{"id":793,"date":"2008-02-10T15:46:00","date_gmt":"2008-02-10T14:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2008\/02\/10\/gustave-flaubert-et-maxime-du-camp-a-ancenis\/"},"modified":"2025-07-09T06:18:19","modified_gmt":"2025-07-09T04:18:19","slug":"gustave-flaubert-et-maxime-du-camp-a-ancenis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2008\/02\/10\/gustave-flaubert-et-maxime-du-camp-a-ancenis\/","title":{"rendered":"Gustave FLAUBERT et Maxime Du CAMP \u00e0 Ancenis"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2227\" aria-describedby=\"caption-attachment-2227\" style=\"width: 470px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2227\" title=\"Quai de la Marine, l'auberge qui a h\u00e9berg\u00e9 les deux \u00e9crivains est aujourd'hui devenue deux maisons.\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/jpg_FlaubertDuCampAncenisdef.jpg\" alt=\"Quai de la Marine, l'auberge qui a h\u00e9berg\u00e9 les deux \u00e9crivains est aujourd'hui devenue deux maisons.\" width=\"470\" height=\"340\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/jpg_FlaubertDuCampAncenisdef.jpg 470w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/jpg_FlaubertDuCampAncenisdef-300x217.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 470px) 94vw, 470px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2227\" class=\"wp-caption-text\">Quai de la Marine, l&rsquo;auberge qui a h\u00e9berg\u00e9 les deux \u00e9crivains est aujourd&rsquo;hui devenue deux maisons.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Quelques semaines avant les deux r\u00e9volutions de 1848, entre mai et ao\u00fbt 1847, Max(ime) Du Camp et Gustave Flaubert parcourent la Bretagne \u00e0 pieds et en transports publics. Gustave avait besoin de prendre l&rsquo;air. Ils tireront de leurs p\u00e9r\u00e9grinations le r\u00e9cit <em>Par les champs et par les gr\u00e8ves<\/em>, dont Flaubert r\u00e9dige les chapitres impairs et Du Camp les pairs.<\/p>\n<p>Ils arrivent \u00e0 Ancenis le 8 mai depuis Saumur, \u00e0 bord d&rsquo;un petit bateau, le Dragon. L&rsquo;auberge qui les accueille existe encore sur le quai, tout pr\u00e8s du ch\u00e2teau d&rsquo;Ancenis.<\/p>\n<p>Outre <em>Par les champs et par les gr\u00e8ves<\/em>, la correspondance du romancier &#8211; en ligne sur <a href=\"https:\/\/flaubert.univ-rouen.fr\/correspondance\/correspondance\/21-janvier-1847-de-gustave-flaubert-%C3%A0-louise-colet\/\">http:\/\/flaubert.univ-rouen.fr<\/a> ; la suite de la lettre est tout aussi passionnante&#8230; de m\u00eame que <a href=\"http:\/\/flaubert.univ-rouen.fr\/correspondance\">toute la correspondance<\/a> ! &#8211; permet de l&rsquo;accompagner en pens\u00e9e dans son p\u00e9riple. Louise Colet, tel un fant\u00f4me, n&rsquo;est jamais loin.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Si j\u2019\u00e9tais capable de m\u2019effrayer de quelque chose, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 \u00e9pouvant\u00e9 de la lettre que j\u2019ai re\u00e7ue ce matin. Il y avait de quoi tuer un homme ; mais, Dieu merci ! en fait de d\u00e9sespoir, j\u2019en suis si tremp\u00e9 que, quelque p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 que j\u2019aie \u00e9t\u00e9 par ce nouvel orage, je ne sombre pas encore. Je vais donc t\u00e2cher d\u2019\u00eatre clair une fois pour toutes. Franc, je le suis toujours, et tu ne peux pas m\u2019accuser d\u2019avoir menti ni pos\u00e9 une minute, car d\u00e8s la premi\u00e8re heure, d\u00e8s le premier mot, j\u2019ai dit tout cela ; d\u00e8s le bapt\u00eame, j\u2019ai annonc\u00e9 l\u2019enterrement.<br \/>\nTu veux savoir si je t\u2019aime ? Eh bien, autant que je peux aimer, oui ; c\u2019est-\u00e0-dire que, pour moi, l\u2019amour n\u2019est pas la premi\u00e8re chose de la vie, mais la seconde. C\u2019est un lit o\u00f9 l\u2019on met son coeur pour le d\u00e9tendre. Or, on ne reste pas couch\u00e9 toute la journ\u00e9e. Toi, tu en fais un tambour pour r\u00e9gler le pas de l\u2019existence ! Non, non, mille fois non ! Que tu ne m\u2019aies jamais compris, comme tu le dis, c\u2019est possible ; je le crois un peu. Il est probable, s\u2019il en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 autrement, que tu te serais \u00e9cart\u00e9e du l\u00e9preux\u00a0\u00bb.