{"id":968,"date":"2012-01-06T00:30:12","date_gmt":"2012-01-05T23:30:12","guid":{"rendered":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/01\/06\/bernard-clavel-entre-lyon-et-vernaison\/"},"modified":"2025-05-26T17:52:16","modified_gmt":"2025-05-26T15:52:16","slug":"bernard-clavel-entre-lyon-et-vernaison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/2012\/01\/06\/bernard-clavel-entre-lyon-et-vernaison\/","title":{"rendered":"Bernard CLAVEL entre Lyon et Vernaison"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e8s 1946, Bernard Clavel s\u2019installe avec sa femme et son premier fils dans une petite maison \u00e0 Vernaison, village situ\u00e9 \u00e0 la sortie sud de l\u2019agglom\u00e9ration lyonnaise. Il se sent libre, un \u2018sauvageon\u2019 dit-on, toujours pieds nus dans ses sahariennes, vivant l\u2019existence quotidienne des riverains dans ce milieu entre terre et eau qu\u2019on appelle \u2018les l\u00f4nes\u2019 du Rh\u00f4ne, form\u00e9es d\u2019une v\u00e9g\u00e9tation touffue de plantes et d\u2019arbustes parfois \u00e9pineux, les vorgines. Il aimait sentir la mati\u00e8re vivante, cr\u00e9er de ses mains comme son p\u00e8re p\u00e9trissait son pain, maniait avec plaisir la truelle et le rabot et passait de longues heures devant son chevalet \u00e0 tenter de saisir sur sa toile les reflets iris\u00e9s des eaux changeantes du Rh\u00f4ne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2490\" aria-describedby=\"caption-attachment-2490\" style=\"width: 275px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2490\" title=\"Le parc Bernard Clavel \u00e0 Vernaison\" src=\"https:\/\/www.terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/jpg_0000022366-BC_Parc_Vernaison.jpg\" alt=\"Le parc Bernard Clavel \u00e0 Vernaison\" width=\"275\" height=\"183\" align=\"left\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2490\" class=\"wp-caption-text\">Le parc Bernard Clavel \u00e0 Vernaison<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il \u00e9crit aussi et le virus de l\u2019\u00e9criture ne va pas tarder \u00e0 supplanter la peinture. D\u00e9buts difficiles avec la naissance de deux enfants, une vie d\u2019artiste ponctu\u00e9e de petits boulots. Il commence \u00e0 \u00e9crire dans la revue <em>R\u00e9sonances<\/em> dirig\u00e9e par R\u00e9gis Neyret, nombre d\u2019articles sur la culture locale puis sera homme de radio \u00e0 Radio-Lyon, s\u2019exer\u00e7ant \u00e0 la fiction. Il conna\u00eet quelques succ\u00e8s d\u2019estime, prix R\u00e9sonances du jury (pr\u00e9sid\u00e9 par Andr\u00e9 Maurois) et prix des lecteurs pour sa nouvelle <em>La Cane<\/em>. Il publie en feuilleton dans le journal <em>Le Progr\u00e8s de Lyon<\/em> un r\u00e9cit intitul\u00e9 <em>Vorgines<\/em>, histoire largement inspir\u00e9e de sa vie \u00e0 Vernaison, paru plus tard sous le titre <em>Pirates du Rh\u00f4ne<\/em> (\u00ab Il y a encore des gens qui me disent : \u00ab\u00a0Je vous ai d\u00e9couvert en lisant <em>Vorgines<\/em> dans <em>Le Progr\u00e8s<\/em> \u00bb, aime \u00e0 dire Bernard Clavel). En 1957, il quitte Vernaison pour s\u2019installer \u00e0 Lyon, d\u2019abord sur les rives de Sa\u00f4ne, quai Romain Rolland dans le Vieux-Lyon puis \u00e0 partir de 1961, sur le cours de la Libert\u00e9 dans le quartier de la Pr\u00e9fecture.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\" alignleft size-full wp-image-2491\" src=\"https:\/\/www.terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/jpg_0000022366-bclavel1.jpg\" alt=\"0000022366-bclavel1.jpg\" width=\"120\" height=\"88\" align=\"left\" \/>Sa relation particuli\u00e8re avec Lyon et le Rh\u00f4ne na\u00eetra tr\u00e8s t\u00f4t d\u2019un premier voyage chez des cousins qui habitent sur le cours Gambetta, pr\u00e8s du fleuve et de la \u2018place du Pont\u2019. Il veut absolument voir les bas-ports du Rh\u00f4ne au pont de La Guilloti\u00e8re o\u00f9 d\u00e9barqua \u00ab\u00a0le Petit Chose\u00a0\u00bb en oubliant son perroquet, cet endroit o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019H\u00f4tel-Dieu se refl\u00e8te dans le fleuve.