{"id":740,"date":"2007-06-22T11:06:04","date_gmt":"2007-06-22T09:06:04","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/06\/22\/balade-litteraire-avec-proust-a-paris-3\/"},"modified":"2007-06-22T11:06:04","modified_gmt":"2007-06-22T09:06:04","slug":"balade-litteraire-avec-proust-a-paris-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/06\/22\/balade-litteraire-avec-proust-a-paris-3\/","title":{"rendered":"Balade litt\u00e9raire avec Proust \u00e0 Paris (3)"},"content":{"rendered":"<h5>Quand j&#8217;\u00e9tais tout enfant, le sort d&#8217;aucun personnage de l&#8217;histoire sainte ne me semblait aussi mis\u00e9rable que celui de No\u00e9, \u00e0 cause du d\u00e9luge qui le tint enferm\u00e9 dans l&#8217;arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours, je dus rester dans \u00ab l&#8217;arche \u00bb. Je compris alors que jamais No\u00e9 ne put si bien voir le monde que de l&#8217;arche, malgr\u00e9 qu&#8217;elle f\u00fbt close et qu&#8217;il f\u00eet nuit sur la terre.<br \/>\nLes Plaisirs et les jours.<\/h5>\n<p><strong>D\u00e9part : m\u00e9tro Malesherbes.<br \/>\nArriv\u00e9e : m\u00e9tro Concorde.<br \/>\nDur\u00e9e de la balade : 2 heures.<\/strong><\/p>\n<p>1)\tGeorges Weil, fr\u00e8re de la m\u00e8re de Marcel, habite <strong>22 place Malesherbes<\/strong> (aujourd&#8217;hui place du G\u00e9n\u00e9ral Catroux). Il est le fils de Nath\u00e9e Weil &#8211; lui-m\u00eame fr\u00e8re de \u00ab l&#8217;oncle Louis \u00bb &#8211;, qui a \u00e9pous\u00e9 Ad\u00e8le Berncastel. Georges est d&#8217;abord avocat puis juge au Tribunal de premi\u00e8re instance de la Seine, puis conseiller \u00e0 la Cour d&#8217;Appel de Paris. Il d\u00e9c\u00e8de ici en 1906.<\/p>\n<p>2)\tProust fr\u00e9quente le salon de Mme de Saint-Marceaux, <strong>100 boulevard Malesherbes<\/strong>.<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2144\" aria-describedby=\"caption-attachment-2144\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2144\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_straus.jpg\" alt=\"Genevi\u00e8ve Straus\" title=\"Genevi\u00e8ve Straus\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"250\" height=\"273\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2144\" class=\"wp-caption-text\">Genevi\u00e8ve Straus<\/figcaption><\/figure>3)\tGenevi\u00e8ve Straus, un des mod\u00e8les de la duchesse de Guermantes, demeure <strong>104 rue de Miromesnil<\/strong>. Descendante d&#8217;une famille (les Hal\u00e9vy) marqu\u00e9e par la maladie mentale et fille d&#8217;une m\u00e8re soign\u00e9e par le docteur Blanche, veuve du compositeur Georges Bizet, Genevi\u00e8ve tient un salon pour \u00eatre entour\u00e9e, se faire aimer et lutter contre la d\u00e9pression. Proust y rencontre Maupassant. Degas et la princesse Mathilde se montrent parfois ici. L&#8217;appartement est d\u00e9cor\u00e9 de toiles de Corot, Monet, Fragonard, Boudin, Quentin de La Tour. <\/p>\n<h6>\u00ab~<em>La vraie vie, la vie enfin d\u00e9couverte et \u00e9claircie, la seule vie par cons\u00e9quent r\u00e9ellement v\u00e9cue, c&#8217;est la litt\u00e9rature.<\/em>~\u00bb<br \/>\n<br \/><em>Le Temps retrouv\u00e9<\/em>.