{"id":750,"date":"2007-07-24T17:11:38","date_gmt":"2007-07-24T15:11:38","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/07\/24\/le-paysage-dans-les-oeuvres-poetiques-de-baudelaire-et-nerval\/"},"modified":"2026-01-11T15:39:34","modified_gmt":"2026-01-11T14:39:34","slug":"le-paysage-dans-les-oeuvres-poetiques-de-baudelaire-et-nerval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/07\/24\/le-paysage-dans-les-oeuvres-poetiques-de-baudelaire-et-nerval\/","title":{"rendered":"Le paysage dans les oeuvres po\u00e9tiques de Baudelaire et Nerval"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un extrait de l&rsquo;ouvrage <em>Le paysage dans les oeuvres po\u00e9tiques de Baudelaire et Nerval<\/em>, parcours \u00e0 travers les paysages visibles et invisibles construits par Baudelaire dans ses <em>Fleurs du Mal<\/em> et par Nerval dans ses po\u00e8mes.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des correspondances et la symbolique des couleurs rapprochent paysage, po\u00e9sie et peinture. Le Paris historique du XIXe si\u00e8cle se m\u00eale aux rivages m\u00e9lancoliques de l\u2019Ailleurs.<\/p>\n<p><!--more--><br \/><strong>1.2. Modernit\u00e9 et historicit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Cette confrontation est visible dans la g\u00e9ographie parisienne (1. 2. 1) qui se transforme pour donner naissance \u00e0 une ville moderne (1. 2. 2). Elle est surtout pr\u00e9sente dans la po\u00e9sie qui donne \u00e0 voir le paysage urbain (1. 2. 3)<\/p>\n<p><strong>1. 2. 1. La g\u00e9ographie parisienne.<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab Il y a deux mani\u00e8res de comprendre Paris. L\u2019une est de se perdre, se noyer dans ses rues, ses cours, ses palais et ses bouges, son opulence et sa mis\u00e8re. L\u2019autre est d\u2019en prendre une vue d\u2019ensemble (Bernard Delvaille, <em>La passion de Paris<\/em> in <em>Magazine litt\u00e9raire<\/em>, janvier 1990 , p. 48). \u00bb<\/em> Nos po\u00e8tes adoptent la premi\u00e8re mani\u00e8re lors de leurs errances (1. 2. 1. 1), la deuxi\u00e8me lorsqu\u2019ils adoptent une position sur\u00e9lev\u00e9e (1. 2. 1. 2).<\/p>\n<p>1. 2. 1. 1. Errances.<\/p>\n<p>Nos deux po\u00e8tes se sont livr\u00e9s \u00e0 l\u2019errance, consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des fl\u00e9aux parisiens du temps (avec la d\u00e9bauche, la salet\u00e9, la barricade, le crime). <em>\u00ab C\u2019est pourquoi, dans le sch\u00e9ma haussmannien, organis\u00e9 par le principe simple que ce qui stagne est malsain, la rue nocturne devrait ne plus correspondre au syst\u00e8me de l\u2019exp\u00e9dient et de l\u2019encombrement populaires mais servir, en ligne droite, \u00e0 la circulation utile ou \u00e9l\u00e9gante (S. Delattre, op. cit.). \u00bb<\/em> Le Boulevard (des Italiens aux Capucines) r\u00e9pond au v\u0153u haussmannien ; il est la vitrine du Paris du plaisir alors que les Halles en sont le centre n\u00e9vralgique.<\/p>\n<p><em>\u00ab Nul po\u00e8te peut-\u00eatre ne fut plus parisien que G\u00e9rard de Nerval. La capitale ne fut point pour lui un objet litt\u00e9raire, mais la po\u00e9sie elle-m\u00eame. Quoiqu\u2019un peu fortun\u00e9, il fut [ . . . ] un po\u00e8te errant qui ne pouvait vivre et \u00e9crire que dans la rue [. . . ]; un noctambule imp\u00e9nitent qui ne se reposait que le jour (Jean-Paul Cl\u00e9bert, <em>Les Hauts Lieux de la Litt\u00e9rature \u00e0 Paris.