{"id":802,"date":"2008-01-19T18:09:00","date_gmt":"2008-01-19T17:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2008\/01\/19\/1848-des-ecrivains-sur-les-barricades\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:20","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:20","slug":"1848-des-ecrivains-sur-les-barricades","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2008\/01\/19\/1848-des-ecrivains-sur-les-barricades\/","title":{"rendered":"1848 : des \u00e9crivains sur les barricades"},"content":{"rendered":"<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai entendu dire aux pauvres : travaillez ! Je n\u2019ai pas vu que cela leur donn\u00e2t de l\u2019ouvrage quand il n\u2019y en a pas. Plus la propri\u00e9t\u00e9 est divis\u00e9e autour de nous, c\u2019est-\u00e0-dire plus il y a de gens un peu ais\u00e9s, plus ceux qui n\u2019ont rien deviennent inutiles, et, on a beau dire, je vois bien que c\u2019est toujours le plus grand nombre. [\u2026] Voil\u00e0 donc o\u00f9 nous en sommes r\u00e9duits ; c\u2019est \u00e0 demander ce que nous allons devenir, \u00e0 des gens qui ne veulent pas nous r\u00e9pondre, et qui trouvent m\u00eame insolent que nous osions leur faire cette question-l\u00e0.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em>Lettre d\u2019un paysan de la Vall\u00e9e noire, publi\u00e9e en octobre 1844 par <em>L\u2019\u00c9claireur de l\u2019Indre<\/em>, journal cr\u00e9\u00e9 par Sand en 1843. Cit\u00e9e par Jean-Denys Phillipe dans <em>Traits pour traits<\/em>.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai la haine de la propri\u00e9t\u00e9 territoriale. Je m\u2019attache tout au plus \u00e0 la maison et au jardin. Le champ, la plaine, la bruy\u00e8re, tout ce qui est plat m\u2019assomme, surtout quand ce plat m\u2019appartient, quand je me dis que c\u2019est \u00e0 moi, que je suis forc\u00e9e de l\u2019avoir, de le garder, de le faire entourer d\u2019\u00e9pines et d\u2019en faire sortir le troupeau du pauvre, sous peine d\u2019\u00eatre pauvre \u00e0 mon tour [\u2026].\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nGeorge Sand, cit\u00e9e par Andr\u00e9 Maurois, <em>L\u00e9lia ou la vie de George Sand<\/em>.<\/p>\n<p>Encore une r\u00e9volution qui am\u00e8ne un r\u00e9gime imp\u00e9rial ! Apr\u00e8s 1789, le premier Empire. Apr\u00e8s 1848, le second\u2026<br \/>\nEt une r\u00e9volution qui met les \u00e9crivains au premier rang : on y voit un Lamartine enfanter la R\u00e9publique contre les royalistes et les socialistes ; une George Sand plus socialiste que les socialistes ; Tocqueville, Quinet, Lamennais et Hugo sont \u00e9lus d\u00e9put\u00e9s (mais pas Vigny).<br \/>\nD\u2019autres sont aussi pr\u00e9sents, mais plus discrets : Baudelaire (il faut \u00eatre Baudelaire pour voir dans les insurg\u00e9s de juin 1848 des fr\u00e8res et des s\u0153urs, et non des \u00eatres qui inspirent tant\u00f4t la piti\u00e9, tant\u00f4t la peur. Mais son engagement politique ne durera pas), fusil \u00e0 la main le 24 f\u00e9vrier au carrefour de Buci, essaie d\u2019entra\u00eener quelques hommes dans une exp\u00e9dition punitive contre son beau-p\u00e8re honni, le g\u00e9n\u00e9ral Aupick\u2026 Son bref \u00e9lan r\u00e9volutionnaire lui donnera le temps de cr\u00e9er un journal qui vivra deux num\u00e9ros\u2026<br \/>\nFlaubert d\u00e9barque dans la capitale le 23 f\u00e9vrier, s\u2019engage dans la garde nationale le lendemain et court les rues avec Maxime du Camp (la conduite de ce dernier, bless\u00e9 en juin 1848, lui vaudra la d\u00e9sapprobation de Flaubert et la L\u00e9gion d\u2019honneur), assistant horrifi\u00e9 \u00e0 la mise \u00e0 sac du palais des Tuileries et photographiant en esprit des sc\u00e8nes qui feront l\u2019arri\u00e8re-plan de L\u2019\u00c9ducation sentimentale ; Sainte-Beuve se cache \u2013 toute cette violence l\u2019effraie ; Dumas est dans la rue, comme dix-huit ans auparavant ; Chateaubriand, c\u2019en est trop, d\u00e9c\u00e8de le 4 juillet ; Ponson du Terrail est un garde national oppos\u00e9 aux r\u00e9volutionnaires, etc.<br \/>\nJules Verne, lui, arrive apr\u00e8s la bataille : en juillet, pour passer des examens de droit. Il observe alors sur les fa\u00e7ades les traces des balles et des boulets, en spectateur d\u00e9sabus\u00e9 et pas vraiment enthousiaste.<br \/>\nLa r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 na\u00eet d\u2019une grande lassitude, d\u2019un banquet interdit et de coups de feu sur le boulevard des Capucines. Celle de juin 1848, par contre, m\u00eame si elle ne dure que quatre jours, est un terrible d\u00e9chargement de col\u00e8re.