<\/h6>\n<p>Un fid\u00e8le du salon des Straus, le s\u00e9duisant Charles Haas, grand ami des Greffulhe, est le mod\u00e8le principal de Charles Swann, mais pas le seul. Proust attribue aussi \u00e0 Swann l&#8217;\u00e9rudition de Charles \u00c9phrussi, fondateur de la Gazette des beaux-arts, collectionneur et m\u00e9c\u00e8ne de Renoir et Manet &#8211; il appara\u00eet avec un chapeau haut de forme dans le D\u00e9jeuner des canotiers de Renoir. Il lui donne enfin certains traits de son propre caract\u00e8re. Il est ainsi \u00e9tonnant de d\u00e9couvrir, \u00e0 la lecture des Cahiers de l&#8217;\u00e9crivain, que certaines des aventures du narrateur \u00e9taient \u00e0 l&#8217;origine celles de Swann jeune. \u00ab Plus tard (dit Benjamin Cr\u00e9mieux), Proust, \u00e9prouvant le besoin de peindre deux aspects de sa nature, et \u00e0 la fois son h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 juive et son h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 chr\u00e9tienne, s&#8217;est d\u00e9doubl\u00e9 en deux personnages : le Narrateur Marcel et Charles Swann, ce dernier ayant \u00e0 la fois son amour du monde, sa jalousie morbide, ses amiti\u00e9s aristocratiques et son go\u00fbt des arts \u00bb (Andr\u00e9 Maurois, \u00c0 la recherche de Marcel Proust).<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2145\" aria-describedby=\"caption-attachment-2145\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2145\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_Haas.jpg\" alt=\"Charles Haas\" title=\"Charles Haas\" class=\"caption\" align=\"left\" width=\"200\" height=\"189\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2145\" class=\"wp-caption-text\">Charles Haas<\/figcaption><\/figure>4)\tPierre Laval\u00e9e, un ami lyc\u00e9en de Proust, habite <strong>49 rue de Naples<\/strong>.<\/p>\n<p>5)\tLe salon de l&#8217;artiste Madeleine Lemaire se trouve <strong>35 rue de Monceau<\/strong>. Son absence de beaut\u00e9 et d&#8217;intelligence se retrouve dans le portrait de Mme Verdurin. Proust retrouve ici ses amis Montesquiou et Lucien Daudet. Gr\u00e2ce \u00e0 Madeleine Lemaire, il fait connaissance avec Reynaldo Hahn ainsi qu&#8217;avec Monet et Camille Saint-Sa\u00ebns.<\/p>\n<p>6)\tAu <strong>69 rue de Courcelles<\/strong> demeure Antoine Bibesco, ami de Proust \u00e0 partir de 1899 et qu&#8217;il surnomme, avec son fr\u00e8re Emmanuel, les fr\u00e8res Karamazov. Ce sont des cousins d&#8217;Anna de Noailles.<\/p>\n<p>7)\tCelle-ci grandit <strong>34 avenue Hoche<\/strong> dans l&#8217;h\u00f4tel de sa famille, les Brancovan, aujourd&#8217;hui disparu.<\/p>\n<p>8)\tChez Mme de Caillavet, qui re\u00e7oit le mercredi <strong>12 avenue Hoche<\/strong>, Proust rencontre Anatole France. Mais celui-ci le fuit un peu, car il sait qu&#8217;une soir\u00e9e avec Marcel commence tard le soir et se prolonge jusqu&#8217;au petit matin&#8230;<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2146\" aria-describedby=\"caption-attachment-2146\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2146\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_france.jpg\" alt=\"Anatole France\" title=\"Anatole France\" class=\"caption\" align=\"left\" width=\"150\" height=\"226\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2146\" class=\"wp-caption-text\">Anatole France<\/figcaption><\/figure>9)\tCe dernier vit entre octobre 1900 et ao\u00fbt 1906 au 2e \u00e9tage sur rue du <strong>45 rue de Courcelles<\/strong> (\u00e0 l&#8217;angle avec la rue de Monceau), avec ses parents jusqu&#8217;en 1903, puis sa m\u00e8re seule ensuite. D\u00e9laissant Jean Santeuil, Marcel se passionne pour le critique d&#8217;art anglais John Ruskin, qu&#8217;il entreprend de traduire en 1899&#8230; sans conna\u00eetre l&#8217;anglais. Sa m\u00e8re qui, elle, ma\u00eetrise cette langue, compose le jour des premiers jets qu&#8217;il r\u00e9\u00e9crit la nuit. Il sort aussi beaucoup avec ses amis, et Mme Proust tente de le discipliner, connaissant son talent mais aussi ses faiblesses. La Bible d&#8217;Amiens, traduite de Ruskin par Marcel et sa m\u00e8re, para\u00eet en 1904.