{"id":934,"date":"2011-10-12T15:21:01","date_gmt":"2011-10-12T13:21:01","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2011\/10\/12\/1844-balzac-rencontre-vidocq-a-paris\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:17","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:17","slug":"1844-balzac-rencontre-vidocq-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2011\/10\/12\/1844-balzac-rencontre-vidocq-a-paris\/","title":{"rendered":"1844 : BALZAC rencontre VIDOCQ \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p><em>Voici un long texte de L\u00e9on Gozlan au sujet d&rsquo;une rencontre fameuse qu&rsquo;il y fit un jour de 1844, en compagnie de son ami et h\u00f4te du lieu : Balzac.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2460\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020464_350.jpg\" alt=\"P1020464_350.jpg\" width=\"380\" height=\"497\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020464_350.jpg 380w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020464_350-229x300.jpg 229w\" sizes=\"(max-width: 380px) 94vw, 380px\" \/><\/p>\n<p><strong>Extrait de <em>Balzac intime<\/em>, par L\u00e9on Gozlan<\/strong><\/p>\n<p>On \u00e9tait en plein \u00e9t\u00e9 ; je crois m\u00eame qu&rsquo;on touchait \u00e0 la fin de 1844. Oui, nous \u00e9tions dans l&rsquo;ann\u00e9e 1844.<br \/>\nBalzac habitait alors la fantastique maison de la rue Basse, \u00e0 Passy.<\/p>\n<p>Par une de ces journ\u00e9es \u00e9touffantes comme on n&rsquo;en traverse gu\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 Paris dans le mois de septembre, car je n&rsquo;en ai jamais connu d&rsquo;aussi mortellement chaudes \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque au milieu du Sahara, je me d\u00e9cidai, sur une invitation de Balzac, \u00e0 me rendre \u00e0 cette jolie habitation de Passy, tr\u00e8s jolie sans doute, mais coll\u00e9e comme une aire tremblante aux flancs p\u00e9rilleux d&rsquo;une montagne. Rude ascension qui me fait palpiter et ruisseler les tempes rien qu&rsquo;\u00e0 la pens\u00e9e de l&rsquo;avoir tent\u00e9e. Il y avait surtout \u00e0 gravir, apr\u00e8s la barri\u00e8re, et tortueusement plac\u00e9e entre les hauts murs qui soutiennent la montagne de Passy, une ruelle d&rsquo;une perpendicularit\u00e9, d&rsquo;une roideur, d&rsquo;une fantaisie de contours, d&rsquo;une difformit\u00e9 !&#8230; un vrai p\u00e8lerinage \u00e0 accomplir.<\/p>\n<p>Balzac prenait souvent cet affreux chemin, tr\u00e8s mal fam\u00e9 du reste, quand il ne voulait pas \u00eatre rencontr\u00e9 par les importuns. Rien n&rsquo;\u00e9tait amusant, d&rsquo;en haut, \u2014 petite cruaut\u00e9 amicale, \u2014 comme de le voir suer d&rsquo;ahan, souffler comme un b\u0153uf au soleil, rompre sur ses genoux, \u00e0 travers les anfractuosit\u00e9s de cette br\u00e8che. Nous nous donnions souvent ce plaisir de belv\u00e9der, madame X&#8230; et moi, quand il avait promis de venir d\u00e9jeuner, et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait en retard que de deux ou trois heures.