<br \/>\nEn 1830, les r\u00e9publicains avaient encore trop frais \u00e0 l\u2019esprit les exc\u00e8s sanglants de la premi\u00e8re R\u00e9publique (1792-1804) et pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent un Louis-Philippe \u00e0 une seconde exp\u00e9rience d\u00e9mocratique. En f\u00e9vrier 1848, ils s\u2019y lancent \u00e0 la derni\u00e8re minute, et seulement pour quelques mois, les \u00e9lections d\u2019avril 1848 \u2013 premi\u00e8res \u00e9lections au suffrage universel direct en France \u2013 ramenant \u00e0 la Chambre une majorit\u00e9 conservatrice qui va paver la voie \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<p>___<\/p>\n<figure id=\"attachment_2238\" aria-describedby=\"caption-attachment-2238\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-2238\" title=\"Attaque du Fbg du Temple au pont du canal St-Martin, 25 juin (d\u00e9tail)\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_ATTAQUE_FBG_TEMPLE.jpg\" alt=\"Attaque du Fbg du Temple au pont du canal St-Martin, 25 juin (d\u00e9tail)\" width=\"310\" height=\"480\" align=\"right\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_ATTAQUE_FBG_TEMPLE.jpg 310w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_ATTAQUE_FBG_TEMPLE-194x300.jpg 194w\" sizes=\"(max-width: 310px) 94vw, 310px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2238\" class=\"wp-caption-text\">Attaque du Fbg du Temple au pont du canal St-Martin, 25 juin (d\u00e9tail)<\/figcaption><\/figure>\n<p>1847 lance la vogue des \u00ab banquets r\u00e9publicains \u00bb qui tentent de rompre la grisaille du r\u00e8gne de Louis-Philippe &#8211; le 9 juillet 1847, le premier de ces banquets se d\u00e9roule au Nouveau Tivoli ou bal du Ch\u00e2teau-rouge, situ\u00e9 sur des terrains qui seraient encadr\u00e9s aujourd\u2019hui par les rues Ramey, Christiani, des Poissonniers et Doudeauville, autour du m\u00e9tro Ch\u00e2teau-rouge. Nous retrouverons le Ch\u00e2teau-rouge en mars 1871\u2026 La situation \u00e9conomique n\u2019est pas florissante et Guizot, chef du gouvernement, se refuse \u00e0 toute r\u00e9forme.<br \/>\nLe 22 f\u00e9vrier 1848, un d\u00e9fil\u00e9 de la Madeleine \u00e0 Chaillot et un grand banquet doivent clore la s\u00e9rie des soixante-dix banquets qui ont eu lieu partout en France. Cette manifestation est interdite par le pouvoir, mais Lamartine d\u00e9clare qu\u2019il s\u2019y rendra tout de m\u00eame. Ledru-Rollin, leader r\u00e9publicain et grand animateur de ces banquets, et Louis Blanc, leader socialiste, craignent l\u2019affrontement et se d\u00e9sistent la veille au soir. Mais il est trop tard pour annuler l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<br \/>\nDes \u00e9tudiants et des ouvriers se retrouvent donc devant l\u2019\u00e9glise de la Madeleine, sous la pluie, le matin du 22. Un d\u00e9fil\u00e9 se forme, qui d\u00e9cide de se rendre \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Des accrochages se produisent sur les boulevards, au Ch\u00e2telet, aux Champs-\u00c9lys\u00e9es. Quelques barricades s\u2019\u00e9l\u00e8vent mais la ville reste calme.<br \/>\nLe 23, le gouvernement d\u00e9ploie l\u2019arm\u00e9e et la garde nationale, qui s\u2019opposera peu aux insurg\u00e9s. Compos\u00e9e de bourgeois plut\u00f4t hostiles au pouvoir, qui n\u2019ont pas le droit de vote, elle penche davantage du c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s.<br \/>\nPrenant acte du m\u00e9contentement populaire manifest\u00e9 la veille, le roi renvoie Guizot et le remplace par le comte Mol\u00e9. La foule redescend dans la rue, cette fois pour manifester sa joie. Mais un coup de feu tir\u00e9 le soir boulevard des Capucines par un soldat d\u00e9clenche une panique qui fait plusieurs morts.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0On ne peut ni ne doit admettre la justice des lois qui r\u00e9gissent aujourd\u2019hui la propri\u00e9t\u00e9. Je ne crois pas qu\u2019elles puissent \u00eatre an\u00e9anties d\u2019une mani\u00e8re durable et utile par un bouleversement subit et violent. Il est assez d\u00e9montr\u00e9 que le partage des biens constituerait un \u00e9tat de lutte effroyable et sans issue, si ce n\u2019est l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une nouvelle caste de gros propri\u00e9taires d\u00e9vorant les petits, ou une stagnation d\u2019\u00e9go\u00efsmes compl\u00e8tement barbares. Ma raison ne peut admettre autre chose qu\u2019une s\u00e9rie de modifications successives amenant les hommes, sans contrainte et par la d\u00e9monstration de leurs propres int\u00e9r\u00eats, \u00e0 une solidarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale dont la forme absolue est encore impossible \u00e0 d\u00e9finir. [&#8230;] C\u2019est tout simple: l\u2019homme ne peut que proposer; c\u2019est l\u2019avenir qui dispose.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nGeorge Sand, <em>Histoire de ma vie<\/em>.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>L\u2019humanit\u00e9 qui souffre, ce n\u2019est pas nous, les hommes de lettres ; ce n\u2019est pas moi, qui ne connais (malheureusement pour moi peut-\u00eatre) ni la faim ni la mis\u00e8re ; ce n\u2019est pas m\u00eame vous, mon cher po\u00e8te, qui trouverez dans votre gloire et dans la reconnaissance de vos fr\u00e8res une haute r\u00e9compense de vos maux personnels ; c\u2019est le peuple, le peuple ignorant, le peuple abandonn\u00e9, plein de fougueuses passions qu\u2019on excite dans le mauvais sens, ou qu\u2019on refoule, sans respect de cette force que Dieu ne lui a pourtant pas donn\u00e9e pour rien.