<\/p>\n<p>10)\tLa princesse Mathilde tient son salon <strong>20 rue de Berri<\/strong>. Proust le fr\u00e9quente \u00e0 partir de 1891.<\/p>\n<p>11)\tNon loin de l\u00e0, il enterre son p\u00e8re le 28 novembre 1903 \u00e0 <strong>Saint-Philippe du Roule<\/strong>, en pr\u00e9sence de nombreux repr\u00e9sentants du monde m\u00e9dical et politique.<\/p>\n<p>12)\tAu <strong>12 rue de Miromesnil<\/strong>, encore un autre salon fr\u00e9quent\u00e9 par l&#8217;\u00e9crivain : celui de la comtesse de Beaulaincourt qui accueille \u00e9galement les fr\u00e8res Goncourt, Sainte-Beuve, etc. Proust s&#8217;inspire d&#8217;elle pour cr\u00e9er Mme de Villeparisis.<\/p>\n<p>13)\tLe <strong>32 rue de Miromesnil<\/strong> est l&#8217;adresse de la comtesse de Chevign\u00e9, autre mod\u00e8le de la duchesse Oriane de Guermantes, idole inaccessible du narrateur de la <em>Recherche<\/em>, belle-s&#339;ur de Charlus et grande amie de Swann.<\/p>\n<p>14)\tJeanne et Adrien (et Marcel \u00e0 partir de 1871) vivent <strong>8 rue Roy<\/strong> (2e \u00e9tage sur rue) entre septembre 1870 et ao\u00fbt 1873.<\/p>\n<p>15)\tLe F\u00e9lix Potin du roman a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 depuis par un magasin Prisunic, <strong>place Saint-Augustin<\/strong>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2147\" aria-describedby=\"caption-attachment-2147\" style=\"width: 450px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2147\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_SaintAugustin.jpg\" alt=\"L'\u00e9glise Saint-Augustin\" title=\"L'\u00e9glise Saint-Augustin\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"450\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_SaintAugustin.jpg 450w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_SaintAugustin-300x192.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 450px) 94vw, 450px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2147\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;\u00e9glise Saint-Augustin<\/figcaption><\/figure>\n<p>16)\tBien qu&#8217;ath\u00e9e comme son p\u00e8re, Robert Proust se marie en janvier 1903 \u00e0 l&#8217;\u00e9glise Saint-Augustin (<strong>3 avenue C\u00e9sar Caire<\/strong>). Il est m\u00e9decin comme Adrien. On l&#8217;appelle \u00ab le beau Proust \u00bb et Marcel, \u00ab le petit Proust \u00bb. Marcel en veut \u00e0 son fr\u00e8re de l&#8217;avoir fait sortir un tel jour. Il assiste \u00e0 la messe emmitoufl\u00e9 dans trois manteaux.<\/p>\n<p>17)\tAu <strong>102 boulevard Haussmann<\/strong>, on ne peut plus &#8211; depuis 2004 &#8211; visiter l&rsquo;appartement que Proust habite au 2e \u00e9tage sur rue entre d\u00e9cembre 1906 et juin 1919. La banque Varin-Bernier, dont le nom orne la fa\u00e7ade, occupe l&#8217;immeuble apr\u00e8s Proust, jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment. Le Cr\u00e9dit Industriel et Commercial est maintenant ma\u00eetre des lieux mais ne souhaite apparemment pas entretenir la m\u00e9moire de l&#8217;\u00e9crivain&#8230;<br \/>\n<br \/>C&#8217;est donc dans l&#8217;appartement de son grand oncle Louis d\u00e9c\u00e9d\u00e9 que Marcel s&#8217;installe, d\u00e9sorient\u00e9, apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re en 1905. Il ne supporte plus d&#8217;habiter seul le grand appartement du 45 rue de Courcelles. Il pense aussi qu&#8217;il ne parviendrait pas \u00e0 payer ce loyer, alors qu&#8217;il vient d&#8217;h\u00e9riter de sa m\u00e8re une petite fortune (qu&#8217;il consommera r\u00e9guli\u00e8rement, entre placements boursiers rat\u00e9s &#8211; ce n&#8217;est pourtant pas une habitude de la famille &#8211;, cadeaux \u00e0 ses amis et pertes au casino de Cabourg).