{"id":739,"date":"2007-06-21T21:20:29","date_gmt":"2007-06-21T19:20:29","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/06\/21\/balade-litteraire-avec-proust-a-paris-2\/"},"modified":"2007-06-21T21:20:29","modified_gmt":"2007-06-21T19:20:29","slug":"balade-litteraire-avec-proust-a-paris-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/06\/21\/balade-litteraire-avec-proust-a-paris-2\/","title":{"rendered":"Balade litt\u00e9raire avec Proust \u00e0 Paris (2)"},"content":{"rendered":"<h5>\u00ab~<em>Je trouve tr\u00e8s raisonnable la croyance celtique que les \u00e2mes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque \u00eatre inf\u00e9rieur, dans une b\u00eate, un v\u00e9g\u00e9tal, une chose inanim\u00e9e, perdues en effet pour nous jusqu&#8217;au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, o\u00f9 nous nous trouvons passer pr\u00e8s de l&#8217;arbre, entrer en possession de l&#8217;objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sit\u00f4t que nous les avons reconnues, l&#8217;enchantement est bris\u00e9. D\u00e9livr\u00e9es par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.<br \/>\n<br \/>Il en est ainsi de notre pass\u00e9. C&#8217;est peine perdue que nous cherchions \u00e0 l&#8217;\u00e9voquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles.<br \/>\n[&#8230;] un jour d&#8217;hiver, comme je rentrais \u00e0 la maison, ma m\u00e8re, voyant que j&#8217;avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de th\u00e9. Je refusai d&#8217;abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces g\u00e2teaux courts et dodus appel\u00e9s Petites Madeleines qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 moul\u00e9s dans la valve rainur\u00e9e d&#8217;une coquille de Saint-Jacques. Et bient\u00f4t, machinalement, accabl\u00e9 par la morne journ\u00e9e et la perspective d&#8217;un triste lendemain, je portai \u00e0 mes l\u00e8vres une cuiller\u00e9e de th\u00e9 o\u00f9 j&#8217;avais laiss\u00e9 s&#8217;amollir un morceau de madeleine [&#8230;].<\/em>~\u00bb<br \/>\n<br \/><em>Du C\u00f4t\u00e9 de chez Swann<\/em>.<\/h5>\n<p>Un peu avant Einstein et \u00e0 sa mani\u00e8re, Proust invente la th\u00e9orie de la relativit\u00e9[[Dans <em>\u00c0 La Recherche de Marcel Proust<\/em>, Andr\u00e9 Maurois fait d&#8217;ailleurs allusion \u00e0 une lettre cit\u00e9e par la princesse Bibesco dans laquelle Proust explique que son r\u00f4le est semblable \u00e0 celui d&#8217;Einstein. Observateur m\u00e9ticuleux des faits comme son p\u00e8re et son fr\u00e8re m\u00e9decins, il veut d\u00e9couvrir les lois qui r\u00e9gissent la nature humaine.]].<br \/>\n<br \/>On peut selon lui faire revivre le pass\u00e9 et retrouver le temps perdu, ou plut\u00f4t recr\u00e9er un temps plus r\u00e9el que ce que les lieux, les personnes et les \u00e9v\u00e9nements ont pu \u00eatre. Pour Proust, \u00ab <em>le pass\u00e9 se [retrouve] au bout du temps dans un pr\u00e9sent imp\u00e9rissable, plus vrai et plus riche encore qu&#8217;\u00e0 l&#8217;origine<\/em> \u00bb (Camus, <em>L&#8217;Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em>).<\/p>\n<p>Seulement, cette facult\u00e9 de ressusciter les \u00eatres et les choses n&#8217;est pas toute-puissante. Elle d\u00e9pend de la r\u00e9miniscence, de la m\u00e9moire involontaire, que \u00c0 la Recherche du temps perdu incarne par exemple dans la fameuse madeleine qui rappelle son enfance au narrateur, ou dans la sonate de Vinteuil qui rappelle \u00e0 Swann son amour pour Odette. Ces instants tr\u00e8s courts ressuscitent des morceaux du pass\u00e9. Ils sont le signe qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de chaque \u00eatre reposent des moments privil\u00e9gi\u00e9s qui r\u00e9sistent \u00e0 la destruction du temps. Ils affleurent dans les r\u00eaves ou lorsqu&#8217;un sens r\u00e9active la m\u00e9moire involontaire[[L&#8217;ou\u00efe, le go\u00fbter, la vue sont des m\u00e9dias essentiels pour Proust qui, enfant, est fascin\u00e9 par sa lanterne magique et, adolescent, visite plusieurs fois par semaine le mus\u00e9e du Louvre. Adulte, il fr\u00e9quente de nombreux peintres et musiciens, sans toutefois investir sa fortune dans des toiles de ma\u00eetres.]].