<\/em><br \/>\nGeorge Sand, correspondance, 23 juin 1842.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, de nouvelles barricades s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Il y en aura jusqu\u2019\u00e0 1500.<br \/>\nDumas, qui participe depuis 1847 \u00e0 la campagne des banquets et a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00e9catombe des Capucines, court rev\u00eatir son uniforme de commandant de la garde nationale. Il encourage les manifestants \u00e0 marcher \u00e0 nouveau sur le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res o\u00f9 r\u00e9side Guizot (situ\u00e9 sur le boulevard des Capucines, entre la rue des Capucines et l\u2019avenue de l\u2019Op\u00e9ra).<br \/>\nLouis-Philippe demande au mar\u00e9chal Bugeaud de mater la r\u00e9bellion. Au milieu de la journ\u00e9e du 24, une foule s\u2019empare de l\u2019H\u00f4tel de Ville, encourag\u00e9e par des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes r\u00e9volutionnaires davantage que par les chefs socialistes (Blanqui et Barb\u00e8s sont emprisonn\u00e9s depuis leur tentative d\u2019insurrection en 1839).<\/p>\n<p>Devant le tour que prennent les choses et se souvenant des \u00e9v\u00e9nements qui, dix-huit ans plus t\u00f4t, l\u2019ont port\u00e9 au pouvoir, le roi abdique en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi en faveur de son petit-fils.<br \/>\nMais Lamartine le prend de court. Rest\u00e9 \u00e0 son domicile du 82 rue de l\u2019Universit\u00e9 depuis le 22, il se rend \u00e0 la Chambre lorsque Louis-Philippe se d\u00e9met. D\u00e9put\u00e9 depuis 1833, favorable \u00e0 la r\u00e9gence en 1842, Lamartine s\u2019interroge, et les d\u00e9put\u00e9s avec lui : la France est-elle m\u00fbre pour la R\u00e9publique ? Pour barrer la voie aux socialistes et aux \u00ab rouges \u00bb, il d\u00e9cide de se prononcer avec \u00e9clat contre la r\u00e9gence de la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans (qui serait \u00e0 ses yeux \u00ab la Fronde du peuple, la Fronde avec l\u2019\u00e9l\u00e9ment populaire, communiste, socialiste de plus \u00bb), pour le suffrage universel et pour la R\u00e9publique, et propose aux d\u00e9put\u00e9s un gouvernement provisoire qui exclut les socialistes. Suivis par une foule de manifestants, Lamartine et le futur gouvernement provisoire gagnent l\u2019H\u00f4tel de Ville. La deuxi\u00e8me R\u00e9publique y est proclam\u00e9e dans la nuit. La foule rassembl\u00e9e obtient la nomination au gouvernement provisoire de deux nouveaux membres : le socialiste Louis Blanc et un ouvrier, Albert. En sont donc membres : Dupont de l\u2019Eure (pr\u00e9sident), Lamartine (ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res), Alexandre Marie (Travaux publics), Ledru-Rollin (Int\u00e9rieur), Louis Garnier-Pag\u00e8s (Finances), l\u2019astronome Fran\u00e7ois Arago (Marine et Colonies), Ferdinand Flocon (Agriculture et Commerce), Isaac Cr\u00e9mieux (Justice), Armand Marrast, Louis Blanc et Alexandre Albert.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois dans mes foyers depuis vendredi 23 ; notre bataillon n\u2019a point cueilli de lauriers. Notre compagnie n\u2019a eu qu\u2019une barricade de 18 pouces de haut \u00e0 enlever et nous n\u2019avons pas tir\u00e9 un seul coup de fusil. Cependant un brave officier de la ligne qui nous commandait y a re\u00e7u un coup de ba\u00efonnette dont il est bien malade. Voil\u00e0 pour nos exploits.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nProsper M\u00e9rim\u00e9e. <em>Correspondance<\/em>. 28 juin 1848.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Les Parisiens ne font jamais de r\u00e9volution en hiver.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nLe roi Louis-Philippe, lors des premiers incidents de f\u00e9vrier 1848.<\/p>\n<p>La Chambre des D\u00e9put\u00e9s est dissoute et il est interdit \u00e0 celle des Pairs de se r\u00e9unir.<br \/>\nLouis Blanc lance des Ateliers nationaux cens\u00e9s redonner du travail aux ch\u00f4meurs, mais qui n\u2019auront jamais, dans leur courte vie, les moyens de leur ambition. En effet, les projets de Blanc de cr\u00e9er avec les ch\u00f4meurs des entreprises contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019\u00c9tat ne verront jamais le jour. Les entrepreneurs craignent la concurrence et s\u2019y opposent, ralliant Lamartine (et apparemment Hugo) \u00e0 leur position.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2239\" aria-describedby=\"caption-attachment-2239\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2239\" title=\"Le cabinet de travail de Lamartine (d\u00e9tail)\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_CAB_LAMARTINE.jpg\" alt=\"Le cabinet de travail de Lamartine (d\u00e9tail)\" width=\"310\" height=\"420\" align=\"left\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_CAB_LAMARTINE.jpg 310w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_CAB_LAMARTINE-221x300.jpg 221w\" sizes=\"(max-width: 310px) 94vw, 310px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2239\" class=\"wp-caption-text\">Le cabinet de travail de Lamartine (d\u00e9tail)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Une multitude de journaux et clubs r\u00e9publicains voient alors le jour, touchant un public o\u00f9 les bourgeois se m\u00ealent parfois aux ouvriers. Raspail fonde ainsi le journal et le club L\u2019Ami du peuple. Blanqui et Barb\u00e9s, lib\u00e9r\u00e9s, cr\u00e9ent le leur.