<\/p>\n<p>Sans son guide maternel, il se plonge \u00e0 partir de 1908-1909 dans la conception de <em>\u00c0 la Recherche du temps perdu<\/em>. <em>\u00ab La mort de ses parents, la maturation de ses id\u00e9es, sans doute aussi quelque soudaine illumination, tout cela fit qu&#8217;il se mit alors au travail. Il se sentait tr\u00e8s malade. Vivrait-il encore assez longtemps pour faire son &#339;uvre ? \u00bb<\/em> (Andr\u00e9 Maurois, <em>\u00c0 la Recherche de Marcel Proust<\/em>). Sa maladie le condamne \u00e0 une solitude qu&#8217;il consacre \u00e0 l&#8217;\u00e9criture.<br \/>\n<br \/>Comme plus tard Colette sur le \u00ab lit-radeau \u00bb de sa chambre du Palais Royal, il am\u00e9nage son lieu de repos en pi\u00e8ce de travail. Une table qu&#8217;il appelle \u00ab la chaloupe \u00bb supporte, en plus de son mat\u00e9riel d&#8217;\u00e9criture, une bouteille d&#8217;\u00c9vian, du tilleul et une bougie qui br\u00fble jour et nuit afin d&#8217;allumer ses poudres \u00e0 fumigations (pas d&#8217;allumettes \u00e0 cause des odeurs de soufre). Il travaille la nuit, v\u00eatu d&#8217;une chemise de nuit et de plusieurs tricots. Apr\u00e8s avoir vainement essay\u00e9 de convaincre ses voisins de faire leurs travaux, d\u00e9m\u00e9nagements, aller venues, etc. la nuit comme lui, il trouve en 1910 la solution pour amortir les bruits lorsqu&#8217;il se repose le jour : tapisser de li\u00e8ge les murs de sa chambre. Il garde ses fen\u00eatres closes \u00e0 partir du printemps, pour se prot\u00e9ger du pollen des arbres de la rue.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que d&#8217;avoir une grande biblioth\u00e8que dans laquelle il ne retrouverait rien, il pr\u00e9f\u00e8re, pour disposer des ouvrages dont il aura besoin, les pr\u00eater \u00e0 ses amis et les leur demander le moment venu.<br \/>\n<br \/>Ses sorties, moins fr\u00e9quentes \u00e0 partir de la guerre, ont d\u00e9sormais un but plus ou autant utilitaire que de loisir : elles lui permettent d&#8217;observer les caract\u00e8res qui construisent les personnages de son r\u00e9cit. Des visiteurs lui rendent parfois visite, qui sont autant d&#8217;informateurs. Proust les interroge sur des d\u00e9tails concernant des lieux, des v\u00eatements, des expressions&#8230; Il adresse m\u00eame par courrier des listes de questions \u00e0 certains correspondants, comme s&#8217;il habitait un pays \u00e9tranger. Il n&#8217;h\u00e9site pas, en cas d&#8217;\u00ab urgence \u00bb, \u00e0 d\u00e9p\u00eacher un messager au milieu de la nuit ou \u00e0 se d\u00e9placer en personne, comme lorsqu&#8217;il frappe \u00e0 la porte des Caillavet un soir \u00e0 23 h 30 et demande \u00e0 voir leur fille, simplement pour recueillir des impressions dont il a besoin pour d\u00e9crire Mademoiselle de Saint-Loup.<\/p>\n<h5>\u00ab~<em>Cher ami, je suis peut-\u00eatre bouch\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9meri, mais je ne puis comprendre qu&#8217;un monsieur puisse employer trente pages \u00e0 d\u00e9crire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. J&#8217;ai beau me prendre la t\u00eate entre les mains&#8230;<\/em>~\u00bb<br \/>\n<br \/>R\u00e9ponse des \u00e9ditions Ollendorff \u00e0 la r\u00e9ception du manuscrit de la <em>Recherche<\/em>, f\u00e9vrier 1913.