{"id":906,"date":"2010-11-27T18:32:56","date_gmt":"2010-11-27T17:32:56","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/27\/yukio-mishima-a-tokyo\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:17","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:17","slug":"yukio-mishima-a-tokyo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2010\/11\/27\/yukio-mishima-a-tokyo\/","title":{"rendered":"Yukio MISHIMA \u00e0 Tokyo"},"content":{"rendered":"<p>Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiroaka, est n\u00e9 \u00e0 Tokyo en 1925.  Un homme de la ville  donc, un urbain mais aussi un homme enracin\u00e9 dans un terroir, celui de sa grand-m\u00e8re paternelle, femme cultiv\u00e9e qui lui transmettra le virus de la litt\u00e9rature et du th\u00e9\u00e2tre traditionnel japonais, le Kabuki.  Tout jeune adolescent, il \u00e9crit d\u00e9j\u00e0 des r\u00e9cits qu&#8217;il fait lire \u00e0 sa m\u00e8re avec qui il gardera toujours des liens \u00e9troits.  Dans la capitale, il fr\u00e9quente les milieux litt\u00e9raires de \u00ab\u00a0l&#8217;\u00c9cole romantique\u00a0\u00bb  et devient vite un intellectuel remarqu\u00e9 qui publie une premi\u00e8re &#339;uvre \u00ab\u00a0La For\u00eat tout en fleur\u00a0\u00bb dans la revue &#8216;Art et culture&#8217;. <\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2419\" aria-describedby=\"caption-attachment-2419\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2419\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/jpg_YM_Tokyo-Shinjuku.jpg\" alt=\"Tokyo-Shinjuku : quartier de Tokyo o\u00f9 Mishima a v\u00e9cu\" title=\"Tokyo-Shinjuku : quartier de Tokyo o\u00f9 Mishima a v\u00e9cu\" class=\"caption\" align=\"left\" width=\"235\" height=\"176\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2419\" class=\"wp-caption-text\">Tokyo-Shinjuku : quartier de Tokyo o\u00f9 Mishima a v\u00e9cu<\/figcaption><\/figure>En apparence, il est un homme combl\u00e9, valeur montante de la litt\u00e9rature japonaise. Mais il se sent \u00e9cartel\u00e9 entre la vie brillante qu&#8217;il m\u00e8ne \u00e0 Tokyo et la vie paisible du monde rural[[Dans son roman \u00ab\u00a0Une soif d&#8217;amour\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 1950, Mishima d\u00e9crit l&#8217;opposition entre le monde urbain et le monde rural. \u00c1 Tokyo, il vivra dans sa grande villa \u00e0 l&#8217;occidental, gardant jalousement juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 la maisonnette purement nippone de ses parents, conscient de cette double culture.]], entre l&#8217;attrait pour le mode de vie occidental et le respect de la tradition[[Il peut \u00e9crire aussi bien une adaptation d&#8217;une pi\u00e8ce n\u00f4, \u00ab\u00a0D&#333;j&#333;ji\u00a0\u00bb en 1953, \u00ab\u00a0Cinq N\u00f4s modernes\u00a0\u00bb en 1956  ou des &#339;uvres traitant du monde occidental comme \u00ab\u00a0Madame de Sade\u00a0\u00bb en 1965 ou \u00ab\u00a0Mon ami Hitler\u00a0\u00bb en 1968.  Ceci peut \u00eatre rapproch\u00e9 de cette r\u00e9flexion : \u00ab Mishima repr\u00e9sente ce paradoxe d&#8217;une double culture d&#8217;occident et d&#8217;orient qui finit par s&#8217;incarner dans ce que la culture japonaise a de plus sp\u00e9cifique. \u00bb]], entre les troubles qu&#8217;il ressent et l&#8217;image qu&#8217;il donne de lui-m\u00eame. Dans \u00ab\u00a0Confession d&#8217;un masque\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 1949, aux accents autobiographiques marqu\u00e9s, il \u00e9voque sa difficult\u00e9 d&#8217;\u00eatre dans les relations sociales ainsi que son homosexualit\u00e9 qu&#8217;il a longtemps refus\u00e9e. <\/p>\n<p>Lui qui parviendra plus tard \u00e0 se transcender dans le sport  et la force physique,  est un adolescent ch\u00e9tif et hyper sensible[[Il sera fascin\u00e9 par les repr\u00e9sentations de Saint-S\u00e9bastien , en particulier celle de Guido Reni qui repr\u00e9sente un \u00e9ph\u00e8be \u00e0 demi nu perc\u00e9 de fl\u00e8ches.]] qui sera m\u00eame r\u00e9form\u00e9 pendant la guerre en 1941, ce qu&#8217;il vivra comme un affront personnel.  