<br \/>\nCette p\u00e9riode de r\u00e9conciliation des classes et d\u2019euphorie nationale dure jusqu\u2019en avril.<br \/>\nLouis Blanc et l\u2019extr\u00eame gauche organisent le 16 avril une manifestation pour repousser la date des \u00e9lections, sans succ\u00e8s. Pour les socialistes, ces \u00e9lections arrivent trop t\u00f4t, sans que le temps ait permis d\u2019\u00e9duquer politiquement la population, en particulier en zone rurale.<br \/>\nLamartine lance aussit\u00f4t sur la place de l\u2019H\u00f4tel de ville une contre manifestation victorieuse du gouvernement provisoire et de la garde nationale.<br \/>\nCes \u00e9lections de l\u2019Assembl\u00e9e constituante le 23 avril connaissent un taux de participation de 84% ! C\u2019est la premi\u00e8re fois que tous les hommes votent vraiment en France.<br \/>\nElles am\u00e8nent au Palais Bourbon cinq cents r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s (dont Lamartine, Tocqueville, Lamennais, Quinet), trois cents royalistes et cent r\u00e9publicains de gauche (dont Barb\u00e8s et Blanc, mais pas Blanqui ni Raspail). C\u2019est une chambre qui se m\u00e9fie des ouvriers parisiens.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Depuis soixante ans, la France allait en fait de gouvernements de mal en pis. Napol\u00e9on lui avait donn\u00e9 un despotisme oint de suie de poudre, mais scintillant de gloire ; la France lui pardonna. La Restauration lui avait ramen\u00e9 le privil\u00e8ge et les coups de cravache des gentilshommes ; mais elle \u00e9tait franche d\u2019allures et sans hypocrisie ; quelques domestiques fid\u00e8les la suivirent sur la terre d\u2019exil. L\u2019inf\u00e2me gouvernement qui vient de tomber voulut tenter sur la nation l\u2019astuce, l\u2019hypocrisie, la cupidit\u00e9 et toutes les basses passions ; un croc-en-jambe du Peuple a suffi pour le jeter dans la boue.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nCharles Baudelaire. <em>Le Salut public<\/em>, 27 f\u00e9vrier 1848.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Vive la r\u00e9publique ! Quel r\u00eave, quel enthousiasme, et en m\u00eame temps quelle tenue, quel ordre \u00e0 Paris ! J\u2019en arrive, j\u2019y ai couru, j\u2019ai vu s\u2019ouvrir les derni\u00e8res barricades sous mes pieds, j\u2019ai vu le peuple grand, sublime, na\u00eff et g\u00e9n\u00e9reux, [\u2026] Que tout ce qui vous entoure ait courage et confiance. La r\u00e9publique est conquise, elle est assur\u00e9e, nous y p\u00e9rirons tous plut\u00f4t que la l\u00e2cher.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nGeorge Sand. Lettre \u00e0 Charles Poncy, 8 mars 1848.<\/p>\n<p>Une manifestation ouvri\u00e8re contre la suppression pressentie des Ateliers nationaux est mat\u00e9e dans la violence \u00e0 Rouen. La R\u00e9publique fait tirer sur le peuple (voir Pierre Lepape, <em>Le pays de la litt\u00e9rature<\/em>, chapitre <em>Flaubert et Baudelaire contre la rh\u00e9torique de l\u2019illusion<\/em>.<br \/>\nEn attendant qu\u2019une Constitution ne voie le jour, l\u2019assembl\u00e9e \u00e9lit le 10 mai une \u00ab Commission ex\u00e9cutive \u00bb mod\u00e9r\u00e9e, compos\u00e9e de Arago, Garnier-Pag\u00e8s, Marie, Lamartine et Ledru-Rollin. Exit Louis Blanc et Albert. Le symbole est clair.<br \/>\nUne grande manifestation de soutien \u00e0 la Pologne, men\u00e9e depuis la Bastille par Barb\u00e8s, Raspail, Blanqui, arrive au Palais Bourbon le 15 mai et envahit la Chambre. Le gouvernement de Lamartine refuse en effet de pr\u00eater main forte aux insurg\u00e9s qui se sont lev\u00e9s, en Italie, en Pologne et en Allemagne, dans le sillon de f\u00e9vrier. Fran\u00e7ais et Polonais avaient fraternis\u00e9 pendant les guerres napol\u00e9oniennes. Pour les orateurs des clubs r\u00e9volutionnaires, le sujet de la Pologne est plus porteur que de s\u2019attaquer \u00e0 une Chambre qui, m\u00eame si elle est mod\u00e9r\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue au suffrage universel.<br \/>\nLe 15 mai, Blanqui et Barb\u00e8s s\u2019expriment donc devant des d\u00e9put\u00e9s sur le qui-vive. Huber, un agent provocateur, en appelle \u00e0 la dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e. Les gardes nationaux dispersent les manifestants. Albert, Barb\u00e8s, Raspail et Blanqui sont arr\u00eat\u00e9s. Louis Blanc s\u2019enfuit en Angleterre. \u00ab Ainsi, le r\u00e9sultat le plus clair de cette journ\u00e9e est de priver le prol\u00e9tariat parisien de ses chefs au moment m\u00eame o\u00f9 il va en avoir le plus besoin \u00bb (Eric Hazan, <em>L\u2019Invention de Paris<\/em>, Points-Seuil n\u00b01267, page 351. Hazan note \u00e9galement que Tocqueville, dans ses <em>Souvenirs<\/em>, d\u00e9peint Blanqui avec une haine qui r\u00e9v\u00e8le son profond m\u00e9pris pour le peuple, d\u2019habitude masqu\u00e9 par un style ch\u00e2ti\u00e9).