<\/p>\n<p>Je suivis ce jour-l\u00e0 le bord de l&rsquo;eau, esp\u00e9rant voler quelques bouff\u00e9es d&rsquo;air \u00e0 la Seine. Je n&rsquo;eus pas la moindre ris\u00e9e. Quelle fournaise ! Le cours la Reine \u00e9tait jaune comme de la paille de ma\u00efs. Joignez une poussi\u00e8re fine, corrosive, \u00e0 cette atmosph\u00e8re de feu. Il fallait que le d\u00e9dommagement qui m&rsquo;attendait \u00e0 Passy f\u00fbt bien grand pour me faire oublier ce voyage par un temps si lourd. Il alla au-del\u00e0 de toutes les compensations imaginables. J&rsquo;aurais consenti \u00e0 endurer vingt fatigues pareilles pour jouir de la surprise que Balzac m&rsquo;avait m\u00e9nag\u00e9e ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait sept heures et demie environ quand j&rsquo;entrai dans la salle \u00e0 manger, celle que d\u00e9corait, digne d&rsquo;une galerie florentine\u00a0 ou v\u00e9nitienne, son buste, chef-d&rsquo;\u0153uvre de David : un Titien peint au ciseau, un VanDyck de marbre. Cette riante pi\u00e8ce, dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, donnait sur le jardin et communiquait avec son cabinet de travail.<\/p>\n<p>Balzac achevait de d\u00eener : il avait \u00e0 sa droite, pr\u00e8s de lui, un r\u00e9dacteur de <em>La Presse<\/em>, M. Robert, qui \u00e9tait venu lui demander la suite des Paysans que publiait alors ce journal, \u00e0 sa gauche, madame X&#8230;, occup\u00e9e \u00e0 verser le caf\u00e9, et en face de lui un homme \u00e0 figure bovine, large du front, bestiale du bas, solide, inqui\u00e9tante, d&rsquo;un caract\u00e8re \u00e9trange : cheveux autrefois rouges assur\u00e9ment, aujourd&rsquo;hui blancs-blonds; regards autrefois bleus, aujour&rsquo;d&rsquo;hui gris d&rsquo;hiver. Ensemble complexe, rustique et subtil, d&rsquo;une expression peu facile \u00e0 d\u00e9finir d&rsquo;un mot, d&rsquo;un trait, du premier coup ; calme, cependant, mais calme \u00e0 la\u00a0 mani\u00e8re redoutable des sphinx \u00e9gyptiens. Il y a des griffes quelque part.<\/p>\n<p>Du reste, je dois dire ici que l&rsquo;homme posa si habilement, pendant toute la soir\u00e9e, son buste d&rsquo;Hercule, mais d&rsquo;Hercule apr\u00e8s les douze travaux, fatigu\u00e9 et vo\u00fbt\u00e9, pendant tout le temps qu&rsquo;il passa chez Balzac cette fois-l\u00e0, qu&rsquo;il me fut impossible de voir sa figure d&rsquo;une mani\u00e8re assez suivie pour en retenir fermement les traits, pour pouvoir les grouper et les fixer plus tard sous la plume.<\/p>\n<p>Ni \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, qui d\u00e9clinait d\u00e9j\u00e0 beaucoup, il est vrai, quand je fus introduit, ni \u00e0 la clart\u00e9 des lampes qu&rsquo;on ne tarda pas \u00e0 apporter, cette figure ne se d\u00e9voila une seule fois franchement \u00e0 mon regard. Je n&rsquo;en saisis jamais qu&rsquo;un quartier. N&rsquo;y eut-il que du hasard dans cet accident, y eut-il de la volont\u00e9 du personnage, c&rsquo;est ce que je ne saurais affirmer : mais, par l&rsquo;effet d&rsquo;une cause ou d&rsquo;une autre, ce masque m&rsquo;\u00e9chappa constamment sans qu&rsquo;il y e\u00fbt pourtant affectation apparente de sa part \u00e0 se d\u00e9rober \u00e0 l&rsquo;examen. Quel \u00e9tait donc cet homme ? C&rsquo;est avec un simple mouvement de ses mains, qui me parurent d&rsquo;un beau moulage, d&rsquo;une rare expression de souplesse et d&rsquo;autorit\u00e9, et qu&rsquo;il agitait parfois avec la coquetterie qu&rsquo;y aurait mise une femme, et qu&rsquo;il laissait tomber aussi parfois avec la lourdeur royale d&rsquo;une patte de tigre; c&rsquo;est avec leur simple mouvement, dis-je, qu&rsquo;il sut \u00e9chapper \u00e0 