&nbsp;<\/em>(Flaubert \u00e0 Louise Colet, 21 janvier 1847)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je pars demain matin pour Paris, et samedi je commence mon voyage de Bretagne. Avant de m\u2019en aller, cher Ernest, je t\u2019envoie un adieu comme si tu \u00e9tais l\u00e0. Si nous avions eu plus d\u2019argent, plus de libert\u00e9 surtout, en un mot si je ne me trouvais presque forc\u00e9 de ne pas quitter ma m\u00e8re, qui est dans un vide si complet et si triste, au lieu de la Bretagne nous eussions pris la Corse.<\/em><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<em>J\u2019ai besoin cependant de prendre un peu l\u2019air, de respirer \u00e0 poitrine plus ouverte, et je pars avec Du Camp nous promener sur les gr\u00e8ves de Bretagne, avec de gros souliers, le sac au dos, \u00e0 pied. Nous reviendrons \u00e0 la fin de juillet. Dans un mois, ma m\u00e8re viendra nous faire une visite \u00e0 Vannes. T\u00e2che, au milieu de tes pr\u00e9occupations magistrales, de m\u2019envoyer au moins une lettre pendant ce temps-l\u00e0. Je serai \u00e0 Brest vers le 10 juin\u00a0\u00bb<\/em>. (Flaubert \u00e0 Ernest Chevalier, le 28 avril 1847)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je voulais te parler de mon voyage, mais j\u2019aime mieux te parler de toi et de nous. \u00c0 quoi cela m\u2019avancera-t-il, ce voyage ? \u00c0 \u00eatre un peu plus triste cet hiver. Ah ! pas de soleil ! L\u2019ombre est trop noire ensuite ! Je hume l\u2019air, j\u2019aspire l\u2019odeur des aub\u00e9pines et des ajoncs, je marche au bord de la mer, j\u2019admire les bouquets d\u2019arbres, les coins de ciel floconn\u00e9s, les couchers de soleil sur les flots, et les go\u00e9mons verts qui s\u2019agitent sous l\u2019eau comme la chevelure des Na\u00efades, et le soir je me couche harass\u00e9 dans des lits \u00e0 baldaquin o\u00f9 j\u2019attrape des puces. Voil\u00e0. Au reste, j\u2019avais besoin d\u2019air. J\u2019\u00e9touffais depuis quelque temps<\/em>.<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<em>Demain matin ou plut\u00f4t dans quelques heures (il est tard, tout dort, et toi aussi peut-\u00eatre), nous partons pour Brest o\u00f9 nous ne devons arriver que dans quinze jours, apr\u00e8s avoir fait pr\u00e8s de quatre-vingts lieues \u00e0 pied sur le bord de la mer. \u00c0 Brest donc je t\u2019\u00e9crirai, et j\u2019esp\u00e8re une lettre plus longue.<br \/>\nAdieu, ch\u00e8re amie, adieu, je t\u2019embrasse sur les yeux pour les essuyer s\u2019ils pleurent.<br \/>\nAmiti\u00e9s et souvenir de Max<\/em>.\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 Louise Colet, envoy\u00e9e de Quimper le 11 juin 1847)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u ici avant-hier ta lettre qui a voyag\u00e9, avant de m\u2019arriver, de Croisset \u00e0 Rouen, de Rouen \u00e0 Croisset et dans plusieurs villes de la Bretagne. Nous sommes aux deux bouts de la France : toi dans la baie d\u2019Ajaccio, moi dans celle de Saint-Malo ; toi en face de l\u2019Italie, nous en face de l\u2019Angleterre. Quoique ce pays soit fort beau, d\u2019un chic \u00e2pre et superbe, j\u2019aimerais mieux \u00eatre de l\u2019autre bord, aupr\u00e8s de cette vieille M\u00e9diterran\u00e9e. Mais maintenant tout voyage m\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s impossible : ma m\u00e8re n\u2019a plus que moi, que moi seul ; il y aurait cruaut\u00e9 \u00e0 la quitter. Aussi la pauvre femme, ne pouvant se passer de moi, est venue (comme il en \u00e9tait convenu du reste) me rejoindre \u00e0 Brest, et nous avons fait tous ensemble les bouts de route qu\u2019il fallait faire en voiture, nous retrouvant ainsi et nous s\u00e9parant quand