<\/p>\n<p>Le personnage principal de la <em>Recherche<\/em> est ainsi le temps destructeur, qui fait mourir des personnages (Vinteuil, Swann, la grand-m\u00e8re du narrateur, Albertine, Bergotte, Saint-Loup) ou mal vieillir d&#8217;autres, tels Odette ou la duchesse et le duc de Guermantes, flamboyants quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t ; qui r\u00e9v\u00e8le l&#8217;homosexualit\u00e9 d&#8217;un certain nombre (Charlus, Albertine&#8230;) ; qui fait se transformer l&#8217;aristocratie par l&#8217;arriv\u00e9e de \u00ab transferts \u00bb de la bourgeoisie (Madame Verdurin devient princesse de Guermantes et Odette Swann, de demi-mondaine, devient comtesse de Forcheville) ; qui bouleverse la soci\u00e9t\u00e9 livr\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 des passions comme l&#8217;affaire Dreyfus et la guerre. \u00ab <em>Chacun croit ses passions absolues, \u00e9ternelles, mais le courant implacable emporte vainqueurs et vaincus, et tous se retrouvent vieillis, proches de la mort, apais\u00e9s par la faiblesse, autour de leur passions refroidies et d&#8217;une lave durcie, inoffensive. [&#8230;] [La Recherche est] l&#8217;histoire de la d\u00e9couverte par Marcel de tout ce qui \u00e9tait cach\u00e9 derri\u00e8re les noms, de son effort pour conqu\u00e9rir ce qu&#8217;il a tant d\u00e9sir\u00e9, de ses in\u00e9vitables et totales d\u00e9ceptions<\/em> \u00bb (Andr\u00e9 Maurois, <em>\u00c0 La Recherche de Marcel Proust<\/em>).<\/p>\n<figure id=\"attachment_2141\" aria-describedby=\"caption-attachment-2141\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2141\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCat.jpg\" alt=\"Le Pr\u00e9 Catelan\" title=\"Le Pr\u00e9 Catelan\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"550\" height=\"351\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCat.jpg 550w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCat-300x191.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 550px) 94vw, 550px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2141\" class=\"wp-caption-text\">Le Pr\u00e9 Catelan<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le narrateur d\u00e9sire l&#8217;amour de Gilberte Swann mais finit par l&#8217;oublier \u00e0 tel point qu&#8217;il ne la reconna\u00eetra pas. Il part aussi en qu\u00eate de l&#8217;amour des jeunes filles de Balbec et d&#8217;Albertine Simonet, qu&#8217;il n&#8217;aimera que plus tard, apr\u00e8s l&#8217;avoir connue. M\u00eame exp\u00e9rience, enfin, avec la duchesse de Guermantes, dont il parvient \u00e0 se rapprocher, mais pour d\u00e9couvrir la cruaut\u00e9 du monde dans lequel elle vit. M\u00eame sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re, dont il croyait qu&#8217;elles pouvaient remplir son monde, n&#8217;y ont pas suffit.<\/p>\n<p>La raison qui pousse Proust \u00e0 \u00e9crire est celle qu&#8217;explique le narrateur dans la derni\u00e8re partie de la <em>Recherche<\/em>, <em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em> : \u00ab <em>Il faut faire &#339;uvre d&#8217;art<\/em> \u00bb pour que revive ce qui a disparu. L&#8217;art seul permet d&#8217;atteindre l&rsquo;essence des choses en avan\u00e7ant sur les chemins ouverts par la r\u00e9miniscence.