toute minutieuse analyse. Tant\u00f4t il les faisait se rencontrer sur son front comme un homme occup\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher sa m\u00e9moire de s&rsquo;\u00e9vaporer, et alors son visage \u00e9tait \u00e0 demi invisible ; tant\u00f4t il pla\u00e7ait l&rsquo;une ou l&rsquo;autre en \u00e9cran au-dessus de ses sourcils, afin de garantir ses yeux du trop vif \u00e9clat de la lumi\u00e8re, ou bien il les croisait au repos sur sa bouche, ainsi qu&rsquo;on fait dans les moments de profonde attention port\u00e9e aux choses qu&rsquo;on \u00e9coute. Et, singuli\u00e8re influence de cette individualit\u00e9, je sentis, bien avant que Balzac m&rsquo;e\u00fbt pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 ce convive, nouveau pour moi, qu&rsquo;il remplissait l&rsquo;espace o\u00f9 nous nous trouvions de sa puissance translucide : enfin, on \u00e9prouvait, \u2014 c&rsquo;est du moins ma sensation personnelle, \u2014 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas que le poids d&rsquo;une seule plan\u00e8te souverainement intelligente dans le milieu o\u00f9 nous respirions. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de celle de Balzac, il y en avait assur\u00e9ment une autre ce soir-l\u00e0 qui gravitait et attirait.<\/p>\n<p>En enfon\u00e7ant les doigts dans une grosse p\u00eache de Montreuil qu&rsquo;il se disposait \u00e0 porter \u00e0 ses dents de sanglier, et en me d\u00e9signant d&rsquo;un coup d&rsquo;\u0153il satisfait le personnage qui m&rsquo;\u00e9tait inconnu, Balzac me dit : \u00ab Je vous pr\u00e9sente M. Vidocq. \u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" aligncenter size-full wp-image-2461\" src=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020466_450.jpg\" alt=\"P1020466_450.jpg\" width=\"480\" height=\"368\" align=\"middle\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020466_450.jpg 480w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/jpg_P1020466_450-300x230.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 94vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>A ce nom fameux dans l&rsquo;histoire de la police, je me rappelai avoir entrevu ce type de Vautrin dans les all\u00e9es des Jardies, mais sans que Balzac me l&rsquo;e\u00fbt jamais pr\u00e9sent\u00e9, ni qu&rsquo;il m&rsquo;e\u00fbt dit quel personnage officiel et myst\u00e9rieux c&rsquo;\u00e9tait. Comme j&rsquo;avais appris \u00e0 respecter toutes ses r\u00e9serves et ses plus l\u00e9g\u00e8res circonspections, s\u00fbr moyen de ne jamais se prendre de froideur avec lui, je ne lui avais pas demand\u00e9 quel visiteur j&rsquo;avais eu l&rsquo;honneur de coudoyer sous son toit. Il jugeait \u00e0 propos maintenant de rompre le charme ; je n&rsquo;avais qu&rsquo;\u00e0 m&rsquo;on r\u00e9jouir, le h\u00e9ros valait certainement la peine d&rsquo;\u00eatre connu, \u00e0 cause de tout le bruit amass\u00e9 autour de son nom, \u00e0 cause des grosses et t\u00e9n\u00e9breuses affaires de police secr\u00e8te qu&rsquo;il avait conduites avec la p\u00e9n\u00e9tration du g\u00e9nie et souvent r\u00e9solues avec une audace chevaleresque. Balzac, et certes il avait en cela grandement raison, tenait en tr\u00e8s haute estime ces sortes d&rsquo;aptitudes privil\u00e9gi\u00e9es commises \u00e0 la surveillance des familles et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publique. Il