Par un effort de volont\u00e9 extraordinaire, il va d\u00e9cider  d&#8217;exorciser ses d\u00e9mons, de s&#8217;astreindre \u00e0 un entra\u00eenement physique intensif qu&#8217;il entretiendra constamment et deviendra m\u00eame expert en Kendo. Sur le plan sentimental, apr\u00e8s quelques liaisons homosexuelles fugaces,  il fr\u00e9quente la future imp\u00e9ratrice Shoda Michiko et finit par se marier avec Yoko Sugiyama dont il aura deux enfants. Mais son comportement reste ambivalent et par exemple, il jouera en 1968 dans  \u00ab\u00a0Le l\u00e9zard noir\u00a0\u00bb [[\u00ab\u00a0Le l\u00e9zard noir\u00a0\u00bb : film de Kinji Fukasaku d&#8217;apr\u00e8s Edogawa Rampo o\u00f9 jouent Mishima et Miwa. Mishima en fera une adaptation th\u00e9\u00e2trale l&#8217;ann\u00e9e suivante.]] avec son amant, le travesti Akihiro Miwa[[Akihiro Miwa : parolier, compositeur, acteur,  \u00e9crivain, chanteur et transformiste n\u00e9 en 1935 \u00e0 Nagasaki.]].<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2420\" aria-describedby=\"caption-attachment-2420\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-2420\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/jpg_YM_Tokyo-Shibuya.jpg\" alt=\"Tokyo-Shibuya : autre quartier central de Tokyo que Mishima a fr\u00e9quent\u00e9\" title=\"Tokyo-Shibuya : autre quartier central de Tokyo que Mishima a fr\u00e9quent\u00e9\" class=\"caption\" align=\"right\" width=\"200\" height=\"150\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2420\" class=\"wp-caption-text\">Tokyo-Shibuya : autre quartier central de Tokyo que Mishima a fr\u00e9quent\u00e9<\/figcaption><\/figure>Lui, le japonais &#8216;occidentalis\u00e9&#8217;, va r\u00e9agir violemment contre ses tendances et adopter des positions nationalistes radicales. Il constitue sa propre milice, le Tatenoka\u00ef (la soci\u00e9t\u00e9 du bouclier) pour r\u00e9tablir les valeurs ancestrales et \u00eatre le bras arm\u00e9 de l&#8217;empereur.  En ao\u00fbt 1970, un peu plus d&#8217;un mois avant sa disparition, il d\u00e9clarera\u00a0: \u00ab\u00a0L&#8217;argent et le mat\u00e9rialisme r\u00e8gnent\u00a0; le Japon moderne est laid.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c1 partir de 1965, Mishima s&#8217;attelle \u00e0 ce qu&#8217;il consid\u00e8re comme sa grande &#339;uvre, une t\u00e9tralogie qu&#8217;il intitule  \u00ab\u00a0La mer de la fertilit\u00e9\u00a0\u00bb[[T\u00e9tralogie qui comprend : Neige de printemps, Chevaux \u00e9chapp\u00e9s, Le temple de l&#8217;aube et L&#8217;ange en d\u00e9composition (ou l&#8217;ange pourri selon la traduction de &#8216;Tennin Gosui&#8217;).]] (H\u00f4j\u00f4 no umi) par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la plaine d\u00e9sertique lunaire, symbole \u00e0 ses yeux du d\u00e9sert qu&#8217;est devenu son pays. Il y peint une grande fresque historique allant de la guerre russo-japonaise aux lendemains de la seconde guerre mondiale, fouillant les replis de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise dans ses contradictions et ses \u00e9volutions qu&#8217;il supporte de plus en plus mal. La r\u00e9alit\u00e9 de Mishima va finir par rejoindre la fiction de l&#8217;\u00e9crivain, le tome II de sa t\u00e9tralogie met en sc\u00e8ne un Seppuku, le suicide rituel fa\u00e7on samoura\u00ef.