<\/p>\n<h6>[&#8230;] je ne leur demanderai pas [aux lecteurs] de me louer ou de me d\u00e9nigrer, mais seulement de me dire si c&#8217;est bien cela, si les mots qu&#8217;ils lisent en eux-m\u00eames sont bien ceux que j&#8217;ai \u00e9crits (les divergences possibles \u00e0 cet \u00e9gard ne devant pas, du reste, provenir toujours de ce que je me serais tromp\u00e9, mais quelquefois de ce que les yeux du lecteur ne seraient pas de ceux \u00e0 qui mon livre conviendrait pour bien lire en soi-m\u00eame).<\/h6>\n<p>Si Proust compose sa fresque entre 1909 et 1922, alors que la fin de l&#8217;affaire Dreyfus et la Premi\u00e8re guerre mondiale pr\u00e9cipitent la disparition de l&#8217;aristocratie d&#8217;avant-guerre, la <em>Recherche<\/em> n&#8217;est ni un hymne \u00e0 la gloire du faubourg Saint-Germain, ni un hymne au pass\u00e9, ni \u00e0 l&#8217;enfance : c&#8217;est bien un hymne \u00e0 l&#8217;art. <\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas de ces \u00e9crivains fascin\u00e9s par le clinquant d&#8217;une classe qui, s&#8217;en approchant le plus pr\u00e8s possible, l&#8217;observent, prennent note et s&#8217;en retirent pour la d\u00e9crire \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Certes, il a bien \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par cette soci\u00e9t\u00e9 qui vit dans le faubourg Saint-Germain et \u00ab <em>du c\u00f4t\u00e9 de Guermantes<\/em> \u00bb, pr\u00e8s du Combray de la Recherche. Il s&#8217;est \u00e9reint\u00e9 \u00e0 y p\u00e9n\u00e9trer gr\u00e2ce \u00e0 Robert de Montesquiou et \u00e0 d&#8217;autres[[Grand bourgeois comme Swann gr\u00e2ce \u00e0 la fortune de sa m\u00e8re et \u00e0 la renomm\u00e9e atteinte par son p\u00e8re le docteur Proust, Marcel garde les yeux riv\u00e9s sur la classe du dessus, sur ses comtesses, ses duchesses et ses princesses. Qu&#8217;est-ce qui le pousse ainsi ? \u00ab <em>[&#8230;] son \u00e9ducation trop prot\u00e9g\u00e9e, son absence de profession (autre que celle d&#8217;\u00e9crivain), sa maladie, son homosexualit\u00e9 lui ont fait rechercher une \u00e9vasion, une compensation, une reconnaissance dans la vie sociale. [&#8230;] Enfin, pour un jeune \u00e9crivain, il fallait, \u00e0 cette \u00e9poque, choisir entre les caf\u00e9s et les salons, si l&#8217;on voulait \u00e9chapper \u00e0 la solitude<\/em> \u00bb (Jean-Yves Tadi\u00e9, <em>Proust, le dossier<\/em>). Proust choisit les seconds, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il perde ses illusions.]]. Mais son intelligence autant que son asthme qui le cloue au lit l&#8217;en ont peu \u00e0 peu \u00e9loign\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi les diff\u00e9rents personnages du roman, un seul atteint son but, tel que l&#8217;explique <em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em>. Ce ne sont pas les comtes et les duchesses, c&#8217;est bien le narrateur, lorsqu&#8217;il abandonne l&#8217;id\u00e9e de trouver la meilleure place possible \u00ab <em>du c\u00f4t\u00e9 de Guermantes<\/em> \u00bb et se fixe comme objectif de transformer, par l&#8217;\u00e9criture, la vie v\u00e9cue en beaut\u00e9, \u00e0 l&#8217;image du travail de Bergotte l&rsquo;\u00e9crivain, de Vinteuil le compositeur ou d&#8217;Elstir le peintre. <\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Le temps destructeur de la <em>Recherche<\/em> fait aussi changer les lieux. Paris est ainsi un d\u00e9cor \u00e9voluant avec le temps : ville des amours premiers puis m\u00fbrs, ville de l&#8217;aristocratie et de ses salons, de Sodome et Gomorrhe et de la guerre, et enfin ville du temps retrouv\u00e9.<br \/>\n<br \/>Les lieux parisiens de <em>La Recherche<\/em> (il y a aussi, bien s\u00fbr, Illiers) se d\u00e9ploient dans un p\u00e9rim\u00e8tre restreint : \u00e0 part une ou deux incursions dans la partie est (vers les buttes-Chaumont-La Villette), le roman se d\u00e9roule dans deux quartiers : d&#8217;une part le faubourg Saint-Germain (aristocratique) et l&#8217;\u00eele Saint-Louis (grand-bourgeois), d&#8217;autre part le quart Nord-Ouest de la ville (bourgeois).