admirait surtout la divination de ces esprits subtils entre tous les esprits, qui ont le flair aigu du sauvage pour suivre \u00e0 la piste un criminel sur l&rsquo;induction la plus fugitive, sans induction m\u00eame. Une voix leur parle. Ils sont saisis d&rsquo;un tremblement nerveux comme l&rsquo;hydroscope sur le rocher qui recouvre la nappe d&rsquo;eau \u00e0 cent pieds sous terre, et ils s&rsquo;\u00e9crient : \u00ab Le crime est l\u00e0, creusez, il y est ! \u00bb<\/p>\n<p>Balzac lui-m\u00eame aimait \u00e0 se parer de cette rare intuition. Et que de preuves n&rsquo;a-t-il pas donn\u00e9es qu&rsquo;il la poss\u00e9dait au plus haut degr\u00e9 en nous faisant suivre fil \u00e0 fil les passions les plus cach\u00e9es du c\u0153ur et en nous introduisant de d\u00e9dale en d\u00e9dale jusqu&rsquo;au c\u0153ur m\u00eame, la caverne o\u00f9 se fabriquent toutes les fausses monnaies, o\u00f9 se nouent toutes les conspirations, o\u00f9 se pr\u00e9parent tous les meurtres, tous les crimes avant d&rsquo;entrer dans le monde de la r\u00e9alit\u00e9 pour y \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s alors par ces autres moralistes, les grands g\u00e9nies de la police, les Lenoir, les Colquhoun, les Parent-Duch\u00e2telet, et, dans un autre ordre d&rsquo;intelligence, les Vidocq !<\/p>\n<p>Le caf\u00e9 fut servi par les belles mains dodues de madame X&#8230; On causa encore quelques instants avant d&rsquo;allumer les bougies. Au moment o\u00f9 elles furent plac\u00e9es sur la table, M. Robert s&rsquo;\u00e9tant lev\u00e9 pour partir, Balzac se leva aussi et l&rsquo;accompagna apr\u00e8s lui avoir remis un paquet tout chiffonn\u00e9, form\u00e9 de pages de manuscrit et de placards d&rsquo;\u00e9preuves, qu&rsquo;il sortit des larges poches balantes de la veste de toile grise qu&rsquo;il portait ordinairement l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>A la porte de la salle, ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent pour causer. Balzac, qui avait une grande estime pour M. Robert aimait beaucoup \u00e0 le consulter, a le mettre au courant, dans des confidences famili\u00e8res, de ses mis\u00e9rables tribulations d&rsquo;\u00e9crivain,\u00a0 particuli\u00e8rement des contrari\u00e9t\u00e9s de toutes sortes qu&rsquo;il \u00e9prouvait depuis quelque temps dans ses relations avec le journal <em>La Presse<\/em>. Il ne faut pas croire que son prodigieux talent et son immense popularit\u00e9 le missent \u00e0 l&rsquo;abri des trahisons intimes de la maison. Il avait l\u00e0 de bons amis qui le d\u00e9molissaient avec bonheur aupr\u00e8s des chefs. La bonne, l&rsquo;adorable madame de Girardin n&rsquo;\u00e9tait pas toujours assez puissante elle-m\u00eame pour soutenir le cr\u00e9dit \u00e9branl\u00e9 de Balzac, maintenir l&rsquo;autorit\u00e9 de\u00a0 son nom et faire pr\u00e9valoir sur d&rsquo;honorables eunuques la virilit\u00e9 de ses belles cr\u00e9ations. Le ver \u00e0 soie qui filait sa trame d&rsquo;or avait ses araign\u00e9es qui pr\u00e9tendaient filer aussi. On trouvait l&rsquo;auteur du <em>Lis dans la Vall\u00e9e<\/em> trop diffus, trop filandreux,\u00a0 anatomiste sans mesure, tapissier en diable, commissaire-priseur \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, jamais assez dramatique, tirant tant qu&rsquo;il pouvait au volume ; enfin