nNina Berberova. <em>C\u2019est Moi qui souligne<\/em>.<em>\u00ab\u00a0Toute l\u2019eau de la mer ne suffirait pas \u00e0 laver une tache de sang intellectuelle.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Eluard citant Lautr\u00e9amont le 23 mars 1932 dans son texte <em>Certificat<\/em>, qui met en cause Aragon et ses \u00ab trahisons \u00bb depuis le congr\u00e8s de Kharkov (1930).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Chaque journal, selon son parti, a ses mensonges, ses victoires et ses h\u00e9ros.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nJournal d\u2019Eug\u00e8ne Dabit.<\/p>\n<p>Dans un essai publi\u00e9 en 1944, Arthur Koestler parle du <em>\u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9 d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tous les gens de gauche \u00e0 partir de 1933 [qui] avaient voulu \u00eatre antifascistes sans \u00eatre antitotalitaires<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 s\u2019ouvre le 21 juin 1935 le Congr\u00e8s international des \u00e9crivains pour la d\u00e9fense de la culture \u00e0 Paris, aucun des trois Andr\u00e9 (Breton, Gide, Malraux) n\u2019ignore la face totalitaire cach\u00e9e du r\u00e9gime sovi\u00e9tique. Les premiers proc\u00e8s truqu\u00e9s en URSS datent de 1928. D\u00e8s les ann\u00e9es vingt, des intellectuels europ\u00e9ens ont fait le voyage en Russie. Stefan Zweig \u00e9crit \u00e0 Romain Rolland en 1924 : \u00ab\u00a0<em>Ils chassent maintenant les intellectuels de leurs rangs. Ils ont besoin des \u00ab\u00a0Moujiks\u00a0\u00bb litt\u00e9raires, des automates qui n\u2019osent pas penser ou dire ce qu\u2019ils pensent.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais, alors que le premier Andr\u00e9 commence \u00e0 crier haut et fort (c\u2019est une habitude chez les surr\u00e9alistes) que l\u2019unique voie \u00e0 suivre n\u2019est plus celle de l\u2019URSS, les deux autres \u2013 l\u2019\u00e9crivain le plus connu et le jeune espoir le plus prometteur de l\u2019\u00e9poque (prix Interalli\u00e9 1930 pour <em>La Voix royale<\/em>, prix Goncourt 1933 pour <em>La Condition humaine<\/em>) \u2013 clament aussi fort qu\u2019il faut choisir entre fascisme et communisme et qu\u2019il est urgent de se ranger aux c\u00f4t\u00e9s de Staline.<\/p>\n<p>Redonnons la parole \u00e0 Nina Berberova : \u00ab\u00a0<em>[\u2026] la vieille g\u00e9n\u00e9ration, Wells, Shaw, Rolland, Mann, \u00e9tait enti\u00e8rement gagn\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0Nouvelle Russie\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9ressante\u00a0\u00bb qui avait liquid\u00e9 \u00ab\u00a0les horreurs du tsarisme\u00a0\u00bb. Elle soutenait Staline contre Trotski, comme elle avait soutenu L\u00e9nine contre les autres chefs politiques. Dreiser, Sinclair Lewis, Upton Sinclair, Andr\u00e9 Gide (jusqu\u2019en 1936) et Stefan Zweig prenaient la d\u00e9fense, dans tous les d\u00e9bats, du parti communiste contre l\u2019opposition. [\u2026] La coqueluche de la jeunesse parisienne, Jean Cocteau, \u00e9crivait : \u00ab\u00a0Les dictateurs contribuent \u00e0 promouvoir la protestation dans l\u2019art, sans laquelle celui-ci meurt.\u00a0\u00bb On avait envie de lui demander si cela \u00e9tait \u00e9galement valable pour la balle que l\u2019on recevait dans la nuque\u00a0\u00bb <\/em>(Nina Berberova, <em><em>C\u2019est Moi qui souligne)<\/em>.