{"id":781,"date":"2007-12-15T18:44:35","date_gmt":"2007-12-15T17:44:35","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/15\/louis-pergaud-une-vie-de-trente-trois-ans-seulement\/"},"modified":"2007-12-15T18:44:35","modified_gmt":"2007-12-15T17:44:35","slug":"louis-pergaud-une-vie-de-trente-trois-ans-seulement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2007\/12\/15\/louis-pergaud-une-vie-de-trente-trois-ans-seulement\/","title":{"rendered":"Louis Pergaud, une vie de trente-trois ans seulement&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&#8217;enfance<\/strong><\/p>\n<p>Le 29 novembre 1879, Elie Pergaud, instituteur \u00e0 Belmont depuis 1877, \u00e9pouse No\u00e9mie Collette, fille de fermiers dans la m\u00eame commune. Tr\u00e8s rapidement, un gar\u00e7on viendra \u00e9gayer le foyer : Pierre Am\u00e9d\u00e9e voit le jour le 9 ao\u00fbt 1880. Malheureusement, il d\u00e9c\u00e9dera le 5 octobre suivant. Sa m\u00e8re le pleure longtemps. Mais, le 22 janvier 1882, une nouvelle naissance apporte une certaine consolation : Louis Emile Vincent respire pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;air de la Comt\u00e9. Son p\u00e8re a trente ans, sa m\u00e8re trente-deux. Le 18 octobre 1883, un autre fils, Lucien Am\u00e9d\u00e9e, compl\u00e8te le foyer Pergaud. Deux enfants solides, une m\u00e8re pleine d&rsquo;affection, un p\u00e8re qui les ouvre \u00e0 la vie, \u00e0 la nature : la famille savoure son bonheur. Louis fera ses premiers pas dans ce village. Souvent, il traversera le chemin pour rejoindre, juste en face de l&rsquo;\u00e9cole, ses grands-parents maternels. Et puis, il y aura les pr\u00e9s, les champs, les bois, les b\u00eates, la vie rurale et ses enchantements. <\/p>\n<p>Mais en f\u00e9vrier 1889, Elie Pergaud est mut\u00e9. Instituteur de la nouvelle Ecole La\u00efque, il est victime du rejet de la R\u00e9publique par la population locale. Toute la famille ira donc \u00e0 Nans-sous-Sainte-Anne. Louis Pergaud quitte \u00e0 sept ans le berceau de sa premi\u00e8re enfance. Premier profond chagrin: les grands-parents s&rsquo;\u00e9loignent. Son petit coin de terre comtoise, explor\u00e9 avec tant d&rsquo;\u00e9merveillement, se d\u00e9robe. Transplant\u00e9e, la famille Pergaud aura du mal \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 sa nouvelle r\u00e9sidence. Le p\u00e8re pourtant se fera quelques amis avec lesquels il passera ses temps libres \u00e0 la traque des gibiers de tout poil. La m\u00e8re se liera \u00e0 la receveuse des postes, Madame Chatot, dont le fils, Eug\u00e8ne, deviendra le meilleur camarade de Louis. Avec lui, avec d&rsquo;autres, il s&rsquo;initie aux combats joyeux et endiabl\u00e9s n\u00e9s des rencontres avec les enfants de Montmahoux, le village voisin. Des souvenirs que Louis Pergaud n&rsquo;est pas pr\u00e8s d&rsquo;oublier. Mais le mal du pays ne s&rsquo;att\u00e9nue pas. Des soucis familiaux incitent Elie, le p\u00e8re, \u00e0 demander sa mutation pour sa r\u00e9gion natale. Il b\u00e9n\u00e9ficie de bons appuis, car l&rsquo;instituteur a activement particip\u00e9 aux recherches du cadavre de la fille d&rsquo;un inspecteur de l&rsquo;Universit\u00e9, noy\u00e9e dans le Creux Billard, \u00e0 la source du Lison.