<br \/>\nDes \u00e9lections compl\u00e9mentaires ont lieu le 4 juin pour remplacer des d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus dans plusieurs d\u00e9partements. Raspail se porte candidat depuis le donjon de Vincennes o\u00f9 il est emprisonn\u00e9. Il est battu, mais entrent \u00e0 la Chambre Hugo, Pierre Leroux, Proudhon et un certain Louis Bonaparte.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Ce serait un bien commun, gr\u00e2ce au ciel, que de d\u00e9clarer notre r\u00e9volution non pas seulement politique mais sociale. Le socialisme est le but, la r\u00e9publique est le moyen, telle est la devise des esprits les plus avanc\u00e9s et en m\u00eame temps les plus sages.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nGeorge Sand, article dans <em>La Cause du peuple<\/em> n\u00b03, 23 avril 1848.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019y ai vu une foule d\u2019hommes troubler le pays pour se grandir ; c\u2019est la perversit\u00e9 courante ; mais [Lamartine] est le seul, je crois, qui m\u2019ait sembl\u00e9 toujours pr\u00eat \u00e0 bouleverser le monde pour se distraire.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nAlexis de Tocqueville, <em>Souvenirs<\/em>.<\/p>\n<p>Terrifi\u00e9s par cette manifestation avort\u00e9e et inquiets de l&rsquo;agitation populaire, les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9agissent vite. R\u00e9publicains, royalistes et la plus grande partie des socialistes (\u00e0 l\u2019exception notable de Pierre Leroux) sont d\u2019accord : il faut \u00e9liminer les \u00ab rouges \u00bb. Le h\u00e9ros de f\u00e9vrier prend l\u2019initiative. Lamartine fait interdire les attroupements et demande le renforcement de la garde nationale. \u00ab Je ne veux pas assumer sur mon nom la responsabilit\u00e9 d\u2019une situation de faiblesse, et de d\u00e9sarmement de la soci\u00e9t\u00e9 qui pourrait d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en anarchie \u00bb (Lamartine, Histoire de la r\u00e9volution de 1848). Comme on ne peut plus \u00eatre s\u00fbr de la garde nationale, on cr\u00e9e un nouveau corps, la garde mobile, recrut\u00e9e dans le prol\u00e9tariat. Aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre, elle sera des plus efficaces dans la r\u00e9pression des journ\u00e9es de juin, emportant souvent des barricades que l\u2019arm\u00e9e ne pouvait que contenir (<em>\u00ab Si la garde mobile avait pass\u00e9 \u00e0 l\u2019insurrection, comme on l\u2019appr\u00e9hendait, il est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr que la victoire y e\u00fbt pass\u00e9 avec elle \u00bb<\/em>. Daniel Stern, <em>Histoire de la R\u00e9volution de 1848<\/em>. La Garde nationale mobile du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, cr\u00e9\u00e9e fin f\u00e9vrier 1848, se recrutait dans une population jeune (\u00e0 partir de 16 ans), relativement pauvre, et de pr\u00e9f\u00e9rence parmi les provinciaux, pour \u00e9viter toute fraternisation avec les ouvriers parisiens).<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Lorsque les citoyens, par la mis\u00e8re aigris,<br \/>\nFils de la m\u00eame France et du m\u00eame Paris,<br \/>\nS&rsquo;\u00e9gorgent ; quand, sinistre, et soudain apparue,<br \/>\nLa morne barricade au coin de chaque rue<br \/>\nMonte et vomit la mort de partout \u00e0 la fois,<br \/>\nTu dois y courir seul et d\u00e9sarm\u00e9 ; tu dois<br \/>\n[&#8230;]<\/em><\/p>\n<p><em>Parler, prier, sauver les faibles et les forts,<br \/>\nSourire \u00e0 la mitraille et pleurer sur les morts ;<br \/>\nPuis remonter tranquille \u00e0 ta place isol\u00e9e,<br \/>\nEt l\u00e0, d\u00e9fendre, au sein de l&rsquo;ardente assembl\u00e9e,<br \/>\nEt ceux qu&rsquo;on veut proscrire et ceux qu&rsquo;on croit juger.\u00a0\u00bb<br \/>\nCe que le po\u00e8te se disait en 1848, Ch\u00e2timents<\/em>, IV, II.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours remarqu\u00e9 que les gens qui perdent le plus ais\u00e9ment la t\u00eate et qui se montrent d\u2019ordinaire les plus faibles dans les jours de r\u00e9volution sont les gens de guerre\u00a0\u00bb.<\/em><br \/>\nAlexis de Tocqueville dans ses <em>Souvenirs<\/em>, \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral Bedeau, un des officiers menant la r\u00e9pression en juin 1848.<\/p>\n<p>La Chambre d\u00e9cide le 21 juin de supprimer les Ateliers nationaux \u2013 suppression demand\u00e9e la veille par la voix du d\u00e9put\u00e9 Victor Hugo \u2013, qui ne font \u00e0 leurs yeux qu\u2019encourager l\u2019agitation. Les ouvriers de 17 \u00e0 25 ans doivent soit s\u2019enr\u00f4ler dans l\u2019arm\u00e9e (qui fait la guerre en Alg\u00e9rie), et les plus \u00e2g\u00e9s doivent partir en province effectuer des travaux de terrassement.