{"id":903,"date":"2010-11-12T17:37:08","date_gmt":"2010-11-12T16:37:08","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/12\/un-petit-point-de-topographie-romantique\/"},"modified":"2025-05-27T10:17:15","modified_gmt":"2025-05-27T08:17:15","slug":"un-petit-point-de-topographie-romantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/12\/un-petit-point-de-topographie-romantique\/","title":{"rendered":"Un petit point de topographie romantique (sur l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9). Article de Henri Boucher paru dans Le Bulletin du bibliophile, janvier 1918"},"content":{"rendered":"<p>Si le souci m&rsquo;est venu d&rsquo;\u00e9claircir le point de topographie dont je vais parler, la faute en est bien aux \u00e9crivains romantiques qui, \u00e0 tour de r\u00f4le, on cr\u00e9\u00e9 la confusion dans l&rsquo;esprit du lecteur au sujet de la rue qu&rsquo;ils habitaient en petit groupe, de 1833 \u00e0 1835, dans le vieux coin du Carrousel qui renfermait alors la rue du Doyenn\u00e9 et l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;appel des coupables, d&rsquo;abord : G\u00e9rard de Nerval, Th\u00e9ophile Gautier, Ars\u00e8ne Houssaye. Camille Rogier, le peintre, \u00e9tait bien le fondateur du groupe, mais il n&rsquo;a rien laiss\u00e9 l\u00e0-dessus. L&rsquo;un dira qu&rsquo;il habitait la rue du Doyenn\u00e9 et citera plus loin l&rsquo;Impasse comme sa demeure ; l&rsquo;autre parlera de m\u00eame ou inversement et le troisi\u00e8me ne parlera plus que d&rsquo;une seule mani\u00e8re. Il est \u00e9vident qu&rsquo;on peut habiter une rue et avoir des fen\u00eatres donnant sur l&rsquo;impasse en m\u00eame nom que la rue, mais l\u00e0 n&rsquo;\u00e9tait pas le cas, et je r\u00e9p\u00e8te qu&rsquo;il me fallait sortir de l&rsquo;ind\u00e9cision sur ce point. On verra comment j&rsquo;y suis arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Examinons d&rsquo;abord et analysons les textes contradictoires de ces excellents amis et bons vivants qui menaient une joyeuse vie, comme on le sait, dans ce repaire encore tout impr\u00e9gn\u00e9 des relents des deux derniers si\u00e8cles. Songez donc, quel noble, quel auguste voisinage! Comme cadre, il \u00e9tait sans pareil : le Louvre, les Tuileries, puis le c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te des vestiges des h\u00f4tels de Longueville, d&rsquo;Elbeuf, les \u00c9curies du Roi. Le Man\u00e8ge, le Gymnase des Pages, la petite \u00e9glise Saint-Louis du Louvre, la rue Saint-Thomas du Louvre, le tout m\u00e9lang\u00e9 de restes de verdure au milieu de ruines d\u00e9laiss\u00e9es. Ces messieurs ne manquaient pas de go\u00fbt, ils firent leurs preuves, et celui-ci les avait men\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 ils pouvaient le satisfaire en bons po\u00e8tes qu&rsquo;ils \u00e9taient et, comme tels, excellents caresseurs de r\u00eaves du pass\u00e9, sans oublier ou m\u00e9priser l&rsquo;effectif du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Proc\u00e9dons par ordre. Le premier qui en ait \u00e9crit est l&rsquo;illustre Gautier, le Th\u00e9o de l&rsquo;\u00e9poque en question.