<\/p>\n<p>Proust y prom\u00e8ne ses personnages depuis son lit du 2e \u00e9tage du 102 boulevard Haussmann. Il se contente de situer ou citer les lieux (attribuant rarement \u00e0 un h\u00f4tel un num\u00e9ro dans une rue), sans les d\u00e9crire. Les lieux ne sont pas \u00e0 ses yeux inscrits dans l&#8217;espace, mais dans le temps et les sentiments. L&#8217;important pour lui n&#8217;est pas de peindre fid\u00e8lement un d\u00e9cor, mais de dire les sentiments \u00e9prouv\u00e9s par les personnages qui s&#8217;y trouvent. L&#8217;exemple extr\u00eame en est l&#8217;h\u00f4tel de Guermantes, dont, on le verra, on peine \u00e0 situer l&#8217;endroit tant il est immat\u00e9riel et intemporel. Le travail de Proust, isol\u00e9 dans son \u00ab <em>arche de No\u00e9<\/em> \u00bb, est de retrouver par la m\u00e9moire, par une sortie \u00ab <em>dans le monde<\/em> \u00bb ou par l&#8217;interm\u00e9diaire de l&#8217;un de ses visiteurs-enqu\u00eateurs, des \u00e9motions qu&#8217;il approfondit ensuite et d\u00e9crit de mani\u00e8re \u00e0 les faire ressentir par le lecteur.<\/p>\n<p>Voici cinq balades parisiennes dans les pas de Proust, de ses parents et amis et de ses personnages. Si la m\u00e9moire involontaire n&#8217;op\u00e8re pas&#8230; parcourez ces lieux la <em>Recherche<\/em> \u00e0 la main ! <\/p>\n<p>BALADE DE LA RUE D&#8217;AUTEUIL AU PR\u00c9 CATELAN<\/p>\n<p>D\u00e9part : m\u00e9tro Michel-Ange Auteuil.<br \/>\n<br \/>Arriv\u00e9e : m\u00e9tro Avenue Henri-Martin.<br \/>\n<br \/>Dur\u00e9e de la balade : 1h30.<\/p>\n<p>1)\tLe <strong>73 rue d&#8217;Auteuil<\/strong> est le domicile de Ludovic Hal\u00e9vy, p\u00e8re de Daniel, ami de lyc\u00e9e de Marcel.<\/p>\n<p>2)\tMarcel na\u00eet en juillet 1871 au <strong>96 rue La Fontaine<\/strong> (plaque). C&#8217;est depuis 1857 la maison de Louis Weil, o\u00f9 les Proust passent l&#8217;\u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la mort de Louis en 1896. Louis est l&#8217;oncle de Jeanne Proust, m\u00e8re de Marcel. Il s&#8217;est enrichi gr\u00e2ce \u00e0 son entreprise de boutons, la plus importante de Paris. Il est aussi propri\u00e9taire du 102 boulevard Haussmann, o\u00f9 Marcel habite entre 1906 et 1919. Voici la description de la maison que donne Evelyne Bloch-Dano dans Madame Proust : \u00ab La demeure est vaste, avec ses vingt-neuf fen\u00eatres, ses deux \u00e9tages, auxquels s&#8217;ajoute un troisi\u00e8me mansard\u00e9. Elle est b\u00e2tie au milieu d&#8217;un terrain tout en longueur de 1 500 m2 qui relie la rue La Fontaine \u00e0 la rue de la Source. Une \u00e9curie pour deux chevaux et une remise pour deux voitures ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es pr\u00e8s de l&#8217;entr\u00e9e. En 1876, l&#8217;oncle Louis a fait construire une aile suppl\u00e9mentaire destin\u00e9e \u00e0 la famille Proust : deux chambres au premier \u00e9tage et deux au deuxi\u00e8me. \u00bb Une petite porte rue de la Source s&#8217;ouvre sur le jardin.<\/p>\n<p>Le lieu de naissance de Marcel est symbolique. C&#8217;est bien la famille maternelle, les Weil, juifs int\u00e9gr\u00e9s[[Les Weil sont rattach\u00e9s aux Berncastel, Neuburger, etc., ce qui fait de Marcel Proust un cousin \u00e9loign\u00e9 de&#8230; Karl Marx !&#8230; et un parent par alliance d&#8217;Henri Bergson, qui \u00e9pouse en 1892 une cousine de Proust, Louise Neuburger.<br \/>\nLa fortune des Weil s&#8217;est surtout accrue avec la manufacture de porcelaine de Baruch Weil, sous le Premier Empire.]], qui absorbe les Proust, appartenant \u00e0 la petite bourgeoisie de province. <\/p>\n<p>La rue La Fontaine, c&#8217;est aussi la campagne, m\u00eame si c&#8217;est la campagne \u00e0 Paris. Auteuil est ainsi avec Illiers le berceau de l&#8217;enfance r\u00eav\u00e9e de Marcel[[Qui, quoi qu&#8217;on en pense, n&#8217;a pas pass\u00e9 toute sa vie d&#8217;adulte clo\u00eetr\u00e9 dans une chambre. Il a m\u00eame \u00e9t\u00e9, jusqu&#8217;en 1914, un voyageur&#8230; fatigable en France, en Suisse, aux Pays-Bas, en Italie (cf. <em>Voyager avec Marcel Proust<\/em>, Anne Borrel).]].