<\/em> Photographies de Richard Lamoureux. Bordas, 1992, p 27). \u00bb<\/em> On trouve plus d\u2019allusion au Paris de Nerval dans les \u0153uvres en prose (Petits ch\u00e2teaux de boh\u00e8me, Les nuits d\u2019octobre ; Promenades et souvenirs) que dans les po\u00e8mes. G\u00e9rard eut plusieurs domiciles mais le seul qui compt\u00e2t, c\u2019est celui de l\u2019impasse du Doyenn\u00e9, \u00ab une cour des miracles o\u00f9 se c\u00f4toyaient marchands d\u2019oiseaux, brocanteurs, escamoteurs, cabaretiers borgnes \u00e0 deux pas des Tuileries (Ibid., p 28). \u00bb Les Tuileries sont d\u2019ailleurs le cadre du Coucher de soleil (O. C, I, <em>Odelettes<\/em>, 341) :<\/p>\n<p>Quand le soleil du soir parcourt les Tuileries<br \/>Et jette l\u2019incendie aux vitres du ch\u00e2teau ;<br \/>Je suis la Grande All\u00e9e et ses deux pi\u00e8ces d\u2019eau<br \/>Tout plong\u00e9 dans mes r\u00eaveries !<br \/>Et de l\u00e0, mes amis, c\u2019est un coup d\u2019\u0153il fort beau<br \/>De voir, lorsqu\u2019\u00e0 l\u2019entour la nuit r\u00e9pand son voile<br \/>Le coucher du soleil, riche et mouvant tableau,<br \/>Encadr\u00e9 dans l\u2019Arc de l\u2019Etoile !<\/p>\n<p>C\u2019est un des rares paysages parisiens contenus dans les \u0153uvres po\u00e9tiques de Nerval. \u00ab La \u00ab Grande All\u00e9e \u00bb de la promenade se transfigure en une voie lact\u00e9e lumineuse par l\u2019\u00e9trange association du coucher de soleil qui \u00ab jette l\u2019incendie aux vitres du ch\u00e2teau \u00bb avec \u00ab \u00e0 l\u2019entour la nuit [qui] r\u00e9pand son voile\u00bb, telle une d\u00e9esse myst\u00e9rieuse, r\u00e9v\u00e9lant le soleil finalement \u00ab encadr\u00e9 dans l\u2019Arc de l\u2019Etoile \u00bb, un tableau montrant la direction vers les Champs Elys\u00e9es (Corinne Bayle, <em>G\u00e9rard de Nerval. La marche \u00e0 l\u2019\u00e9toile.<\/em> Collection \u00ab Champ po\u00e9tique \u00bb, Champ Vallon, Seyssel (01), 2001, p. 27). \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la destruction du quartier du Doyenn\u00e9 (cf. p. 105) Nerval reprit ses errances (notamment dans les carri\u00e8res de Montmartre o\u00f9 il c\u00f4toyait d\u2019anciens ouvriers devenus vagabonds), entrecoup\u00e9es de s\u00e9jours en clinique jusqu\u2019\u00e0 la rue de la Vieille &#8211; Lanterne o\u00f9 on le retrouva pendu.<\/p>\n<p><em>\u00ab N\u00e9 rue Hautefeuille en 1821, [Baudelaire] avait 6 ans quand mourut son p\u00e8re et 7 quand sa m\u00e8re se remaria pour venir habiter 22, rue Saint-Andr\u00e9-des-Arts face \u00e0 la place du m\u00eame nom qui fut son premier paysage parisien [ . . .] ; la m\u00eame ann\u00e9e, sa m\u00e8re d\u00e9m\u00e9nagea pour le 17 rue du Bac (Jean-Paul Cl\u00e9bert, <em>Les hauts lieux de la litt\u00e9rature \u00e0 Paris<\/em>, op. cit. , p. 92). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but car sa vie d\u2019adulte ne fut qu\u2019une suite de d\u00e9m\u00e9nagements. Il fr\u00e9quente les caf\u00e9s et les th\u00e9\u00e2tres et pas seulement ceux des grands boulevards.<\/p>\n<p>Pour Nerval, les caf\u00e9s et cabarets sont aussi des lieux privil\u00e9gi\u00e9s dans ses errances.<\/p>\n<p><strong>Les caf\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>G\u00e9rard hante <em>\u00ab le quartier Saint &#8211; Honor\u00e9 dont il connaissait tous les caboulots qui n\u2019\u00e9teignaient le gaz qu\u2019a minuit, et il vaquait l\u00e0 de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on le mit \u00e0 la porte avec les autres, mauvais gar\u00e7ons et bonnes filles. De l\u00e0, il gagnait les Halles ou les cabarets restaient ouverts toute la nuit, y demeurant quelquefois trois jours durant et demeurant dans les tas de l\u00e9gumes avec les chiffonni\u00e8res (Ibid. , 27). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Baudelaire affectionnait les caf\u00e9s du Quartier latin, <em>\u00ab fr\u00e9quent\u00e9s par les r\u00e9dacteurs du Corsaire et qui deviendront P\u00e9trus Borel, Champfleury, Nadar ou Courbet. Il y conforte son go\u00fbt pour la litt\u00e9rature fr\u00e9n\u00e9tique et le roman-charogne dont Gautier se fera le porte-parole. Il y d\u00e9couvre aussi son penchant pour l\u2019alcool et l\u2019opium des paradis artificiels (Ibid. , p. 29). \u00bb<\/em> Il fr\u00e9quente aussi les beuglants de la rue Cadet et les bars cosmopolites de la rue de Rivoli o\u00f9 il apprend l\u2019anglais.