\u00a0\u00bb (les b\u00e2timents de l\u2019H\u00f4tel-Dieu s\u2019\u00e9l\u00e8vent sur le quai, \u00e0 l\u2019angle de la rue de la Barre, face au pont de La Guilloti\u00e8re). Il \u00e9voquera plus tard ce souvenir, \u00e9crivant\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ce que j\u2019ai \u00e9crit sur la batellerie, sur la puissance du Rh\u00f4ne, est parti de l\u00e0.\u00a0La ville de Lyon est devenue en quelque sorte ma deuxi\u00e8me patrie apr\u00e8s le Jura. \u00bb Le Rh\u00f4ne exercera sur le gamin qu\u2019il \u00e9tait alors, une telle fascination qu\u2019il en fera le \u2018h\u00e9ros\u2019 de plusieurs de ses romans, jusque dans ses derni\u00e8res \u0153uvres (sur sa description du Rh\u00f4ne, en particulier sur sa puissance, voir ses deux romans \u00ab\u00a0Le Seigneur du fleuve\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0La Table du roi\u00a0\u00bb). Il \u00e9crira m\u00eame un roman, <em>La R\u00e9volte \u00e0 5 sous<\/em>, dont la ville de Lyon est le v\u00e9ritable h\u00e9ros, histoire d\u2019une des r\u00e9voltes des canuts, les ouvriers lyonnais qui travaillaient la soie, qui ont \u00e9maill\u00e9 le XIXe si\u00e8cle (sur la r\u00e9volte des Canuts, voir l&rsquo;excellent livre de l&rsquo;historien lyonnais Fernand Rude : \u00ab\u00a0La r\u00e9volte des canuts, 1831-1834\u00a0\u00bb, essai (poche), paru en 09\/2007).<\/p>\n<figure id=\"attachment_2492\" aria-describedby=\"caption-attachment-2492\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\" alignright size-full wp-image-2492\" title=\"Bernard Clavel et sa femme Josette Pratte\" src=\"https:\/\/www.terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/jpg_0000022366-Clavel_Pratte_250.jpg\" alt=\"Bernard Clavel et sa femme Josette Pratte\" width=\"250\" height=\"327\" align=\"right\" srcset=\"https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/jpg_0000022366-Clavel_Pratte_250.jpg 250w, https:\/\/terresdecrivains.org\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/jpg_0000022366-Clavel_Pratte_250-229x300.jpg 229w\" sizes=\"(max-width: 250px) 94vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2492\" class=\"wp-caption-text\">Bernard Clavel et sa femme Josette Pratte<\/figcaption><\/figure>\n<p>Quelques temps apr\u00e8s, lors d\u2019une autre visite avec son p\u00e8re qui recherche son ami Ponard, il parcourt \u00e0 pieds tout le quartier de la Croix-Rousse, arpentant les Pentes \u00e0 partir de la place des Terreaux, passant devant le b\u00e2timent des Beaux-Arts qu\u2019il aurait aim\u00e9 fr\u00e9quent\u00e9, sillonnant en vain les rues du Plateau. Le lendemain, ils firent de m\u00eame dans le quartier de La Guilloti\u00e8re o\u00f9 ils finirent par d\u00e9busquer l\u2019ami boulanger. De son premier roman, sa seconde femme Josette Pratte dira\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est exactement l\u2019atmosph\u00e8re qu\u2019on retrouve dans tes romans lyonnais.