<\/p>\n<p>Jeanne a eu peur de perdre son premier fils Marcel \u00e0 la naissance, et peut-\u00eatre d\u00e8s sa grossesse. Cette angoisse maternelle accompagne le jeune gar\u00e7on dans ses premi\u00e8res ann\u00e9es. Celui-ci la fait rapidement sienne, supportant difficilement l&#8217;\u00e9loignement m\u00eame temporaire de sa m\u00e8re. Du supplice de la s\u00e9paration et de cette angoisse qui se cristallise au moment du coucher, il fera le centre de la Recherche.<br \/>\nAdrien, le p\u00e8re, est exclu de cette relation m\u00e8re-fils. Jeanne compense la pr\u00e9sence r\u00e9duite au domicile familial de son mari, pris par ses occupations professionnelles.<\/p>\n<p>La nouvelle avenue Mozart &#8211; dont le creusement entre Passy et Auteuil s&#8217;\u00e9tend sur une trentaine d&#8217;ann\u00e9es ! &#8211; \u00e9ventre le jardin en 1881. La maison natale est d\u00e9truite en 1897. <\/p>\n<p>Dans <em>Jean Santeuil<\/em> et <em>La Recherche<\/em>, les descriptions des soirs d&#8217;\u00e9t\u00e9 pass\u00e9s dans le jardin s&#8217;inspirent autant des soir\u00e9es pass\u00e9es rue La Fontaine que de celles d&#8217;Illiers.<\/p>\n<p>3)\tC&#8217;est <strong>dans le bois de Boulogne<\/strong> qu&#8217;en avril ou mai 1881 Marcel subit une premi\u00e8re et terrible crise d&#8217;asthme. Son p\u00e8re m\u00e9decin et un ami chirurgien assistent impuissants \u00e0 la sc\u00e8ne, de m\u00eame que Mme Proust. Quelques ann\u00e9es plus tard, Adrien Proust pr\u00e9facera un livre d&#8217;un confr\u00e8re sur L&#8217;hygi\u00e8ne des asthmatiques, y laissant poindre la vision tr\u00e8s pessimiste qu&#8217;il a de cette maladie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2142\" aria-describedby=\"caption-attachment-2142\" style=\"width: 450px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2142\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCatInt.jpg\" alt=\"Le Pr\u00e9 catelan, int\u00e9rieur\" title=\"Le Pr\u00e9 catelan, int\u00e9rieur\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"450\" height=\"286\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCatInt.jpg 450w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_PreCatInt-300x191.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 450px) 94vw, 450px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2142\" class=\"wp-caption-text\">Le Pr\u00e9 catelan, int\u00e9rieur<\/figcaption><\/figure>\n<p>4)\tDans le roman, les Verdurin organisent des soir\u00e9es au bois de Boulogne, dans le restaurant <strong>le Ch\u00e2let des Iles<\/strong>, sur l&#8217;\u00eele du Bois au milieu du grand lac, aussi appel\u00e9e \u00ab \u00eele des Cygnes \u00bb. C&#8217;est ici que Swann entend \u00e0 nouveau la sonate de Vinteuil, qui lui rem\u00e9more le temps o\u00f9 il \u00e9tait aim\u00e9 d&#8217;Odette.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2143\" aria-describedby=\"caption-attachment-2143\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2143\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_chalet.jpg\" alt=\"Le Chalet des Iles\" title=\"Le Chalet des Iles\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"500\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_chalet.jpg 500w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_chalet-300x195.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 500px) 94vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2143\" class=\"wp-caption-text\">Le Chalet des Iles<\/figcaption><\/figure>\n<p>5)\tLe restaurant du <strong>Pr\u00e9 Catelan<\/strong>, route de Suresnes dans le bois de Boulogne, ouvre ses portes \u00e0 la bonne soci\u00e9t\u00e9 dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du XXe si\u00e8cle. Il voit passer Proust et ses personnages.