<\/h5>\n<p>Les souvenirs, les impressions, les sentiments guident ainsi Proust et le narrateur de la Recherche dans un r\u00e9cit qui ne proc\u00e8de pas chronologiquement. Les Cahiers de l&#8217;\u00e9crivain conserv\u00e9s \u00e0 la Biblioth\u00e8que Nationale le montrent bien : il n&#8217;\u00e9crit pas \u00e0 marche forc\u00e9e. Il laisse les \u00e9v\u00e9nements, les lieux et les personnages qu&#8217;il a crois\u00e9s revenir \u00e0 la surface, dans le d\u00e9sordre. Il \u00e9crit par fragments et le puzzle se reconstitue peu \u00e0 peu (ou pas, comme pour Jean Santeuil). Lorsque, au fil du roman, certains personnages demandent \u00e0 disposer de plus de temps et d&#8217;espace, Proust ajoute de nouveaux d\u00e9veloppements \u00e0 un r\u00e9cit qu&#8217;il ne finit jamais de retravailler. On imagine quel usage il aurait fait du traitement de texte !&#8230;<\/p>\n<p>Signalons aussi que le 128 boulevard Haussmann est l&#8217;adresse du fleuriste Lema\u00eetre qui appara\u00eet dans la <em>Recherche<\/em>, le 122 une autre adresse de Genevi\u00e8ve Straus et le 98, celle du marchand d&#8217;\u00e9toffes Babani.<\/p>\n<p>18)\tLe grand oncle du narrateur habite <strong>40 bis boulevard Malesherbes<\/strong>, de la m\u00eame mani\u00e8re que le grand-P\u00e8re Weil de Marcel habitait 40 bis rue du Faubourg Poissonni\u00e8re, qui existe toujours. Dans le roman appara\u00eet le fleuriste Debac, au 63 boulevard Malesherbes.<\/p>\n<p>19)\tReynaldo Hahn vit son enfance <strong>6 rue du Cirque<\/strong>. On le retrouve 7 rue Greffulhe (plaque) \u00e0 la fin de sa vie. Entre deux, il a \u00e9t\u00e9 l&#8217;amant de Proust apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 celui de Camille Saint-Sa\u00ebns. Proust n&#8217;avoue jamais publiquement son homosexualit\u00e9 et, au contraire, d\u00e9nonce celle de ses personnages. \u00c0 la fin de la Recherche, on comprend que nombre de ses protagonistes masculins appartiennent au c\u00f4t\u00e9 de Sodome et quelques-uns des f\u00e9minins \u00e0 celui de Gomorrhe. <\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2148\" aria-describedby=\"caption-attachment-2148\" style=\"width: 270px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-2148\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_Greffulhe_comtesse.jpg\" alt=\"La comtesse de Greffulhe.\" title=\"La comtesse de Greffulhe.\" class=\"caption\" align=\"right\" width=\"270\" height=\"456\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_Greffulhe_comtesse.jpg 270w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_Greffulhe_comtesse-178x300.jpg 178w\" sizes=\"(max-width: 270px) 94vw, 270px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2148\" class=\"wp-caption-text\">La comtesse de Greffulhe.<\/figcaption><\/figure>20)\tLa comtesse de Greffulhe est le mod\u00e8le principal de la duchesse de Guermantes. Sa beaut\u00e9 est immortalis\u00e9e par Nadar et sur toile. Elle habite trois h\u00f4tels <strong>8 rue d&#8217;Astorg<\/strong>. C&#8217;est <em>\u00ab [&#8230;] une esp\u00e8ce de cit\u00e9 d&#8217;Angkor de l&#8217;aristocratie, un morceau du faubourg Saint-Germain \u00e0 mi-chemin entre la plaine Monceau et le faubourg Saint-Honor\u00e9 \u00bb<\/em>, d\u00e9crit Ghislain de Diesbach dans son <em>Proust<\/em>. La rue d&#8217;Astorg est aussi le havre parisien discret de souverains qui viennent incognito dans la capitale.<\/p>\n<p>21)\tDans le roman, les Verdurin habitent <strong>rue Montalivet<\/strong>.<\/p>\n<p>22)\tLe salon de Mme Stern, <strong>68 rue du Faubourg-Saint-Honor\u00e9<\/strong>, est une autre demeure de l&#8217;aristocrate faubourg Saint-Germain situ\u00e9e en-dehors du \u00ab vrai \u00bb faubourg Saint-Germain, dans laquelle Proust est introduit par Reynaldo Hahn.