<\/p>\n<p>Ce que nous tenons de lui sur le sujet est, \u00e0 tout prendre, ce qu&rsquo;on a \u00e9crit de plus pr\u00e9cis, et selon son habitude de plus descriptif, si l&rsquo;on tenait \u00e0 ses premi\u00e8res indications. Il faut d&rsquo;abord se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la notice sur Marilhat, la premi\u00e8re en date, o\u00f9 il fait appel \u00e0 des souvenirs encore peu distants de l&rsquo;\u00e9poque du Doyenn\u00e9, l&rsquo;article \u00e9tant de juillet 1848, \u00e0 treize ans d&rsquo;intervalle. Qu&rsquo;on en relise tout le d\u00e9but o\u00f9 il d\u00e9crit le tableau ruin\u00e9 et d\u00e9cr\u00e9pit de leur ancienne demeure, sans oublier de mettre le cadre, et il poursuit : \u00ab&nbsp;J&rsquo;habitais deux petites chambres dans la maison qui fait face \u00e0 l&rsquo;arcade qui m\u00e8ne au pont suspendu. Camille Rogier, G\u00e9rard de Nerval et Ars\u00e8ne Houssaye occupaient ensemble  l&rsquo;impasse, un b\u00e2timent remarquable par un vaste salon aux boiseries tarabiscot\u00e9es, aux glaces \u00e0 trumeaux, etc&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Il semble ici bien difficile d&rsquo;h\u00e9siter en face d&rsquo;une telle pr\u00e9cision, et la d\u00e9duction s&rsquo;impose devant la distinction que fait Gautier en sp\u00e9cifiant que ses amis habitaient l&rsquo;impasse, c&rsquo;est bien laisser entendre que lui habitait la rue. Il n&rsquo;en pouvait \u00eatre autrement pour un logement situ\u00e9 en face de la Galerie du bord de l&rsquo;eau, dans l&rsquo;axe m\u00eame du pont du Carrousel, construit de 1832 \u00e0 1834. Cette arcade n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas chang\u00e9, c&rsquo;est celle qui porte le nom du pavillon de Lesdigui\u00e8res. On ne peut, \u00e0 mon avis, en principe, que faire fondement sur ces premi\u00e8res et tr\u00e8s nettes indications de Gautier, quoi qu&rsquo;il \u00e9crive par la suite, m\u00eame contradictoirement, on va le voir, sans doute parce que le souvenir s&rsquo;\u00e9tait quelque peu embrum\u00e9 ou par moins de souci d&rsquo;exactitude.<\/p>\n<p>En effet, dix ans plus tard, en 1858, quand il donne \u00e0 <em>L&rsquo;Artiste<\/em> sa longue notice sur Honor\u00e9 de Balzac, o\u00f9 il relate pour la premi\u00e8re fois la d\u00e9marche que fait aupr\u00e8s de lui Sandeau, venant le recruter de la part du grand Honor\u00e9 pour la <em>Chronique de Paris<\/em>, il commence par ces mots : \u00ab&nbsp;Vers 1835, nous habitions deux petites chambres dans l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9, \u00e0 la place \u00e0 peu pr\u00e8s qu&rsquo;occupe aujourd&rsquo;hui le pavillon Mollien.&nbsp;\u00bb Il commet donc ici une premi\u00e8re confusion. Il l&rsquo;accentuera neuf ans apr\u00e8s (novembre 1867) dans sa notice sur G\u00e9rard de Nerval (<em>Portraits et souvenirs litt\u00e9raires<\/em>, p.24), il dit : \u00ab&nbsp;Nous habitions alors impasse du Doyenn\u00e9. Camille Rogier avait un appartement assez vaste dans une vieille maison. Nous occupions tout seul, dans la m\u00eame rue, un petit logement o\u00f9 nous ne rentrions gu\u00e8re que la nuit ; car nous passions les journ\u00e9es avec les camarades dans le grand salon de Rogier, vaste pi\u00e8ce&#8230;, etc.&nbsp;\u00bb Autre contradiction ; cependant, on ne peut gu\u00e8re s&rsquo;y tromper, malgr\u00e9 la confusion des termes. Gautier habitait bien un logement s\u00e9par\u00e9 de celui du groupe, il le dit encore ici positivement, et il est assez visible qu&rsquo;il emploie le mot rue comme un terme g\u00e9n\u00e9rique sans faire la distinction des mots, puisqu&rsquo;il dit la m\u00eame rue, alors qu&rsquo;il l&rsquo;a d\u00e9sign\u00e9e du nom d&rsquo;impasse au d\u00e9but. Toutefois, il n&rsquo;en r\u00e9sulte pas moins un sens de confusion pour l&rsquo;esprit du lecteur, qui se trouve dans l&rsquo;obligation d&rsquo;interpr\u00e9ter le texte du narrateur pour se sortir d&#8217;embarras sur la topographie.