il nous plaisait. Nous terminons (h\u00e9las !), Max et moi, un voyage qui pour n\u2019\u00eatre pas au long cours, ce que je regrette, a \u00e9t\u00e9 une fort jolie excursion. Sac au dos et souliers ferr\u00e9s aux pieds, nous avons fait sur les c\u00f4tes environ cent soixante lieues \u00e0 pied, couchant quelquefois tout habill\u00e9s faute de draps et de lit, et ne mangeant gu\u00e8re que des oeufs et du pain faute de viande. Tu vois, vieux, qu\u2019il y a aussi du sauvage sur le continent. Mais j\u2019aime mieux la sauvagerie corse. Celle-l\u00e0 du moins a moins de puces et plus de soleil. Or, chaque jour, j\u2019ai de plus en plus besoin de soleil ! Il n\u2019y a gu\u00e8re que \u00e7a de beau au monde, ce grand bec de gaz suspendu l\u00e0-haut par les ordres d\u2019un Rambuteau inconnu !<br \/>\nEn fait de monuments, nous en avons beaucoup vu, des celtiques ! et des dolmens ! et des menhirs ! et des peulvens ! Mais rien n\u2019est plus fastidieux que l\u2019arch\u00e9ologie celtique ; \u00e7a se ressemble d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9rante. En revanche, nous avons eu de beaux moments \u00e0 l\u2019ombre des vieux ch\u00e2teaux ; nous avons fum\u00e9 de longues pipes dans mainte douve effondr\u00e9e, toute couverte d\u2019herbes et parfum\u00e9e par la senteur des gen\u00eats, et puis la mer, la mer ! le grand air, les champs, la libert\u00e9, j\u2019entends la vraie libert\u00e9, celle qui consiste \u00e0 dire ce qu\u2019on veut, \u00e0 penser tout haut \u00e0 deux, et \u00e0 marcher \u00e0 l\u2019aventure, en laissant derri\u00e8re vous le temps passer sans plus s\u2019en soucier que de la fum\u00e9e de votre pipe qui s\u2019envole.\u00a0\u00bb&nbsp;<\/em>(Lettre \u00e0 Ernest Chevalier, envoy\u00e9e de Saint-Malo le 13 juillet 1847)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je t\u2019envoie, ma ch\u00e8re amie, une fleur que j\u2019ai cueillie hier au soleil couchant sur le tombeau de Chateaubriand. La mer \u00e9tait belle, le ciel \u00e9tait rose, l\u2019air \u00e9tait doux, c\u2019\u00e9tait un de ces grands soirs d\u2019\u00e9t\u00e9, tout flambant de couleurs, d\u2019une splendeur si immense qu\u2019elle en est m\u00e9lancolique. Un de ces soirs ardents et tristes comme un premier amour. La tombe du grand homme est sur un rocher en face des flots. Il dormira \u00e0 leur bruit, tout seul, en vue de la maison o\u00f9 il est n\u00e9. Je n\u2019ai gu\u00e8re pens\u00e9 qu\u2019\u00e0 lui tout le temps que j\u2019ai pass\u00e9 \u00e0 Saint-Malo, et cette id\u00e9e de se pr\u00e9occuper de sa mort et de se retenir sa place d\u2019avance pour l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019ici, qui me paraissait assez pu\u00e9rile, m\u2019a sembl\u00e9 l\u00e0 tr\u00e8s grande et tr\u00e8s belle, ce qui m\u2019a fait retourner cette question que je n\u2019ai pas r\u00e9solue : \u00ab\u00a0Y a-t-il des id\u00e9es b\u00eates et des id\u00e9es grandes ?\u00a0\u00bb Cela ne d\u00e9pend-il pas de leur ex\u00e9cution ?\u00a0\u00bb&nbsp;<\/em>(Lettre \u00e0 Louise Colet, adress\u00e9e depuis Pontorson en ao\u00fbt 1847)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques semaines avant les deux r\u00e9volutions de 1848, entre mai et ao\u00fbt 1847, Max(ime) Du Camp et Gustave [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2227,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[32],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/793"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=793"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/793\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6779,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/793\/revisions\/6779"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2227"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=793"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=793"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=793"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}