<\/p>\n<p>23)\tPendant plusieurs ann\u00e9es, Marcel et son fr\u00e8re Robert se prom\u00e8nent au <strong>jardin des Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/strong> apr\u00e8s leurs cours au lyc\u00e9e Condorcet. Ils y retrouvent leurs camarades du lyc\u00e9e et de leur quartier du boulevard Malesherbes. Marcel s&#8217;\u00e9prend ici de Marie de Benardaky, mod\u00e8le de Gilberte Swann dans la <em>Recherche<\/em>. De plus en plus emmitoufl\u00e9 au fur et \u00e0 mesure que son asthme prend de l&#8217;ampleur, il aime aussi se promener au parc Monceau et au bois de Boulogne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2149\" aria-describedby=\"caption-attachment-2149\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2149\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_ChampsE.jpg\" alt=\"Les Champs-Elys\u00e9es\" title=\"Les Champs-Elys\u00e9es\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"460\" height=\"293\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_ChampsE.jpg 460w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/jpg_ChampsE-300x191.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 460px) 94vw, 460px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2149\" class=\"wp-caption-text\">Les Champs-Elys\u00e9es<\/figcaption><\/figure>\n<p>24)\tLa famille Proust vit presque trente ans &#8211; entre ao\u00fbt 1873 et septembre 1900 &#8211; au 1er \u00e9tage sur cour (c\u00f4t\u00e9 gauche) du <strong>9 boulevard Malesherbes<\/strong>, \u00e0 la hauteur de la rue de la Ville-L&#8217;\u00c9v\u00eaque. Robert est n\u00e9 en mai 1873. Des fen\u00eatres de l&#8217;appartement donnent sur la rue de Sur\u00e8ne. Comme plus tard 45 rue de Courcelles, Adrien re\u00e7oit ses patients dans sa biblioth\u00e8que.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9 par les penchants qu&#8217;ont pour la litt\u00e9rature les membres de sa famille maternelle, Marcel se plonge dans Le Capitaine Fracasse, Sand, Musset, Eliot, Stevenson, Gautier, Balzac, Dickens, Dumas, Rousseau, etc. Adrien Proust, lui, ne s&#8217;int\u00e9resse qu&#8217;\u00e0 la m\u00e9decine.<br \/>\n<br \/>Le lyc\u00e9e Condorcet n&#8217;est pas loin. Marcel est bachelier en 1889. Il s&#8217;inscrit ensuite \u00e0 l&#8217;\u00c9cole des sciences politiques et \u00e0 l&#8217;\u00c9cole de droit. Il est \u00e0 Orl\u00e9ans entre novembre 1889 et novembre 1890 pour effectuer son service militaire, s&#8217;initiant \u00e0 l&#8217;\u00e9quitation, \u00e0 l&#8217;escrime et \u00e0 la natation (il r\u00e9side \u00e0 la caserne Coligny, faubourg Bannier, puis loue une chambre 92 rue du faubourg Bannier, car son asthme g\u00eane ses camarades de chambr\u00e9e). Il est licenci\u00e9 en droit fin 1893 et en lettres en 1895.<br \/>\nSon asthme, qui l&#8217;avait laiss\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es en repos relatif, r\u00e9appara\u00eet avec vigueur au milieu des ann\u00e9es 1890. Il d\u00e9cide alors de vivre et d&#8217;\u00e9crire la nuit &#8211; sauf quand il est tr\u00e8s malade &#8211; et de dormir le jour. Pas question, bien entendu, qu&#8217;un domestique ou un membre de la famille s&#8217;autorise alors \u00e0 faire du bruit ou \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans sa chambre !<\/p>\n<p>Il cr\u00e9era en 1892 la revue mensuelle <em>Le Banquet<\/em>[[Diffus\u00e9e par la librairie Rouquette, 71 passage Choiseul.]] avec des anciens du lyc\u00e9e : Gregh, Hal\u00e9vy, Bizet, Robert Dreyfus, Horace Finaly. <\/p>\n<p>Alors que la famille est loin d&#8217;\u00eatre dans le besoin, Jeanne Proust tient serr\u00e9s les cordons de la bourse, n&#8217;autorisant son fils &#8211; au grand d\u00e9sespoir de celui-ci &#8211; \u00e0 recevoir ses amis pour un d\u00eener collectif que deux ou trois fois par an.