<\/p>\n<p>Le 5 f\u00e9vrier 1891, Elie Pergaud est nomm\u00e9 \u00e0 Guyans-Vennes. Dans leur nouvelle demeure, les Pergaud accueillent la grand-m\u00e8re paternelle, handicap\u00e9e par de cruels rhumatismes. Louis a neuf ans. Le retour dans une campagne famili\u00e8re lui ouvre de nouveaux horizons. Son p\u00e8re, retrouvant ses terrains de chasse, l&#8217;emm\u00e8ne assez souvent dans ses courses \u00e0 travers pr\u00e9s et bois. Il s&rsquo;impr\u00e8gne de ce monde riche de sensations. A l&rsquo;\u00e9cole, son travail est excellent. A douze ans, il passe son certificat d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 Orchamps-Vennes. Il est re\u00e7u premier sur quatre-vingt-cinq candidats. Le jury le f\u00e9licite. <\/p>\n<p>Maintenant, Louis Pergaud doit quitter le foyer familial. Le d\u00e9part en pension le marquera profond\u00e9ment. Lui, l&rsquo;enfant sensible, voire timide, se s\u00e9pare de ses parents, mais aussi de son fr\u00e8re, de ses copains de jeux, notamment de ces Faivre avec lesquels les deux Pergaud traquaient les truites dans le Dessoubre, pr\u00e8s des moulins dits Girardot. L&rsquo;enfant libre, habitu\u00e9 \u00e0 la vie en pleine nature, va faire connaissance avec l&rsquo;univers ferm\u00e9, restreint, du pensionnat. Encore aura-t-il la chance de loger chez un ami de son p\u00e8re, concierge de l&rsquo;h\u00f4tel de Ville de Besan\u00e7on, \u00e0 deux pas de l&rsquo;Ecole de l&rsquo;Arsenal, son nouveau domaine. Ainsi \u00e9vitera-t-il la rigueur de l&rsquo;internat. Pendant ce temps, Elie Pergaud conna\u00eet de nouveaux ennuis professionnels. Le 28 avril 1897, le Pr\u00e9fet le d\u00e9place \u00e0 Fallerans, pauvre village dont l&rsquo;\u00e9cole jouxte la fromagerie. Un coup dur venant apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, un mois auparavant. Seul r\u00e9confort : le bon travail de son fils Louis \u00e0 Besan\u00e7on. En effet, en juillet 1898, Louis Pergaud, \u00e2g\u00e9 de seize ans, est re\u00e7u premier au concours d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Ecole Normale. Pendant trois ans, il apprendra le m\u00e9tier auquel son p\u00e8re l&rsquo;a destin\u00e9. L&rsquo;enseignement est solide, rigoureux; les moments libres tr\u00e8s rares. Louis lit beaucoup, griffonne quelques po\u00e8mes. Le jeune gar\u00e7on entre quelque peu en r\u00e9bellion contre une autorit\u00e9 qu&rsquo;il juge abusive. Monsieur Tronchon, le directeur, ne s&rsquo;en laisse pas compter, et Pergaud va bient\u00f4t en faire les frais. <\/p>\n<p>Son p\u00e8re est tomb\u00e9 malade en juin 1899. Pour le jour de l&rsquo;an 1900, Louis s&rsquo;inqui\u00e8te de l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 paternel. Il note dans son carnet : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai peur\u00a0\u00bb. Le 20 f\u00e9vrier, Elie Pergaud meurt. Venu \u00e0 Fallerans pour l&rsquo;enterrement, le jeune Louis, \u00e9branl\u00e9 par ce drame, demande au directeur de l&rsquo;Ecole Normale de prolonger son cong\u00e9 pour soutenir sa m\u00e8re d\u00e9faillante. Monsieur Tronchon refuse. A peine est-il rentr\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on que sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de \u00e0 son tour, le 21 mars 1900. En un mois, Louis Pergaud est devenu orphelin ! Traumatis\u00e9, sans ressort, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je veux mourir pour rejoindre mes parents\u00a0\u00bb. Il se replie sur lui-m\u00eame, repousse les bras tendus de ses camarades. Sa mine devient encore plus farouche; les traits se durcissent. La douleur l&rsquo;\u00e9crase. Il semble m\u00fbr, adulte avant l&rsquo;\u00e2ge, alors que c&rsquo;est seulement son adolescence qui s&rsquo;est fig\u00e9e sous le choc des malheurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. <\/p>\n<p>C&rsquo;est leur oncle de Belmont qui recueillera Louis et Lucien (qui sera chef de bureau \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de Ville de Besan\u00e7on et mourra en 1973). Durant les vacances, il accepte une invitation d&rsquo;un ami normalien, Chenevez, qui