<\/p>\n<p><strong>Les faubourgs.<\/strong><\/p>\n<p>Baudelaire recherche ces lieux transitoires qui ne sont ni tout \u00e0 fait ville, ni tout \u00e0 fait nature. Ce sont souvent aussi les quartiers pauvres mais le po\u00e8te transmue ce milieu r\u00e9el d\u00e9primant. Il en est ainsi dans <em>Le Voyage<\/em> (O. C, I, 131) o\u00f9 le vagabond se retrouve \u00e0 Capoue :<\/p>\n<p>Tel le vieux vagabond, pi\u00e9tinant dans la boue,<br \/>R\u00eave, le nez en l\u2019air, de brillants paradis ;<br \/>Son \u0153il ensorcel\u00e9 d\u00e9couvre une Capoue<br \/>Partout o\u00f9 la chandelle illumine un taudis. (v. 45-48)<\/p>\n<p>De plus, <em>\u00ab cette vision remonte bien plus loin (que l\u2019Italie), au II e si\u00e8cle av. J. C, au temps d\u2019Hannibal, lorsque Capoue (\u00ab la seconde Rome \u00bb disait-on) jouissait de la r\u00e9putation d\u2019offrir plus beau s\u00e9jour du Latium (Freeman G. Henry, op. cit. , p. 42). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>De m\u00eame le chiffonnier, <em>\u00ab au c\u0153ur d\u2019un vieux faubourg, labyrinthe fangeux (O. C, I, <em>Le Vin des Chiffonniers<\/em>, 106, v. 3) \u00bb<\/em>, devient comme le po\u00e8te, <em>\u00ab un Midas moderne. Au moyen d\u2019une \u00ab solennelle magie \u00bb (V. 21), le vin ressuscite des visions perdues dans l\u2019inconscient de l\u2019homme moderne. Surgissent des images de la Lydie ancienne et de la fable du roi d\u2019un royaume oubli\u00e9, Midas, se baignant dans les eaux du Pactole, dont les vagues resplendissent d\u00e9j\u00e0 de paillettes d\u2019or (Freeman G. Henry, op. Cit, p. 42-43). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 travers l\u2019Humanit\u00e9 frivole<br \/>Le vin roule de l\u2019or, \u00e9blouissant Pactole ;<br \/>Par le gosier de l\u2019homme il chante ses exploits<br \/>Et r\u00e8gne par ses dons ainsi que les vrais rois. (v. 25-28)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me <em>\u00ab est une dramatisation de la th\u00e9orie baudelairienne de la transmutation magique de la r\u00e9alit\u00e9\u2026[ici] sous l\u2019influence alchimique du vin (Ibid. , p. 42). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans l\u2019<em>Irr\u00e9m\u00e9diable<\/em>, les enfers classiques (\u00ab Styx \u00bb) et le Paris brumeux sont confondus ; on peut qualifier de \u00ab bourbeux \u00bb les faubourgs avec leurs rues non pav\u00e9es et \u00ab plomb\u00e9 \u00bb qualifie aussi les toitures.<\/p>\n<p><strong>Les parcs et jardins.<\/strong><\/p>\n<p>Le po\u00e8te est plus \u00e0 l\u2019aise dans ces lieux o\u00f9 la nature est domestiqu\u00e9e par l\u2019homme et fa\u00e7onn\u00e9e par la ville.<\/p>\n<p>Ah ! que j\u2019en ai suivi, de ces petites vieilles !<br \/>Une, entre autres, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le soleil tombant<br \/>Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,<br \/>Pensive, s\u2019asseyait \u00e0 l\u2019\u00e9cart sur un banc,<br \/>Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,<br \/>Dont les soldats parfois inondent nos jardins,<br \/>Et qui, dans ces soirs d\u2019or o\u00f9 l\u2019on se sent revivre,<br \/>Versent quelque h\u00e9ro\u00efsme au c\u0153ur des citadins. (O. C. I, Les petites vieilles, 89-91, v 49-56)<\/p>\n<p><em>\u00ab Les jardins publics dont il est question dans le po\u00e8me, \u00ab nos jardins \u00bb, sont ceux qui s\u2019ouvrent au citadin dont les r\u00eaves tournent en vain autour des grands parcs interdits (Walter Benjamin, op. cit. , p 107). \u00bb<\/em> Dans ce po\u00e8me, le po\u00e8te cite les jardins de Tivoli.