{"id":768,"date":"2007-12-19T23:52:04","date_gmt":"2007-12-19T22:52:04","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/19\/pascal-pia-a-bab-el-oued-paris-lyon\/"},"modified":"2024-09-10T19:33:45","modified_gmt":"2024-09-10T17:33:45","slug":"pascal-pia-a-bab-el-oued-paris-lyon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/19\/pascal-pia-a-bab-el-oued-paris-lyon\/","title":{"rendered":"Pascal PIA \u00e0 Bab el-Oued, Paris, Lyon"},"content":{"rendered":"<p>Certains auteurs sont davantage connus pour leurs amis que pour eux-m\u00eames. C&rsquo;est le cas de Pascal Pia, dont les amis se nomment Andr\u00e9 Malraux et Albert Camus. Il est difficile de surpasser en renomm\u00e9e de tels camarades, bien s\u00fbr, mais il faut dire aussi que Pia, nihiliste convaincu, refusant toute autorit\u00e9, ne croyant qu&rsquo;en la vanit\u00e9 de l&rsquo;existence et en l&rsquo;absurde de l&rsquo;\u00e9criture, ne souhaitait pas que l&rsquo;on parle de lui.<\/p>\n<p>Pierre Durand, futur Pascal Pia, na\u00eet en 1903 au 22 de la rue Philippe de Girard \u00e0 Paris. Son p\u00e8re meurt au front en 1915 mais la famille ne l&rsquo;apprend officiellement qu&rsquo;en 1916. Comme Camus, il est orphelin de guerre. Il quitte sa m\u00e8re \u00e0 14 ans, ne supportant plus le carcan familial. Il \u00e9crit des po\u00e8mes et fr\u00e9quente bient\u00f4t les milieux anarchistes &#8211; et en particulier Marcel Sauvage, qui l&rsquo;introduit dans la faune litt\u00e9raire parisienne. Son grand amour est en effet la po\u00e9sie, qu&rsquo;il v\u00e9n\u00e8re trop pour oser vraiment y toucher. O\u00f9 plut\u00f4t, il pastiche : <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/24\/charles-baudelaire-a-paris-dans-les-annees-1850\/\">Baudelaire<\/a> et Rimbaud en particulier, mais aussi Apollinaire et Radiguet[[Son habilet\u00e9 ira jusqu&rsquo;\u00e0 faire \u00e9diter dans un volume de la Pl\u00e9iade consacr\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/24\/charles-baudelaire-a-paris-dans-les-annees-1850\/\">Baudelaire<\/a> en 1931 certains textes qui sont en r\u00e9alit\u00e9 des pastiches \u00e9crits par Pia !]]. C&rsquo;est pour lui une mani\u00e8re d&#8217;emp\u00eacher qu&rsquo;ils ne soient fig\u00e9s par l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Il se lie en 1920 avec Andr\u00e9 Malraux et s&rsquo;int\u00e9resse aussi aux textes \u00e9rotiques ; l&rsquo;Enfer de la Biblioth\u00e8que nationale n&rsquo;a plus de secrets pour lui. Il contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition clandestine (car alors interdite) de certains textes (avant de replonger, pendant la guerre, dans d&rsquo;autres sortes de publications clandestines).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 pour <em>la Lumi\u00e8re<\/em> puis pour <em>Voil\u00e0<\/em>, puis deux ans pour le <em>Progr\u00e8s<\/em> de Lyon (o\u00f9 Pia introduit Francis Ponge en 1942), Pia collabore \u00e0 <em>Ce soir<\/em>, quotidien d&rsquo;Aragon &#8211; directeur politique -, de Jean-Richard Bloch &#8211; directeur litt\u00e9raire &#8211; et d&rsquo;Elie Richard &#8211; r\u00e9dacteur en chef &#8211; transfuge de <em>Paris-Soir<\/em>. <em>Ce soir<\/em> prend rapidement nombre de lecteurs \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em>, d&rsquo;autant plus que les membres du parti communiste re\u00e7oivent l&rsquo;ordre de ne plus lire le second et de lui pr\u00e9f\u00e9rer le premier.<\/p>\n<p>Pia quitte <em>Ce soir<\/em> en 1938 pour devenir r\u00e9dacteur en chef d&rsquo;<em>Alger r\u00e9publicain<\/em>, o\u00f9 \u00e9crit Emmanuel Robl\u00e8s et o\u00f9 Pia embauche un autre jeune homme, Albert Camus. Le journal a ses bureaux \u00e0 Bab el-Oued, rue Koechlin.<\/p>\n<p><em>Alger r\u00e9publicain<\/em> s&rsquo;\u00e9teint en septembre 1939. Son maigre successeur, <em>Le Soir r\u00e9publicain<\/em>, ne vit que jusqu&rsquo;en janvier 1940. La censure du r\u00e9gime colonial en \u00e9tat de guerre a eu raison des deux journaux. Pia et Camus viennent de vivre deux ans d&rsquo;une exp\u00e9rience journalistique intense et sont \u00e0 pr\u00e9sents fich\u00e9s par la police. Pia regagne Paris et devient &#8211; pour motifs alimentaires plus que militants, car, malgr\u00e9 les apparences, il n&rsquo;aime pas excessivement la presse &#8211; secr\u00e9taire de r\u00e9daction au <em>Paris-Soir<\/em> de Pierre Lazareff, Herv\u00e9 Mille et Jean-Prouvost[[D\u00e9cid\u00e9ment, il y a beaucoup de soirs dans cette histoire !]]