habite \u00e0 Levier. Tous les deux, ils pousseront jusqu&rsquo;\u00e0 Nans-sous-Sainte-Anne, pour aller saluer des amis de son p\u00e8re, les Philibert, qui poss\u00e8dent une taillanderie, et &#8230; Louis Pergaud y retrouve son ami Chatot. Celui-ci lui r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;existence du po\u00e8te L\u00e9on Deubel. La po\u00e9sie m\u00e9lancolique de ce Belfortain \u00e9pouse parfaitement l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du jeune homme d\u00e9sempar\u00e9. D\u00e9sormais Louis Pergaud lui vouera une passion sans limites. Une voie s&rsquo;est ouverte \u00e0 lui; sa vie reprend forme. Peu importe la pension, l&rsquo;\u00e9lan po\u00e9tique ne peut \u00eatre encha\u00een\u00e9. <\/p>\n<p><strong>L&rsquo;instituteur<\/strong> <\/p>\n<p>Le 30 juillet 1901, Louis Pergaud sort de l&rsquo;Ecole Normale troisi\u00e8me de sa promotion. Nomm\u00e9 \u00e0 Durnes pour la rentr\u00e9e d&rsquo;octobre, il quitte sans regret la maison de son oncle qui n&rsquo;a pas su lui donner l&rsquo;affection, la paix, le calme auxquels il aspirait. Sa premi\u00e8re ann\u00e9e se passe bien, malgr\u00e9 quelques accrochages avec une partie de la population lors d&rsquo;\u00e9lections municipales. <\/p>\n<p>Pr\u00e8s de l\u00e0, \u00e0 La Bar\u00e8che, il trouve, aupr\u00e8s d&rsquo;une coll\u00e8gue, la tendresse dont il est depuis si longtemps priv\u00e9. Fin 1903, il \u00e9pouse cette institutrice. Son enthousiasme pour l&rsquo;enseignement n&rsquo;est pas grand. La po\u00e9sie lui prend de plus en plus de temps. C&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 L\u00e9on Deubel s&rsquo;installe chez les Pergaud. Louis est ravi, \u00e9merveill\u00e9. Mais Madame Pergaud accepte mal la pr\u00e9sence du po\u00e8te. Ce sera un point de discorde qui rapidement envenimera les rapports entre les deux jeunes mari\u00e9s. <\/p>\n<p>Deubel aide Pergaud \u00e0 mettre au point son premier recueil de po\u00e9sies \u00ab\u00a0L&rsquo;Aube\u00a0\u00bb qui para\u00eetra en avril 1904. C&rsquo;est une joie qu&rsquo;assombrit le d\u00e9part de Deubel. Le 16 ao\u00fbt na\u00eet Gis\u00e8le, qui d\u00e9c\u00e8de trois mois plus tard. Le bonheur, d\u00e9cid\u00e9ment, semble fuir Louis Pergaud. Il a vingt-deux ans. Son mariage est un \u00e9chec. Sa fragilit\u00e9 morale lui fait envisager le suicide. Mais les lettres de Deubel le retiennent quelque peu. Les relations avec la population locale se d\u00e9t\u00e9riorent. Comme son p\u00e8re, il doit abandonner son poste. La rentr\u00e9e 1905 le conduira, avec sa femme, \u00e0 Landresse.<\/p>\n<p>Les tensions entre l&rsquo;Eglise et l&rsquo;Ecole r\u00e9publicaine sont vives \u00e0 Landresse. On est en pleine affaire de la s\u00e9paration de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat. Le climat familial n&rsquo;a pas chang\u00e9. Pergaud se retrouve face \u00e0 tous les ennuis possibles. Parfois, il fait front, mais maladroitement, et s&rsquo;enfonce chaque jour un peu plus. Sa seule joie (mais quelle joie !) c&rsquo;est la chasse. Il fr\u00e9quente quelques bons chasseurs. L\u00e0, fusil \u00e0 la main, chiens aux pieds ou \u00e0 la course, au milieu des champs et des bois, il retrouve les parfums heureux de son enfance. Tard le soir ou t\u00f4t le matin, Louis Pergaud \u00e9crit, prend des notes. Et puis, une maison lui ouvre grand sa porte, sa table, son foyer : celle de Jules Duboz. Ce cordonnier-cafetier, jovial, malicieux, d&rsquo;une grande intelligence, a vite sympathis\u00e9 avec ce jeune instituteur triste et apparemment d\u00e9sempar\u00e9. Louis Pergaud se pla\u00eet \u00e0 \u00e9couter les r\u00e9cits truculents de ce conteur n\u00e9 qu&rsquo;est le \u00ab\u00a0Papa Duboz\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un refuge, une source de bien-\u00eatre, que la maison du \u00ab\u00a0barbu\u00a0\u00bb de Landresse !