<br \/>\nIls redescendent dans la rue exactement cinq mois apr\u00e8s le 23 f\u00e9vrier. Le 23 juin au matin, partant de la place du Panth\u00e9on o\u00f9 ils viennent depuis f\u00e9vrier toucher la paie des Ateliers, ils remontent leurs barricades dans diff\u00e9rents quartiers.<br \/>\n\u00c0 la diff\u00e9rence de f\u00e9vrier 1848, de 1830 et de 1789, il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une r\u00e9volte contre le r\u00e9gime \u2013 les bourgeois et le peuple contre la monarchie et l\u2019aristocratie \u2013, puisque celui-ci est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9publicain. C\u2019est une r\u00e9volte contre son fonctionnement : les ouvriers contre la bourgeoisie et le pouvoir. La r\u00e9volution sociale succ\u00e8de \u00e0 la politique. Cette masse r\u00e9volutionnaire inspire du d\u00e9go\u00fbt aux r\u00e9publicains, y compris \u00e0 Lamartine et Arago \u2013 qui dirigent bient\u00f4t, \u00e0 cheval, une partie des troupes \u2013, Hugo, Quinet, Dumas, Balzac, Tocqueville et Flaubert ; m\u00eame Ledru-Rollin et Louis Blanc se d\u00e9solidarisent des \u00e9meutiers. Les r\u00e9publicains voient dans les r\u00e9volt\u00e9s de juin une menace pour la R\u00e9publique. Le peuple mis\u00e9rable sort de ses ruelles et de ses caves et remplace l\u2019image qu\u2019ils se faisaient du \u00ab bon pauvre \u00bb. L\u2019instinct de classe prend chez la plupart des r\u00e9publicains le dessus sur les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9reuses. Juin 1848 sonne le glas de l\u2019alliance de 1789 entre le peuple et les bourgeois.<br \/>\nLa r\u00e9pression est brutale \u00e0 partir du 25 juin : ex\u00e9cutions sommaires dans les rues, les casernes, les prisons, au jardin du Luxembourg, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de ville. Le coup de fusil du p\u00e8re Roque tir\u00e9 sans sommation dans les ge\u00f4les du quai des Tuileries (<em><strong>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/strong><\/em>) est le symbole du sort qui attend les insurg\u00e9s qui croient \u00e0 la promesse de Cavaignac d\u2019avoir la vie sauve s\u2019ils se rendent.<br \/>\nAlors que les insurg\u00e9s semblent pr\u00eats de l\u2019emporter, l\u2019Assembl\u00e9e a en effet destitu\u00e9 la Commission ex\u00e9cutive, fait d\u00e9cr\u00e9ter le 24 l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge et donn\u00e9 pleins pouvoirs au g\u00e9n\u00e9ral Eug\u00e8ne Cavaignac, r\u00e9publicain comme son fr\u00e8re Godefroy. Les combats de cette journ\u00e9e sont d\u2019une grande violence. Qui, des insurg\u00e9s ou du pouvoir, est du \u00ab vrai \u00bb c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9publique ? Grande question qui hantera Hugo, Dussardier (<em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em>) et de nombreux protagonistes qui ont combattu les insurg\u00e9s.<br \/>\nDes renforts ayant eu le temps de parvenir de province, l\u2019arm\u00e9e, aid\u00e9e de la garde nationale et de la garde mobile, prend d\u00e9finitivement le dessus le 25 juin. L\u2019ordre est r\u00e9tabli, au prix de quelques milliers de morts et de d\u00e9port\u00e9s chez les insurg\u00e9s.<br \/>\nRares sont les r\u00e9publicains ou les socialistes qui protestent publiquement contre la r\u00e9pression, except\u00e9s Proudhon, Pierre Leroux, Victor Consid\u00e9rant et Lamennais. Charles Delescluze, que l\u2019on retrouvera en mai 1871, prend \u00e9galement le parti des r\u00e9volt\u00e9s de juin.<br \/>\n\u00c9ric Hazan souligne que m\u00eame la Commune de 1871, abhorr\u00e9e pourtant par la plus grande partie de l\u2019intelligentsia, a \u00e9t\u00e9 mieux comprise et soutenue que la r\u00e9volution de juin 1848 : \u00ab il y avait avec [les communards] toute une boh\u00e8me litt\u00e9raire et artistique \u2013 Courbet et Vall\u00e8s n\u2019\u00e9taient pas des cas isol\u00e9s \u2013 et des personnages tr\u00e8s s\u00e9rieux, des savants comme Flourens, comme \u00c9lis\u00e9e Reclus. Il y avait des \u00e9trangers, garibaldiens, polonais, allemands. Il y avait des r\u00e9publicains qui avaient rompu avec les leurs comme Delescluze [\u2026]. Rien de tel en Juin \u00bb (<em>L\u2019Invention de Paris<\/em>, page 381).<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0Ce qui fait l\u2019avenir de la R\u00e9publique, c\u2019est justement ceci, qu\u2019il lui reste beaucoup \u00e0 faire dans l\u2019avenir. Laissez-la donc d\u2019abord \u00eatre R\u00e9publique bourgeoise ; puis, avec l\u2019aide des ann\u00e9es, elle deviendra R\u00e9publique d\u00e9mocratique ; puis, avec l\u2019aide des si\u00e8cles, elle deviendra R\u00e9publique sociale.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nAlexandre Dumas. <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, 7 ao\u00fbt 1848.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0La politique doit \u00eatre impitoyable pour que les \u00c9tats soient s\u00fbrs et je vous avoue qu\u2019en voyant ce que je viens de voir, j\u2019approuve, comme toujours, [\u2026] les fa\u00e7ons du pouvoir absolu.