<br \/>\n<figure id=\"attachment_2421\" aria-describedby=\"caption-attachment-2421\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2421\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/jpg_YM_Kuniyoshi_Utagawa_300.jpg\" alt=\"Kuniyoshi Utagawa : illustration de la couverture de sa t\u00e9tralogie (d'apr\u00e8s une estampe sur bois de Kuniyoshi Utagawa)\" title=\"Kuniyoshi Utagawa : illustration de la couverture de sa t\u00e9tralogie (d'apr\u00e8s une estampe sur bois de Kuniyoshi Utagawa)\" class=\"caption\" align=\"center\" width=\"300\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/jpg_YM_Kuniyoshi_Utagawa_300.jpg 300w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/jpg_YM_Kuniyoshi_Utagawa_300-212x300.jpg 212w\" sizes=\"(max-width: 300px) 94vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2421\" class=\"wp-caption-text\">Kuniyoshi Utagawa : illustration de la couverture de sa t\u00e9tralogie (d&rsquo;apr\u00e8s une estampe sur bois de Kuniyoshi Utagawa)<\/figcaption><\/figure><br \/>\nLe 25 novembre 1970, apr\u00e8s avoir termin\u00e9 sa t\u00e9tralogie et exp\u00e9di\u00e9 le manuscrit \u00e0 son \u00e9diteur, il met en sc\u00e8ne et interpr\u00e8te le dernier acte de sa vie, qu&#8217;il a con\u00e7u comme une grande trag\u00e9die classique vibrant du souffle \u00e9pique du h\u00e9ros. En compagnie de quelques disciples, il investit L&#8217;\u00c9cole militaire du minist\u00e8re de la d\u00e9fense, tient un grand discours, digne et patriotique devant un auditoire m\u00e9dus\u00e9 et plut\u00f4t hostile, et se retire avec ses compagnons. Puis, avec l&#8217;aide de son ami Masakatsu Morita, il se donne la mort selon le rituel cod\u00e9 et ancestral de la d\u00e9capitation au sabre, le Seppuku. <\/p>\n<p>Le rideau vient de tomber sur le th\u00e9\u00e2tre de sa vie. Il avait 45 ans. Dans  \u00ab\u00a0Chevaux \u00e9chapp\u00e9s\u00a0\u00bb, il \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0Toute pens\u00e9e n&#8217;est valable que si elle passe aux actes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans sa biographie de Mishima[[Marguerite Yourcenar, \u00ab\u00a0Mishima ou la vision du vide\u00a0\u00bb,  \u00c9ditions Gallimard, 1981.]], Marguerite Yourcenar \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0La fa\u00e7on dont chez Mishima les particules traditionnellement japonaises ont remont\u00e9 \u00e0 la surface et explos\u00e9 dans sa mort font de lui&#8230; le t\u00e9moin, au sens \u00e9tymologique du mot, le martyr du Japon h\u00e9ro\u00efque qu&#8217;il a pour ainsi dire rejoint \u00e0 contre courant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Christian Broussas, Feyzin, le vendredi 26 novembre 2010.<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques\u00a0:<\/strong><br \/>\n&#8211; \u00a0\u00bb\u00a0Correspondance entre Mishima et Kawabata\u00a0\u00bb (1945-1970)\u00a0;<br \/>\n&#8211; \u00a0\u00bb\u00a0Madame de Sade\u00a0\u00bb, pi\u00e8ce sur la femme du &#8216;divin marquis&#8217; &#8211; voir la fiche que j&#8217;ai ouverte sur Wikipedia\u00a0: <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Madame_de _Sade\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Madame_de _Sade<\/a>;<br \/>\n&#8211; \u00a0\u00bb\u00a0Mort et vie de Mishima\u00a0\u00bb par Henri Scott-Stokes &#8211; voir la fiche que j&#8217;ai ouverte sur Wikipedia\u00a0: <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mort_et_vie_de_Mishima\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mort_et_vie_de_Mishima<\/a>;<br \/>\n&#8211; \u00ab\u00a0Soif d&#8217;amour\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0: roman publi\u00e9 en 1950, drame domestique domin\u00e9 par la jalousie,  une jeune veuve Etsuko est tiraill\u00e9e entre deux hommes, et peinture d\u00e9sabus\u00e9e de la pression de la hi\u00e9rarchie et du milieu social dans la campagne des environs d&#8217;Osaka.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yukio Mishima, de son vrai nom Kimitake Hiroaka, est n\u00e9 \u00e0 Tokyo en 1925. 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