<\/p>\n<p>Ce sera m\u00eame bient\u00f4t un havre de tendresse. Car Jules Duboz a des enfants. Parmi eux, une jeune fille de vingt-trois ans, Delphine. Douce, calme, simple, compr\u00e9hensive, admirative, elle poss\u00e8de toutes les qualit\u00e9s propres \u00e0 \u00e9pauler, \u00e0 consoler, \u00e0 \u00e9panouir l&rsquo;\u00e9crivain naissant qui n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 sa v\u00e9ritable voie. Louis Pergaud a compris. Son ami Deubel le r\u00e9clame aupr\u00e8s de lui \u00e0 Paris depuis si longtemps ! Il se forge un nouveau destin. Sa vraie vie va commencer. Il efface ses ann\u00e9es de souffrance morale. Il saute le pas : en ao\u00fbt 1907, il prend le train pour la capitale, le c&#339;ur plein de sa Franche-Comt\u00e9 natale et de l&rsquo;amour de Delphine. L&rsquo;espoir d&rsquo;une r\u00e9ussite au fond de lui-m\u00eame, Louis Pergaud va retrouver son ma\u00eetre litt\u00e9raire, L\u00e9on Deubel. Cette amiti\u00e9, c&rsquo;est sa force du moment.<\/p>\n<p><strong>A Paris<\/strong> <\/p>\n<p>C&rsquo;est une vie de coll\u00e9gien qui l&rsquo;attend. Vivant chichement avec L\u00e9on Deubel, dans une chambre sordide, Louis Pergaud travaille \u00e0 la Compagnie des Eaux. D\u00e8s septembre 1907, il demande \u00e0 L\u00e9on Bocquet, directeur du \u00ab\u00a0Beffroi\u00a0\u00bb, le moyen de publier son deuxi\u00e8me recueil de po\u00e9sies qui para\u00eetra au printemps 1908 : \u00ab\u00a0L&rsquo;Herbe d&rsquo;Avril\u00a0\u00bb. Mais la grande affaire, c&rsquo;est l&rsquo;arriv\u00e9e de Delphine. Ils s&rsquo;installent 5-7 rue de l&rsquo;Estrapade avec&#8230; Deubel. Le c\u00f4t\u00e9 boh\u00eame du po\u00e8te g\u00eane le nouveau couple. Discr\u00e8te, Delphine s&rsquo;arrange pour ouvrir les yeux \u00e0 Louis. Un jour, Deubel comprendra qu&rsquo;il est de trop et le m\u00e9nage se retrouvera enfin libre de vivre pleinement son union. <\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me recueil a introduit Pergaud dans les milieux litt\u00e9raires. Magnifiquement encourag\u00e9 par Delphine, l&rsquo;\u00e9crivain se lance \u00e0 plume perdue dans l&rsquo;\u00e9criture. Conscient de ses limites po\u00e9tiques, il se tourne vers le r\u00e9cit animalier qu&rsquo;il sent bouillir en lui. Il travaille ferme. En novembre 1909, il redevient enseignant pour avoir davantage le temps d&rsquo;\u00e9crire. Les b\u00eates de sa Comt\u00e9 revivent tout au long des pages qu&rsquo;il remplit; ses yeux se noient dans les souvenirs de ses courses champ\u00eatres et foresti\u00e8res; son esprit rallume les r\u00e9cits tant de fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s (et si savoureux !) de Papa Duboz. En juillet 1910, il \u00e9pouse Delphine. En ao\u00fbt, le \u00ab\u00a0Mercure de France\u00a0\u00bb publie \u00ab\u00a0De Goupil \u00e0 Margot\u00a0\u00bb qui passe dans les mains des membres de l&rsquo;Acad\u00e9mie Goncourt. <\/p>\n<p>Le 8 d\u00e9cembre 1910, le prix Goncourt, 8\u00e8me du nom, est attribu\u00e9 \u00e0 Louis Pergaud, apr\u00e8s trois tours de scrutin. Il a vingt-huit ans. Son premier livre est couronn\u00e9. Pergaud prend sa revanche sur la vie. \u00ab\u00a0De Goupil \u00e0 Margot\u00a0\u00bb va battre des records de vente. C&rsquo;est plus qu&rsquo;un succ\u00e8s : c&rsquo;est un triomphe ! Cette cons\u00e9cration lui apporte l&rsquo;aisance. Les 5000 francs du prix lui permettent de louer un appartement plus vaste, d&rsquo;enrichir son mobilier et, bien s\u00fbr, de se faire un nom dans la litt\u00e9rature puisque les lecteurs confirment le choix des Goncourt. Certes, toutes les critiques ne sont pas flatteuses, mais son bestiaire touche le public.