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs le bon Th\u00e9o n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de tout embrouiller dans son autobiographie, publi\u00e9e en mars 1867 (<em>L&rsquo;Illustration : Sommit\u00e9s contemporaine<\/em>). \u00ab&nbsp;&#8230;je demeurais, \u00e9crit-il, impasse du Doyenn\u00e9, o\u00f9 logeaient aussi Camille Rogier, G\u00e9rard de Nerval et Ars\u00e8ne Houssaye, qui habitaient ensemble un vieil appartement dont les fen\u00eatres donnaient sur des terrains pleins de pierres taill\u00e9es, d&rsquo;orties et de vieux arbres.&nbsp;\u00bb Cinq lignes plus bas, il ajoute \u00ab&nbsp; C&rsquo;est rue du Doyenn\u00e9&#8230; que fut donn\u00e9e ce bal costum\u00e9 qui resta c\u00e9l\u00e8bre&#8230;&nbsp;\u00bb alors que ce fameux bal d\u00e9roula ses folies \u00e0 l&rsquo;impasse ; et \u00e0 la page suivante, ne tenant nul compte de ce qu&rsquo;il avait \u00e9crit en 1858, il dit : \u00ab&nbsp;Dans ce petit logement de la rue du Doyenn\u00e9, qui n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;un souvenir, J. Sandeau vint nous chercher de la part de Balzac, pour coop\u00e9rer \u00e0 la <em>Chronique de Paris<\/em>&#8230;&nbsp;\u00bb C&rsquo;est ici la pleine confusion de terme et tout y est contradictoire.<\/p>\n<p>Gautier a bien fait, au d\u00e9but de cette autobiographie, de dire qu&rsquo;il avait accept\u00e9 un peu \u00e9tourdiment de l&rsquo;\u00e9crire, sentant bien que la m\u00e9moire pouvait le trahir. Le souvenir d\u00e9j\u00e0 fort effac\u00e9, il y avait 32 ans de cela, ne s&rsquo;est plus attard\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9cision des termes. Si celui de la visite de Sandeau reste cette fois mieux attach\u00e9 au petit logement de la rue du Doyenn\u00e9, c&rsquo;est que, et cela s&rsquo;explique et est tout naturel, ce fut dans la vie boh\u00e8me d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 un fait isol\u00e9, qui, bien localis\u00e9, et pour Gautier \u00e0 la fois important et m\u00e9morable, a subsist\u00e9 par une empreinte plus fid\u00e8le.<\/p>\n<p>En octobre 1856 (<em>Le Moniteur<\/em>), il avait \u00e9crit, \u00e0 propos de Chass\u00e9riau, avec une m\u00e9moire plus fra\u00eeche : \u00ab&nbsp;Nous avons connu Th\u00e9odore Chass\u00e9riau tout jeune : notre premi\u00e8re rencontre eut lieu dans une vieille maison de l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire dans le grand salon de Rogier, o\u00f9 l&rsquo;artiste peignit alors Diane au bain avec ses nymphes \u00ab&nbsp;d&rsquo;un charme sauvage et d&rsquo;une gr\u00e2ce \u00e9trange&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ne compliquons pas les choses par des explications superflues, nous verrons que Gautier, dans sa premi\u00e8re version \u00e9tait conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et pr\u00eatons maintenant attention \u00e0 ce que va dire son alter ego, le bon G\u00e9rard de Nerval.<\/p>\n<p>Dans <em>Les petits Ch\u00e2teaux de Boh\u00e8me<\/em> de sa <em>Boh\u00e8me galante<\/em>, &#8211; \u00e9crits vers 1851, dit Houssaye &#8211; il commence ainsi la premi\u00e8re phrase du premier ch\u00e2teau : \u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait dans notre logement commun de la rue du Doyenn\u00e9 que nous nous \u00e9tions reconnus fr\u00e8res.&nbsp;\u00bb Premi\u00e8re inexactitude. Plus loin : \u00ab&nbsp;Quelqu&rsquo;un de nous se levait parfois, et r\u00eavait \u00e0 des vers nouveaux, en contemplant des fen\u00eatres, les fa\u00e7ades sculpt\u00e9es de la galerie du mus\u00e9e, \u00e9gay\u00e9e de ce c\u00f4t\u00e9 par les arbres du man\u00e8ge&#8230;&nbsp;\u00bb et il poursuit ainsi : \u00ab&nbsp;ou bien, par les fen\u00eatres oppos\u00e9es, qui donnaient sur l&rsquo;impasse, on adressait de  vagues provocations aux yeux espagnols de la femme du commissaire, qui apparaissait souvent au dessus de la lanterne municipale.