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nHonor\u00e9 de Balzac, <em>Lettres \u00e0 l\u2019\u00e9trang\u00e8re<\/em>, fin juin 1848.<\/p>\n<p>Cavaignac conserve le pouvoir ex\u00e9cutif jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. L\u2019Assembl\u00e9e met sur pied un contr\u00f4le des clubs et des journaux. La journ\u00e9e de travail, qui \u00e9tait de dix heures \u00e0 Paris et onze en Province, repasse \u00e0 douze.<br \/>\nRaspail, toujours prisonnier politique \u00e0 Vincennes, est finalement \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 aux \u00e9lections compl\u00e9mentaires de septembre, mais le tribunal lui interdit de quitter son cachot.\u00c0 la surprise de tous, Louis Napol\u00e9on Bonaparte \u2013 un des d\u00e9put\u00e9s les plus maladroits de l\u2019Assembl\u00e9e \u2013 est \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en d\u00e9cembre 1848, devant Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail, Lamartine et Changarnier.<br \/>\nCe \u00ab cr\u00e9tin qu\u2019on m\u00e8nera \u00bb (dixit Thiers) a su trouver l\u2019appui du Parti de l\u2019Ordre, m\u00e9lange de l\u00e9gitimistes et d\u2019orl\u00e9anistes bas\u00e9 rue de Poitiers, dont Thiers, Tocqueville, Hugo, etc. font partie. L\u2019opinion, ayant oubli\u00e9 la dictature du Premier Empire et fait de l\u2019oncle un personnage mythique, voit en \u00ab Pol\u00e9on \u00bb, le neveu, celui qui est capable de prot\u00e9ger les petits poss\u00e9dants, de r\u00e9duire les imp\u00f4ts r\u00e9publicains et de remettre de l\u2019ordre dans l\u2019anarchie que vient de vivre la R\u00e9publique.<br \/>\nLamartine est battu aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai 1849. Il sera r\u00e9\u00e9lu quelques mois plus tard. L\u2019Assembl\u00e9e est conservatrice, le pr\u00e9sident est neveu d\u2019un empereur. Mais l\u2019Histoire ne va pourtant pas s\u2019arr\u00eater l\u00e0.<br \/>\nAfin de conserver un pouvoir auquel la Constitution lui interdit de pr\u00e9tendre une seconde fois, Bonaparte s\u2019en emparera gr\u00e2ce \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat le 2 d\u00e9cembre 1851.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2240\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_GEOLES_TUILERIES.jpg\" alt=\"GEOLES_TUILERIES.jpg\" width=\"550\" height=\"392\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_GEOLES_TUILERIES.jpg 550w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2008\/01\/jpg_GEOLES_TUILERIES-300x214.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 550px) 94vw, 550px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869) du pas tr\u00e8s r\u00e9volt\u00e9 Flaubert est une grande fresque qui prom\u00e8ne ses h\u00e9ros dans le Paris des ann\u00e9es 1840 \u00e0 1867. C\u2019est la r\u00e9volution vue par le petit bout de la lorgnette, le bout bourgeois, mais avec l\u2019\u0153il et la plume d\u2019un grand artiste dont l\u2019intention est de montrer que le progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9 est une illusion, et l\u2019Histoire un \u00e9ternel recommencement.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\">[Si la r\u00e9action gagnait les \u00e9lections], <em>il n\u2019y aurait qu\u2019une voie de salut pour le peuple qui a fait les barricades, ce serait de manifester une seconde foi sa volont\u00e9 et d\u2019ajourner les d\u00e9cisions d\u2019une fausse repr\u00e9sentation nationale. Ce rem\u00e8de extr\u00eame, d\u00e9plorable, la France voudrait-elle forcer Paris \u00e0 y recourir ? \u00c0 Dieu ne plaise !<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nGeorge Sand invitant, dans le <em>Bulletin de la R\u00e9publique<\/em> du 15 avril 1848, \u00e0 ne pas respecter le r\u00e9sultat des futures premi\u00e8res \u00e9lections au suffrage universel\u2026<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9crit ces notes [Choses vues], tr\u00e8s consciencieuses du reste, dans les premiers mois de 1848. [&#8230;] J\u2019observais cela dans un \u00e9trange \u00e9tat d\u2019esprit, comprenant peu cette r\u00e9volution et craignant qu\u2019elle ne tu\u00e2t la libert\u00e9. Plus tard, la r\u00e9volution s\u2019est faite en moi-m\u00eame ; les hommes ont cess\u00e9 de me masquer les principes.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nVictor Hugo. <em>Choses vues<\/em>.<\/p>\n<p>Flaubert r\u00e9ussit dans son roman \u00e0 m\u00e9langer la grande Histoire et son histoire \u00e0 lui, celle qui a chang\u00e9 sa vie : sa rencontre \u00e0 Trouville en 1836 (il a quinze ans) avec une inconnue, \u00c9lisa Schl\u00e9singer, vingt-six ans, belle comme une sir\u00e8ne, apparemment inconsciente des sentiments qu&rsquo;elle inspire au jeune homme. Apr\u00e8s quelques jours de promenades \u00e0 trois sur la plage \u2013 Gustave, \u00c9lisa et son mari \u2013, c\u2019est la fin des vacances, chacun retourne chez soi, et c\u2019est parti pour un amour qui restera platonique jusqu\u2019\u00e0 la mort. Avant cela, une derni\u00e8re rencontre permet \u00e0 \u00c9lisa-Marie Arnoux d\u2019avouer son amour et de remettre \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric-Gustave une m\u00e8che de cheveux blancs. Ainsi, cette \u00c9ducation sentimentale finit bien mal dans le roman comme dans la vie de Flaubert : Fr\u00e9d\u00e9ric ne parvient pas \u00e0 conqu\u00e9rir Marie Arnoux, alors m\u00eame qu\u2019elle n\u2019attendait que lui.