<br \/>\nDard_A4-tif : Louis Pergaud par J. Dard \u00e0 l&#8217;occasion de l&#8217;attribution du Prix Goncourt. Document mis \u00e0 disposition par la Famille Duboz, Paris<\/p>\n<p>En 1911, il r\u00e9cidive dans le genre avec \u00ab\u00a0La Revanche du Corbeau\u00a0\u00bb qui conna\u00eet un succ\u00e8s moindre.<br \/>\n<br \/>1912, c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e de \u00ab\u00a0La Guerre des Boutons\u00a0\u00bb qui fera conna\u00eetre Landresse sous le nom de Longeverne. Une bouff\u00e9e de fra\u00eecheur juv\u00e9nile, une \u00e9pop\u00e9e savoureuse, un plaisir pour le lecteur retremp\u00e9 dans une enfance saine et vigoureuse. <\/p>\n<p>1913 : \u00ab\u00a0Le Roman de Miraut\u00a0\u00bb le hisse d&rsquo;un cran dans le monde litt\u00e9raire. Louis Pergaud a aff\u00fbt\u00e9 son style, trouv\u00e9 son rythme. Sa s\u00e8ve, c&rsquo;est son terroir. Dans l&rsquo;ombre, Delphine joue son r\u00f4le : elle est l\u00e0 ! Sa pr\u00e9sence \u00e9quilibre, rassure. L&rsquo;\u00e9crivain trouve la ma\u00eetrise totale de son talent gr\u00e2ce \u00e0 sa femme. Il en est pleinement conscient, puisqu&rsquo;il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Si je dois passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 un jour, je veux [&#8230;] que nos deux noms soient unis dans la gloire comme nos deux coeurs l&rsquo;auront \u00e9t\u00e9 dans la vie\u00a0\u00bb.<br \/>\nMais l&rsquo;ann\u00e9e 1913 est soudain obscurcie par une terrible nouvelle : L\u00e9on Deubel s&rsquo;est jet\u00e9 dans le Marne ! Ces douloureux moments vont freiner l&rsquo;oeuvre cr\u00e9atrice de Louis Pergaud. Durant plusieurs mois, il se consacrera uniquement \u00e0 d\u00e9fendre la m\u00e9moire de son si cher ami. En vacances \u00e0 Landresse, il met au point un recueil, choix de po\u00e8mes de Deubel, sous le titre \u00ab\u00a0R\u00e9gner\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Alors il se penche sur un ensemble de nouvelles villageoises o\u00f9 sont croqu\u00e9s les paysans de son plateau avec une pr\u00e9cision qui n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gal que le talent de la mise en sc\u00e8ne. Toute la vie franc-comtoise, dans ses aspects les plus divers et les plus cocasses, est \u00e9voqu\u00e9e humoristiquement. Les personnages sont vrais, ni enjoliv\u00e9s, ni enlaidis, \u00e0 peine transpos\u00e9s. De plus, ils \u00e9voluent dans une atmosph\u00e8re et des paysages qui sont bien ceux de Landresse d&rsquo;avant 1914. Ces contes sont remis \u00e0 Monsieur Vallette, directeur du \u00ab\u00a0Mercure de France\u00a0\u00bb, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1914. Ils doivent \u00eatre publi\u00e9s sous le titre \u00ab\u00a0Les Rustiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La guerre<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ordre de mobilisation tombe. Envoy\u00e9 \u00e0 Verdun, Louis Pergaud est raisonnablement confiant. D&rsquo;abord au d\u00e9p\u00f4t, il voit passer les premiers bless\u00e9s, les premiers prisonniers, les premi\u00e8res erreurs, d&rsquo;un conflit qui va s&rsquo;\u00e9terniser. En octobre, il est au front, dans la r\u00e9gion de la Wo\u00ebvre. Il observe, il prend des notes, il accumule les impressions : il ne restera pas muet. Il assiste \u00e0 un carnage horrible o\u00f9 le courage des combattants est souvent an\u00e9anti par des ordres d&rsquo;une opportunit\u00e9 douteuse : il t\u00e9moignera dans un livre de guerre qu&rsquo;il se promet d&rsquo;\u00e9crire. Mais les semaines passent, et de nombreux pressentiments l&rsquo;envahissent.