<\/p>\n<h5><em>Une image offerte par la vie, nous apporte en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 des sensations multiples et diff\u00e9rentes. La vue par exemple de la couverture d&rsquo;un livre d\u00e9j\u00e0 lu a tiss\u00e9 dans les caract\u00e8res de son titre les rayons de lune d&rsquo;une lointaine nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le go\u00fbt du caf\u00e9 au lait matinal nous apporte cette vague esp\u00e9rance d&rsquo;un beau temps qui jadis si souvent pendant que nous le buvions dans un bol de porcelaine blanche, cr\u00e9meuse et pliss\u00e9e qui semblait du lait durci, se mit \u00e0 nous sourire dans la claire incertitude du petit jour. Une heure n&rsquo;est pas qu&rsquo;une heure, c&rsquo;est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la r\u00e9alit\u00e9 est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultan\u00e9ment &#8211; rapport que supprime une simple vision cin\u00e9matographique, laquelle s&rsquo;\u00e9loigne par l\u00e0 d&rsquo;autant plus du vrai qu&rsquo;elle pr\u00e9tend se borner \u00e0 lui &#8211; rapport unique que l&rsquo;\u00e9crivain doit retrouver pour en encha\u00eener \u00e0 jamais dans sa phrase les deux termes diff\u00e9rents. On peut faire se succ\u00e9der ind\u00e9finiment dans une description les objets qui figuraient dans le lieu d\u00e9crit, la v\u00e9rit\u00e9 ne commencera qu&rsquo;au moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crivain prendra deux objets diff\u00e9rents, posera leur rapport, analogue dans le monde de l&rsquo;art \u00e0 celui qu&rsquo;est le rapport unique, de la loi causale, dans le monde de la science et les enfermera dans les anneaux n\u00e9cessaires d&rsquo;un beau style, ou m\u00eame, ainsi que la vie, quand en rapprochant une qualit\u00e9 commune \u00e0 deux sensations, il d\u00e9gagera leur essence en les r\u00e9unissant l&rsquo;une et l&rsquo;autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une m\u00e9taphore, et les encha\u00eenera par le lien indescriptible d&rsquo;une alliance de mots. La nature elle-m\u00eame, \u00e0 ce point de vue sur la voie de l&rsquo;art, n&rsquo;\u00e9tait elle pas commencement d&rsquo;art, elle qui souvent ne m&rsquo;avait permis de conna\u00eetre la beaut\u00e9 d&rsquo;une chose que longtemps apr\u00e8s dans une autre, midi \u00e0 Combray que dans le bruit de ses cloches, les matin\u00e9es de Donci\u00e8res que dans les hoquets de notre calorif\u00e8re \u00e0 eau. Le rapport peut \u00eatre peu int\u00e9ressant, les objets m\u00e9diocres, le style mauvais, mais tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu cela il n&rsquo;y a rien eu. La litt\u00e9rature qui se contente de \u00ab d\u00e9crire les choses \u00bb, de donner un mis\u00e9rable relev\u00e9 de leurs lignes et de leur surface est malgr\u00e9 sa pr\u00e9tention r\u00e9aliste la plus \u00e9loign\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, celle qui nous appauvrit et nous attriste le plus ne parl\u00e2t-elle que de gloire et de grandeurs, car elle coupe brusquement toute communication de notre moi pr\u00e9sent avec le pass\u00e9 dont les choses gardent l&rsquo;essence, et l&rsquo;avenir o\u00f9 elles nous incitent \u00e0 le go\u00fbter encore.<\/em><br \/>\n<br \/><em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em>.