<br \/>\nEt la R\u00e9volution dans tout cela ?<br \/>\nTel qu\u2019il se comporte dans le roman, Fr\u00e9d\u00e9ric, \u00ab homme de toutes les faiblesses \u00bb, n\u2019est pas plus r\u00e9volutionnaire que son cr\u00e9ateur : \u00ab Les tambours battaient la charge. Des cris aigus, des hourras de triomphe s\u2019\u00e9levaient. Un remous continuel faisait osciller la multitude. Fr\u00e9d\u00e9ric, pris entre deux masses profondes, ne bougeait pas, fascin\u00e9 d\u2019ailleurs et s\u2019amusant extr\u00eamement. Les bless\u00e9s qui tombaient, les morts \u00e9tendus n\u2019avaient pas l\u2019air de vrais bless\u00e9s, de vrais morts. Il lui semblait assister \u00e0 un spectacle \u00bb. En fait, les journ\u00e9es d\u2019\u00e9meute de f\u00e9vrier sont pour lui celles o\u00f9 il est repouss\u00e9 une premi\u00e8re fois par Marie Arnoux, qu\u2019il parvenait tout juste \u00e0 conqu\u00e9rir. Lorsque celles de juin s\u2019annoncent, il d\u00e9cide simplement de partir \u00e0 Fontainebleau avec Rosanette, dite la Mar\u00e9chale, \u00e0 qui il fera un enfant. Et lorsque le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851 a lieu, il n\u2019y accorde aucune attention, tant ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s sentimentaux le pr\u00e9occupent. Bref, alors que le h\u00e9ros balzacien, de rien, veut parvenir \u00e0 tout, Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, de tout, parvient \u00e0 pas grand chose et s\u2019en contente.<br \/>\nAux diff\u00e9rents personnages du roman (outre les personnages historiques que l\u2019on croise), on peut associer des \u00eatres de chair et d\u2019os : outre Flaubert et Maxime du Camp dans Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau et \u00c9lisa Schl\u00e9singer dans Marie Arnoux, on reconna\u00eet ainsi Maurice Schl\u00e9singer dans Jacques Arnoux, Mme Delessert \u2013 ma\u00eetresse de Du Camp et de M\u00e9rim\u00e9e \u2013 dans Mme Dambreuse, Du Camp et Bouilhet dans Deslauriers, Mme Pradier dans Rosanette et La Vatnaz.<br \/>\nComme plus tard dans <em>Bouvard et P\u00e9cuchet<\/em>, Flaubert se moque de la grandiloquence des r\u00e9volutionnaires (<em>\u00ab Leurs discours passagers flattent avec \u00e9tude \/ La foule qui les presse et qui leur bat des mains \u00bb<\/em>, \u00e9crit Vigny dans <em>La Maison du berger<\/em>). \u00c0 ses yeux, R\u00e9publique \u00e9gale d\u00e9magogie et abaissement des \u00ab \u00e9lus \u00bb au niveau du peuple. Il en donne quelques aper\u00e7us dans le roman, par exemple lorsqu\u2019il d\u00e9crit l\u2019ambiance d\u2019un club r\u00e9volutionnaire (3\u00e8me partie, chapitre 1).<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>Fr\u00e9d\u00e9ric [ouvrit] un billet de Deslauriers. \u00ab Mon vieux. La poire [allusion \u00e0 la forme de la t\u00eate de Louis-Philippe] est m\u00fbre. Selon ta promesse, nous comptons sur toi. On se r\u00e9unit demain au petit jour, place du Panth\u00e9on. Entre au caf\u00e9 Soufflot. II faut que je te parle avant la manifestation. \u00bb<\/em><br \/>\nGustave Flaubert, <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em>, 2e partie, chap. VI.<\/p>\n<p class=\"twocolumn\"><em>\u00ab\u00a0En monarchie, l&rsquo;insurrection est un pas en avant ; en r\u00e9publique, c&rsquo;est un pas en arri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nVictor Hugo. <em>Paris et Rome<\/em>.<\/p>\n<p>Voici donc, dans ce Paris encore pr\u00e9-haussmannien, trois itin\u00e9raires pour comprendre les soul\u00e8vements de 1848, aller des clubs r\u00e9volutionnaires aux couloirs du nouveau pouvoir, en passant par les salles de r\u00e9daction des journaux r\u00e9publicains et socialistes, les demeures, caf\u00e9s et autres lieux fr\u00e9quent\u00e9s par les h\u00e9ros, r\u00e9els ou fictifs, des deux insurrections :<br \/>\n&#8211; <a href=\"..\/2005\/11\/19\/balade-litteraire-pendant-les-revolutions-de-1848-1\/\">539<\/a>,<br \/>\n&#8211; <a href=\"..\/2006\/01\/25\/balade-sur-les-pas-des-ecrivains-pendant-les-revolutions-de-1848-2\/\">540<\/a>,<br \/>\n&#8211; <a href=\"..\/2006\/02\/24\/balade-litteraire-a-paris-pendant-les-revolutions-de-1848-3\/\">538<\/a>.<\/p>\n<p>Sources :<br \/>\n&#8211; <em>1848, Une R\u00e9volution du discours<\/em>,<br \/>\n&#8211; <em>les Voix de la libert\u00e9<\/em>, Michel Winock, Seuil,<br \/>\n&#8211; <em>Ces Imb\u00e9ciles croyants de libert\u00e9<\/em>, Hachette,<br \/>\n&#8211; <em>L&rsquo;Invention de Paris<\/em>, Eric Hazan,<br \/>\n&#8211; <em>Le pays de la litt\u00e9rature<\/em>, Pierre Lepape.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai entendu dire aux pauvres : travaillez ! 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