&nbsp;\u00bb On avouera que pour quiconque n&rsquo;a pas la connaissance de la topographie dans sa t\u00eate, comme G\u00e9rard la suivait dans son souvenir, il est plut\u00f4t malais\u00e9 de s&rsquo;y reconna\u00eetre. Encore tout cela pourrait se conformer \u00e0 ladite topographie, si le lieu habit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans l&rsquo;impasse et non dans la rue, comme l&rsquo;a \u00e9crit en premi\u00e8re ligne notre romantique qui, trois page plus loin, se contredit par ces mots : \u00ab&nbsp;nous invitions tous les locataires distingu\u00e9s de l&rsquo;impasse&#8230;&nbsp;\u00bb et quelques lignes plus bas il cite l&rsquo;impasse \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Bien entendu, je ne cherche pas pas ici de chicane sur les mots, les \u00e9crits et leurs auteurs, je poursuis une recherche \u00e0 travers des d\u00e9monstrations, c&rsquo;est pourquoi il me faut passer par toutes les complications de textes subsistant sur la question. Et voici que G\u00e9rard de lui-m\u00eame va fournir de bonnes preuves \u00e0 la recherche et \u00e0 la conformit\u00e9 de la topographie. Il dit \u00e0 la page suivante, \u00e0 propos de la femme \u00e9plor\u00e9e qui ne veut pas danser et demande \u00e0 \u00eatre ramen\u00e9e chez elle : \u00ab&nbsp;\u2026 elle consentit seulement \u00e0 se promener sur la petite place. Je savais ouvrir une certaine porte en planches qui donnait sur le man\u00e8ge et nous caus\u00e2mes longtemps au clair de lune, sous les tilleuls&nbsp;\u00bb. Tout cela se d\u00e9roule \u00e0 l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9, comme le dit G\u00e9rard : rien de plus exact, en effet, par rapport \u00e0 l&rsquo;impasse, tout autant que les ruines de la chapelle, dont il parle plus haut, qui n&rsquo;\u00e9tait autre que l&rsquo;ancienne petite \u00e9glise de Saint-Louis du Louvre, dont les restes d&rsquo;absides s&rsquo;\u00e9levaient encore \u00e0 cette bienheureuse \u00e9poque \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 et au sud de l&rsquo;impasse, mitoyens \u00e0 la petite place, que cite G\u00e9rard, au nord de laquelle s&rsquo;\u00e9tendait le Man\u00e8ge des \u00c9curies du Roi.<\/p>\n<p>G\u00e9rard de Nerval a donc bien \u00e9tabli le fameux logement du Doyenn\u00e9, qu&rsquo;il habita avec Rogier et Houssaye, \u00e9tait situ\u00e9 dans l&rsquo;impasse et non dans la rue. Mais pourquoi alors a-t-il dit la rue en commen\u00e7ant ? Sans doute par assimilation des lieux ou par inadvertance, en tout cas contradictoirement.<\/p>\n<p>Reste le t\u00e9moignage de celui qui surv\u00e9cut \u00e0 tous ses amis, Ars\u00e8ne Houssaye, consign\u00e9 dans ses m\u00e9moires \u2013 <em>Les Confessions, Souvenirs d&rsquo;un demi-si\u00e8cle<\/em>&#8211; dont la publication se fait en 1885.<\/p>\n<p>Houssaye, en agr\u00e9able brodeur litt\u00e9raire des sc\u00e8nes du pass\u00e9, n&rsquo;eut pas toujours le souci de l&rsquo;exactitude. Cependant en l&rsquo;esp\u00e8ce, il se trouve en r\u00e8gle avec la r\u00e9alit\u00e9 des faits. Il dit, tome 1, p.298 : \u00ab&nbsp;Th\u00e9o loua, rue du Doyenn\u00e9, au voisinage de Camille Rogier, un petit pied a terre&#8230;.. Le luxe \u00e9tait en face, dans les c\u00e9l\u00e8bres appartements de Camille Rogier&#8230;&nbsp;\u00bb L&rsquo;indication est assez pr\u00e9cise pour s&rsquo;y reconna\u00eetre : en face est une fa\u00e7on de dire, et, au demeurant, Houssaye est rest\u00e9 dans l&rsquo;exactitude puisqu&rsquo;il fait la distinction entre les deux logements, le modeste pied \u00e0 terre de Th\u00e9o dans la rue et la fastueuse demeure de Rogier, G\u00e9rard et lui en face, dans le voisinage, autrement dit \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dans l&rsquo;impasse, d\u00e9duction suffisamment claire qui ressort de tout ce qui vient d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, il me fallait arriver \u00e0 localiser ces demeures d&rsquo;une fa\u00e7on aussi pr\u00e9cise que possible et m&rsquo;appuyer sur des documents ne pouvant pr\u00eater ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9quivoque ni \u00e0 la discussion. Je l&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 pour celle habit\u00e9e par le trio romantique Rogier, de Nerval et Houssaye, et, chose plut\u00f4t curieuse et inattendue, celui qui m&rsquo;a fourni, si je puis dire, d&rsquo;une mani\u00e8re indiscutable, l&rsquo;indication utile, probante, permettant d&rsquo;\u00e9tablir la topographie pr\u00e9cise, est le commissaire de police, avec l&rsquo;aide, il est vrai, de documents figur\u00e9s : les plans de la cour du Louvre et de la ville de Paris de l&rsquo;\u00e9poque correspondante. (Voir le plan ci-joint ; c&rsquo;est le plan de Jacoubert, voir l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/12\/dans-limpasse-du-doyenne-a-paris-vers-1835\/\">\u00ab\u00a0Dans l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9 \u00e0 Paris vers 1835\u00a0\u00bb<\/a>).<\/p>\n<p>Pourtant, si le doux G\u00e9rard n&rsquo;avait pas gard\u00e9 la hantise de ces beaux yeux espagnols de la femme du commissaire, qui logeait en face, et crayonn\u00e9 ce plaisant souvenir, ce point de repaire capital ne viendrait pas en mani\u00e8re de t\u00e9moignage et de document \u00e0 l&rsquo;appui de la preuve.<\/p>\n<p>Marut de l&rsquo;Ombre, chevalier de la l\u00e9gion d&rsquo;honneur, commissaire de police des Tuileries (1er arrondissement) demeurait, en 1835, cul-de-sac du Doyenn\u00e9, n\u00b06, ainsi que l&rsquo;\u00e9tablit l&rsquo;Almanach du Commerce par S\u00e8b. Bottin pour les ann\u00e9es 1832, 33 et 34, et il \u00e9tait encore en fonction, \u00e0 la m\u00eame adresse, en 1841. Recourrons maintenant au plan de la cour du Louvre et du Carrousel ; du premier coup d&rsquo;\u0153il on est fix\u00e9. Voici la rue du doyenn\u00e9, orient\u00e9e du Nord au Sud, et d\u00e9bouchant dans une rue du Carrousel : dans sa partie inf\u00e9rieure se branche perpendiculairement, allant \u00e0 l&rsquo;Est, l&rsquo;impasse du doyenn\u00e9, v\u00e9ritable cul-de-sac en effet, peu \u00e9tendu, et au fond duquel se trouvent face-\u00e0-face  les deux derni\u00e8res maisons de l&rsquo;impasse portant les n\u00b06 et 3. Donc, le n\u00b06 \u00e9tant celle du commissaire, la preuve vient d&rsquo;en \u00eatre donn\u00e9e, le n\u00b03 \u00e9tait la demeure v\u00e9tuste et somptueuse de nos romantiques. Ainsi tout s&rsquo;\u00e9claire, se pr\u00e9cise et se v\u00e9rifie.