<\/p>\n<p>Introduit par ses amis (par exemple chez Genevi\u00e8ve Straus, par son fils Jacques Bizet), Marcel commence \u00e0 fr\u00e9quenter les salons litt\u00e9raires et \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes en prose et des articles[[Son premier article publi\u00e9 sous son nom dans un quotidien est <em>Un dimanche au conservatoire<\/em>, paru lundi 14 janvier 1895 dans <em>Le Gaulois<\/em> d&#8217;Arthur Meyer (2 rue Drouot).]] pour <em>Le Gaulois<\/em> &#8211; qu&#8217;il quitte lorsque le journal devient antidreyfusard &#8211;, pour <em>Le Figaro<\/em> \u00e0 partir de 1903, <em>Le Mensuel<\/em>, etc. Ces textes sont rassembl\u00e9s dans <em>Les Plaisirs et les jours<\/em> et publi\u00e9s sans grand succ\u00e8s en 1896 avec une pr\u00e9face d&#8217;Anatole France. <\/p>\n<p>Il entreprend en 1895 l&#8217;\u00e9criture de <em>Jean Santeuil<\/em> avec sa m\u00e9thode de pr\u00e9dilection : composer des fragments et les assembler petit \u00e0 petit. Il abandonne son r\u00e9cit en 1899 sans \u00eatre parvenu \u00e0 lui donner une conception d&#8217;ensemble, mais reprendra dix ans plus tard ces centaines de pages d&#8217;\u00e9bauches, qui donneront plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s <em>\u00c0 la Recherche du temps perdu<\/em>.<\/p>\n<p>25)\tQuelques semaines avant sa mort, Proust prend le 15 juillet 1922 un de ses derniers repas en ville au B&#339;uf sur le toit, <strong>26 rue Boissy d&#8217;Anglas<\/strong>.<\/p>\n<p>26)\tAu <strong>3 place de la Madeleine<\/strong>, le restaurant Larue, cr\u00e9\u00e9 en 1886, a depuis c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 Cerrutti (\u00e0 l&#8217;angle de la rue Royale et de la place). Proust s&#8217;y rend au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900. Les restaurants prennent pour lui peu \u00e0 peu le relais des salons litt\u00e9raires, en pr\u00e9sentant l&#8217;int\u00e9r\u00eat de rester ouverts tard le soir et d&#8217;offrir un auditoire davantage masculin.<\/p>\n<p>27)\tLe salon de th\u00e9 Ladur\u00e9e est un des rares vestiges encore existant de l&#8217;\u00e9poque de Proust, <strong>16 rue Royale<\/strong>. Odette aime s&#8217;y rendre dans la <em>Recherche<\/em>. Le fleuriste Lachaume, situ\u00e9 alors <strong>12 rue Royale<\/strong>, ne s&#8217;y trouve plus aujourd&#8217;hui, pas plus que le Th\u00e9 de la Rue-Royale (<strong>3 et 12 rue Royale<\/strong>), o\u00f9 Odette <strong>\u00ab croyait que l&#8217;assiduit\u00e9 \u00e9tait indispensable pour consacrer la r\u00e9putation d&#8217;\u00e9l\u00e9gance d&#8217;une femme \u00bb<\/strong>. Au <strong>21<\/strong> se trouvait le restaurant Weber, fr\u00e9quent\u00e9 par Proust et que l&#8217;on retrouve dans son roman.<\/p>\n<p>28)\tLe restaurant Prunier appara\u00eet dans la <em>Recherche<\/em>. Il est devenu Goumard en 1992 et est toujours situ\u00e9 <strong>9 rue Duphot<\/strong>.<\/p>\n<p>29)\tUn autre d\u00e9cor du roman, mais qui n&#8217;existe plus aujourd&#8217;hui : le salon de th\u00e9 Colombin, <strong>\u00e0 l&#8217;angle de la rue Cambon et de la rue du Mont-Thabor<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j&#8217;\u00e9tais tout enfant, le sort d&#8217;aucun personnage de l&#8217;histoire sainte ne me semblait aussi mis\u00e9rable que celui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2144,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[45,47],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/740"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/740\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}