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te a parfois besoin de prendre de la hauteur pour mieux voir sa ville.<\/p>\n<p>1. 2. 1. 2. Une position sur\u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>Le projet d\u2019\u00e9pilogue pour la seconde \u00e9dition des FM, <em>Ode \u00e0 Paris vu du haut de Montmartre<\/em> est un po\u00e8me d\u2019amour fou :<\/p>\n<p>Je t\u2019aime, \u00f4 ma belle, \u00f4 ma charmante<br \/>Tes faubourgs m\u00e9lancoliques,<br \/>Tes jardins pleins de soupirs et d\u2019intrigues,<br \/>Et tes feux d\u2019artifice, \u00e9ruptions de joie,<br \/>Qui font rire le Ciel, muet et t\u00e9n\u00e9breux. (v. 3, 9, 11 et 15-16)<\/p>\n<p>Montmartre est une situation sublime, au sens \u00e9tymologique du terme : \u00ab emprunt\u00e9 au latin sublimis <em>\u00ab haut, \u00e9lev\u00e9, grand (<em>Dictionnaire \u00e9tymologique et historique de la langue fran\u00e7aise<\/em> par Emmanu\u00e8le Baumgartner et Philippe M\u00e9nard. Les usuels de poche, 1996, p. 757). \u00bb<\/em><br \/>Il en est de m\u00eame du Sina\u00ef solitaire que l\u2019homme des foules regagne : <em>\u00ab Le c\u0153ur content, je suis mont\u00e9 sur la montagne \/ D\u2019o\u00f9 l\u2019on peut contempler la ville en son ampleur (O. C, I, Projet d\u2019\u00e9pilogue pour l\u2019\u00e9dition de 1861, 191 ? v. 1-2). \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Ce regard panoramique port\u00e9 sur la capitale autorise la transfiguration du labyrinthe parisien en tableau all\u00e9gorique (Patrick Labarthe, Paris comme d\u00e9cor all\u00e9gorique in L\u2019ann\u00e9e Baudelaire, Klincksieck, 1995, p. 46). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>H\u00f4pital, lupanar, purgatoire, enfer, bagne,<br \/>O\u00f9 toute \u00e9normit\u00e9 fleurit comme une fleur.<br \/>Tu sais bien, \u00f4 Satan, patron de ma d\u00e9tresse,<br \/>Que je n\u2019allais pas l\u00e0 pour r\u00e9pandre un vain pleur;<\/p>\n<p>De telles positions sur\u00e9lev\u00e9es, le po\u00e8te domine son sujet, la ville. C\u2019est particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9crit pas d\u2019inspiration mais \u00ab compose \u00bb comme dans Paysage.<br \/><br \/>Immobile, le po\u00e8te voit la ville avec tous ses m\u00e2ts, comme un navire sur le point d\u2019appareiller ou comme le trompe l\u2019\u0153il d\u2019un tableau mystique. Il ne se contente pas de \u00ab voir na\u00eetre \u00bb les astres ; il cr\u00e9e son propre astre, son propre ciel. Il tire \u00ab un soleil \u00bb de son c\u0153ur (v. 25). <em>Paysage<\/em> est une \u00e9l\u00e9vation r\u00e9ussie et en bas, les brumes en se dissipant, laissent percevoir les clart\u00e9s d\u2019en haut.<\/p>\n<p>Mis \u00e0 part sa g\u00e9ographie, ce qui caract\u00e9rise le mieux Paris au XIX e si\u00e8cle, c\u2019est sa modernit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>1. 2. 2. Une ville moderne.<\/strong><\/p>\n<p>Baudelaire et Nerval furent les premiers \u00e0 avoir de la ville moderne, \u00ab une conscience lyrique (Bernard Delvaille, op. cit. , p. 46). \u00bb Baudelaire, surtout, y vit le r\u00e8gne du chaos (1. 2. 2. 1), la disparition des individus remplac\u00e9s par la foule (1. 2. 2. 2)<\/p>\n<p>1. 2. 2. 1. Le r\u00e8gne du chaos.<\/p>\n<p>Baudelaire a la vision biologique (inconsciente et organique ) de la ville. La p\u00e9riode est <em>\u00ab rong\u00e9e par l\u2019inqui\u00e9tude, la maladie urbaine, l\u2019obsession de l\u2019ombre et de l\u2019opacit\u00e9 du monde (Dominique Kalifa, op. cit.). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le Paris baudelairien n\u2019est ni celui de la haute soci\u00e9t\u00e9, ni celui des salons litt\u00e9raires et encore moins celui de la sp\u00e9culation financi\u00e8re qui s\u2019\u00e9panouissait mais dont le po\u00e8te ne parle pas. Son Paris est fait de <em>\u00ab souffrance, de d\u00e9bauche et de travail fr\u00e9n\u00e9tique mais infructueux, [reflet de] l\u2019attitude de Baudelaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la civilisation moderne [\u2026] qu\u2019il croyait moribonde \u2013 faute de spiritualit\u00e9 (Freeman G. Henry, op. Cit. , p. 60). \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le chaos qui r\u00e8gne \u00e0 Paris est li\u00e9 \u00e0 celui de la France tout enti\u00e8re, \u00ab notre France\/Ce pays trop peupl\u00e9 que fauche la souffrance (O. C, I, <em>A une malabaraise<\/em>, 174, v. 17-18). \u00bb C\u2019est la seule occurrence du mot \u00ab France \u00bb dans les FM. \u00ab C\u2019est l\u2019image de la France urbaine, le seul cadre fran\u00e7ais que Baudelaire connaissait \u00e0 fond (Freeman G. Henry, op. Cit. , p. 61). \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019assainissement de Paris, les pauvres continuent \u00e0 vivre dans des conditions d\u2019hygi\u00e8ne d\u00e9plorable et les chiffonniers vivent \u00ab gr\u00e2ce \u00bb aux ordures de la grande ville :<\/p>\n<p>Oui, ces gens harcel\u00e9s de chagrins de m\u00e9nage,<br \/>Moulus par le travail et tourment\u00e9s par l\u2019\u00e2ge,<br \/>Ereint\u00e9s et pliant sous un tas de d\u00e9bris,<br \/>Vomissement de l\u2019\u00e9norme Paris. (O. C, I, Le vin des chiffonniers, 106, v. 13-16)<\/p>\n<p>Paris est une \u00ab immonde cit\u00e9 (Ibid., <em>Moesta et errabunda<\/em>, 63, v. 2) \u00bb, une \u00ab cit\u00e9 de fange (Ibid., <em>Le cr\u00e9puscule du soir<\/em>, 94, v. 19) \u00bb, un \u00ab labyrinthe fangeux (Ibid., <em>Le Vin des Chiffonniers<\/em>, 106, v. 3). \u00bb On trouvait d\u00e9j\u00e0 ce type de termes dans le <em>Tableau de Paris<\/em> de J. S Mercier (Cf. p. 119).<\/p>\n<p>Ce cadre urbain est hostile au po\u00e8te errant dans Paris, agress\u00e9 par le bruit[[Ibid., <em>A une passante<\/em>, 92, v. 1.]] ou au simple passant (Ibid., <em>Les sept vieillards<\/em>, 87, v. 1-2).<\/p>\n<p><em>\u00ab Rapidit\u00e9, \u00e9clats, secousses finissent donc par v\u00e9ritablement casser le paysage et par le transformer en un chaos. Il devient le r\u00e8gne de l\u2019incongru, le lieu des voisinages les plus \u00e9tranges, le domaine du choc et de la fissure. Le beau y a pour crit\u00e8re le bizarre, pour effet la surprise. [\u2026] Dans ce \u00ab royaume du dissonant, du dissym\u00e9trique, de l\u2019impair (J. P Richard, \u00ab Profondeur de Baudelaire \u00bb, op. cit. , p. 155 &#8211; 156) \u00bb, Les petites vieilles (O. C, I, 89-91), \u00ab monstres disloqu\u00e9s (\u2026) trottent tout pareils \u00e0 des marionnettes \u00bb, (\u2026) sto\u00efques et sans plaintes, \/ A travers le chaos des vivantes cit\u00e9s. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le chaos qui r\u00e8gne dans la ville moderne s\u2019accompagne d\u2019une disparition des individus.<\/p>\n<hr \/>\n<p>L&rsquo;auteur : Laura Vanel-Coytte (lauravanelcoytte@yahoo.fr), http:\/\/lauravanel-coytte.hautetfort.com<\/p>\n<p>Copyright : Laura Vanel-Coytte<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un extrait de l&rsquo;ouvrage Le paysage dans les oeuvres po\u00e9tiques de Baudelaire et Nerval, parcours \u00e0 travers les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7],"tags":[44],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/750"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=750"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/750\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7309,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/750\/revisions\/7309"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=750"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=750"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=750"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}