<\/p>\n<p>Comme on vient de le voir, le n\u00b03 \u00e9tait la derni\u00e8re maison de l&rsquo;impasse. Elle avait une cour commune  avec celle du n\u00b0 5, sa voisine, elle touchait \u00e0 l&rsquo;Est aux restes de l&rsquo;abside ruin\u00e9e que citent Gautier et G\u00e9rard ; au Sud elle \u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e. On se rend parfaitement compte comment, des hautes fen\u00eatres du logement Rogier, on pouvait voir, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;impasse du nord, l&rsquo;\u00e9tendue du man\u00e8ge : \u00e0 l&rsquo;Est, un coin de la vieille abside ruin\u00e9e, et vers le Sud, \u00e0 travers les arbres du Gymnase des pages, sans doute \u00e0 cette \u00e9poque devenu un terrain vague o\u00f9 gisaient, au milieu d&rsquo;une jungle d&rsquo;orties et le long de la rue des Orties, les pierres qui devaient servir \u00e0 l&rsquo;ach\u00e8vement du Louvre, la longue galerie au bord de l&rsquo;eau presque toujours plong\u00e9e dans l&rsquo;ombre de ce c\u00f4t\u00e9, ombre accentu\u00e9e depuis par le doublement parall\u00e8le que constitue la trav\u00e9e des pavillons Daru, Denon et Mollien. C&rsquo;est donc, de la part de G. de Nerval, une erreur, ou une confusion, d&rsquo;avoir dit que les arbres du man\u00e8ge \u00e9gayaient de ce c\u00f4t\u00e9 les  fa\u00e7ades de la galerie du mus\u00e9e, alors que c&rsquo;\u00e9taient, on s&rsquo;en rend compte, ceux du Gymnase des Pages.<\/p>\n<p>Le mus\u00e9e Carnavalet conserve une peinture de Mme Lina Jaunez, n\u00b0 244, ayant figur\u00e9 au Salon de 1833 sous ce titre : \u00ab\u00a0Vue des ruines de Saint-Thomas du Louvre  et de l&rsquo;h\u00f4tel deLongueville\u00a0\u00bb. Le guide explicatif du dit mus\u00e9e (Charles Sellier et Prosper Dorbee, 1903) l&rsquo;indique ainsi, un peu diff\u00e9remment : \u00ab\u00a0Vue des ruines de la Chapelle du Doyenn\u00e9 (ancienne Eglise St-Thomas du Louvre)\u00a0\u00bb. Soit : on peut dire que c&rsquo;est le coin ruin\u00e9, d\u00e9labr\u00e9 qui pr\u00eatait tant \u00e0 la r\u00eaverie de nos po\u00e8tes et artistes et artistes romantiques. La toile, en hauteur, de peu de dimensions, et d&rsquo;un pinceau sans \u00e9clat, n&rsquo;a d&rsquo;autre int\u00e9r\u00eat que de mettre sous nos yeux, assez suggestivement, semble-t-il, les restes de l&rsquo;abside ruin\u00e9e de la petite \u00e9glise Saint-Louis du Louvre, \u00e0 laquelle, comme on le voit, on donnait des d\u00e9nominations diff\u00e9rentes, entrevus \u00e0 travers les arbres du Gymnase des Pages, et quelques vieilles constructions au-del\u00e0. Pourrait-on y faire figurer la demeure somptueuse de Rogier, on peut en douter, si une partie des constructions visibles sont les restes de l&rsquo;H\u00f4tel de Longueville, comme l&rsquo;a consign\u00e9 Mlle Jaunez elle m\u00eame au catalogue du Salon de 1833 (on trouvera une reproduction de cette toile dans un des curieux volumes de M. Georges Cain sur Paris : Les Pierres de Paris, p.191 (E. Flammarion, Paris [1910], avec cette l\u00e9gende : \u00ab\u00a0Ruines de la chapelle de Doyenn\u00e9 et de l&rsquo;h\u00f4tel de Longueville\u00a0\u00bb. Voir \u00e9galement pp. 199 et 211 des vues de la Place du Carrousel sous Louis Philippe et en 1849).<\/p>\n<p><strong>Voir aussi <a href=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/12\/dans-limpasse-du-doyenne-a-paris-vers-1835\/\">\u00ab\u00a0Dans l&rsquo;impasse du Doyenn\u00e9 \u00e0 Paris vers 1835\u00a0\u00bb<\/a>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si le souci m&rsquo;est venu d&rsquo;\u00e9claircir le point de topographie dont je vais parler, la faute en est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[31],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=903"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6721,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903\/revisions\/6721"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=903"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=903"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=903"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}