<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s coup, il est facile de tirer des enseignements de ces sombres ann\u00e9es : une dictature ne promeut ni la protestation ni la libert\u00e9 dans l\u2019art ni ailleurs ; il n\u2019est pas sain de s\u2019appuyer sur une dictature pour en combattre une autre, pas plus que de confondre respect et idol\u00e2trie ou patriotisme et nationalisme. Et, comme l\u2019\u00e9crit Breton d\u00e8s 1929 dans le <em>Second manifeste du Surr\u00e9alisme<\/em>, il est dangereux de ne compter que sur la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne pour atteindre \u00e0 \u00ab\u00a0<em>la lib\u00e9ration de l\u2019homme, premi\u00e8re condition de la lib\u00e9ration de l\u2019esprit<\/em>\u00a0\u00bb (ne r\u00e9sistons pas au plaisir de citer un autre surr\u00e9aliste, Ferdinand Alqui\u00e9, qui parle en 1933 du \u00ab\u00a0<em>vent de cr\u00e9tinisation syst\u00e9matique qui souffle sur l\u2019URSS\u00a0\u00bb<\/em>). \u00c0 la diff\u00e9rence de Gide, de Malraux et de nombreux contemporains engag\u00e9s aux c\u00f4t\u00e9s du communisme, Breton se refusait \u00e0 m\u00ealer politique et sentiments.<\/p>\n<p>Ces v\u00e9rit\u00e9s \u00e9chappent aux principaux intellectuels europ\u00e9ens des ann\u00e9es trente (mais, r\u00e9p\u00e9tons-le, pas \u00e0 tous !), qui cherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des alli\u00e9s pour faire face \u00e0 la mont\u00e9e du nazisme et, ne les trouvant pas dans les r\u00e9gimes parlementaires fran\u00e7ais et anglais de l\u2019\u00e9poque, se les cr\u00e9ent en la personne d\u2019une dictature qui se cache derri\u00e8re l\u2019image de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne. Pendant ce temps, Nina Berberova \u00ab\u00a0<em>[n\u2019a] pas connu un seul jour sans ressentir [la pr\u00e9sence de Staline] dans le monde, sans en \u00e9prouver de l\u2019indignation, du d\u00e9go\u00fbt, de l\u2019humiliation et de la terreur<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les \u00e9crivains que nous allons croiser \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es trente paraissent bien faibles et impuissants, et parfois bien inconscients. Mais c\u2019est aussi parce que \u2013 et c\u2019est une premi\u00e8re historique (lire par exemple <em>La Rive gauche<\/em>, de Herbert R. Lottmann) \u2013 ils se mobilisent pour d\u00e9fendre une cause qui d\u00e9passe les \u00c9tats et qui les d\u00e9passe eux-m\u00eames. L\u2019affaire Dreyfus, qui a marqu\u00e9 la naissance de \u00ab\u00a0l\u2019engagement de l\u2019\u00e9crivain\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re affaire nationale &#8211; hasard de l\u2019Histoire, Dreyfus d\u00e9c\u00e8de en juillet 1935 ; cela d\u00e9clenche chez L\u00e9on Blum le d\u00e9sir de publier dans l\u2019hebdomadaire <em>Marianne<\/em> ses <em>Souvenirs sur l\u2019Affaire<\/em>.<br \/>\nLa premi\u00e8re guerre mondiale et ensuite la guerre du Rif marocain provoquent la naissance de courants de r\u00e9volte (on l\u2019a vu avec Dada) ou de militantisme qui traversent les fronti\u00e8res. Ces derniers se reconnaissent parfois dans la pens\u00e9e internationale qu\u2019est le marxisme. Gide et ses confr\u00e8res croient que des intellectuels r\u00e9unis peuvent changer le monde. Certains (Malraux, Koestler, Orwell\u2026) joindront le geste \u00e0 la parole en 1936 en allant combattre en Espagne.<\/p>\n<p>Dessinons \u00e0 grands traits l\u2019histoire de cet engagement europ\u00e9en.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es vingt, le pouvoir sovi\u00e9tique implique des intellectuels de diff\u00e9rents pays dans une strat\u00e9gie tr\u00e8s pr\u00e9cise d\u2019uniformisation des politiques culturelles des partis communistes. Comment ces artistes et \u00e9crivains ont-ils pu souscrire \u00e0 de tels objectifs, a priori incompatibles avec la libert\u00e9 de cr\u00e9er ? Pour la plupart d\u2019entre eux, cette question donnera lieu \u00e0 de puissantes jongleries intellectuelles, dont le congr\u00e8s de la Mutualit\u00e9 en juin 1935 offre de beaux exemples.