les abonn\u00e9s des d\u00e9partements se plaignaient, et quand l&rsquo;abonn\u00e9 se plaint, il faut s&rsquo;incliner, mieux encore, se mettre \u00e0 genoux, rouler sa t\u00eate dans la poussi\u00e8re, ob\u00e9ir. Il n&rsquo;\u00e9tait que trop vrai cette fois, cependant, que l&rsquo;abonn\u00e9\u00a0 de Saint-Jean-de-Coq-en-Brie-sous-Bois et celui de Saint-Paul-en-Jarret avaient r\u00e9clam\u00e9 contre le roman de Balzac en voie de publication : <em>Les Paysans<\/em>. Ils mena\u00e7aient de cesser leur abonnement si l&rsquo;on continuait \u00e0 leur donner, par tranches quotidiennes, ce fastidieux roman de M. de Balzac auquel ils ne comprenaient rien du tout, qui int\u00e9ressait bien moins, disaient-ils, que <em>La Femme aux yeux verts<\/em>, publi\u00e9 simultan\u00e9ment par le journal rival. Donnez-nous donc des femmes aux yeux verts, criaient l&rsquo;abonn\u00e9 de Saint-Jean-de-Coq-en-Brie-sous-Bois et celui de Saint-Paul-en-Jarret, faites-nous gr\u00e2ce de la suite de vos affreux, ennuyeux et odieux <em>Paysans<\/em>.<\/p>\n<p>Ces protestations r\u00e9it\u00e9r\u00e9es avaient fini par porter coup : l&rsquo;administration de <em>La Presse<\/em>, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9mue. Chaque jour, par missive ou par messager, Balzac \u00e9tait pri\u00e9 de modifier, de couper surtout, de couper beaucoup, dans <em>Les Paysans<\/em>, cette colossale et neuve \u00e9tude de moeurs, m\u00eame apr\u00e8s Moli\u00e8re o\u00f9 il a si admirablement peint ces matois, ces rus\u00e9s coquins d&rsquo;hommes des champs. Et l&rsquo;infortun\u00e9 Balzac coupait, mais jamais assez. On parlait de suspendre r\u00e9solument la publication s&rsquo;il ne se r\u00e9signait pas \u00e0 faire de plus larges sacrifices. Tel \u00e9tait l&rsquo;\u00e9tat des relations de bonne amiti\u00e9 entre <em>La Presse<\/em> et Balzac \u00e0 ce moment-l\u00e0 ; telle \u00e9tait sa situation personnelle d&rsquo;\u00e9crivain, et il en causait \u00e0 haute voix avec M. Robert en le reconduisant, tant son c\u0153ur aigri d\u00e9bordait par ses l\u00e8vres.<\/p>\n<p>Quand la conversatisn fut finie, Balzac revint prendre sa place \u00e0 table ; il souriait, mais cette gaiet\u00e9 me parut blafarde et forc\u00e9e, et je doutai fort que Vidocq, \u00e0 l&rsquo;\u0153il d&rsquo;aigle, n&rsquo;e\u00fbt pas remarqu\u00e9 la fausse qui\u00e9tude de notre h\u00f4te, qui, apr\u00e8s avoir bu un grand verre de vin de Ch\u00e2teau-du-Pape, esp\u00e8ce de vin gros et noir qu&rsquo;il prisait beaucoup, je ne sais trop pourquoi, dit au grand homme de la police :<\/p>\n<p>&#8211; Vous disiez donc, tant\u00f4t, monsieur Vidocq ?&#8230;<\/p>\n<p>(\u00c0 suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un long texte de L\u00e9on Gozlan au sujet d&rsquo;une rencontre fameuse qu&rsquo;il y fit un jour de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2460,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[27,39],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/934"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=934"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/934\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5944,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/934\/revisions\/5944"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2460"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}