<\/h5>\n<p><em>L&#8217;&#339;uvre de Sainte-Beuve n&#8217;est pas une &#339;uvre profonde. La fameuse m\u00e9thode, qui en fait, selon Taine, selon Paul Bourget et tant d&#8217;autres, le ma\u00eetre in\u00e9galable de la critique du XIXe si\u00e8cle, cette m\u00e9thode, qui consiste \u00e0 ne pas s\u00e9parer l&#8217;homme et l&#8217;&#339;uvre, [&#8230;] \u00e0 s&#8217;entourer de tous les renseignements possibles sur un \u00e9crivain, \u00e0 collationner ses correspondances, \u00e0 interroger les hommes qui l&#8217;ont connu [&#8230;], cette m\u00e9thode m\u00e9conna\u00eet ce qu&#8217;une fr\u00e9quentation un peu profonde avec nous-m\u00eame nous apprend : qu&#8217;un livre est le produit d&#8217;un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la soci\u00e9t\u00e9, dans nos vices. Ce moi-l\u00e0, si nous voulons essayer de le comprendre, c&#8217;est au fond de nous-m\u00eames, en essayant de le recr\u00e9er en nous, que nous pouvons y parvenir.<br \/>\n<br \/>Contre Sainte-Beuve<\/em>, Marcel Proust.<\/p>\n<p><em>Car il y avait autour de Combray deux \u00ab c\u00f4t\u00e9s \u00bb pour les promenades, et si oppos\u00e9s qu&#8217;on ne sortait pas en effet de chez nous par la m\u00eame porte, quand on voulait aller d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&#8217;autre : le c\u00f4t\u00e9 de M\u00e9s\u00e9glise-la-Vineuse, qu&#8217;on appelait aussi le c\u00f4t\u00e9 de chez Swann parce qu&#8217;on passait devant la propri\u00e9t\u00e9 de M. Swann pour aller par l\u00e0, et le c\u00f4t\u00e9 de Guermantes. De M\u00e9s\u00e9glise-la-Vineuse, \u00e0 vrai dire, je n&#8217;ai jamais connu que le \u00ab c\u00f4t\u00e9 \u00bb et des gens \u00e9trangers qui venaient le dimanche se promener \u00e0 Combray, des gens que, cette fois, ma tante elle-m\u00eame et nous tous ne \u00abconnaissions point\u00bb et qu&#8217;\u00e0 ce signe on tenait pour \u00ab des gens qui seront venus de M\u00e9s\u00e9glise \u00bb. Quant \u00e0 Guermantes je devais un jour en conna\u00eetre davantage, mais bien plus tard seulement ; et pendant toute mon adolescence, si M\u00e9s\u00e9glise \u00e9tait pour moi quelque chose d&#8217;inaccessible comme l&#8217;horizon, d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 la vue, si loin qu&#8217;on all\u00e2t, par les plis d&#8217;un terrain qui ne ressemblait d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 celui de Combray, Guermantes lui ne m&#8217;est apparu que comme le terme plut\u00f4t id\u00e9al que r\u00e9el de son propre \u00ab c\u00f4t\u00e9 \u00bb, une sorte d&#8217;expression g\u00e9ographique abstraite comme la ligne de l&#8217;\u00e9quateur, comme le p\u00f4le, comme l&#8217;orient.<br \/>\n<br \/>[&#8230;]<br \/>\n<br \/>Aussi le c\u00f4t\u00e9 de M\u00e9s\u00e9glise et le c\u00f4t\u00e9 de Guermantes restent-ils pour moi li\u00e9s \u00e0 bien des petits \u00e9v\u00e9nements de celle de toutes les diverses vies que nous menons parall\u00e8lement, qui est la plus pleine de p\u00e9rip\u00e9ties, la plus riche en \u00e9pisodes, je veux dire la vie intellectuelle. Sans doute elle progresse en nous insensiblement et les v\u00e9rit\u00e9s qui en ont chang\u00e9 pour nous le sens et l&#8217;aspect, qui nous ont ouvert de nouveaux chemins, nous en pr\u00e9parions depuis longtemps la d\u00e9couverte ; mais c&#8217;\u00e9tait sans le savoir ; et elles ne datent pour nous que du jour, de la minute o\u00f9 elles nous sont devenues visibles. Les fleurs qui jouaient alors sur l&#8217;herbe, l&#8217;eau qui passait au soleil, tout le paysage qui environna leur apparition continue \u00e0 accompagner leur souvenir de son visage inconscient ou distrait ; et certes quand ils \u00e9taient longuement contempl\u00e9s par cet humble passant, par cet enfant qui r\u00eavait, &#8211; comme l&#8217;est un roi, par un m\u00e9morialiste perdu dans la foule &#8211;, ce coin de nature, ce bout de jardin n&#8217;eussent pu penser que ce serait gr\u00e2ce \u00e0 lui qu&#8217;ils seraient appel\u00e9s \u00e0 survivre en leurs particularit\u00e9s les plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ; et pourtant ce parfum d&#8217;aub\u00e9pine qui butine le long de