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00ab\u00a0Conf\u00e9rence internationale des \u00e9crivains prol\u00e9tariens et r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb se d\u00e9roule en novembre 1927 \u00e0 Moscou, au moment o\u00f9 Trotski et Zinoviev sont exclus du parti communiste sovi\u00e9tique. Tout un symbole !<\/p>\n<p>Henri Barbusse et Romain Rolland y participent avec Gorki, Einstein, Paul Langevin, Heinrich Mann, etc. Militants pacifistes encore traumatis\u00e9s par la guerre de 1914-1918, ils rassemblent plus de 2000 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au congr\u00e8s international d\u2019Amsterdam en 1932. Environ 3000 participent au Congr\u00e8s antifasciste des 4 et 5 juin 1933 \u00e0 Paris, salle Pleyel. Les comit\u00e9s organisateurs des deux congr\u00e8s fusionnent et le \u00ab\u00a0mouvement Amsterdam-Pleyel\u00a0\u00bb prend corps.<\/p>\n<p>Afin de renforcer la politique sovi\u00e9tique officielle, le Komintern (l\u2019Internationale communiste) manipule \u00e0 grande \u00e9chelle et en sous main nombre d\u2019intellectuels de l\u2019\u00e9poque. On retrouve ainsi Willi M\u00fcnzenberg, chef de la propagande du Komintern pour l\u2019Occident, derri\u00e8re des prises de position de Romain Rolland, l\u2019organisation du congr\u00e8s d\u2019Amsterdam, la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti entre 1921 et 1927, le voyage de Gide et Malraux en 1933 \u00e0 Berlin, le congr\u00e8s de juin 1935 \u00e0 Paris, etc.<\/p>\n<p>Aucun acteur n\u2019est donc s\u00fbr de jouer le bon r\u00f4le ou m\u00eame son propre r\u00f4le dans ce Congr\u00e8s international des \u00e9crivains pour la d\u00e9fense de la Culture qui se d\u00e9roule au Palais de la Mutualit\u00e9 entre le 21 et le 25 juin 1935 (l\u2019\u00e9v\u00e9nement est encore peu connu aujourd\u2019hui et les sources d\u2019information ne sont pas abondantes ; il y a surtout le copieux <em>La Rive gauche<\/em>, cit\u00e9 ci-dessus, <em>Le Si\u00e8cle des intellectuels<\/em> de Michel Winock et <em>Libertad !<\/em> de Dan Franck).<\/p>\n<figure id=\"attachment_2138\" aria-describedby=\"caption-attachment-2138\" style=\"width: 827px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-2138\" title=\"Le Palais de la Mutualit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2.jpg\" alt=\"Le Palais de la Mutualit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930.\" width=\"827\" height=\"507\" align=\"right\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2.jpg 827w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2-300x184.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/05\/jpg_PalaisMutualite-2-768x471.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 739px) 94vw, (max-width: 827px) 88vw, 827px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2138\" class=\"wp-caption-text\">Le Palais de la Mutualit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il est organis\u00e9 par l\u2019Association des \u00c9crivains et Artistes R\u00e9volutionnaires (AEAR), \u00e0 laquelle Breton adh\u00e8re d\u00e9but 1932 et dont il est exclu en juin 1933 pour avoir publi\u00e9 dans la revue <em>Le Surr\u00e9alisme au service de la r\u00e9volution<\/em> la lettre de Ferdinand Alqui\u00e9 parlant de <em>\u00ab\u00a0cr\u00e9tinisation\u00a0\u00bb<\/em> en URSS.