. Il y fait engager Camus, qui s&rsquo;installe \u00e0 Paris en mars 1940 et rejoint les bureaux du <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/12\/16\/autour-du-palais-royal-a-paris-presse-en-guerre-presse-de-la-collaboration-et-presse-liberee\/\">37 rue du Louvre<\/a>.<\/p>\n<p>Pia est mobilis\u00e9 \u00e0 Maisons-Laffitte en 1940 et parvient \u00e0 gagner clandestinement la zone non-occup\u00e9e apr\u00e8s l&rsquo;armistice. Il retrouve Camus et <em>Paris-Soir<\/em> qui s&rsquo;est transport\u00e9 \u00e0 Lyon en septembre[[Apr\u00e8s Clermont-Ferrand, o\u00f9 Camus l&rsquo;a suivi dans les locaux du <em>Moniteur<\/em> de Pierre Laval, 57 rue Blatin.]] et y travaille jusqu&rsquo;\u00e0 sa fin en novembre 1942 (Camus, lui, est retourn\u00e9 en Alg\u00e9rie apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 \u00e9conomique par le journal d\u00e9but 1941). L&rsquo;adresse qui figure sur sa carte de journaliste en 1941 est le 79 Cours Gambetta \u00e0 Lyon, puis l&rsquo;Eden Hotel, Cours des Archives, toujours \u00e0 Lyon, en 1942. Les bureaux du journal se trouvent 65 Cours des Libert\u00e9s. Pia entre dans le mouvement clandestin Combat et prend la t\u00eate de la r\u00e9daction de son journal homonyme.<\/p>\n<p>Il est rest\u00e9 en contact \u00e9pistolaire avec Camus, dont il a re\u00e7u des manuscrits au printemps 1941, qu&rsquo;il a transmis \u00e0 Malraux, Paulhan et Martin du Gard. Pia rencontre de temps en temps <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2004\/12\/01\/albert-camus-a-paris-bordeaux-clermont-ferrand-lyon-et-ailleurs-dans-les-annees-1940\/\">Camus<\/a>, qui s\u00e9journe <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2003\/10\/04\/albert-camus\/\">au Chambon-sur-Lignon<\/a> entre l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1942 et l&rsquo;automne 1943 pour soigner sa tuberculose.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;Etranger<\/em> para\u00eet en mai 1942 chez Gallimard et <em>Le Mythe de Sisyphe<\/em> six mois plus tard, la censure franco-allemande n&rsquo;y voyant que du feu. Pia fait entrer Camus dans le mouvement Combat en 1943, et comme lecteur aux \u00e9ditions Gallimard.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 le jour chez Gallimard, Camus assure la nuit la r\u00e9daction en chef de <em>Combat<\/em>, que Pia lui a transmise pour se consacrer \u00e0 d&rsquo;autres t\u00e2ches clandestines.<\/p>\n<p>En avril 1943, Pia appartient \u00e0 la direction des MUR (Mouvements unis de la R\u00e9sistance) et doit quitter la France pour ne pas \u00eatre pris.<\/p>\n<p>Fin 1944, <em>Combat<\/em> sort de la clandestinit\u00e9 et s&rsquo;installe au 100 rue R\u00e9aumur. Henri Callet y collabore. Comme de nombreux mouvements et journaux de la R\u00e9sistance, <em>Combat<\/em> s&rsquo;\u00e9tait construit autour d&rsquo;un projet politique pour l&rsquo;apr\u00e8s-Lib\u00e9ration&#8230; qui ne sera jamais vraiment mis en \u0153uvre par les chefs du pays lib\u00e9r\u00e9. Min\u00e9 par des conflits internes, la concurrence avec d&rsquo;autres quotidiens et la gr\u00e8ve des ouvriers du livre en 1946-1947, <em>Combat<\/em> change de mains en 1947, sans Pia. C&rsquo;est aussi la fin de l&rsquo;amiti\u00e9 avec Camus.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;ancien communiste Malraux, le nihiliste Pia se rapproche ensuite de De Gaulle et travaille au journal du parti gaulliste, <em>Le Rassemblement<\/em>, pour, une fois d\u00e9\u00e7u par cette exp\u00e9rience, retourner \u00e0 la critique et \u00e0 ses chers po\u00e8tes, tout en \u00e9crivant des chroniques litt\u00e9raires pour l&rsquo;hebdomadaire <em>Carrefour<\/em> d&rsquo;Emilien Amaury &#8211; fondateur \u00e9galement du <em>Parisien lib\u00e9r\u00e9<\/em> et de <em>Marie-France<\/em>.<\/p>\n<p>Il d\u00e9c\u00e8de en 1979.<\/p>\n<p>Sources :<br \/>\n&#8211; <em>Archives des ann\u00e9es noires. Artistes, \u00e9crivains et \u00e9diteurs<\/em>, \u00e9ditions IMEC, 2004,<br \/>\n&#8211; <em>La Rive gauche<\/em>, Herbert R. Lottmann, Points Seuil n\u00b0161,<br \/>\n&#8211; <em>Le Si\u00e8cle des intellectuels<\/em>, Michel Winock,<br \/>\n&#8211; <em>Albert Camus, une vie<\/em>, Olivier Todd,<br \/>\n&#8211; <em>Andr\u00e9 Malraux, une vie<\/em>, Olivier Todd,<br \/>\n&#8211; <em>Albert Camus<\/em>, Herbert R. Lottman,<br \/>\n&#8211; <em>Albert Camus, soleil et ombre<\/em>, Roger Grenier, Folio n\u00b02286,<br \/>\n&#8211; <em>Pierre Lazareff<\/em>, Yves Courri\u00e8re, ed. Gallimard,<br \/>\n&#8211; www.andremalraux.com.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains auteurs sont davantage connus pour leurs amis que pour eux-m\u00eames. 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