<\/p>\n<p>Le soir du 7 avril 1915, il re\u00e7oit l&rsquo;ordre d&rsquo;attaquer la c\u00f4te 233 de March\u00e9ville, dans la nuit, \u00e0 deux heures du matin. Il pleut. Le sous-lieutenant Pergaud, \u00e0 la t\u00eate de ses hommes, sort de la tranch\u00e9e de d\u00e9part. On franchit deux rangs de fils barbel\u00e9s, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la tranch\u00e9e ennemie. Une fusillade nourrie les accueille et d\u00e9cime les assaillants. Pergaud, bless\u00e9 au pied, demande \u00e0 ses soldats de poursuivre l&rsquo;offensive. Aux premi\u00e8res lueurs du jour, les rescap\u00e9s peuvent se replier. Leur chef n&rsquo;est pas avec eux. Les brancardiers allemands transportent les bless\u00e9s qui sont d\u00e9pos\u00e9s derri\u00e8re les tranch\u00e9es, dans l&rsquo;attente d&rsquo;une prochaine \u00e9vacuation. C&rsquo;est ce moment que choisit l&rsquo;artillerie fran\u00e7aise pour bombarder les lignes adverses. La premi\u00e8re salve d\u00e9chiqu\u00e8te les bless\u00e9s. Une mort atroce pour tous ces hommes (parmi lesquels peut-\u00eatre Louis Pergaud), qui n&rsquo;auront pour tombe que la boue de la Wo\u00ebvre. <\/p>\n<p>A trente-trois ans, l&rsquo;auteur de \u00ab\u00a0La guerre des boutons\u00a0\u00bb disparaissait en pleine gloire litt\u00e9raire naissante. Que nous r\u00e9servait-il ? \u00a0\u00bb Lebrac B\u00fbcheron\u00a0\u00bb \u00e9tait en chantier. \u00ab\u00a0La grande \u00e9quip\u00e9e de Mitis\u00a0\u00bb, roman d&rsquo;un chat, \u00e9tait pr\u00e9vu. \u00ab\u00a0Le journal des douze lunes de la for\u00eat\u00a0\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 un vaste panorama de la vie animale, justifiant ainsi le surnom de \u00ab\u00a0Balzac des b\u00eates\u00a0\u00bb attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain. Mais \u00e0 quoi bon cette \u00e9num\u00e9ration ? Son &#339;uvre r\u00e9alis\u00e9e, si courte soit-elle, suffit \u00e0 maintenir son nom au firmament de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>RENAISSANCE<\/p>\n<p>J&rsquo;ai grandi, libre et sain, comme un arbre en plein vent,<br \/>\nL&rsquo;air vif de la Comt\u00e9 tanna ma rude \u00e9corce<br \/>\nEt, gonflant de sant\u00e9 les bourgeons de ma force,<br \/>\nMe fit un front farouche avec un coeur d&rsquo;enfant.<br \/>\nLe malheur, paternel, a veill\u00e9 sur mes ans,<br \/>\nLes destins d\u00e9cha\u00een\u00e9s ont fait fl\u00e9chir mon torse<br \/>\nSans que la peur, ce vin dont le d\u00e9sir se corse,<br \/>\nAit fait chanter plus clair les sources de mon sang.<br \/>\nJ&rsquo;ai jet\u00e9 ma jeunesse au loin comme un manteau<br \/>\nDont je laisse, pensif, du fond des capitales<br \/>\nPolluer la blancheur et froisser les lambeaux;<br \/>\nMais des d\u00e9sirs puissants ont r\u00e9nov\u00e9 ma s\u00e8ve<br \/>\nEt les haines soufflant des montagnes natales<br \/>\nNe pourront plus courber les tiges de mon r\u00eave. <\/p>\n<p>Par Bernard Piccoli, in <em>Le bestiaire de Louis  Pergaud et son \u00e9poque 1900-1915<\/em>, p. 9 \u00e0 25<br \/>\nCahiers du mhnc no 12, 2005.<br \/>\nEditions de la Girafe, Mus\u00e9e d&rsquo;histoire naturelle, CH-2300 La Chaux-de-Fonds.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;enfance Le 29 novembre 1879, Elie Pergaud, instituteur \u00e0 Belmont depuis 1877, \u00e9pouse No\u00e9mie Collette, fille de fermiers [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/781"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=781"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/781\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}