\u00a0\u00bb (roman intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le Retour\u00a0\u00bb, jamais publi\u00e9 et d\u00e9pos\u00e9 dans le fonds Bernard Clavel \u00e0 la biblioth\u00e8que de Lausanne). Atmosph\u00e8re qu\u2019on retrouve aussi avec cette neige sale des rues de la Presqu\u2019\u00eele entre la place Bellecour et la gare de Perrache dans son roman <em>Le Retour du p\u00e8re<\/em> ou les rues \u00e9troites et tristes du Vieux-Lyon dans <em>L\u2019Homme du Labrador<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c1 Lyon, il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec deux autres \u00e9crivains lyonnais Gabriel Chevallier (\u00e9crivain lyonnais surtout connu pour avoir \u00e9crit <em>Clochemerle<\/em> et la suite en trois volumes ; Bernard Clavel aimait surtout son roman <em>La Peur<\/em>, d\u00e9nonciation de la guerre) et Jean Reverzy, \u00ab\u00a0le m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, pour qui, confie-t-il dans une interview\u00a0: \u00ab J\u2019ai pleur\u00e9 comme un enfant quand il est mort en juillet 1959.\u00a0\u00bb Avec Reverzy, ce n\u2019est pas seulement la litt\u00e9rature qui les unit, leur passion commune pour Gauguin (Clavel \u00e9crira \u00e0 cette \u00e9poque une biographie du peintre Paul Gauguin), c\u2019est une vision commune de la vie, \u00ab\u00a0son poids d\u2019humanit\u00e9 vraiment extraordinaire.\u00a0\u00bb Gabriel Chevallier est plus distant, d\u2019un abord plus difficile, mais, confie Bernard Clavel, \u00ab\u00a0nous avons mis du temps \u00e0 nous conna\u00eetre, c\u2019est ensuite une amiti\u00e9 ind\u00e9fectible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est aussi \u00e0 Lyon que Bernard Clavel va commencer le long combat pour la libert\u00e9, contre la violence et la guerre, qu\u2019il m\u00e8nera toute sa vie (voir en particulier son essai-t\u00e9moignage intitul\u00e9 <em>Le Massacre des innocents<\/em>). Il d\u00e9noncera par exemple les d\u00e9fil\u00e9s militaires dans un article de <em>R\u00e9sonances<\/em>. Il se battra contre les injustices et sera en particulier aux c\u00f4t\u00e9 de Robert Boyer pour demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s de Jean-Marie Devaux, injustement condamn\u00e9 pour le meurtre d\u2019une fillette \u00e0 Bron dans la banlieue lyonnaise (voir ma fiche sur L&rsquo;Affaire Deveaux).<\/p>\n<p>Cette fiche monographique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e le 5 octobre 2011 pour c\u00e9l\u00e9brer le premier anniversaire de la disparition de l&rsquo;\u00e9crivain.<br \/>\nCourmangoux le 5 d\u00e9cembre 2011 par Christian Broussas, Christian.broussas at orange.fr<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><br \/>\n&#8211; Bernard Clavel, <em>Les Petits bonheurs<\/em>, \u00e9ditions Albin Michel, 1999, autobiographie sur sa prime enfance<br \/>\n&#8211; Adeline Rivart, <em>Bernard Clavel, qui \u00eates-vous\u00a0?<\/em>, \u00e9ditions Livre de poche J\u2019ai lu, 1985, ensemble d\u2019interviews entre l\u2019auteur et Bernard Clavel<br \/>\n&#8211; Maurice Chavard\u00e8s, <em>\u00c9crit sur la neige<\/em>, \u00e9ditions Stock, 1977, ensemble d\u2019interviews entre l\u2019auteur et Bernard Clavel<\/p>\n<p><strong>Autres fiches \u00e0 consulter sur ce site\u00a0:<\/strong><br \/>\n&#8211;\u00a0Bernard CLAVEL \u00e0 Courmangoux dans le Revermont<br \/>\n&#8211;\u00a0Bernard CLAVEL\u00a0\u00e0 Ch\u00e2teau-Ch\u00e2lon<br \/>\n&#8211;\u00a0Sur les pas de Bernard CLAVEL \u00e0 Dole<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s 1946, Bernard Clavel s\u2019installe avec sa femme et son premier fils dans une petite maison \u00e0 Vernaison, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":2490,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/968"}],"collection":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=968"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/968\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5793,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/968\/revisions\/5793"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2490"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/terresdecrivains.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}