<\/p>\n<p>Les autres promoteurs-organisateurs du congr\u00e8s sont M\u00fcnzenberg et Ilya Ehrenbourg, autre \u00e9crivain et ambassadeur culturel de Moscou. La politique des communistes est alors \u00e0 l\u2019ouverture et le congr\u00e8s de la Mutualit\u00e9 veut accueillir toutes les tendances antifascistes, tant qu\u2019elles ne critiquent pas l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>C\u2019est volontairement un congr\u00e8s de stars : 230 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sont inscrits. La liste des participants est \u00e0 faire p\u00e2lir d\u2019envie ceux qui, comme Mauriac, Montherlant ou Morand, en ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s : Boris Pasternak, appel\u00e9 en derni\u00e8re minute \u00e0 remplacer Gorki, Heinrich Mann, Bertolt Brecht, Robert Musil, Aldous Huxley, H. G. Wells, Giono, Barbusse, Dabit, Gu\u00e9henno, Mounier, Rolland, Vitrac, E. M. Forster, Max Brod, Paul Nizan, Julien Benda, Aragon, Roger Martin du Gard, Guilloux\u2026 On peut noter l\u2019absence de James Joyce, pourtant parisien mais soucieux de son apolitisme, de Queneau, plong\u00e9 dans sa recherche spirituelle, de Pr\u00e9vert, rendu, comme le pr\u00e9c\u00e9dent, m\u00e9fiant de tout engagement politique par son exp\u00e9rience surr\u00e9aliste, de Bernanos et de Cendrars, qui, \u00e0 l\u2019instar de Mauriac, ne sont pas encore antifascistes, de Sartre, havrais, spectateur non encore engag\u00e9 (contrairement \u00e0 son petit camarade Paul Nizan) et temporairement d\u00e9prim\u00e9.<\/p>\n<p>Trois mille personnes assistent aux quatre jours que dure le congr\u00e8s : ouvriers, employ\u00e9s, journalistes, \u00e9tudiants, artistes, intellectuels\u2026 Des hauts parleurs ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s dans les couloirs du Palais de la Mutualit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le soir apr\u00e8s minuit, les discussions se poursuivent autour des tables des Deux Magots et des caf\u00e9s alentour.<\/p>\n<p>Les deux grands animateurs en sont Andr\u00e9 Malraux et Andr\u00e9 Gide, deux \u00e9crivains pour qui politique rime alors avec morale et art plus qu\u2019avec droits civiques et programme \u00e9conomique. Malgr\u00e9 les apparences et parce que ses oreilles entendent tout de m\u00eame certains discours critiques de r\u00e9fugi\u00e9s, ce dernier commence \u00e0 douter que la bonne foi politique soit uniquement du c\u00f4t\u00e9 sovi\u00e9tique. Malraux, lui, a rencontr\u00e9 Trotski \u00e0 Saint-Palais en ao\u00fbt 1933. Gr\u00e2ce \u00e0 une pression internationale, ce dernier a en effet \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 \u00e0 son exil sib\u00e9rien. Malraux est bien conscient du caract\u00e8re r\u00e9pressif du r\u00e9gime sovi\u00e9tique. Mais, n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019Histoire et discipline de parti combin\u00e9es, il s\u2019en accommode. Entre Trotski, h\u00e9ros de la R\u00e9volution, certes, mais g\u00e9n\u00e9ral sans arm\u00e9e, et Staline qui reste seul \u00e0 commander l\u2019Arm\u00e9e rouge, Malraux fait le choix de l\u2019efficacit\u00e9 contre le nazisme.<\/p>\n<p>Les Sovi\u00e9tiques savent donc qu\u2019avec Malraux et Gide aux commandes, le congr\u00e8s (qui aurait pu aussi s\u2019appeler \u00ab\u00a0pour la d\u00e9fense de l\u2019Union sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb !) ne conna\u00eetra pas trop de d\u00e9bordements, et ils ont raison.