la haie o\u00f9 les \u00e9glantiers le remplaceront bient\u00f4t, un bruit de pas sans \u00e9cho sur le gravier d&#8217;une all\u00e9e, une bulle form\u00e9e contre une plante aquatique par l&#8217;eau de la rivi\u00e8re et qui cr\u00e8ve aussit\u00f4t, mon exaltation les a port\u00e9s et a r\u00e9ussi \u00e0 leur faire traverser tant d&#8217;ann\u00e9es successives, tandis qu&#8217;alentour les chemins se sont effac\u00e9s et que sont morts ceux qui les foul\u00e8rent et le souvenir de ceux qui les foul\u00e8rent. Parfois ce morceau de paysage amen\u00e9 ainsi jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui se d\u00e9tache si isol\u00e9 de tout, qu&#8217;il flotte incertain dans ma pens\u00e9e comme une D\u00e9los fleurie, sans que je puisse dire de quel pays, de quel temps &#8211; peut-\u00eatre tout simplement de quel r\u00eave &#8211; il vient. Mais c&#8217;est surtout comme \u00e0 des gisements profonds de mon sol mental, comme aux terrains r\u00e9sistants sur lesquels je m&#8217;appuie encore, que je dois penser au c\u00f4t\u00e9 de M\u00e9s\u00e9glise et au c\u00f4t\u00e9 de Guermantes. C&#8217;est parce que je croyais aux choses, aux \u00eatres, tandis que je les parcourais, que les choses, les \u00eatres qu&#8217;ils m&#8217;ont fait conna\u00eetre, sont les seuls que je prenne encore au s\u00e9rieux et qui me donnent encore de la joie. Soit que la foi qui cr\u00e9e soit tarie en moi, soit que la r\u00e9alit\u00e9 ne se forme que dans la m\u00e9moire, les fleurs qu&#8217;on me montre aujourd&#8217;hui pour la premi\u00e8re fois ne me semblent pas de vraies fleurs. Le c\u00f4t\u00e9 de M\u00e9s\u00e9glise avec ses lilas, ses aub\u00e9pines, ses bleuets, ses coquelicots, ses pommiers, le c\u00f4t\u00e9 de Guermantes avec sa rivi\u00e8re \u00e0 t\u00eatards, ses nymph\u00e9as et ses boutons d&#8217;or, ont constitu\u00e9 \u00e0 tout jamais pour moi la figure des pays o\u00f9 j&#8217;aimerais vivre, o\u00f9 j&#8217;exige avant tout qu&#8217;on puisse aller \u00e0 la p\u00eache, se promener en canot, voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des bl\u00e9s, ainsi qu&#8217;\u00e9tait Saint-Andr\u00e9-des-Champs, une \u00e9glise monumentale, rustique et dor\u00e9e comme une meule; et les bleuets, les aub\u00e9pines, les pommiers qu&#8217;il m&#8217;arrive quand je voyage de rencontrer encore dans les champs, parce qu&#8217;ils sont situ\u00e9s \u00e0 la m\u00eame profondeur, au niveau de mon pass\u00e9, sont imm\u00e9diatement en communication avec mon c&#339;ur. Et pourtant, parce qu&#8217;il y a quelque chose d&#8217;individuel dans les lieux, quand me saisit le d\u00e9sir de revoir le c\u00f4t\u00e9 de Guermantes, on ne le satisferait pas en me menant au bord d&#8217;une rivi\u00e8re o\u00f9 il y aurait d&#8217;aussi beaux, de plus beaux nymph\u00e9as que dans la Vivonne, pas plus que le soir en rentrant, &#8211; \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 s&#8217;\u00e9veillait en moi cette angoisse qui plus tard \u00e9migre dans l&#8217;amour, et peut devenir \u00e0 jamais ins\u00e9parable de lui &#8211;, je n&#8217;aurais souhait\u00e9 que v\u00eent me dire bonsoir une m\u00e8re plus belle et plus intelligente que la mienne.<br \/>\n<br \/>Du C\u00f4t\u00e9 de chez Swann.<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab~Je trouve tr\u00e8s raisonnable la croyance celtique que les \u00e2mes de ceux que nous avons perdus sont captives [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2141,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[45,47],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/739"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=739"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/739\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2141"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}