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9meute fasciste du 6 f\u00e9vrier 1934 renforce le camp de la gauche en exposant au grand jour le danger que repr\u00e9sente le fascisme. Le sursaut populaire et la politique d\u2019ouverture des communistes qui suivent \u2013 Moscou r\u00e9alisant que la traditionnelle strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0classe contre classe\u00a0\u00bb avait produit l\u2019arriv\u00e9e de Hitler au pouvoir \u2013 m\u00e8nent au Front populaire en mai 1936.<\/p>\n<p>Bien que le pacifisme soit une id\u00e9e qui n\u2019ait rien de marxiste et que le communisme ait d\u00e9j\u00e0 fait des millions de morts et s\u2019achemine vers les grandes purges de 1936, un pacte franco-sovi\u00e9tique d\u2019assistance mutuelle est sign\u00e9 en mai 1935. On croit le rempart suffisamment puissant contre Hitler.<\/p>\n<p>1936 est l\u2019ann\u00e9e du courageux revirement politique de Gide qui, apr\u00e8s un voyage en URSS, publie en novembre <em>Retour de l\u2019URSS<\/em> et d\u00e9nonce le totalitarisme sovi\u00e9tique. Ce qui est \u00e9tonnant, c\u2019est que ce revirement ne soit pas suivi par une multitude d\u2019autres. Signe que le Retour de l\u2019URSS ne r\u00e9v\u00e8le finalement que ce que beaucoup savent mais pr\u00e9f\u00e8rent taire pour ne pas \u00ab\u00a0faire le jeu du fascisme\u00a0\u00bb. De ce point de vue, tout le monde n\u2019est pas Gide, ni Bernanos ou Mauriac, qui se dressent contre les franquistes cette m\u00eame ann\u00e9e, ou Orwell, Koestler ou Simone Weil, qui parviennent \u00e0 critiquer le stalinisme en restant antifascistes, ou encore Albert Camus qui, l\u00e0-bas en Alg\u00e9rie, quitte en 1937 le parti communiste auquel il a adh\u00e9r\u00e9 en 1935.<\/p>\n<p>Pour Malraux (qui a vivement d\u00e9conseill\u00e9 \u00e0 Gide de publier son ouvrage), l\u2019heure est encore \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019Union sovi\u00e9tique : la guerre d\u2019Espagne bat son plein.<\/p>\n<p>Les proc\u00e8s de Moscou en 1936 conduisent en revanche Breton \u00e0 affirmer sa position : avec Victor Serge, Magdeleine Paz, Henry Poulaille et d\u2019autres, il cr\u00e9e un comit\u00e9 d\u2019enqu\u00eate sur les proc\u00e8s. Il demande aussi que Trotski soit officiellement invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sider en France, alors qu\u2019il n\u2019y est tol\u00e9r\u00e9 qu\u2019\u00e0 condition de ne pas s\u2019y consacrer \u00e0 des activit\u00e9s politiques.<br \/>\nDes trois Andr\u00e9 plus ou moins compagnons de route du parti communiste en 1935, il n\u2019en reste qu\u2019un fin 1936 : Malraux, qui, en 1937, publie <em>L\u2019Espoir<\/em> en feuilleton dans <em>Ce Soir<\/em>, le journal dirig\u00e9 par Aragon.<\/p>\n<hr \/>\n<p>A suivre, trois balades dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 Paris sur les pas des protagonistes du Congr\u00e8s de juin 1935 :<br \/>\n&#8211; <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/05\/13\/le-congres-des-ecrivains-de-juin-1935-2\/\">Le congr\u00e8s des \u00e9crivains de juin 1935 (balade autour du boulevard Saint-Germain)<\/a>,<br \/>\n&#8211; &#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je crois que ce qui retient bon nombre de nos \u00e9crivains, c\u2019est leur manque de confiance dans le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2138,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[24,23],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/734"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=734"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/734\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4858,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/734\/revisions\/4858"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}